Argumenter, cela consiste dans la réunion de moyens rhétoriques (« Technique du discours; ensemble de règles, de procédés constituant l'art de bien parler, de l'éloquence. », définition du CNRTL) pour persuader quelqu'un, l'amener à adopter un point de vue en organisant ces moyens selon une stratégie.

Le locuteur (celui qui parle) choisit des arguments et des modes de raisonnement, les regroupe, les enchaîne ou bien les oppose dans un plan, en fonction d'une visée précise : soutenir une thèse (c'est-à-dire une idée, un avis) ou réfuter une thèse adverse.

Cela sous-entend que la stratégie argumentative est inséparable de la situation d'énonciation :

  • qui parle ?
  • le locuteur (celui qui parle) argumente-t-il tout seul ? devant un autre ?
  • y a-t-il une thèse défendue ? une thèse combattues ? plusieurs thèses en jeu ?

Les moyens de l'argumentation

Choisir les arguments

Plusieurs types d'arguments sont à même d'étayer une thèse. Certains la valide rationnellement (= par la raison), d'autres cherchent à émouvoir (= toucher aux sentiments de l'auditeur) :

  • les arguments de logique, par leur rationalité, servent une démonstration presque mathématique ; leur vérité découle logiquement d'une affirmation. Par exemple : « Être libre, c'est ne pas être esclave. »
  • les arguments de valeur qui se réfèrent à un système de valeurs qui sont évidents pour une société donnée : « la femme est l'égale de l'homme. »
  • les arguments d'expérience, qui sont souvent fondés sur l'expérience, le constat : « La girafe mange les feuilles des arbres. »
  • Les arguments d'autorité qui s'appuient sur des références reconnues, légitimes (la littérature, la religion, l'expert, le médecin, etc.). Il s'agit d'arguments de force : le locuteur présuppose l'adhésion de son destinataire à cette autorité. Par exemple : « Montesquieu défendait la séparation des pouvoirs ! »
  • L'argument ad hominem qui consiste à discréditer la personne de l'adversaire plutôt que de combattre ses idées. Par exemple : « Tu as fait de la prison, tes idées ne sont pas recevables. »
A quoi reconnaît-on l'argumentation ?
Jusepe de Ribera, Deux Philosophes, vers 1612

En parallèle des ces arguments existe la pure opinion, qui veut faire passer un point de vue subjectif, particulier, individuel, pour une vérité universelle. En outre, l'argument doit être adapté à la situation, sous peine de manquer de force.

Enchaîner les arguments

Pour être efficace, un argument doit s'inscrire dans une chaîne logique : un texte est d'autant plus persuasif qu'il obéit à une organisation nécessaire.

Les connecteurs, qui sont des mots de liaison, aident à rendre compte de la logique d'une argumentation : ils articulent les arguments, ils manifestent la cohérence d'ensemble d'un texte.

Il y a :

  • les connecteurs logiques : mais, donc, car, parce que, etc.
  • les connecteurs pour la succession : d'abord, ensuite, en outre, etc.

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Organiser le raisonnement

Le plan d'une argumentation doit amener graduellement le destinataire à adopter le point de vue du locuteur. En conséquence, la thèse peut être annoncée au début, comme une vérité à démontrer pour la suite, ou bien présentée à la fin, comme une conclusion imposée par le raisonnement qui précède.

Différents types de raisonnement d'ensemble sont possibles :

  • la déduction : l'enchaînement d'énoncés généraux dégage une conséquence logique, sous forme de proposition particulière (comme l'extrait donné plus loin du Discours de la méthode, de Descartes). Le syllogisme est un cas particulier du raisonnement déductif : une conclusion particulière est appelée par deux généralités (« Les chevaux rapides sont rares ; or, les chevaux rares sont chers, donc les chevaux rapides sont chers. »)
  • l'induction : c'est l'inverse de la déduction, puisque le locuteur part d'observations particulières pour arriver à une idée générale (nous en avons un bon exemple avec les discours platoniciens)
  • l'analogie : le raisonnement compare des réalités comparables et transfère à l'autre ce que l'on peut dire à propos de l'une

Ce sont ces stratégies d'argumentation qui doivent donner le statut des exemples : sont-ils de simples illustrations ou prennent-ils le poids de véritables arguments ?

