La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

1eres impressions : intemporalité et en // une passante qui apparaît et qui disparaît à ralenti ?
Idée directrice : à rencontre amoureuse. Comment B. rend il original ce thème banal/ conventionnel de la rencontre ?

C’est une rencontre placée sous le signe du hasard, du mystère et de l’ambigüité. Cette femme peut être inspirée du tableau de Constantin Guy. Elle est « en deuil », on a l’impression qu’il essaie de retrouver sa mère avant qu’elle se marie. à vie antérieure de joie.

Le poète face à lui-même et à la rue

Le poète nous présente un tableau parisien mais ce décor n’est pas réaliste, tout est décrit autour de la perception du locuteur. à Dès le premier vers «  la rue assourdissante autour de moi hurlait » « rue » est une métonymie, le vers se termine par un verbe transitif « hurlait ». « assourdissante »= hypallage (figure qui consiste à rapporter à certains mots d’un énoncé ce qui devrait logiquement attribué à d’autres) qui se rapporte au narrateur et au narrataire.
à le poète se place au centre du poème, « la rue » la est générique = n’importe qu’elle rue de Paris à le poète est enfermé.

à hostilité de la ville : agressive avec allitérations en « r » et « d » assonances « ou » et « u » atmosphère de la rue. Accentué par le double hiatus du 1er vers qui rend difficile l’articulation

Le poète face à la femme

Dès le second vers, le rythme change pour mettre en valeur la passante et le locuteur veut faire partager cette vision éblouissante/fulgurante.

àallongement régulier vers 2-3-4= les pas de la dame. + arrivée en 4 adj. + enjambement qui accentue l’allongemnt.symétrie des 2 participes présents. + GNcoordonée par « et »à rythme binaire qui imite les pas de la femme. Organisation syntaxique qui évoque le va et vient régulier mouvemnt de son bras.+ ondulation de la robe. Mvt qui se stoppe au v.5 avec comparaison « jambe de statue ». àarrêt sur image. Qu’il enfermera dans sa mémoire.

à une vision qui le paralyse « crispé comme un extravaguant » fascination=  « boire »=regarder avec avidité

Le locuteur est donc tout entier absorbé par cette apparition.

3. Le poète face à lui-même et à son sonnet.
Ce choc esthétiquede la rencontreest bien noté par la structure bouleversé du sonnet, nous notons que les rythmes des deux quatrains sont différents.

L’élégance ambiguë

Cette beauté est à la fois fugitive et immobile. V.2à5 présentent la passante en suggérant la progression de la vision. àSimple silhouette au détail.

à Suspension dramatique en annonçant l’arrivée de la dame avec les adj. Beauté ambiguë de la passante au v.5 avec « sa jambe de statue »
à passante=bourgeoise  élégance empreinte de mystère. Ambigüité par l’allure souple-figée « élancée »  « mince » -- « jambe de statue »

à Cette femme représente l’ambulance entre le deuil et la beauté : la mort et l’amour

La séduction envoûtante

Cette femme apparaît comme fascinante par son regard. Confrontation visuelle, opposition « une femme » et pronom pers. tonique« moi » au vers 6. Envoûtement de la femme par la suspension du vers, marqué parla comparaison « crispé comme un extravagant » + intro avec métaphore «boire » à le narrateur est transporté dans un autre monde. + Métaphore des yeux de la femme (vers7 + apposition)

à Réunion « fasciner » « tuer » = rencontre sous le signe de l’amour envoûtante et de la mort.

Le poète tombe ainsi ss le charme avec une sorte de terreur sacrée qui le fige, devant une divinité aux pouvoirs qqes peu malféfiques comme le suggère l’alliance des contraires (=oxymoron).

L’allégorie de l’Idéal, l’Inspiration, du Beau

à Amour idéalisé marqué par la distance à douloureux. La femme est l’incarnation du beau alrs qu’il est un être faible, dans son spleen.=contraste. Vision surnaturelle, apparition théâtralisée, femme idéale comme une statue. Le narrateur va se nourrir de cette vision à  « boire ».

