La fable

LE LION ET LE MOUCHERON 

Va-t-en, chétif Insecte, excrément de la terre.
C'est en ces mots que le Lion
Parlait un jour au Moucheron.
L'autre lui déclara la guerre.
Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de Roi
Me fasse peur ni me soucie (1) ?
Un Bœuf est plus puissant que toi,
Je le mène à ma fantaisie.
À peine il achevait ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
Fut le Trompette et le Héros.
Dans l'abord (2) il se met au large,
Puis prend son temps (3), fond sur le cou
Du Lion, qu'il rend presque fou.
Le Quadrupède écume, et son œil étincelle ;
Il rugit, on se cache, on tremble à l'environ ;
Et cette alarme universelle
Est l'ouvrage d'un Moucheron.
Un avorton de Mouche en cent lieux le harcelle,
Tantôt pique l'échine, et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
La rage alors se trouve à son faîte montée.
L'invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée
Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.
Le malheureux Lion se déchire lui-même,
Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs,
Bat l'air qui n'en peut mais (4), et sa fureur extrême
Le fatigue, l'abat ; le voilà sur les dents.
L'Insecte du combat se retire avec gloire :
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va partout l'annoncer, et rencontre en chemin
L'embuscade d'une Araignée :
Il y rencontre aussi sa fin.
Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.

JEAN DE LA FONTAINE, Fables, Livre II, fable 9

 Lexique

(1) m'inquiète. A l'époque, le verbe n'était pas seulement pronominal comme maintenant
(2) dans la façon d'aborder, d'attaquer
(3) choisit son moment
(4) qui n'y peut rien

Quelles sont les caractéristique du genre de la fable ?
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Méthode du commentaire composé en poésie

Avant la lecture

Étude du paratexte

Il faut étudier le paratexte, c'est-à-dire le titre, de l'auteur, de la date, etc. Ces informations doivent être recoupées avec vos connaissances émanant du cours (courant littéraire, poète, recueil, etc.). Le titre engage également vers des attentes. Il donne des indices sur la nature du poème que le lecteur s'apprête à lire. En poésie, la forme est décisive : regarder le texte « de loin » permet d'avoir déjà une idée de la démarche du poète :

  • Vers, strophes ?
  • Si vers : vers réguliers, vers libres ?
  • Si vers réguliers : quel type de rimes ?
  • Le nombre de strophes

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Pour la lecture

Nous vous conseillons de lire le poème plusieurs fois, avec un stylo à la main qui vous permettra de noter ou souligner une découverte, une idée. 1ère lecture :

  • Identifier le thème général du poème
  • Identifier le registre : comique ? pathétique ? lyrique ? etc.
  • Identifier les procédés d'écriture pour diffuser le sentiment du registre choisi : l'exclamation ? La diérèse ? etc.

2ème lecture :

  • Dégager le champ lexical
  • Place des mots : un mot au début du vers n'a pas la même valeur qu'un mot placé en fin de vers
  • Déceler les figures de style (généralement très nombreuses dans un poème)
  • Travail sur les rimes : lien entre des mots qui riment, rimes riches ou faibles, etc.
  • Analyse du rythme avec les règles de métriques

En filigrane, vous devez garder cette question en tête pour l'analyse des procédés d'écriture : comme le poète diffuse-t-il son thème général et comment fait-il ressentir au lecteur ses émotions ?

Rédaction du commentaire

Partie du commentaireViséeInformations indispensablesÉcueils à éviter
Introduction- Présenter et situer le poète dans l'histoire de la littérature
- Présenter et situer le poème dans le recueil
- Présenter le projet de lecture (= annonce de la problématique)
- Présenter le plan (généralement, deux axes)
- Renseignements brefs sur l'auteur
- Localisation poème dans le recueil (début ? Milieu ? Fin ? Quelle partie du recueil ?)
- Problématique (En quoi… ? Dans quelle mesure… ?)
- Les axes de réflexions
- Ne pas problématiser
- Utiliser des formules trop lourdes pour la présentation de l'auteur
Développement- Expliquer le poème le plus exhaustivement possible
- Argumenter pour justifier ses interprétations (le commentaire composé est un texte argumentatif)
- Etude de la forme (champs lexicaux, figures de styles, rimes, métrique, etc.)
- Etude du fond (ne jamais perdre de vue le fond)
- Les transitions entre chaque idée/partie
- Construire le plan sur l'opposition fond/forme : chacune des parties doit contenir des deux
- Suivre le déroulement du poème, raconter l'histoire, paraphraser
- Ne pas commenter les citations utilisées
Conclusion- Dresser le bilan
- Exprimer clairement ses conclusions
- Elargir ses réflexions par une ouverture (lien avec un autre poème, un autre poète ? etc.)
- Les conclusions de l'argumentation- Répéter simplement ce qui a précédé

Ici, nous détaillerons par l'italique ou par titre les différents moments du développement, mais ils ne sont normalement pas à signaler. De même, il ne doit pas figurer de tableaux dans votre commentaire composé. Les listes à puces sont également à éviter, tout spécialement pour l'annonce du plan.

