L'homme est lié à son milieu,  il entretient avec lui des relations qui semblent spécifiques. D'une part, l'existence de ce que l'on nomme sa "culture" paraît le distinguer clairement de tous les autres êtres vivants. De l'autre cependant, le développement de cette même culture, en particulier dans ses aspects techno-scientifiques, fait surgir depuis quelques dizaines d'années une réflexion qui met en cause d'éventuels excès dans la façon dont l'homme accomplit son projet de devenir "maître et possesseur de la nature". Avant de décider s'il convient de freiner l'extension des pouvoirs humains sur la nature, il n'est pas inutile de se demander si l'homme est bien un être à part dans cette même nature.

I. La culture comme "mise à distance"

A. Une différence spécifique

Que les hommes soient des êtres "à part" dans la nature paraît en fait peu contestable. lorsque Aristote qualifie l'homme en général d'"animal raisonnable", il souligne déjà la différence qui le sépare des autres êtres vivants, et l'éloignement qu'elle instaure relativement à l'animalité ordinaire. Cette définition peut sembler un peu hâtive. Il n'en reste pas moins que l'anthropologie contemporaine confirme bien que l'homme instaure, par rapport à la nature immédiate, une distance considérable, qui est celle de l'élaboration culturelle. B. L'indétermination originelle. Comparé aux autres espèces (et même à ses plus prches ancêtres, tels que les préhistoriens tentent d'en reconstituer peu à peu la généalogie), l'être humain se caractérise par son indétermination initiale: être dépourvu d'instincts qui programmeraient son comportement et le condamneraient à demeurer semblable à lui même, il est d'unne certaine façon "condamné" à s'autodéfinir. C'est ce qu'avait saisi Rousseau, et c'est ce que redisent à leur manière, en soulignant que les problèmes constants que rencontrent les êtres humains peuvent donner naissance à des solutions très variables, les ethnologues aussi bien que, dans un autre langage, l'existentialisme sartrien? Quel que soit l'aspect initial de leur culture que l'on privilégie, les hommes nient le donné naturel immédiat.

B. La négativité

Alors que l'animal obéit à ses instincts et ne peut qu'en réaliser le programme, l'être humain n'a en lui que des pulsions l'autorisant à en varier les réalisations, et à se transformer en fonction des ses premiers acquis. Si la faim est bien, au départ, un besoin naturel relevant de la seule physiologie, la définition de ce qui est mangeable aussi bien que les façons de le préparer n'ont plus rien de commun avec la nature. On peut ici généraliser: tout ce qui, dans l'homme, est d'abord donné par la nature est élaboré de multiples façons, au point que, finalement, le corps humain n'est jamais accepté ou exhibé dans son état initial: il devient un corps pris en charge par les cultures, et se retrouve dès lors défini comme "humain" par les modifications (tatouages, cosmétiques, coiffures, bijou...) qui lui sont apportées. Cette négativité active de l'homme, c'est sans doute dans le travail qu'elle se manifeste avec ses conséquences les plus marquées.

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C'est parti

II. Travail, sens et valeur

A. La double transformation

En philosophie cours, l'analyse philosophique du travail, menée de Rousseau à Marx via Hegel, montre qu'il consiste en une double transformation: de la matière, mais aussi, et simultanément de l'homme lui même. En sorte que l'éloignement de l'homme par rapport à la nature n'en finit pas de s'accentuer, dans la mesure où le façonnage de la matière produit un homme différent de ce qu'il était, comme le montre la dialectique hegelienne du maître et de l'esclave, en soulignant que "l'esclave", précisément par ce qu'il transforme sa conscience en transformant le donné naturel immédiat, accède la véritable liberté. La particularité des hommes s'affirme de plus en plus à travers l'histoire, dimension de l'existence que leur action inaugure en quelque sorte et qu'ils sont les seuls à connaître. C'est au point que leur univers devient irréductible à l'ordre simplement naturel (c'est d'ailleurs à ce niveau, encore l'anthropologique, que Sartre reconnait la liberté).

