Comment rédiger une bonne dissertation de philosophie pour le baccalauréat ?

Introduction

Le langage est traditionnellement considéré comme l'instrument privilégié qui permet, à l'oral comme à l'écrit, mais également à travers le langage mathématique ou le langage des gestes, de traduire la pensée. En grec, le logos signifie d'ailleurs à la fois pensée rationnelle et langage. Nous verrons donc dans un premier temps comment le langage est finalement un grand allié fidèle de la pensée, quelles sont les limites de la confiance que la pensée peut accorder au langage et enfin, ce qui permet à la pensée de garder confiance en le langage.

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Le langage, allié fidèle de la pensée

Une affinité d’essence entre le langage et la pensée

Comme l’écrit Aristote, l’homme se distingue du reste des êtres en cela qu’il est doué de logos. Il faut entendre ce don comme la capacité à la fois de pouvoir « parler » et de concevoir des idées abstraites, propres à l’homme. La finalité du langage est, de ce point de vue, de permettre la mise en commun des pensées de chacun, qui ne peut se faire directement de conscience à conscience. Il y a ainsi une affinité d’essence entre le langage et la pensée, qui suggère que la pensée ne peut que faire confiance au langage.

Le langage comme lieu même de la pensée

On peut aller plus loin en affirmant que le langage et la pensée sont même consubstantiels, inséparables l’un de l’autre. Loin de trahir la pensée, le langage est bien plutôt l’élément sans lequel elle ne pourrait pas exister. C’est ce que veut dire Hegel quand il écrit que « c’est dans les mots que nous pensons ». Il s’oppose en cela à l’idée courante qui ne voit langage que comme le « véhicule » de la pensée. Selon cette opinion, la pensée existerait indépendamment des mots et serait parfois trop riche pour qu’ils puissent la traduire de façon juste. Au contraire, pour Hegel, ce que nous croyons ineffable, intraduisible en mots, ne tient qu’au caractère encore très vague et indéfini de ce que nous pensons. Notre pensée n’est vraiment pleinement en acte que lorsqu’elle arrive à s’incarner dans des mots précis.

Le langage est toujours le témoin fidèle de la pensée

Enfin, nous pouvons dire que mêmes les moments où le langage semble trahir notre pensée sont bien plutôt à voir comme des révélations de notre véritable pensée. Quand nous disons, par exemple, que les mots ont dépassé notre pensée, n’est-ce pas faire preuve de mauvaise foi ? L’exemple de ces actes manqués que sont les lapsus peut aussi être interprété comme le dévoilement d’une dimension inconsciente, car refoulée notre pensée (S. Freud). Ainsi, les occasions où la pensée semble « trahie » par le langage témoignent plutôt d’un manque de sincérité de notre part ou d’un manque de connaissance d’une part de nos pensées. Le langage nous oblige alors à être plus sincère envers nous-mêmes ou à mieux nous connaître.

Limites de la confiance que la pensée peut accorder au langage

Le langage contient en lui des facteurs de malentendus

Pour que le langage remplisse fidèlement son rôle de médiateur entre deux consciences, il faudrait que les mots que nous utilisons aient bien pour tous la même signification. Or, un des caractères du langage humain est qu’il implique nécessairement une part d’interprétation. Les mots sont « équivoques », au sens où, pour un même signifiant, il existe plusieurs signifiés. D’autre part, comme le fait remarquer Hobbes, chaque homme investit chaque mot de ce qui correspond à sa propre expérience : En employant les mêmes mots, nous ne pensons pourtant pas exactement aux mêmes choses. Tous ces éléments attestent du fait que le langage n’est pas entièrement fiable quand il s’agit de faire connaître nos pensées à autrui.

Le langage semble devoir trahir la singularité de la pensée de chacun

Plus précisément encore, on peut douter du caractère approprié du langage à l’égard de ce qui constitue notre vie intérieure, avec ses « mille nuances fugitives », comme l’écrit Bergson. Les mots renvoient par essence à des généralités : Les employer, c’est donc toujours trahir ce que nous ressentons, nous, de façon authentique et singulière. Davantage encore, l’habitude que nous avons de recourir au langage fait que nous ne percevons plus de nous-mêmes que ce qui peut rentrer dans des mots. On peut donc dire que le langage va jusqu’à fausser la connaissance même de ce qui fait la singularité de notre personnalité, avec des sentiments et des émotions qui n’appartiennent qu’à elle.

