Beaumarchais ( 1732 – 1799 ) est fils d'un horloger parisien. Il invente à 20 ans un procédé d'horlogerie novateur. Présenté à la cour de Louis XV, il fréquente dès lors le monde de la noblesse. Il devient ainsi professeur de musique des filles du roi. A 26 ans, grâce à un premier mariage, il prend le nom de Beaumarchais et mène une vie d'homme d'affaires. Il effectuera ensuite des missions secrètes pour le compte du roi à Vienne et Londres, ses premières œuvres littéraire ne connaissent pas le succès.

Faussement accusé de corruption, il fait une brève expérience de la prison mais devient célèbre en 1775 avec La Barbier de Séville. Neuf ans plus tard, après avoir été interdit par Louis XVI, le Mariage de Figaro est un nouveau succès. Exilé pendant la Révolution, il revient en 1796 à Paris, où il assiste au triomphe de sa dernière pièce : La Mère Coupable.

1 : Le Maître de la comédie satirique

A la fin du 18e siècle, Beaumarchais renouvelle la comédie grâce à son personnage Figaro : c'est le descendant de valets de comédie et de personnages de romans picaresques ; il incarne le goût de la liberté, l'esprit frondeur, qui dénonce hypocrisies et abus de pouvoir.

Dans Le Barbier comme dans le Mariage, Beaumarchais tourne au ridicule la noblesse. Il oppose la valeur de l'individu au privilège du à la naissance. Ruses, surprises, rebondissements, vivacité du dialogue caractérise la comédie satirique de Beaumarchais. Il met ainsi les rieurs du côté des partisans de la liberté et annonce sur la scène la Révolution française.

2 : Le renouveau du théâtre du 18e siècle

La tragédie paraît un genre « périmé » après Corneille et Racine, et le public se désintéresse des intrigues religieuse et mythologiques trop éloignées du présent de leur actualité et surtout de la réalité sociale. Quant à la comédie, les auteurs cherchent à se débarrasser de la caricature des bourgeois telle que Molière a pu la pratiquer. Ils redoutent un rire trop subversif, à une époque où il faut rendre à la société civile ses lettres de noblesse et éduquer les esprits au beau et à l'honnête. Le « comique » devient un enjeu moral et politique : le théâtre doit « éduquer » une nouvelle classe moyenne en cours de constitution. La comédie perd un peu de se franche gaieté et gagne un côté « moralisateur ».

Marivaux invente la comédie « psychologique » : la psychologie des femmes y tient une place importante. Ses thèmes de prédilection sont la naissance du sentiment amoureux, les complications liées aux préjugés dus à la naissance, le manque de confiance, le mariage contrarié ( comme chez Molière, mais chez Marivaux, l'obstacle n'est plus la barrière sociale, mais celle de la psychologie, du sentiment ).

Beaumarchais reprend ce thème traditionnel : Dans LBDS, le mariage de Rosine et du compte Alamavia est menacé par les projets du docteur Bartholo, type du vieux barbon. Il renouvelle ce thème en faisant l'enjeu principal du MDF avec le mariage des valets.

On observe dans une redéfinition des genres, les personnages n'incarnent pas le ridicule ni des vices particuliers : il s'agit de rire devant un spectacle avant tout galant.

3 : Un renouveau des genres : les théories de Diderot

Dans la seconde partie du 17e siècle, la hiérarchie des genres était claire : la tragédie, genre noble mettant en scène des personnages de haut rang en proie à des passion s dont l'issue est la mort, représente l'idéal héroïque de la noblesse.

La comédie, elle, mettait en scène des personnages de basse condition, ou des bourgeois souvent caricaturés. Les thèmes dominants relèvent du quotidien.

Mais au 18e siècle, cette vision tranchée des genres ne correspond plus du public : il demande davantage de réalisme et une fidélité à la réalité quotidienne.

Diderot va redéfinir les frontières entre les genres et propose de distinguer :

- le genre tragique.

- le genre sérieux ( qui peut prendre la forme de la comédie sérieuse = comique dans le genre sérieux, ou la forme du drame = tragédie domestique ).

- la comédie.

Le drame apparaît donc comme un genre intermédiaire. Les personnages et sujets sont empruntés aux situations familiales et sociales familières à la bourgeoisie.

Beaumarchais, ironise sur cette classification des genres dans le BDS : « les citoyens ridicules et les rois malheureux, voilà tout le théâtre existant et je me le tiens pour dit ». Dans le MDF ( préface ), il dit également : « les vices, les abus, voilà ce qui ne change point, mais se déguise en mille formes sous le masque des mœurs dominantes ; leur arracher ce masque et les montrer à découvert, telle est la noble tâche de l'homme qui se voue au théâtre ».

C'est bien la mission remplie par Marceline ( III, 16 ) dans LMDF quand elle dénonce la condition des femmes, et la servitude dans laquelle elle sont maintenues dans une société dominée par les hommes. Le personnage du compte sert également à arracher le masque du libertinage masculin qui n'est qu'un moyen de couvrir le harcèlement dont sont victime les personnages féminins de condition inférieure, ici Suzanne.

Pour Diderot, de même que dans un tableau, le théâtre doit peindre les hommes de son siècle, non autour d'un « caractère » mais autour d'une « condition ».

Beaumarchais se sert lui aussi du tableau dans LMDF dans ses fins d'actes ( I, 10 / V, 19 ), pour présenter un groupe en scène, en mouvement et non figé. Le « tableau » a ici une valeur plus esthétique que moralisatrice.

4 : Le mariage de Figaro : entre tradition et renouveau

L'héritage : On retrouve dans le MDF, le goût de se moquer de l'actualité : la vénalité des charges lors du procès de Figaro, le sort des femmes ( III, 16 ), la censure, la condition des écrivains ( monologue V, scène 3 ).

On peut même voir une illusion à la propre actualité de l'auteur lorsqu'il est fait allusion à la « retraite économique » dans un « château fort », phrase qui peut se lire comme une allusion à l'emprisonnement de Beaumarchais en 1773.

Le couple maître – valet : est un ressort de l'intrigue, c'est aussi le thème du valet qui aide son jeune maître à lutter contre l'autorité des anciens pour rétablir une harmonie brisée.

On voit aussi une évolution des relations maître / valet tendues entre fidélité et désirs d'émancipation. Dans le premier volet de la trilogie, Figaro est un adjuvant du Compte : il l'aide à conquérir Rosine, la future comtesse. Dans la deuxième pièce, ils deviennent rivaux : le compte convoite la fiancée de Figaro, obligeant celui-ci à le tromper, à intriguer contre lui. L'émancipation du valet se fait au détriment de l'autorité du maître.

On lit l'influence des fabliaux et farces mais aussi celle de Molière. Nombre des pièces de Molière s'organisent autour d'un valet au service d'un jeune maître dont il sert les intérêts. On retrouve aussi la servante à l'œil aiguisé avec Dorine dans Tartuffe qui comprend avant les autres les manipulations, et Suzanne chez Beaumarchais, servante vive, habile et intelligente.

5 : Le renouveau

Les personnages – types sont renouvelés au 18e siècle. Le rôle des valets grossiers décline au profit du valet intriguant. On retrouve bien le vieux barbon autoritaire, jaloux, méfiant, mais aussi rusé et intelligent.

Le comte incarne au début de la trilogie le jeune premier amoureux, mais son personnage devient plus problématique en vieillissant.

Figaro héritier des valets fourbes et ingénieux de la commedia dell'arte ne se réduit cependant pas à ce type. Au début du Barbier, il liber et établi comme barbier,, et entre de son plein gré au service du compte dont il va chercher à s'affranchir.

Beaumarchais introduit une nouvelle caractéristique dans sa dramaturgie ; la tension entre le caractère et la condition : « Je veux que la situation de tous les personnages soit en opposition constante avec leurs désirs et le caractère que je leur ai donné ». Essai sur le genre dramatique sérieux.

Figaro montre cette dualité qui dénonce le décalage entre ses talents et le peu de reconnaissance sociale qu'il a obtenu.

Les unités de temps et lieu sont mises à mal : la pièce est un enchevêtrement de situations et de rebondissements, qu'il faut faire tenir dans une unité temporelle classique de 24 heures. La pièce commence le matin des noces de Figaro et Suzanne et elle se termine une fois la nuit tombée. L'espace est sans cesse éclaté, démultiplié en cachettes, comme le cabinet de toilette de la comtesse ( II ) où se cachent Suzanne, Chérubin, ou les pavillons de l'acte V, abritent les rendez-vous secrets.

Une nouvelle conception de l'intrigue : la pièce est construite autour de trois intrigues. La rivalité entre Figaro et le comte pour la possession de Suzanne, Marceline et ses projets de Mariage avec Figaro, l'idylle entre la comtesse et Chérubin. Viennent ensuite se greffer des intrigues secondaires : mariage Bartholo / Marceline, aventures amoureuses de Fanchette avec la comte et chérubin. Les personnages sont tantôt alliés tantôt rivaux. Les alliances entre personnages sont instables. Les situations ne cessent de s'inverser tout au long de la pièce.

Le mélange des genres dans la pièce : Diderot refusait le mélange des genres, Beaumarchais le pratique dans LMDF, où il joue sur divers registres : le sérieux, le pathétique et même parfois le tragique.

On trouve différentes formes de comique : le comique de farce ( gifles ), le comique de situation et comique de mœurs ( satire sociale ). On trouve aussi le pathétique ( reconnaissance entre Marceline et Figaro III, 16 ). On touche aussi à la tragédie quand Figaro évoque la mort possible de Chérubin sur un champ de bataille. De même, l'acte II voit se juxtaposer le comique et le pathétique ( irruption du Comte à la scène 10 ).

Le mélange des genres dans la trilogie : On passe d'une intrigue conventionnelle de la comédie dans le Barbier de Séville au drame dans La Mère Coupable. Chaque pièce, en quelque sorte opère un remaniement des genres, chaque journée est une étape dans l'histoire des personnages. « Turbulente jeunesse » du comte dans LBDS, puis les « fautes de l'âge virile » dans le MDF puis « tableau de la vieillesse » dans LMC selon Beaumarchais ( Préface de La Mère Coupable ).

Dans cet ensemble, Le MDF est le pivot entre comédie et drame, et la pièce elle-même est comédie et drame, rire mêlé aux larmes.

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Mathieu

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