Né en 1913 à Basse Fort en Martinique, Aimé Césaire poursuit ses études à Paris, il y rencontre Léopold Sedar Senghor et revendique à ses côtés la richesse d'une identité noire qu'il nomme « négritude ». Il eut pour principal objectif dans son œuvre poétique, de chanter la misère de son pays et de refuser l'avilissement des siens. Ses textes étonnent par la netteté et la violence de leurs évocations.

Cahier d'un retour au pays natal : 1956, le poète revient sur les premières années de sa vie, dans des bidonvilles sordides où misère et corruption cohabitaient. Aimé Césaire semble écartelé entre deux cultures : dans ce poème, la relation qu'il instaure avec les images de son enfance est ambiguë. En effet, les impressions qu'en dégage le lecteur sont curieusement contradictoires : l'auteur éprouve-t-il un malaise ou bien de la tendresse nostalgique en se remémorant les visages et les lieux de son enfance ?

Pour rendre compte de la complexité des ces souvenirs, nous pourrons souligner d'abord le caractère poétique et lyrique du texte : nous révèlerons ensuite son aspect réaliste; enfin, la dimension didactique du texte ne saurait nous échapper : n'est-ce pas avant tout un cri de révolte, un appel à une prise de conscience des martiniquais et de tous les hommes ?

I La poésie lyrique

a) le goût des symboles :

Le choix du moment « au bout du petit matin ». Représentation d'un espace où les horizontales suggèrent l'immobilité et même une forme d'engluement « dans une rue étroite », « le lit de planches ».

b) ce texte est avant tout un souvenir et revêt donc un caractère autobiographique :

Il s'agit pour lui de reconnaître les lieux de son enfance (itinéraire qui associe progressivement des lieux, objets familiers. Mais plus q'un simple inventaire, c'est une remontée patiente et exigeante vers les origines de la vie.

On remarque ainsi la précision du souvenir, qui se vérifie dans le choix des détails vrai (marque de la machine à coudre…). Enfin, il s'agit de suggérer des retrouvailles avec sa famille. Tous sont cité et rappelés dans leur comportement le plus significatif (le turbulence des jeunes, le travail mécanique et imperturbable de la mère).

c) Si le souvenir offre des images imprécises, le lecteur est aussi sensible à leur dimension lyrique :

Grâce à la musique que les nombreuses répétitions créent : anaphore temporelle à l'ouverture des paragraphes, « le lit » (2 fois), celle qui suggèrent le bruit et le mouvement bien spécifiques de la machine à coudre « pédale ». Le chiasme lignes 24626.

Musicalité du texte : forte densité de la consonne bilabiale (b) (bois, pourri, turbulence, petite maison), l'emploi répété des occlusives (g) et (k) (cruelle, fantasque, mélancolique). Dans des terme d'engament personnel : « très » (2), « ne jamais » (7), « toute entière » (25).

Le force lyrique de ce texte repose que la qualité des images qu'il propose : maison animalisé au début (odeur, entrailles), flamme qui restitue les couleurs et l'impétuosité des colères du père.

=> Si ce souvenir propose des images originales et émouvantes, il redonne vie au passé par la musique des sons et lui permet ainsi d'échapper à l'oubli et au silence ; toutefois, la sincérité surprenante de cette écriture résolument réaliste ne peut nous échapper.

II Poésie et réalisme de ce texte

a) un contexte naturaliste surprenant dans un espace poétique :

Le décor est sordide (laideur et pauvreté/vieillesse). Exclusion de toute forme d'exotisme à l'exception d'une concession pittoresque avec les feuilles de bananes séchées ».

 b) les personnages :

Ce sont des stéréotypes des romans populaires : les enfants turbulents, le père pauvre, secret et instable, le mère courageuse et dévouée. AC n'hésite pas à mentionner un ensemble de détails réalistes : souligne le présence des odeurs, des bruits divers/familier.

c) ce qui frappe c'est le refus de l'artifice :

Choix délibéré de mots de tous les jours : prosaïsme des termes « la singer », « kérosine ». Se rapprocher le plus possible de la réalité par le biais d'une trivialité revendiquée : « qui sent très mauvais, cloque, friture, friture ». Tournures linguistiques empreints de gravité : expression abrégée comme « ça fait », il écrit comme il parle.

 → Pour l'écrivain, il na s'agit pas d'enjoliver le décor de l'enfance mais plutôt d'en restituer les traits caractéristiques. Cette précision de l'écriture sert la cause qu'il défend dans ses œuvres.

III Pour AC, la poésie doit être « engagé » au service d'un combat qui dépasse le présent

a) Il affirme son identité singulière :

Le moi n'existe pas seul, il fait partie d'un nous qui se veut avant tout lucide : le je appartient à une famille et a six frères et sœurs. Au 2e paragraphe il exprime le désir de ne pas se limiter à cette famille particulière « au-delà de mon père, de ma mère… ». Ainsi c'est bien une recherche des racines qu'il a entreprise : chiasme. L'exploration minutieuse des signes précurseurs d'une révolte contre des conditions d'existence inhumaines. Il veut capter l'attention du lecteur, cherche à toucher son cœur et ses sentiments.

b) par l'alliance (acceptation) de ses deux cultures :

La culture européenne perceptible dans la présence de structures linguistiques élaborées, par exemple à la fin du passage tout ce qui est dit sur le lit de planches concerne en réalité la vieillesse de ses occupants : il s'agit d'un hypallage, procédé qui consiste à attribuer à certains mots d'une phrase ce qui normalement convient à d'autres mots de la phrase donc créant une inversion.

La culture africaine se perçoit dans le rythme retrouvé du tam-tam (répétition et reprise) et dans les références à l'esclavage et la torture : « morsures, brûlures », maltraitance des corps, dégradation de la santé physique et mental dans des conditions d'insalubrité et de promiscuité extrêmes.

c) L'appel voilé à la révolte :

Texte provocateur et presque polémique : alliance de la soumission et de la mort destiné à faire réagir le lecteur (thème du pourrissement de la vie). Le passage du souvenir est curieuse dépourvu de couleurs (gris, brun, pas de lumière)

→ Ce retour « aux sources » habituellement associé à la nostalgie et au bonheur provoque chez AC une prise de conscience douloureuse d'un malaise à la fois personnel et commun à tous les Antillais. Le choc et l'émotion engendrés par cette rencontre avec le passé constitue pour lui une délivrance ace à de pesants souvenirs.

→ C'est donc une synthèse originale d'une culture occidentale et d'une imprégnation africaine profonde : en ce sens c'est un hymne à l'homme et à son destin. L'écrivain ne parvient-il pas, ici, à transcender les différentes cultures entre les hommes, pour s'attacher qu'à la seule véritable nature de l'humaine ?

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Mathieu

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