à Mystique, mise en valeur par le vers 9 par l’image de l’éclair + antithèse de la nuit. Le locuteur semble renaître par cette vision. La beauté, majestueuse est en contraste avec le premier vers où le locuteur était plongé dans la tristesse, le gris, le spleen. Il renaît de ce regard. Il théâtralise son inspiration sous une forme de dialogue dans le dernier tercet.

L’importance de l’ivresse et de la solitude.

àBesoin d’une atmosphère, climat de solitude et de spleen pour que cette rencontre soit intense. Vers1

Il faut être ivre pour ne pas sortir de ce rêve, pour ne pas que le temps et la réalité reviennent. Le fait que cette rencontre n’aboutit pas à une communication permet l’inspiration. Ce silence entre les deux êtres est fécond à l’imagination et l’écriture. L’écriture lui permet d’éterniser cette rencontre, il fige ce moment immortel. Passé composé au vers 10=action passée.  + « Ne te verrais-je plus que dans l’éternité ? » = dans son monde qu’il a crée.

à Nostalgie + avenir incertain.

L’expression de l’ici et de l’ailleurs

Espérance qui est anéantie par la succession d’exclamation + adv en italique de jamais la femme lui échappe ainsi que son inspiration. Caractère inaccessible mis en valeur par la sublimation de ses interrogations et exclamations. Allitérations en « d » et « t ».

La femme inaccessible nécessaire à la création poétique

Grâce à la sorcellerie évocatoire des vers, le poète se reconstruit l’univers de la rue pour retrouver cette femme. Elle l’inspire et sublime son spleen et permet de l’exorciser. Il met en scène dans ses exclamations une succession de tableaux fulgurants puis nostalgiques.

Le passé simple permet de fixer un moment fugitif « une femme passa » + passé composé pour montrer l’effet d’une action du passé sur le présent.

     « A une passante » fait partie de la section des Fleurs du Mal intitulée « les tableaux parisiens », ce sonnet (=Alexandrins, rimes embrassées sauf les deux premières du tercet : rimes plates) a été publié dans l’Artiste en 1860 et il a été recueilli l’année suivante dans la seconde édition des Fleurs du Mal. Le poète de la modernité se promène dans Paris et après avoir décrit les petites vieilles et les aveugles, il relate une rencontre qui s’apparente à une scène romanesque. Comment Baudelaire rend il dans le cadre traditionnel du sonnet (genre introduit par les poètes de la Pléiade au XVIe) singulier le topo de la rencontre amoureuse ? Nous mettrons en valeur de quelle façon le cadre spatio-temporel comme le cadre du sonnet révèle le bouleversement de la rencontre. Nous étudierons l’ambivalence de la femme inspiratrice et nous analyserons de quelle façon le locuteur met en scène la dualité de son inspiration.

Tout en conservant la forme classique du sonnet et le thème romantique de la femme inspiratrice qui donne accès au monde allégorique de la poésie, B. innove. àDerniers vers des Fleurs du Mal, Le Voyage « au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau ». Ce sonnet révèle bien sa modernité et cette rencontre apparaît à la fois transitoire et intemporel (cf. article critique de B.sur le « peintre de la modernité »). Cette rencontre nous interpelle, elle nous fait regarder la ville avec un autre regard et elle nous conduit à nous interroger sur notre relation à l’autre. Le poète est persuadé que chaque époque a sa beauté et qu’il doit l’exprimer d’une manière singulière. Cette rencontre est originale car la femme est représentée comme mystérieuse, presque « fatale ». Elle surgit à l’improviste dans un décor urbain, cette femme envoûtante tout habillée de noir et porteuse d’une révélation poétique que le surréaliste André Breton exploitera dans son roman Nadja. àRéécriture moderne du mythe d’Orphée puisque cette femme, telle Eurydice disparaît dans la nuit et le poète la fait revivre en écrivant.

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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