La Peste est un roman d'Albert Camus, sorti en 1947. Il fait parti du cycle de la révolte dans l'œuvre de l'auteur, qui rassemble deux autres ouvrages : L'Homme révolté et Les Justes. Ce cycle fait suite au premier, celui de l'absurde (dont L'Etranger fait partie). Le cycle de la révolte veut engager à combattre l'injustice, à refuser l'intolérable. Il dit, dans L'Homme révolté : « Je me révolte donc nous sommes. » Cette tragédie se compose de cinq actes, où l'auteur se plait à laisser planer le doute quant à l'avancée symbolique du récit. Le nom du narrateur, notamment, n'est dévoilé qu'à la fin du roman. L'action prend place à Oran, ville algérienne du bord de la Méditerranée, dans les années 1940. Ce roman a pour épigraphe (= pensée, sentence placée en tête d'un livre, d'un ouvrage, d'un chapitre pour en résumer l'esprit, Larousse) une phrase de Robinson Crusoé, de Daniel Defoe :

« Il est aussi raisonnable de représenter une espèce d’emprisonnement par une autre que de représenter n’importe quelle chose qui existe réellement par quelque chose qui n’existe pas. ».

Camus invite donc explicitement le lecteur à lire l'intrigue en s'efforçant à l'analogie. Au vu de l'époque, celle-ci paraît évidente : voilà l'histoire du nazisme (appelée aussi « peste brune »). Le roman est ainsi une allégorie du bien et du mal, qui dévoile la lâcheté des uns, le courage des autres. Il sacralise les valeurs de solidarité qui seules peuvent guider les héros ordinaires.

Qui est l'auteur de La Peste ? Albert Camus, auteur de La Peste

Résumé du roman

L'apparition de la maladie

Un matin d'avril 194X, le docteur Rieux fait une découverte étrange : un rat mort sur le pas de sa porte. D'emblée, il pense à une blague cynique des enfants du quartier ; il prévient alors le concierge de l'immeuble, Monsieur Michel, qui vient lui-même s'en assurer. Ils demeurent intrigués, mais n'envisagent pas qu'il puisse s'agir là du début d'une épidémie. Par ailleurs, le docteur Rieux est trop occupé par l'état maladif de sa femme pour y penser plus longtemps : il doit à ce titre l'emmener à midi à la gare pour qu'elle rejoigne le village voisin, mieux équipé médicalement. Quelques jours plus tard, les journaux font état d'une autre découverte macabre, d'une toute autre ampleur : des milliers de rats ont été trouvés morts, sans raison apparente. Les habitants se questionnent sur la propreté de la ville, tout en s'effrayant des potentielles conséquences. La ville s'empresse de tout nettoyer ; les tensions diminuent à la faveur des journalistes qui rapportent une baisse de la mortalité chez les rats. Pourtant, les tentatives de minimiser l'événement se heurtent à la réalité : la maladie vient bientôt frapper les hommes, avec le concierge pour première victime. Malgré les efforts du docteur Rieux, Monsieur Michel décède rapidement. Le médecin est touché par ce décès si brutal, dont il n'a pas pu identifier les symptômes… Peu après la mort du concierge, un employé de mairie, Grand, vient consulter le docteur Rieux, inquiété par le nombre de rats morts. Cottard, lui, tente de se suicider mais est ramené à la raison par le médecin. Celui-ci, ayant l'intuition que la peste est la maladie en question, cherche une confirmation dans le diagnostic de son confrère Castel. La bactérie est bien « le bacille yersinia pastis », celle caractérisant la peste. Rieux s'échine alors à convaincre la municipalité de placer la ville en quarantaine pour juguler la propagation de la maladie. Il obtient finalement gain de cause, la ville est fermée, interdite d'accès.

