Les Essais de Michel de Montaigne (1533-1592) sont l'oeuvre majeure du philosophe bordelais, composés de 3 tomes et 107 chapitres.

Il y traite de tous les sujets possibles, sans mise en ordre apparente : la médecine, les arts, les livres, les relations humaines, les chevaux, la maladie, la mort sont tous des sujets traités par sous sa plume. L'ensemble forme ainsi « un pêle-mêle où se confondent comme à plaisir les choses importantes et futiles, les côtés vite surannés et l’éternel ».

C'est surtout une oeuvre totalement novatrice pour son époque, qui offre à la vue du lecteur une vie en train de se faire. L'auteur résume son projet par une seule question, centrale :

« que sais-je, moi, Michel Eyquem de Montaigne ? »

Cette question doit l'aider à résoudre cette autre plus grande : « Qu'est-ce que l'Homme ? ». Il se fait donc observateur de sa propre nature, mettant à profit ses lectures et ses doutes. Les Essais sont ainsi le portrait d'un être dans la moyenne, qui dépasse tous les modèles auxquels on voudrait l'identifier.

C'est en cela que Montaigne supplante la philosophie : il ne présente aucun système infaillible, mais se met à l'écoute de la subtilité de sa condition. L'observation du quotidien et du banale est la plus à même de lui donner les réponses qu'il cherche.

Qui est l'auteur des Essais ?
Michel de Montaigne

Michel de Montaigne : présentation de l'auteur

Michel Eyquem de Montaigne est né en 1533 et mort en 1592. Il vient d'une riche famille bordelaise aux origines portugaises qui s'anoblit en achetant une charge de magistrat.

Montaigne connaît une enfance en pleine liberté sous la protection de son père qui accorde beaucoup d'importance à l'éducation. Il apprend le latin avant le français puis suit des études de droit, sans doute à Toulouse.

Entre 1554 et 1571, il est conseiller à la cour des aides de Périgueux, puis au parlement de Bordeaux. Il rencontre Etienne de La Boétie durant ses années de magistrature, et la mort prématuré de cet ami cher sera pour lui un véritable bouleversement. En 1565, il épouse Françoise de La Chassaigne, fille d'un magistrat bordelais.

En 1568, à la mort de son père, Michel de Montaigne se retire dans son château, choisissant la vie d'un gentilhomme de campagne pour se consacrer à la lecture et à l'écriture. En 1580, il fait un voyage pour raison de santé et par curiosité intellectuelle, en passant par Paris, Plombières, la Suisse, l'Allemagne et l'Italie.

En 1581, Montaigne devient maire de Bordeaux. Il occupe ce poste jusqu'en 1585, avant de se retirer un nouvelle fois dans son château. En 1588 paraît une seconde édition des Essais, pour laquelle il vient à Paris. Il relira et retouchera son oeuvre principale jusqu'à sa mort, en 1592.

Mais de Montaigne, c'est encore lui-même qui en parle le mieux :

D’adresse et de disposition, je n’en ai point eu ; et pourtant, suis fils d’un père très dispos et d’une allégresse qui lui dura jusques à son extrême vieillesse. Il ne se trouva guère homme de sa condition qui s'égalât à lui en tout exercice de corps : comme je n’en ai trouvé guère aucun qui ne me surmontât, sauf au courir (en quoi j'étais des médiocres). De la musique, ni pour la voix que j’y ai très inepte, ni pour les instruments, on ne m’y a jamais su rien apprendre. A la danse, à la paume, à la lutte, je n’y ai pu acquérir qu’une bien fort légère et vulgaire suffisance ; à nager, à escrimer, à voltiger et à sauter, nulle du tout. Les mains, je les ai si gourdes que je ne sais pas écrire seulement pour moi : de façon que, ce que j'ai barbouillé, j'aime mieux le refaire que de me donner la peine de le démêler ; et ne lit guère mieux. Je me sens peser aux écoutants. Autrement, bon clerc. Je ne sais pas clore à droit une lettre, ni ne sus jamais tailler plume, ni trancher à table, qui vaille, ni équiper un cheval de son harnais, ni porter à poing un oiseau et le lâcher, ni parler aux chiens, aux oiseaux, aux chevaux. Mes conditions corporelles sont en somme très bien accordées à celles de l’âme. Il n’y a rien d'allègre : il y a seulement une vigueur pleine et ferme. Je dure bien à la peine ; mais j’y dure, si je m’y porte moi-même, et autant que mon désir m’y conduit.