En outre, ces raisonnements peuvent connaître des déviances :

  • l'ellipse, ou enchaînement elliptique : l'argumentation passe sous silence un élément, qui peut être la thèse elle-même
  • la corruption volontaire, comme des fautes logiques dans l'induction ou dans la déduction
  • etc.

Descartes (1596-1650), Discours de la méthode (1637)

Essayez de déterminer les différents moments de l'argumentation déductive de René Descartes, dans la quatrième partie du Discours de la méthode :

Je ne sais si je dois vous entretenir des premières méditations que j'y ai faites ; car elles sont si métaphysiques (1) et si peu communes, qu'elles ne seront peut-être pas au goût de tout le monde : et toutefois, afin qu'on puisse juger si les fondements que j'ai pris sont assez fermes, je me trouve en quelque façon contraint d'en parler. J'avais dès (2) longtemps remarqué que pour les moeurs (3) il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu'on sait être fort incertaines, tout de même que (4) si elles étaient indubitables, ainsi qu'il a été dit ci-dessus : mais pour ce (5) qu'alors je désirais vaquer (6) seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu'il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s'il ne resterait point après cela quelque chose en ma créance (7) qui fût entièrement indubitable. Ainsi, à cause que (8) nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu'il n'y avait aucune chose qui fût telle qu'ils nous la font imaginer ; et parce qu'il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes (9), jugeant que j'étais sujet à faillir (10) autant qu'aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j'avais prises auparavant pour démonstrations ; et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons étant éveillés nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu'il y en ait aucune pour lors (11) qui soit vraie, je me résolus de feindre (12) que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus vraies que (13) les illusions de mes songes. Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et remarquant que cette vérité : Je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.

[...]

Lexique :

(1) Abstraites, au-delà de la physique
(2) depuis
(3) habitudes et morale de la culture
(4) comme
(5) parce que
(6) m'occuper
(7) opinion
(8) parce que
(9) raisonnements faux
(10) échouer

La responsabilité contractuelle est simplement l'exécution forcée de l'obligation.
Un portrait de René Descartes
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Argumenter contre

L'argumentation peut se mettre au service d'une thèse personnellement défendue, ou bien s'opposer à la thèse d'autrui.

Réfutation et discussion

L'argumentation se transforme en dialogue, en discussion ou en lutte (verbale). Il faut alors, grâce aux différents marqueurs textuels tels que pronoms, verbes, modalisation, etc. identifier les positions (les locuteurs, aussi) en présence.

Il est tout à fait possible d'intégrer la thèse de l'adversaire à son propre raisonnement en anticipant ses objections sous forme de concession (« certes » est un marqueur de ce procédé, par exemple), ce qui réduit les possibilités de réponse en anticipant soi-même les objections que l'on pourrait se voir opposer.

Il est également possible de procéder par opposition à l'aide de termes comme « mais » ou « cependant », qui marquent l'affrontement, pour comparer les deux thèses pour montrer la supériorité de la sienne.

Montaigne, dans ses Essais, illustre efficacement le principe de réfutation :

Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a autre fondement parmi eux, que la seule jalousie de la vertu. Ils ne sont pas en débat de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette liberté naturelle, qui les fournit sans travail et sans peine, de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point, de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent ; tout ce qui est au delà est superflu pour eux. Ils s’entr’appellent généralement ceux de même âge, frères ; enfants, ceux qui sont au-dessous ; et les vieillards sont pères à tous les autres. Ceux-ci laissent à leurs héritiers en commun, cette pleine possession de biens par indivis, sans autre titre que celui tout pur que nature donne à ses créatures, les produisant au monde.

