Qui était Aristote ?
Cette sculpture d'Aristote aurait probablement plu au premier concerné... Même si nous avons peu d'éléments sur le physique du penseur, nous aimons à nous dire que cette statue est une bonne représentation du réel !

L’art pour Aristote est une production qui trouve sa dimension artistique dans le geste de l'artiste. Autrement dit, l'oeuvre d'art n'est pas artistique en elle-même, mais l'est parce qu'elle a été produite par un homme qui y a laissé sa trace :

En effet, d'une part, le principe de toute production réside dans l'artiste : c'est ou l'esprit, ou l'art, ou une capacité quelconque

Métaphysique, Livre VI

Les distinctions utiles pour mieux comprendre la notion d'art

La distinction entre art mécanique et art libéral

L'art est une activité proprement humaine qui mène à la production d'objets matériels ou intellectuels. Aristote différencie, en effet, deux types d'art :

  • les arts « mécaniques » (la peinture, l'architecture, la sculpture...) qui produisent des objets matériels et physiques.
  • les arts « libéraux » (la rhétorique, les mathématiques, la musique...) qui produisent des objets intellectuels.

Selon Aristote, les arts libéraux sont les plus nobles puisqu'ils élèvent l'esprit. Les arts mécaniques, eux, font appel au corps et asservissent l'homme.

La distinction entre l'art et la science

Aristote distingue l'art de la science en démontrant que les deux domaines sont très différents. La science établie ce qui est nécessaire alors que l'art se tourne vers le contingent :

  • nécessaire : ce qui ne peut pas ne pas être, ce qui ne peut pas ne pas se produire.
  • contingent : ce qui peut tout aussi bien se produire que ne pas se produit. Le contingent est le fruit du hasard et résulte de la rencontre entre des causes indépendantes. L'art est contingent puisque son principe réside dans l'homme et son imprévisibilité naturelle.
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L'importance de la mimèsis pour Aristote : étude d'un passage de la Poétique

Qui a écrit la Poétique ?
Oeuvre majeure, la Poétique d'Aristote est un ouvrage transversal et intemporel. Encore aujourd'hui, on étudie les théories de l'auteur grec dans de nombreux amphithéâtres... d'université, cette fois ! (Couverture de la Poétique d'Aristote, Exemplaire de 1733 conservé aux châteaux de Malmaison et Bois-Préau)

Imiter est naturel aux hommes et se manifeste dès leur enfance (l’homme diffère des autres animaux en ce qu’il est très apte à l’imitation et c’est au moyen de celle-ci qu’il acquiert ses premières connaissances). Et tous les hommes prennent plaisir aux imitations.

Un indice est ce qui se passe dans la réalité : des êtres dont l’original déplaît à la vue, nous aimons à en contempler l’image exécutée avec la plus grande exactitude; par exemple les formes des animaux les plus vils et des cadavres.

Une raison en est encore qu’apprendre est très agréable [..]. On se plaît à la vue des images parce qu’on apprend en les regardant et on déduit ce que représente chaque chose, par exemple que cette figure c’est un tel. Si on n’a pas vu auparavant l’objet représenté, ce n’est plus comme imitation que l’œuvre pourra plaire, mais à raison de l’exécution, de la couleur ou d’une autre cause de ce genre.

Aristote, Métaphysique, 1448 b 6-19

L'homme a-t-il le besoin naturel d'imiter ?

D'où vient ce besoin d'imiter à travers l'art les choses qui nous environnent ? Dès la première ligne, l'auteur souligne que l'on aurait tous ce « besoin » d'imiter qui provient de la nature. En somme, l'imitation ne se limiterait pas au domaine de l'art mais est un processus plus général qui se rattache à tout les domaines de la connaissance.

En cours philosophie, ce besoin est propre à l'homme et le distingue de l'animal. En effet, l'homme est libre de créer et d'imaginer là où l'animal est asservi par ses instincts. Mais encore faut-il être capable d'imiter ! Celui qui peut le faire correctement est celui qui saisit la forme de l'objet, non la matière. La forme met en ordre la matière : c'est parce que l'homme travaille sur la matière afin de la "former" que celle-ci devient une production artistique.

Enfin, Aristote met en lumière la différence entre l’art et la nature. À savoir que le premier en tant qu’activité humaine induit la raison, alors que la seconde résulte d’une dynamique instinctive. Il y a pour le philosophe grec de la nécessité dans la nature, alors que l’œuvre artistique est contingente.

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L'art nous éloigne-t-il de la réalité ?