En outre, nous visons ici à une exhaustivité de l'analyse. Vos commentaires composés ne doivent pas être aussi longs que celui ici donné en exemple ; vous manquerez dans tous les cas de temps pour écrire autant !

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Commentaire composé du poème

Introduction

Jean de La Fontaine est un fabuliste du XVIIème siècle, resté notamment célèbre pour ses recueils de fables, publiés en trois tomes (1668, 1678 et 1693).

Celles-ci lui servent à dénoncer certains travers de son temps, à l’aide de métaphores et d’allégories. Elles doivent ainsi, selon le propre précepte de l’auteur, « plaire et instruire ». Il utilise souvent le règne animal pour représenter des classes sociales particulières. Ainsi, le lion de ses fables incarne souvent l’image du Roi.

Dans « Le Lion et le Moucheron », il décrit le combat entre un lion et un moucheron, dont le second ressort vainqueur, pour finalement périr dans la toile d'une araignée. Cet apologue s'inspire de celui d'Esope, poète grec, qui s'appelait quant à lui « Le cousin et le lion », où la moralité était : « Cette fable est écrite contre ceux qui abattent les puissants et sont abattus par les petits. »

Annonce de la problématique

Dès lors, comment La Fontaine se réapproprie-t-il la fable pour délivrer une double morale à son lecteur ?

Annonce du plan

Nous verrons dans un premier temps le caractère parodique de la fable, qui reprend les codes de l'épopée. Dans un second temps, il s'agira de montrer la portée de la personnification des deux animaux.

Comment La Fontaine présente-t-il le combat ?
Illustration de Grandville

Développement

Une parodie épique

La Fontaine raconte un combat entre un lion et un moucheron en reprenant les codes antiques de l'épopée. Si le rythme et le vocabulaire appartiennent bien au registre épique, il use également de procédés qui rendent sa fable parodique.

Un déroulé digne de l'épopée

La fable, dans sa partition, est dominée par le récit du combat entre le lion et le moucheron, qui tient entre les vers 1 à 29. C'est donc son sujet principal, sujet qui renvoie à l'épopée antique. Rappelons ici que l'épopée est un long poème qui vise à célébrer les exploits guerriers d'un héros. Or, ici, le héros semble bien être le moucheron.

Plusieurs choses semblent accréditer cette analyse :

  • l'insecte, ridicule moucheron contre le lion, puissant félin, rappelle le combat biblique entre David, le chétif homme, et Goliath, le géant : tout porte à croire que le moucheron va se faire littéralement écraser. Or, c'est bien l'inverse qui se passe : il s'agit, dès lors, d'un véritable exploit de la part de l'insecte.
  • La Fontaine utilise deux termes appartenant au champ lexical de l'épopée pour décrire le moucheron : « Trompette » et « héros » (v. 11). Il en fait ainsi un personnage épique, un héros qui mène la bataille (rôle de la « trompette)
  • Le récit du combat respecte le déroulement d'une bataille : d'abord, la déclaration de guerre (vers 1 à 8), puis la charge (vers 9 à 11), suivie de l'affrontement (vers 12 à 29) et enfin la déclaration du vainqueur (vers 30)

Si les étapes du récit suivent celui de la bataille, le style lui-même renvoie à l'épopée.

Un combat titanesque

On peut d'abord remarquer que La Fontaine utilise l'alexandrin et l'octosyllabe pour rythmer son récit. Le premier type de vers est celui traditionnellement réservé aux grands récits nobles : il y a donc là une correspondance entre fond et forme.

Toute la fable est en outre portée par le champ lexical de la guerre : « guerre » (vers 4), « charge » (vers 10), « ennemi » (vers 23), « combat » (vers 30), « gloire » (vers 30), « victoire » (vers 31), etc.

Mais les mots du fabuliste entretiennent également le sentiment du souffle épique, puisque l'histoire est narrée sur un rythme très enlevé :

  • alternance d'alexandrins et d'octosyllabes qui dynamisent le récit
  • rimes croisées, suivies ou embrassées, qui s'entremêlent, pour donner l'impression de foisonnement pareil au vol du moucheron et aux mouvements de la queue du lion
  • le passage au présent, à partir du vers 12, donne une actualité vive à la bataille
  • l'utilisation d'un enjambement, aux vers 15-16, souligne la colère du lion en même temps qu'il fait voir une superposition de tous les états, comme si le lion ne savait plus où donner de la tête, lequel de ses sentiments écouter
  • l'anaphore sur « tantôt » donne l'impression de voir le moucheron virevolter dans l'air, à l'aise dans tous ses mouvements, virtuose de l'aviation

Il ne faut pourtant pas oublier que La Fontaine raconte l'affrontement entre un moucheron et un lion. L'idée même de se pencher en ces termes sur ce sujet invite à y voir un côté parodique...

La parodie et le burlesque

Rappelons d'abord que le registre burlesque consiste à traiter d'un sujet futile avec des termes nobles - soit exactement ce que réalise La Fontaine en parlant d'un lion et d'un moucheron comme s'il s'agissait réellement de David et de Goliath...