Montaigne, Les Essais, Livre II, Chapitre 17

D'où vient Michel de Montaigne ?
Une vue de Bordeaux, ville dont Montaigne a été maire (source : © Getty Images)
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C'est parti

Structure des Essais

Les Essais de Montaigne ne se laissent pas aisément synthétiser. Il s'agit d'un recueil de réflexions en prose, organisées en chapitres thématiques, mais qui n'ont pas forcément d'autre cohérence que l'auteur lui-même.

Dégageons cependant les grandes lignes de cette oeuvre d'une vie :

Livre I

Le livre I des Essais contient 57 chapitres dont :

  • « De l'oisiveté », (chapitre 8) : pourquoi il écrit
  • « Que philosopher c'est apprendre à mourir » (chapitre 19) : l'attitude qu'il adopte face à la mort
  • « De la coutume » (chapitre 22) : les contradictions de l'Homme
  • « De l'institution des enfants » (chapitre 26) : il exprime des idées très libérales et humanistes sur l'éducation des enfants
  • « De l'amitié » (chapitre 27)

Livre II

Le livre II des Essais contient 38 chapitres dont :

  • « Des livres » (chapitre 10) : Montaigne juge ses lectures
  • « Apologie de Raymond Sebond » (chapitre 12) : en étudiant ce théologien espagnol du XVème sièlce, Montaigne expose sa propre philosophie
  • « De la présomption » (chapitre 17) : où Montaigne fait son autoportrait

Livre III

Le livre III, ajouté au moment de l'édition de 1588, des Essais contient 13 chapitres dont :

  • « De l'art de conférer » (chapitre 8) : où il expose son goût pour la conversation
  • « De la vanité » (chapitre 9) : Montaigne explique sa vision du travail, des affaires, du voyage
  • « De l'expérience » (chapitre 13) : Montaigne expose son art de vivre

Les enjeux Des Essais

Contre la rhétorique

Montaigne use d'un style « descousu et hardy » (« décousu et hardi ») pour mieux laisser aller sa pensée, qu'il veut voir comme un « cheval échappé ».

Alors que la rhétorique profite d'une place centrale dans les études humanistes, il affirme quant à lui qu'elle n'a rien à voir avec le style véritable. Celui-ci devrait au contraire être propre à chaque individu, imitant sa propre respiration, sa propre gestuelle.

Il pose ainsi la question d'être éloquent sans chercher à l'être, c'est-à-dire qu'il questionne l'apparition du naturel chez une personne. Selon lui, le naturel suppose une certaine pratique ; il n'est pas, paradoxalement, une chose immédiate mais nécessite un entraînement tel qu'il fait oublier sa volonté d'être naturel.

L'assiette chez Montaigne

Chez Montaigne, l'équitation est une image centrale.

Le naturel, d'abord, est comme l'assiette du cavalier : pour monter à cheval, il doit être capable de maîtriser un certain nombre de gestes. Alors il sera en mesure « d'oublier » son apprentissage pour parvenir à une adéquation entre ses mouvements et ceux de sa monture.

L'assiette renvoie également à l'équilibre dans l'existence. Un cavalier sur son cheval profite toujours d'un équilibre instable : il est perpétuellement en mouvement du fait des aléas et des cahots provoqués par sa monture. Pour Montaigne, l'équilibre existentiel a à voir avec ce mouvement incessant, qui nécessite de trouver des postures toujours changeantes mais toujours harmonieuses.

Savoir monter un cheval, c'est comme savoir vivre pour Montaigne !

Une discussion avec l'absence

Montaigne écrit ses essais pour combler le vide provoqué par la mort de son ami cher, Etienne de La Boétie. C'est pour cela que Les Essais n'ont pas de plan préétabli et sont si décousus : ils fonctionnent comme une conversation véritable que Montaigne aurait mené avec son ami mort.

Ainsi, Les Essais sont une manière de se rapporter à l'absent, à l'autre. Aussi le lecteur en vient-il à être considéré comme un ami.

De même, la voix de Montaigne fait entendre d'autres voix : celles de La Boétie, évidemment, mais aussi les penseurs de l'Antiquité, des écrivains, des poètes. Il montre alors la polyphonie dont tout individu est constitué. L'auteur cherche à accorder les contradictions (les différentes voix) dont il est fait.

Moi, Michel de Montaigne

Montaigne ne parle pas du « moi » : il parle de « Moi, Michel de Montaigne ». Le lecteur découvre donc les réflexions du philosophe à partir d'anecdotes tirées de son existence, et trouve dans cette exposition l'image d'un être quelconque.