Le langage enferme la pensée à son insu dans certaines limites

Enfin, nous pouvons ajouter que même la pensée dans ce qu’elle a de plus conceptuel peut avoir des raisons de se sentir trahie par le langage. Comme le suggère Nietzsche dans Par-delà bien et mal, la langue dans laquelle nous pensons nous détermine à penser selon certaines structures logiques précises, en raison des règles de grammaire notamment. L’élément dans lequel se forme la pensée est donc en même temps ce qui la conditionne et ce qui la maintient dans un certain cadre de pensée particulier. La pensée est en ce sens trahie dans son aspiration à la liberté et à la vérité.

Ce qui permet à la pensée de conserver sa confiance dans le langage

Le langage est moins fautif que l’usage que nous en faisons

Il y a donc dans l’essence même du langage un certain nombre de facteurs qui font que la pensée peut se sentir trahie dans son désir de communication, d’expression et même de libre élaboration. Pourtant il semble qu’il n’y ait pas d’autre solution pour la pensée que de recourir au langage, comme le fait observer Hegel. D’ailleurs, nous pouvons remarquer que ce n’est peut-être pas le langage en lui-même qui est un « traitre », mais plutôt la façon assez passive dont nous l’utilisons en général. Le langage pourrait alors contenir en lui-même la solution au problème.

Le modèle de l’art et de la poésie

Nous avons tendance, en effet, à prendre le langage comme quelque chose de donné, alors qu’il revient à chacun de faire l’effort de se l’approprier. Si nous nous sentons trahi dans notre désir d’expression, par exemple, c’est souvent parce que nous recourons par facilité à des formules convenues qui finissent par être anonymes et vides de sens. C’est ce que le poète Robert Desnos appelle « le langage cuit », qu’il oppose à un langage « cru », entendu comme un rapport créatif et inventif aux mots et aux expressions. C’est donc bien à chacun qu’il revient de ne pas se voir trahi par le langage.

L’enjeu de la pluralité des langues

Enfin, il faut remarquer qu’il existe une pluralité de langues et que celle-ci représente un enjeu important pour l’homme. En effet, comme le montrent les linguistes et les philologues, chaque langue porte en elle une certaine vision de la réalité. Par suite, apprendre et connaître une diversité de langues nous procurent un élargissement de notre capacité à penser. C’est dans cette mesure que le langage, au lieu de nous enfermer dans une certaine forme de pensée, peut au contraire nous ouvrir à une pluralité de perspectives possibles sur la réalité.

Conclusion

Il arrive, dans certaines circonstances, que ce que nous disons ne corresponde pas à ce que nous pensons réellement : C’est une forme d’incapacité à bien formuler sa pensée, une difficulté à transmettre les nuances de la pensée, ou encore, ce sont des lapsus révélateurs. Il est également courant de trahir la pensée des autres ou d'être victime d'une trahison de sa pensée par autrui. Ainsi le langage trahit quelquefois la pensée.

On ne pourrait jamais vraiment bien dire ce qu'on pense, ni comprendre totalement ce qu'autrui veut dire. Ceci paraîtrait désespérant, puisqu'on ne pourrait jamais vraiment formuler des vérités ni communiquer totalement avec les autres. Mais tout dépend ici de ce que l'on entend par « trahir » : Manquer à quelque chose que l'on devait observer (trahir sa parole), tromper (trahir quelqu'un), ou encore révéler (comme une rougeur trahit le trouble). Ainsi la différence entre pensée et langage peut-elle être considérée comme une simple erreur à réparer, une malédiction de la pensée ou la révélation de sa nature même — 

La pensée n'existerait pas sans le langage qui l'exprime, la déforme, mais également l'exalte.

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Olivier

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