Où se déroule l'action de La Peste ? Oran en 1943

La peur dans la ville

Voilà la ville d'Oran seule avec la mer, ses habitants coupés du monde. Ce cloisonnement provoque un changement d'attitudes chez les habitants, pris de folie et de panique. Mais ils deviennent également méfiants, se renfermant sur eux-mêmes, développant un égoïsme violent. Le docteur Rieux tente quant à lui de soigner les patients malades. Rambert, un journaliste, sollicite son aide pour rejoindre sa femme qui se trouve à Paris ; mais il échoue à le convaincre, la situation étant trop dangereuse. Les deux deviennent néanmoins un soutien mutuel. Ils trouvent également dans Tarrou, le fils du procureur et extérieur à la ville, une aide précieuse ; celui-ci a confiance dans la force de l'Homme et dans sa capacité à surmonter cette épreuve, en s'appuyant sur la solidarité. Cottard, lui, semble se satisfaire de la situation, après avoir plaidé la folie pour expliquer sa tentative de suicide. Il profite de l'environnement anxieux pour se livrer à des trafics lucratifs. Grand entreprend, de son côté, la rédaction d'un livre mais reste désespérément bloqué sur la première phrase. D'une manière générale, la situation est critique : les gens se renferment et perdent goût dans la vie.

La propagation de l'épidémie

Trois mois se sont écoulés depuis les premiers rats décédés ; voilà l'été qui arrive, avec des tensions arrivées à leur point le plus haut. La propagation de la peste ne faiblit pas et les morts, si nombreux, ne peuvent plus être enterrés ; ils sont simplement jetés dans une fosse commune. La psychose gagne alors les habitants. Certains patientent mollement jusqu'à ce que leur heure soit venue ; d'autre, mus par l'instinct de survie, se livrent à des pillages de toute sorte. La municipalité d'Oran, dépassée, se voit obligée de réprimander et sanctionner les abus ; mais rien ne peut redonner espoirs aux gens. Ils ont perdu l'espoir de retrouver une vie normale et leur démence ne saurait être contrôlée par la justice.

Le miracle du sérum

L'automne est arrivé. Rambert obtient la possibilité de partir rejoindre sa femme à Paris mais, marqué par des mois de lutte aux côtés de Rieux et de Tarrou, il préfère rester pour continuer le combat. Néanmoins, le fils du juge Othon tombe malade à son tour. Rieux se trouve toujours impuissant et souffre lui-même de le voir souffrir. L'abbé Paneloux, touché par l'absurdité de la situation, commence à douter de sa foi et se réfugie dans la solitude. Las, il finit par mourir de la peste le crucifix dans la main, en ayant refusé les soins du docteur. Lorsque Noël arrive, c'est Grand qui est touché. Il se persuade qu'il est condamné ; mais, contre toute attente, le sérum développé par Castel devient soudainement efficace et il s'en sort. A cette nouvelle, la ville est rassérénée. Ils observent même le retour des rats. L'espoir renaît enfin et l'on peut le voir dessiner les traits du visage des habitants.

La fin du traumatisme

Le calme est de retour malgré la persistance de la maladie, mais dont les victimes sont toujours moins nombreuses ; la joie de vivre s'immisce à nouveau dans les cœurs. Néanmoins, parmi les dernières victimes, on déplore Tarrou, qui laisse son carnet de notes à son compagnon de lutte, le docteur Rieux. Cottard devient pour sa part complètement fou, lorsqu'il apprend la fin de l'épidémie : il tire sur des passants depuis la fenêtre de son appartement, et on l'incarcère. Cette même journée, le docteur est prévenu par télégramme du décès de sa femme, qui a succombé à la tuberculose. Il est alors accablé par la tristesse, après avoir lutté pratiquement un an contre un mal qui l'a éloigné d'elle. C'est en février que la ville peut finalement rouvrir ses portes. Les habitants en sont soulagés et savourent leur liberté retrouvée. Ils reçoivent l'expérience comme une leçon de vie. Le lecteur apprend finalement que le narrateur est bien le docteur Rieux, dont le nom était jusqu'alors resté tu. Tout l'ouvrage pouvait s'apparenter à un journal intime, procédé par excellence du témoignage, pour que personne n'oublie le passé.

Que symbolise La Peste ? An AFPU photographer kisses a small child before cheering crowds in Paris, 26 August 1944

Les personnages

PersonnageFonction symboliqueActions
Le docteur RieuxL'homme révoltéLutte contre la peste
Tente d'apaiser la souffrance des autres
Privilégie l'action à l'abstraction du langage
TarrouL'homme absurdeRenonce à l'action collective
Privilégie l'intellectualisation à l'action (et, en conséquence, meurt)
Le père PanelouxLa recherche d'une réponse à l'absurdeFoi aveugle en Dieu
CottardL'homme moyenProfiteur égoïste

Pistes d'analyse

Une analogie au nazisme

Comme l'épigraphe l'annonce, Camus invite à faire le parallèle avec la propagation du nazisme dans les années 30 et, plus particulièrement, avec l'occupation allemande en France qui a marqué la Seconde Guerre mondiale. Les tentatives d'éradiquer la peste sont ainsi destinés à représenter les actes de la Résistance. En réponse à Roland Barthes, Camus explique sa motivation dans une lettre ouverte de 1955 :

« La Peste, dont j’ai voulu qu’elle se lise sur plusieurs portées, a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme. La preuve en est que cet ennemi qui n’est pas nommé, tout le monde l’a reconnu, et dans tous les pays d’Europe. Ajoutons qu'un long passage de La Peste a été publié sous l'Occupation dans un recueil de Combat et que cette circonstance à elle seule justifierait la transposition que j'ai opérée. La Peste, dans un sens, est plus qu’une chronique de la résistance. Mais assurément, elle n’est pas moins. »

La peste, un symbole

Quelles sont les dimensions allégoriques de La peste ?

Dimension métaphysique : une allégorie de la condition humaine

  • Les habitants d'Oran représentent l'humanité toute entière
  • La ville d'Oran est équivalente à toute ville moderne
  • La peste touchant les hommes : absurdité de la condition humaine
  • La peste est également le symbole du mal présent à l'intérieur de l'Homme
  • La peste comme symbole de l'homme volontairement meurtrier

Dimension religieuse

  • La peste est un châtiment divin
  • La peste représente le poids du péché originel

Dimension historique

  • La peste comme le nazisme
  • La peste comme la guerre : « Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent toujours les gens aussi dépourvus »
  • Oran en quarantaine : la France occupée

Quelle est la portée de La Peste ? La Peste à Ashdod, Nicolas Poussin, 1630

Le combat contre l'injustice

Le personnage de Rieux est là pour incarner le combat contre l'injustice. Face aux plaintes et aux atermoiements des habitants, il témoigne – par son journal que le lecteur tient entre les mains, en premier lieu – du combat de l'humanité contre la maladie aveugle.

« Il faut être fou, lâche ou aveugle pour se résigner à la peste »

Il parle pour que le souvenir des mort reste ; il réfléchit à la condition humaine et montre qu'en chacun de nous demeurent plus d'admirable que de méprisable.

La victoire est fragile

Camus montre également à quel point la victoire est fragile, branlante. La peste est implacable et, en conséquence, la lutte est dure ; mais il est nécessaire de la continuer, de persévérer, au prix même de sa vie, fût-il nécessaire de prendre les armes. Rieux, comme il est dit à la fin de livre :

« savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. »

La prise de conscience

L'opposition entre la foule et Rieux, dans leur état d'esprit, montre également la nécessité de la prise de conscience. Dans la troisième partie, les cris d'allégresse des habitants témoignent de l'inconscience dangereuse tandis que Rieux se rappelle des cris d'agonie qui ont jalonné l'année passée. La menace demeure, tapie dans l'ombre, comme les rats sous les rues, invisibles jusqu'à la maladie qui advient.

Une réflexion sur la condition humaine

La peste figure également une condition humaine prisonnière de son destin. Dans la ville d'Oran malade, l'homme n'est plus que souffrance. La maladie symbolise alors le nazisme et l'occupation allemande. Pour la contrer : la résistance, menée par Rieux. Même impuissants, il s'agit pour les hommes de prendre conscience de la menace pour se révolter. C'est la révolte qui fonde ainsi notre humanité, et qui donne l'espoir de la victoire.

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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.

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