Montaigne, « Des cannibales », Essais, Livre I, Chapitre 31

Discréditer

Un locuteur peut également choisir, plutôt que de discuter la thèse adverse, de disqualifier l'autre en raisonnant par l'absurde, en montrant que ses arguments ont des conséquences illogiques ou inacceptables. Cela peut permettre de ridiculiser l'autre, en parodiant son discours, et en emportant l'adhésion du public.

Il faudra alors repérer la dialectique existant entre les deux positions et les deux paroles : qui reprend les paroles de qui ? Qui ridicules qui ?

Un bon exemple de discrédit se trouve dans la parodie de Leibniz - philosophe qui défend l'idée que le monde tel qui est ne pourrait pas être meilleur - que fait Voltaire, dans son conte philosophique Candide, ou l'Optimisme (1759) :

Pangloss répondit en ces termes : « Ô mon cher Candide ! vous avez connu Paquette, cette jolie suivante de notre auguste baronne ; j’ai goûté dans ses bras les délices du paradis, qui ont produit ces tourments d’enfer dont vous me voyez dévoré ; elle en était infectée, elle en est peut-être morte. Paquette tenait ce présent d’un cordelier très-savant qui avait remonté à la source, car il l’avait eu d’une vieille comtesse, qui l’avait reçu d’un capitaine de cavalerie, qui le devait à une marquise, qui le tenait d’un page, qui l’avait reçu d’un jésuite qui, étant novice, l’avait eu en droite ligne d’un des compagnons de Christophe Colomb. Pour moi, je ne le donnerai à personne, car je me meurs.

— Ô Pangloss ! s’écria Candide, voilà une étrange généalogie ! n’est-ce pas le diable qui en fut la souche ?

— Point du tout, répliqua ce grand homme ; c’était une chose indispensable dans le meilleur des mondes, un ingrédient nécessaire ; car si Colomb n’avait pas attrapé dans une île de l’Amérique cette maladie qui empoisonne la source de la génération, qui souvent même empêche la génération, et qui est évidemment l’opposé du grand but de la nature, nous n’aurions ni le chocolat ni la cochenille ; il faut encore observer que jusqu’aujourd’hui, dans notre continent, cette maladie nous est particulière, comme la controverse. Les Turcs, les Indiens, les Persans, les Chinois, les Siamois, les Japonais, ne la connaissent pas encore ; mais il y a une raison suffisante pour qu’ils la connaissent à leur tour dans quelques siècles. En attendant, elle a fait un merveilleux progrès parmi nous, et surtout dans ces grandes armées composées d’honnêtes stipendiaires bien élevés, qui décident du destin des États ; on peut assurer que, quand trente mille hommes combattent en bataille rangée contre des troupes égales en nombre, il y a environ vingt mille vérolés de chaque côté.

Que critique Montaigne dans ses essais ?
Fernando Richart Montesinos, Entrada triunfal en Valencia de Jaime I el Conquistador, 1884

Les genres de la persuasion

Textes argumentatifs

Certains genres littéraires sont argumentatifs par nature : l'auteur s'adresse explicitement aux lecteurs dans le but de les persuader. La stratégie rhétorique est alors la forme même du texte et nous avons affaire à une seule et même voix - celle de l'auteur.

On retrouve à ce niveau des textes organisés autour d'une thèse :

  • l'essai
  • le manifeste
  • le pamphlet
  • le traité

« Morceaux » argumentatifs

Pour autant, n'importe quel genre littéraire peut contenir des passages à visée argumentative.

Le roman et le théâtre peuvent ainsi mettre en scène des personnages qui défendent des thèses, notamment à travers des scènes de dialogue. Il vous faut alors identifier la mise en situation de cette argumentation :

  • qui sont les personnages en présence ?
  • quel est l'effet de l'argumentation sur les autres personnages ?
  • quel est la position du lecteur vis-à-vis de cette scène ?
  • l'auteur défend-il son propre point de vue à travers l'argumentation mise en scène ?