Montaigne se présente comme un être lambda, au contact de la vraie vie : on y voit ses contradictions, ses relations constitutives, le mouvement de sa vie sans lequel il serait mort.

Pour Montaigne, chaque individu contient en lui tous les hommes, et c'est pourquoi sa démarche a autant de sens : en se racontant lui-même, il raconte l'humanité dans son ensemble. Il invite ainsi le lecteur à se regarder lui-même comme il regarde les autres.

Les thèmes Des Essais

Les cannibales

Montaigne est l'un des premiers à observer les autres cultures (hors Europe) avec un regard curieux, et non pas condescendant.

C'est ainsi qu'ils comparent les peuples « cannibales » aux Européens, pour trouver plus de « barbares » chez ces derniers, contrairement aux idées de l'époque :

Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toutes sortes de barbarie.

[...]

Ils sont encore en cet heureux point, de ne désirer qu'autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent ; tout ce qui est au-delà est superflu pour eux. »

Quelle thèse Montaigne défend-il dans les Essais ?
Les sauvages de la mer du Pacifique

Les animaux

Pour Montaigne, si l'humain se place au-dessus des animaux, c'est qu'il est trop prétentieux. L'auteur, observant la faune, met vite en doute cette conviction.

Dans le chapitre « Apologie de Raymond Sebond », Montaigne convoque ainsi de nombreux exemples qui démonte l'idée de supériorité de l'homme sur l'animal :

« Comment connait-il, par l'effort de son intelligence, les branles internes et secrets des animaux ? Par quelle comparaison d'eux à nous conclut-il la bêtise qu'il leur attribue ? Quand je joue avec ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi plus que je ne fais d'elle ? »

Le corps humain

Montaigne s'intéresse avant tout à l'être humain et à toutes ses dimensions. C'est ainsi qu'il accorde une large place au corps, notamment sur la base de ses propres souffrances. Il engage ainsi chacun à connaître son corps, puisque c'est un compagnon de vie auquel nous ne pouvons pas échapper :

C'est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être. Nous cherchons d'autres conditions, pour n'entendre l'usage des nôtres, et sortons hors de nous, pour ne pas savoir ce qu'il fait. Nous avons beau monter sur des échasses, nous ne marchons que sur nos jambes. Et sur le plus haut trône du monde, nous ne sommes assis que sur notre cul. »

L'éducation

En matière d'éducation, Michel de Montaigne fait également preuve d'une grande modernité.

Il critique la verticalité de l'enseignement qui fait de l'enfant un entonnoir où l'on verserait les savoirs. Au contraire, il faut insister sur la qualité de l'enseignement, plutôt que sur la quantité.

L'amour et l'amitié

Montaigne s'amuse des amalgames entre amour et amitié. Il décrit l'amitié en usant d'un vocabulaire amoureux, mais semble donner la primauté au premier plutôt qu'au second.

Ainsi, l'amour ne serait qu'un « désir forcené » vers ce qui toujours nous fuit, mais l'amitié est une « chaleur générale et universelle, tempérée au demeurant et égale, une chaleur constante et assise, toute douce et policée, qui n'a rien d'âpre et de poignant. »

Montaigne déploie ses idées sur l'amitié à partir de sa propre expérience, merveilleuse, avec Etienne de La Boétie.

La mort

C'est d'ailleurs la mort de celui-ci qui le hantera.

Si pour lui, « philosopher, c'est apprendre à mourir », elle ne doit cependant pas condamner la vie elle-même :

« Nous troublons la vie par l'idée de la mort et la mort par l'idée de la vie. L'une nous ennuie, l'autre nous effraie. [...] Si nous n'avons pas su vivre, c'est injustice de nous apprendre à mourir, et de séparer la fin de son tout. Si nous avons su vivre constamment et tranquillement, nous saurons mourir de même. »

Aussi, après avoir adhéré à l'idéal des stoïciens, qui imposait de se préparer à la mort pour ne pas à la craindre, Montaigne défend finalement l'idée que, pour savoir mourir, il faut savoir bien vivre, en souriant dans la vieillesse.

Le goût du bonheur

« Pour moi donc, j'aime la vie. »

La recherche du bonheur est, pour Montaigne, le but légitime de chaque homme. C'est ainsi que sont justifiées ses conceptions libérales sur l'éducation, son respect pour les « sauvages » découverts en Amérique, sa tolérance et sa simplicité - et, parfois, son égoïsme !

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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.