Première partie

1) La figure du rieur

Avant même d’analyser la nature du rire, interrogeons-nous sur la figure du rieur ?

Qui rit ? Aux dires de certains (et ils sont nombreux), le « rire est le propre de l’homme ». Si la phrase est rendue célèbre par Rabelais, dans l’avis « Aux lecteurs » de Gargantua, elle reprend en fait une assertion d’Aristote qui rend l’homme seul capable de rire. Parce qu’il est le seul être raisonnable, c’est-à-dire doué de raison mais aussi parce qu’il est sociable, l’être humain serait donc le seul à rire. Descartes ne contredit pas cette idée : si le rire en effet nécessite la raison, le bon sens, l’homme est le seul à pouvoir rire mais aussi, et c’est la grande nouveauté qu’apporte le philosophe, à la portée de tous les êtres humains.

Cf : Descartes, Le Discours de la méthode, «  Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » : tous les êtes humains sont doués de raison, et partant capables de rire.

Que dire des autres êtres vivants ? Certains courants de l’éthologie attestent la présence du rire chez des animaux comme certains primates ou encore les rats.

Cf : http://www.ratoupedia.org/wiki/Rire

Cf: « Le rire n'est plus le propre de l'Homme : les singes rient eux aussi, quand on les chatouille », Maxisciences.com, Info rédaction, publiée le 11 juin 2009

On peut toutefois se demander s’il est possible de considérer la présence du rire chez des êtres qui ne sont pas doués de la conscience de soi. Les psychologues comportementaux auraient tendance à dénier cette capacité des animaux à rire. Il faudrait en réalité distinguer l’humour du rire. Si le rire est un processus de réaction physique à un stimulus, l’humour a quelque chose de plus intellectuel. Ce serait donc dans cette brèche qu’il faudrait distinguer l’homme de l’animal, reformulant ainsi la phrase de Rabelais : « L’humour est le propre de l’homme. »

Quant aux différentes images qui nous sont livrées montrant des animaux riant, elles ne résulteraient en réalité que d’une interprétation de l’homme par rapport à des critères qu’il juge propres au rire chez l’homme : montrer ses dents par exemple…Au point qu’on peut se demander si de tous les animaux qui rient, le plus crédible n’est pas encore…La Vache qui rit !

Document: Images d’animaux qui rient.

Le petit d’homme rit également, aux éclats, parfois. Mais de quoi rit le jeune enfant ? Comment expliquer le mécanisme du rire, quand l’enfant ne saisit pas le langage, n’a pas d’expérience des chutes et de leur caractère comique. Bref, qu’est-ce qui peut bien faire rire un bébé de quatre mois ?

Document : C.W.Hess, « Neurologie du rire », in Revue Médicale Suisse, n°179, publiée le 12/11/2008. Voir le schéma d’après la communication de Hess

Plus encore, il est intéressant de voir ce qui conditionne l’apparition du rire chez l’homme. Que faut-il pour rire ? Cette éclosion exige une maturation triaxiale à la fois cérébrale, neurosensorielle et neuromusculaire suffisante ; le tout implique une degré de croissance suffisant. Le premier rire peut être situé entre deux et quatre mois et dépend également de la richesse en stimuli de son environnement familial, entre autres. Plus précisément, l’on sait aujourd’hui qu’au premier semestre, les stimuli tactiles-moteurs et auditifs sont efficaces (chatouillis, baisers sur le ventre, situations remuantes mais aussi les vocalisations maternelles ou les claquements de lèvres. Au second semestre de la vie de l’enfant interviennent les stimuli visuels notamment ceux comportant une note d’incongruité, de surprise ou de nouveauté (comme la mère arrivant masquée ou marchant à quatre pattes) mais aussi les stimuli sociaux (comme le jeu consistant en l’opposition apparition/ disparition). Le bébé passe alors progressivement d’une position passive à une position active anticipant la fin du stimulus connu avec l’émission d’un « rire anticipateur ». Dans la deuxième année on assiste à une autostimulation : l’enfant se crée des situations stimulantes déclenchant son rire (comme se cacher les yeux derrière les mains et les enlever quand on demande où il est)

Le rire du nourrisson s’inscrit dans une logique de tension-détente mais aussi dans le système de plaisir-déplaisir.

Cf : Eric Smadja, Le rire, II- Phénoménologie du rire, 3. les premiers rires, pp. 38-40, collection Que sais-je ?

Mutatis mutandis, on sait aussi que l’enfant sauvage peut apprendre à rire. Ce fut le cas de Victor, l’enfant trouvé en Aveyron qui au contact du Docteur Itard et surtout de sa gouvernante apprit à rire, témoignant ainsi, malgré son retard psychologique, d’une capacité d’analyse suffisante pour juger une situation drôle.

Cf : Jean Itard, Mémoire et rapport sur Victor de l’Aveyron. (1801 et 1806)

Les figures du rieur seraient donc multiples. Mais qu’est-ce que le rire ?

Conclusions

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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