Enfin, des textes peuvent cacher une visée persuasive sans le montrer : un récit ou une description, qui semblent a priori seulement livrer des faits, contiennent en fait une thèse implicite, d'autant plus efficace qu'elle est dissimulée. Charge au lecteur de repérer les mots, les connotations, les détails qui trahissent la volonté argumentative d'un auteur malicieux.

Ainsi, dans Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley (1932), l'auteur met en scène une dystopie (= société imaginaire où l'individu est soumis à l'obéissance ou à l'illégalité) dans laquelle chaque scène est, finalement, une argumentation en faveur de la liberté individuelle et de la tolérance :

L'un des étudiants leva la main ; et, bien qu'il comprît fort bien pourquoi l'on ne pouvait tolérer que des gens de caste inférieure gaspillassent le temps de la communauté avec des livres, et qu'il y avait toujours le danger qu'ils lussent quelque chose qui fît indésirablement « déconditionner » un de leurs réflexes, cependant... en somme, il ne concevait pas ce qui avait trait aux fleurs; Pourquoi se donner la peine de rendre psychologiquement impossible aux Deltas l'amour des fleurs ?

Les stratégies indirectes de l'argumentation

L'exemple précédent nous montre qu'une argumentation peut être implicite. Cela peut même la rendre d'autant plus efficace : l'auteur ne formule pas directement sa thèse, ce qui donne au lecteur l'impression d'interpréter librement. Pourtant, l'auteur est capable d'orienter une lecture avec des techniques allant de la suggestion à la manipulation.

L'implicite

L'implicite est ce que l'on ne formule pas, mais ce que porte un propos d'une façon ou d'une autre dans l'énoncé.

Il faut distinguer le présupposé, le sous-entendu et l'insinuation.

Le présupposé

Le présupposé, qui est une idée nécessairement impliquée dans ce qui est dit.

Par exemple : « Je ne fais plus de football. » (1) veut dire « Avant, je faisais du football. » (2) Si, en apparence, l'énoncé (2) ne faisait pas partie de l'intention du locuteur au moment où il prononce l'énoncé (1), ce présupposé peut pourtant soutenir une visée argumentative. Par exemple, mettre en avant son côté sportif, mais sans le dire vraiment...

Dans Le Neveu de Rameau, écrit par Diderot (1762), la réplique de « Moi » fait par exemple voir un présupposé argumentatif pour l'auteur : répondre « vanité » à une question qui convoque l'amour du rapport amical, c'est montrer la radicalité du « lui » :

Lui : Imaginez l’univers sage et philosophe ; convenez qu’il serait diablement triste. Tenez, vive la philosophie, vive la sagesse de Salomon : boire de bons vins, se gorger de mets délicats, se rouler sur de jolies femmes, se reposer dans des lits bien mollets ; excepté cela, le reste n’est que vanité.
Moi : Quoi ! défendre sa patrie ?…
Lui : Vanité ! Il n’y a plus de patrie : je ne vois d’un pôle à l’autre que des tyrans et des esclaves.
Moi : Servir ses amis ?…
Lui : Vanité ! Est-ce qu’on a des amis ? Quand on en aurait, faudrait-il en faire des ingrats ?

Comment se finit la pièce Le Mariage de Figaro ?
Pierre Paul Rubens, La Fête de Vénus, 1636

Le sous-entendu

Le sous-entendu suppose une intention, contrairement au présupposé : il exige alors un décryptage par le lecteur, ou le destinataire du discours. A certains indices (temps, connotations, intonations), ceux-ci doivent comprendre que le locuteur dit plus que ce qu'il ne dit réellement, alors même que ce non-dit est le vrai contenu de son message.

Par exemple : « Mon ex-mari était très gentil, lui. » peut signifier « Vous ne l'êtes pas. », où « très » et « lui » indiquent le potentiel sous-entendu du locuteur.

L'insinuation

L'insinuation est un type de sous-entendu malveillant d'une grande force et qui vise à disqualifier son adversaire.