Notons aussi que le traitement parodique est en quelque sorte d'emblée annoncé par La Fontaine, puisque son premier vers « Va-t-en, chétif Insecte, excrément de la terre. » est une reprise parodique d'une stance composée par Malherbe, grand poète français, contre le Maréchal d'Ancre, disant : « Va-t-en à la malheure, excrément de la terre ».

La Fontaine n'hésite pas à utiliser l'hyperbole pour augmenter le décalage : « presque fou » (vers 14), « à son faîte » (vers 22), c'est-à-dire à son maximum ou encore « fureur extrême » (vers 28), ce qui est pratiquement un pléonasme !

Surtout, on perçoit l'amusement de l'auteur en certains endroits, notamment aux vers 17 et 18, lorsqu'il dit :

Et cette alarme universelle

Est l'ouvrage d'un Moucheron.

Il y a un évident décalage entre la taille de la conséquence (universelle, c'est-à-dire qu'elle touche tout le monde !) et celle de la cause (un simple « moucheron » !).

Que représente le lion dans les Fables de La Fontaine ?
Eugène Delacroix, Lion et Serpent, 1846

Transition

En parodiant l'épopée, La Fontaine se donne de la marge pour annoncer une morale d'autant plus forte qu'elle est double.

Une fable symbolique

En personnifiant les deux animaux qu'il met en scène, La Fontaine annoncent à son lecteur la dimension symbolique de son récit, qu'il finit par sanctionner d'une double morale.

Le lion et le moucheron : des animaux personnifiés

Fidèle à son habitude, La Fontaine présente deux animaux anthropomorphes, c'est-à-dire aux attitudes humaines. C'est ainsi qu'ils parlent comme des hommes (le premier vers est du discours direct), qu'ils se battent comme des hommes (le moucheron est une « Trompette »), qu'ils crient victoire ou défaite comme des hommes.

Mais chacun d'eux représente un type d'homme particulier, facilement décelable :

  • le lion, roi des animaux, est décrit avant tout par ses attributs physiques : « museau » (vers 20), « dent » (vers 24),  etc. Ceci montre que chez lui, la force prime. C'est la brute qui ne réfléchit pas. Le vers 5 rappelle qu'il est le « Roi », et cela engendre chez lui une posture condescendante, qui lui fait voir le moucheron comme inoffensif (ce qui amènera sa perte).
  • le moucheron, quant à lui, est un rusé, pareil à Ulysse, le « héros » (terme utilisé par La Fontaine) de l'Odyssée ; il gagnera la victoire grâce à une stratégie militaire qui mise sur ses forces, c'est-à-dire son agilité à voler, sa rapidité d'exécution. Pour autant, la fin du récit (vers 31 à 34), très abrupte, fait voir un moucheron très orgueilleux, qui meurt de s'être trop vanté.

C'est que le récit de La Fontaine vise à mettre en garde les personnes qui peuvent s'identifier à ces archétypes...

Deux morales qui mettent en garde

La Fontaine annonce explicitement à son lecteur que sa fable doit être un enseignement :

 Quelle chose par là nous peut être enseignée ?

Notons que le « nous » fait référence au genre humain, et que La Fontaine s'inclue dans les apprenants. Par-là, il se différencie du moucheron, qui est mort à cause de son orgueil.

Deux morales, donc, se dégage du récit du fabuliste :

  • à la différence du lion, il ne faut pas faire preuve de prétention devant des adversaires que l'on juge plus petit que soi. Le Lion a vu dans le moucheron un animal « chétif » et n'a pas perçu le danger.
  • que la mort n'est pas une affaire de grand événement, et qu'elle peut surgir de partout - chose que le moucheron a oublié, lui qui meurt pris dans les filets invisibles d'une araignée

Quelque part, ces deux morales se rejoignent en une : il ne faut pas pécher par orgueil, et rester prudent face à des situations que l'on croit maîtriser. La mort du moucheron, qui intervient en deux octosyllabes, est très rapide, et inattendue : ceci met en garde le lecteur vis-à-vis de la propre possibilité de sa mort.

Qui sont les personnes visées par La Fontaine ? Le Roi, d'abord, que figure souvent le lion, et qui doit prendre garde à ne pas utiliser inutilement sa force. Les courtisans, ensuite, incarnés par le moucheron, que le Roi doit avoir à l'oeil.

A qui La fontaine destinait-il ses fables ?
Louis XIV and His Family, Nicolas de Largillierre, 1710

Conclusion

En parodiant un récit épique, La Fontaine réalise bien le but visé par l'apologue : instruire, et plaire.

Plaire, d'abord, parce que son récit rappelle les plus grandes histoires antiques et bibliques, tout en amusant son lecteur par la mise en scène burlesque d'un lion se faisant terrasser par une mouche.

Instruire, ensuite, parce que ses deux personnages meurent par péché d'orgueil, et abordent la question de la fragilité de toute vie humaine, en intimant à la mesure.

En cela, parce qu'elle accuse le moucheron lui-même mortel, cette fable va plus loin encore que « Le Chêne et le Roseau », même si l'on perçoit la similitude des morales.

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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.