Pour Aristote, imiter en art, c'est chercher à reproduire « avec la plus grande exactitude ce qui s'offre à notre perception dans la nature ». L'artiste doit donc chercher à reproduire ce qu'il voit naturellement. Pour Aristote, la caractéristique de l'art n'est pas l'invention ni la création mais la reproduction.

L'artiste doit prendre comme sujet pour ces œuvres des êtres, quelle que soit leur nature, c'est-à-dire aussi bien des êtres beaux que des êtres laids. Pour Aristote, la valeur d'une œuvre dépend non du sujet représenté, mais de l'exactitude avec laquelle l'artiste a représenté ce sujet. Néanmoins, dans l'imitation, il faut distinguer l'original (ce qu'on cherche à reproduire) de la copie.

Enfin, plus la reproduction de l'objet est fidèle plus le plaisir qu'on prend à la contempler est fort.

Ainsi, l'art ne nous éloigne pas de la réalité : bien au contraire ! Il permet de nous la faire contempler sous un nouvel aspect et nous offre un nouveau chemin vers la connaissance.

Imitation ou représentation ?

Si nous continuons à traduire mimesis par imitation, il faut entendre tout le contraire du décalque d’un réel préexistant et parler d’imitation créatrice. Et si nous traduisons mimesis par représentation, il ne faut pas entendre par ce mot quelque redoublement de présence.

Ricoeur, Temps et Récit

Selon Ricoeur, il est essentiel de comprendre que la mimèsis n'est pas pensée de la même façon chez Platon et chez Aristote. Là où chez Platon elle est un éloignement de l'être, chez Aristote elle en est un rapprochement. Attention : la mimèsis n'est pas un dédoublement de la présence d'un être, mais une représentation de celui-ci au sens de « présenter à nouveau et d'une nouvelle façon ».

Ainsi, l'art est la production d'une représentation selon différentes méthodes propres à chaque art.

L'art nous aide-t-il dans le chemin vers la connaissance ?

Parce que l'artiste met irrémédiablement un peu de soi dans chaque oeuvre qu'il produit, l'art n'est pas une copie de la réalité mais plutôt une représentation du réel. Après tout, quel serait l'intérêt de reproduire fidèlement la nature ? Cela ne serait d'aucun intérêt pour l'homme qui n'y verrait qu'un pâle reflet de ce qu'il peut contempler dans la réalité. L'art est plus que cela : il éveille la conscience de l'homme et lui permet de regarder différemment la réalité. En ce sens, l'artiste saisit ce qu'il y a d'essentiel dans le réel et parvient à le restituer. L'homme peut accéder, ainsi, à une connaissance plus fine du réel puisque l'objet représenté est dépouillé de tous les éléments perturbateurs présents dans la réalité.

La catharsis : l'épuration des passions

Qu'est-ce que la tragédie ?
La tragédie, l'art qui convertit les passions de l'homme. Du plaisir esthétique à la vertu thérapeutique, la tragédie élève spirituellement et moralement l'homme. (« Oreste poursuivi par les Furies », Boguereau, 1862)

La catharsis est la purification des émotions effectuée au moyen de l’art et tout particulièrement grâce à la crainte et à la pitié émanant du récit tragique. Plusieurs éléments sont constitutifs de ce phénomène :

  • La tragédie : Dans la Poétique, Aristote étudie méticuleusement le récit tragique. Il explique que le tragédien vise à susciter la stupeur chez son public en proposant des retournements de situation, des condamnations, des déchirures, des malheurs... En utilisant ces procédés, le tragédien envoûte son public et lui fait subtilement comprendre qu'entre la réalité et la fiction, il n'y a qu'un pas.

 

  • Le processus d'identification : l'art étant fondé sur l'imitation de la nature, la tragédie reprend les codes du réel et les représente dans la fiction. Grâce à cela, le sectateur peut se mettre à la place des acteurs, retrouvant des émotions et un environnement communs. Généralement, la tragédie use de deux émotions qui touchent le spectateur : la terreur et la pitié. La terreur est provoquée par le malheur d'autrui et pousse le spectateur à se poser la question "Et si j'étais à sa place, comment réagirais-je ?" alors que la pitié est souvent engendrée par l'injustice à laquelle peut être confrontée un personnage.

 

  • Du sentiment négatif au sentiment positif :

La tragédie est l’imitation d’une action grave et complète, ayant une certaine étendue, présentée dans un langage rendu agréable et de telle sorte que chacune des parties qui la composent subsiste séparément, se développant avec des personnages qui agissent, et non au moyen d’une narration, et opérant par la pitié et la terreur la purgation des passions de la même nature.

