Introduction

Les hommes politiques et les gouvernants, semblent condamnés au mensonge, à la trahison, voire au crime. Comme si la conquête du pouvoir était à ce prix. On peut se demander s'il ne serait pas possible tout de même de faire de la politique en gardant les mains propres. La question n'est pas de savoir si de fait, les gouvernants ont les mains propres, mais s'il est possible d'être un homme politique vertueux, non pas un homme politique cynique, mais soucieux d'agir dans le cadre de la morale, ou bien ne faut-il pas reconnaître la nécessité d'une certaine immoralité, d'un certain cynisme.

Machiavel, le machiavélisme ou la morale au service de la politique

Machiavel

Né à Florence en 1459, d'une famille modeste. La famille des Médicis règne alors sur la ville sauf entre 1494-1500. Il est surtout le contemporain d'une période particulièrement agitée, chaotique de l'histoire de Florence, en particulier de Savonarole, dominicain qui se veut l'apôtre d'une démocratie théocratique qui instaurerait le règne de Dieu, exécuté en 1498. Machiavel, a eu l'occasion d'assumer des responsabilités politiques, source du réalisme machiavélien. Le Prince, est publié à titre posthume en 1532, rédigé en 1513, après avoir été torturé mais qui dédie son livre à un Médicis.

Le machiavélisme

On dénonce souvent le machiavélisme en l'assimilant au cynisme et à l'absence de toute valeur morale. De fait, dans un texte célèbre, chapitre 18 du Prince, Machiavel se demande si les Princes "doivent être fidèles à leurs engagements". La réponse est claire pour lui, un "prince prudent, ne peut ni ne doit tenir sa parole que lorsqu'il le peut sans se faire tord". Pour Machiavel, le prince a deux manières de combattre (non pas de gouverner, ni d'administrer la chose publique, mais doit combattre ses ennemis de l'extérieur mais aussi les plus dangereux: de l'intérieur). La finalité ultime de la politique est le maintien de l'ordre et de la paix. Machiavel est un homme qui n'a qu'une obsession, c'est le maintien de l'ordre politique. Deux manières : la première est les lois qui sont donc une forme d'arme qui permet d'assurer l'ordre, peut importe qu'elles soient juste ou pas. La deuxième est la force dont la ruse, qui est donc pour lui une forme de violence, car le prince, s'il est prudent, doit être capable d'employer le mensonge, la manipulation … "Les animaux dont le prince doit savoir revêtir les formes sont le renard et le lion". La prudence est ici une vertu politique, l'habilitée dans les choix des moyens pour réaliser une fin. Le prince doit cultiver le paraître, il doit être capable de paraître vertueux, et ce parce qu'il est plus facile de voir ce qu'un homme paraît, que ce qu'il est réellement. Il y a une comédie du pouvoir que le prince doit assumer. Pour Machiavel, la finalité de la politique est l'ordre, la sécurité et cette conception de la politique repose sur une anthropologie particulièrement pessimiste. "Je n'aurais garde de donner un tel précepte {tenir sa parole que lorsque ...} si tous les hommes étaient bons, mais comme ils sont tous méchants et toujours prêts à manquer à leur parole, le prince ne doit pas se piquer d'être plus fidèle à la sienne". La finalité du gouvernement, de la politique au sens de l'art de gouverner, ce n'est pas pour Machiavel, le bonheur de la citée mais la survie, c'est-à-dire sa pérennité, sa conservation qui ne fait qu'un avec le maintien du pouvoir du prince. C'est pourquoi, pour Machiavel, il n'y a pas de différence fondamentale entre l'état de nature et l'état civil car l'un ne s'oppose pas comme la guerre à la paix, car l'état civil est une poursuite de la guerre par d'autres moyens (formule de Clausewitz – "la guerre n'est qu'une continuation de la politique par d'autres moyens"). Pour Machiavel, la politique est le continuation de la guerre par d'autres moyens, les lois notamment.

La politique au service de la morale

La conscience morale peut être choquée par le réalisme de Machiavel, que Jean-Jacques Rousseau salut dans le Contrat Social, dans le mesure ou ce réalisme semble inacceptable car la morale semble condamner toute forme de ruses, de machinations, de duperies.

La condamnation morale de la ruse

La ruse est immorale, dans la mesure où elle fait d'autrui un objet dont on se sert, un pur et simple moyen. La ruse comme le mensonge, est une atteinte à la dignité humaine. Mentir, ruser, c'est ne pas respecter autrui. Le mensonge contredit l'impératif kantien, qui pour lui exprime toutes les prescriptions morales ("agit de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien en ta personne qu'en la personne d'autrui, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen".) Il s'agit d'un impératif, qui nous commande donc de respecter l'humanité en opposition à l'animalité, ce qui signifie respecter en moi l'être humain, être raisonnable, susceptible d'agir aux lois morales. Cet impératif concerne aussi bien ma personne que la personne d'autrui, j'ai alors des devoirs aussi bien avec moi même qu'avec autrui, je dois faire tout ce que je peux pour développer en moi un caractère raisonnable ainsi que chez autrui. Enfin, cet être raisonnable doit toujours être considéré comme la finalité de mon action, et je ne dois jamais considérer l'autre comme un simple moyen. Pour Kant, il est possible de traiter l'autre comme un moyen, comme un chef d'entreprise avec ses salariés, mais à condition que l'autre soit en même temps une fin, c'est-à-dire que si l'esclavage est moralement condamnable, en revanche, l'ouvrier, est en même temps moyen et fin. Le mensonge est frappé chez Kant d’une interdiction morale absolue. Tout homme est obligé non pas de dire la vérité mais tout homme doit avoir l’intention de dire la vérité. Kant s’oppose ici à Benjamin Constant qui  prétend envers des assassins qui vous demanderaient si votre ami qu’ils poursuivent n’est pas réfugié dans votre maison, le mensonge ne serait pas un crime. Pour Kant, mentir c’est confondre le bien, le devoir et la recherche du bonheur. Or toute la morale kantienne est de bien distinguer entre eux la morale et la prudence car la morale commande en vue du souverain bien (union du bonheur et de la vertu) alors que la prudence commande en vue de certaines fins indépendantes de la morale. Distinction des impératifs catégoriques (impératifs inconditionnés qui s’imposent d’eux-mêmes, valeur intrinsèque) => tu ne dois pas mentir ; et des impératifs hypothétiques (subordonnés à une condition) => la prudence est constituée d’impératifs hypothétiques.