L'insinuation peut se révéler très efficace dans la mesure où le locuteur peut la nier a posteriori, tandis qu'une déclaration explicite ne peut plus être niée.

Par exemple, étudiez les insinuations contenues dans le discours d'Antoine, qui défend César auprès de la foule, dans Jules César (1599), de Shakespeare (acte III, scène 2) :

Antoine. — [...] je viens pour ensevelir César, non pour le louer. Le mal que font les hommes vit après eux ; le bien qu’ils font est souvent enterré avec leurs os ; qu’il en soit ainsi pour César. Le noble Brutus vous a dit que César était ambitieux ; s’il en était ainsi, c’était un grand défaut, et César l’a grandement payé. Ici, avec la permission de Brutus et des autres, — car Brutus est un homme honorable, et ainsi sont-ils tous, tous hommes honorables, — je viens parler pour les funérailles de César. Il était mon ami, il fut envers moi fidèle et juste ; mais Brutus dit qu’il était ambitieux, et Brutus est un homme honorable. Il a conduit ici, dans Rome, bien des captifs, dont les rançons ont rempli les coffres publics ; est-ce en cela que paraissait l’ambition de César ? Lorsque les pauvres ont crié, César a pleuré : l’ambition, me semble-t-il, devrait être faite d’une plus rude étoffe : cependant Brutus dit qu’il était ambitieux, et Brutus est un homme honorable. Vous avez tous vu qu’aux Lupercales, je lui ai présenté trois fois une couronne royale, et que trois fois il l’a refusée : était-ce là de l’ambition ? cependant Brutus dit qu’il était ambitieux, et à coup sûr Brutus est un homme honorable. Je ne parle point pour désapprouver ce qu’a dit Brutus, mais je viens parler ici de ce que je sais. Vous l’aimiez tous autrefois, et non sans cause ; quelle cause auriez-vous donc maintenant de lui refuser vos larmes ? Ô jugement tu t’es réfugié chez les bêtes brutes, et les hommes ont perdu leur raison ! Veuillez me supporter avec patience ; mon cœur est ici dans ce cercueil avec César, et il faut que je m’arrête jusqu’à ce qu’il me revienne.

L'ironie

Les caractéristiques de l'ironie

L'ironie est une antiphrase qui consiste à faire comprendre le contraire de ce que l'on dit. Elle repose sur une espèce de dédoublement de la personne du locuteur : celui-ci prononce des paroles qu'il n'assume pas, comme s'il citait quelqu'un d'autre pour s'en moquer.

Ainsi, l'ironie sert à disqualifier ceux dont on fait semblant d'adopter la pensée. Dans un récit à la troisième personne, le narrateur peut donc sembler adopter un point de vue et un discours auxquels l'auteur n'adhère pas.

A l'instar du sous-entendu, le locuteur compte sur la capacité du lecteur (ou du destinataire) à décrypter correctement le message. Pour ce faire, il lui adresse des signaux à même de marquer l'ironie : intonations, gestes, exagérations, litotes, contradictions, etc.

Le XVIIIème siècle, particulièrement, a fait un large usage de l'ironie, pour dénoncer les horreurs de l'histoire et les moeurs de leurs contemporains.

Etudiez par exemple les effets de l'ironie dont use Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues (1911) :

Bretons. Tous braves gens, mais entêtés.
Diplôme. Signe de science - Ne prouve rien.
Luxe. Perd les Etats.
Mémoire. Se plaindre de la sienne, et même se vanter de n'en pas avoir. - Mais rugir si on vous dit que vous n'avez pas de jugement.
Mendicité. Devrait être interdite et ne l'est jamais.

L'allusion, ou une autre forme de l'ironie

L'allusion est un cas particulier : c'est une référence cachée à quelque chose qui n'est pas nommée mais que le destinataire doit reconnaître.

La force argumentative de l'allusion repose sur la complicité qu'elle crée entre le locuteur et le destinataire.

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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.