Aristote, Poétique, Chapitre VI

Comme souligné précédemment, l'homme prend naturellement plaisir à imiter et contempler des objets du réel qui sont représentés. Mais comment peut-il prendre plaisir à observer la mort, l'injustice, le malheur, l'inégalité, la douleur et la perfidie ?

En réalité, la catharsis convertit les émotions et purifie les passions. Elle agit sur la morale du spectateur qui se libère de tous ses désirs et fantasmes nocifs et malsains. Une fois le phénomène de surprise passé, le spectateur prend du plaisir à observer la scène puisqu'il est libéré d'un poids qui, jusqu'alors, lui pesait sans qu'il en est nécessairement conscience. Attention, ce plaisir n'est en aucun cas malsain : l'homme prend simplement du plaisir à observer la représentation de la réalité, soulagé de voir ses passions se détruire face à lui.

 

  • L'effet thérapeutique de la catharsis :

Nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l'âme hors d'elle-même, remises d'aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation. C'est à ce même traitement, dès lors, que doivent être nécessairement soumis à la fois ceux qui sont enclins à la pitié et ceux qui sont enclins à la terreur, et tous les autres qui, d'une façon générale, sont sous l'empire d'une émotion quelconque pour autant qu'il y a en chacun d'eux tendance à de telles émotions, et pour tous il se produit une certaine purgation et un allègement accompagné de plaisir. Or, c'est de la même façon aussi que les mélodies purgatrices procurent à l'homme une joie inoffensive.

Aristote, La Politique, VIII, 7

Après le plaisir purement esthétique vient la guérison thérapeutique. De même qu'à Athènes l'on pratiquer la purgation pour guérir certains maux tenaces, la musique peut, elle aussi, avoir un effet thérapeutique sur l'âme humaine. Parce que les sons des mélodies imitent les émotions humaines (colère, courage, amour, sagesse...), les auditeurs se laissent transporter. Chaque mélodie est une réplique de leurs émotions : une fois écoutée, le sentiment en question s'amoindrit voire, parfois, se dissipe totalement.

Où se jouaient les tragédies grecques ?
4ème siècle av. JC : Au milieu de l'arène, les comédiens prennent place. Le public est captivé par le jeu des acteurs, leurs voix et leurs mouvements. Face à la tragédie, le spectateur convertit ses passions... Et prend plaisir à observer la scène qui se déroule face à lui. (Intérieur du théâtre de Syracuse, 2012, Berthold Werner)

La question du Beau

Sans reprendre les idées de Platon, Aristote s'interroge lui aussi sur le beau. Qu'est-ce que le beau ? Le beau n'est pas une essence éternelle et immuable comme le pensait Platon mais la représentation d'une forme réelle dans une production artistique. Pour être belle, une oeuvre doit être proportionnée et représentative de ce que l'homme perçoit dans le réel. Selon Aristote, l'art doit, comme la nature, être harmonieux. Pour l'auteur, l'esthétique va de pair avec la symétrie et la juste proportion. Il en est d'ailleurs de même dans d'autres domaines : par exemple, Aristote affirme qu'une belle cité est une cité où le nombre de citoyens est proportionnel à l'étendue du territoire. Tout est donc relatif à la mesure et à l'équilibre...

Vous l'aurez compris, la notion d'art chez Aristote converge principalement autour de deux pôles : l'imitation et la catharsis. Mais en vous plongeant dans la Poétique d'Aristote, vous découvrirez de nombreuses autres théories passionnantes. Allez courage, on est sympa et on ne vous demande même pas de la lire en grec ancien !

Pour vous aider, vous pouvez également jeter un coup d'oeil à ce tableau qui reprend quelques théories sur l'art conçues par d'autres philosophes :

Les principales conceptions de l'art en philosophie

Hume (1711-1776)L'esthétique doit être une discipline à part entière et complètement autonome tout en étant un domaine qui peut s'étudier sous plusieurs angles (sociologique, technique, économique...)
Kant (1724-1804)Le Beau est un objet de satisfaction désintéressée.
Hegel (1770-1831)L'art est la manifestation de l'Esprit. Hegel pense que le Beau est la révélation du vrai.
Nietzsche (1844-1900)L'art empêche l'homme de mourir. C'est la célébration de la création, la célébration de la vie.

 

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Morane

Diplômée d'un Master en philosophie et d'une licence en Lettres modernes, je suis une passionnée de lecture et adore transmettre aux personnes désireuses d'en apprendre plus. Mon petit plaisir ? Les voyages ! Et parce que la vie est une aventure, j'entends bien me la jouer exploratrice encore longtemps 😉