Qu’est-ce qu’une politique morale ?

La politique morale désigne une conception de la politique qui tient les principes de la politique comme conciliable avec la morale. Cette conception de la politique se fixe pour 1er but le règne d’une loi juste et comme 2ème but la paix perpétuelle qui sera elle-même l’effet de la justice. Kant s’oppose aussi bien à Aristote qu’à Mill qui au contraire donnent pour finalité à l’action politique le bonheur. Kant oppose le politique moral (=> sagesse politique, soumet l’art de gouverner à la morale) et le moraliste politique (=> prudence politique, soumet la morale à la politique de telle sorte que « il se fabrique une morale à la convenance des intérêts de l’homme d’Etat »). Pour Kant, non seulement la politique ne doit jamais enfreindre les prescriptions morales mais en outre elle doit être au service de la morale en s’efforçant d’instaurer la justice et la paix entre les hommes et donc de préparer cette fameuse cité cosmopolitique que l’histoire elle-même vise en tant que

Morale et responsabilité politique

Les mains sales

Charles Péguy : « Les Kantiens ont les mains propres car ils n’ont pas de mains. » => ils n’agissent pas. Sartre dans Les Mains sales s’inscrit dans le prolongement de la réflexion de Péguy, il oppose 2 personnages dans cette pièce : Hoederer (vieux chef politique qui accepte de pactiser pour tous les compromis) et Hugo (jeune homme intransigeant). Pour Hoederer, « tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces. La fin justifie les moyens. Pour Hugo, « tous les moyens ne sont pas bons ». La pureté est synonyme d’impuissance, d’irresponsabilité (Hoederer).

Machiavel, le machiavélisme et l’éthique de responsabilité

Le machiavélisme désigne l’emploi de la ruse pour parvenir à ses fins. (procès de Moscou, accumulation des faux témoignages, faux documents) = cynisme, absence de toute perspective morale. La pensée de Machiavel n’est pas machiavéliste car le recours à la ruse, à la force est recommandé lorsque la loi est impuissante. Donc pensée réaliste. (Rousseau salue Machiavel).

L’éthique de responsabilité

Max Weber, l’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme ; le Savant et le politique Max Weber définit 2 possibles : l’attitude correspondant à l’éthique de conviction et d’autre part celle correspondant à l’éthique de responsabilité. Dans le 1er cas importe avant tout la pureté des principes et l’éthique de conviction refuse tout compromis. Peut importe les conséquences d’une telle attitude. Au contraire, l’éthique de responsabilité se caractérise par le souci des conséquences prévisibles de nos actions. Pour l’éthique de responsabilité, « nous devon répondre des conséquences prévisibles de nos actes ». Ex : on peut considérer que l’impôt sur les grande fortunes est une exigence de justice sociale mais la responsabilité peut s’inquiéter de faire fuir les capitaux. Pour Weber, il ne faudrait pas croire que l’éthique de responsabilité exclut l’éthique de conviction. L’éthique de conviction et de responsabilité se complètent l’une l’autre et constituent l’œuvre authentique, cad un homme qui peut prétendre à la vocation politique. L’éthique de responsabilité doit savoir à un certain moment laisser parler l’éthique de conviction et donc fixer une limite. Conclusion : Machiavel enseigne au prince la nécessité lorsque les lois sont impuissantes du recours à la force et à la ruse. Cette prescription peut choquer moralement mais la conscience morale dans son désir de pureté se révèle impuissante, irresponsable. Ainsi la politique conduit bien souvent à se salir les mains et ce par éthique de responsabilité. Cependant cette éthique ne doit pas totalement étouffer l’éthique de conviction, il y a toujours un moment où il faut savoir s’arrêter, fixer une limite. Texte : Sartre, « Une victoire », Situations V => publié à propos d’un livre (la question de Henri Alleg, militaire français confronté à la torture en Algérie) . cette dénonciation de la torture n’est pas conduite par Sartre au o d’une pure et simple éthique de a conviction qui consisterait en raison de son inhumanité quand bien même elle pourrait être profitable. Sartre ne défend pas non plus la torture en invoquant l’éthique de responsabilité. La torture est tout d’abord vaine et il est inadéquat de la justifier par une quelconque efficacité car la torture vise avant tout l’humiliation d’autrui. Le tortionnaire se mesure avec le torturé et ce qui est en jeu c’est la dignité humaine de l’un et de l’autre, c’est pourquoi la torture privilégie toujours les gestes les plus humiliants.

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Olivier

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