B. La nature comme moyen

Pour l'homme qui travaille, la nature n'est donc qu'un moyen. l'univers des fins appartient exclusivement aux hommes, comme leur appartiennent les projets, les valeurs, et les significations. L'abeille ou le castor obéissent à des programmes physiologiques là où l'humain commence par imaginer un but et les moyens de l'atteindre. Marx : "ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat préexiste idéalement dans la tête du travailleur. "

C. L'univers du possible

La conception du but indique l'ouverture d'un domaine du possible, qui vient doubler la nature: l'homme s'interresse moins à ce qui est qu'à ce qui peut être. C'est pourquoi, ainsi que l'on pensait déjà au XVème siècle, Pic de la Mirandole, l'homme n'a pas dans la nature de statut ou de lieu prédéterminé et peut ainsi devenir ce qu'il veut, en bien ou en mal (De la dignité de l'homme). En d'autres termes, l'homme est "à part" parce qu'il est d'abord "nul part". Rousseau et les contemporains le répetent: les hommes sont en effet à part dans la nautre, parce qu'ils sont les seuls à agir au sens propre, ouvrant la dimension de l'histoire à travers laquelle ils se définissent en se modifiant, et parce qu'ils sont la source des valeurs ( eux seuls peuvent les concevoir ou les définir et elles n'ont d'existence que pour eux). Un certain anthropocentrisme se révèle ainsi obligatoire, même s'il n'est plus possible après Galilée d'affirmer que l'homme est "le centre du monde".

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III. Le problème des techniques dévastatrices

A. Excès de l'exploitation

L'opposition entre les hommes et leurs cultures (ou leurs sociétés) d'une part, et la nature de l'autre paraît toute fois de voir être penser aussi brutalement où Descartes considérait qu'allait advenir la maîtrise et la possession positives, par l'homme, de la nature. Le développement intense des sciences et des techniques a bien entraîner une exploitation de la nature, mais il résulte de cette dernière de sérieux déséquilibres qui mettent en cause, non seulement l'écologie, mais peut-être la survie des hommes eux-mêmes. Ce qui marque aussi leur place "à part" : l'homme est la seule espèce qui semble capable de se supprimer.

B. Une exploitation plus mesurée

Si au XVIIIème siècle le "bon sauvage" pouvait proposer une vision autre de la culture, capable de vivre en harmonie avec son milieu, la connaissance plus précise que nous avons aujourd'hui des sociétés "primitives" montre qu'elles ont une totale conscience d'occuper elles aussi une place à part dans la nature :l elles cherchent par divers moyens (magiques ou religieux) à se concilier les énergies de cette dernière, à faire en sorte que ce qu'elles lui empruntent ne la déséquilibre pas, ne provoque pas de sa part un réaction trop brutale. Précautions que le monde industriel n'a pas prises...

C. De quelle "nature" parle-t-on encore ?

Nul théoricien n'envisagerait aujourd'hui de répéter sérieusement ce que voltaire écrivait ironiquement à Rousseau : qu'il nous vient l'envie de retourner marcher à quatre pattes dans les forêts, sous prétexte d'arrêter le progrès technique, ne serait-ce que parce qu'il ne subsiste plus guère de forêts dans leur état "naturel" et que l'humanisation de la nature est à peu près universelle. S'il fallait d'ailleurs une preuve supplémentaire de la place à part qu'occupe l'homme dans la nature, elle serait fournir par le fait que ce qui nous apparaît comme "nature" résulte en fait des cultures humaines.

Conclusion

"C'est poétiquement que l'homme habite la terre", écrivait Hölderlin. Mais l'habitat des hommes est d'abord culturel et technique. Aussi les hommes peuvent ils revendiquer, en raison même de leur étrangeté relativement au reste du monde, la disposition d'un monde habitable selon leurs désirs. Que ces derniers ne doivent pas aboutir à la destruction intégrale de la nature, c'est l'évidence (même si elle paraît tardive), puisqu'une nature détruite ne serait plus habitable du tout et que l'humanité en ferait elle même les frais: c'est donc les hommes eux-mêmes, et non d'une nature par définition muette, que peuvent venir l'exigence d'un contrôle et la reconnaissance de "droits, sinon de la nature elle-même, du moins pour elle.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !