La Vertu selon Nietzsche - extrait du Gai Savoir

  Corrigé du BAC L 2011 de Philosophie

explication d'un texte tiré du Gai Savoir, de Nietzsche

Nous disons bonnes les vertus d’un homme, non pas à cause des résultats qu’elles peuvent avoir pour lui, mais à cause des résultats qu’elles peuvent avoir pour nous et pour la société : dans l’éloge de la vertu on n’a jamais été bien « désintéressé », on n’a jamais été bien « altruiste » ! On aurait remarqué, sans cela, que les vertus (comme l’application, l’obéissance, la chasteté, la piété, la justice) sont généralement nuisibles à celui qui les possède, parce que ce sont des instincts qui règnent en lui trop violemment, trop avidement, et ne veulent à aucun prix se laisser contrebalancer raisonnablement par les autres. Quand on possède une vertu, une vraie vertu, une vertu complète (non une petite tendance à l’avoir), on est victime de cette vertu ! Et c’est précisément pourquoi le voisin en fait la louange ! On loue l’homme zélé bien que son zèle gâte sa vue, qu’il use la spontanéité et la fraîcheur de son esprit : on vante, on plaint le jeune homme qui s’est « tué à la tâche » parce qu’on pense : « Pour l’ensemble social, perdre la meilleure unité n’est encore qu’un petit sacrifice ! Il est fâcheux que ce sacrifice soit nécessaire ! Mais il serait bien plus fâcheux que l’individu pensât différemment, qu’il attachât plus d’importance à se conserver et à se développer qu’à travailler au service de tous ! » On ne plaint donc pas ce jeune homme à cause de lui-même, mais parce que sa mort a fait perdre à la société un instrument soumis, sans égards pour lui-même, bref un « brave homme », comme on dit.

NIETZSCHE Le gai savoir

Eléments de corrigé

Le problème soulevé par l’auteur revient à la proposition suivante : l’éloge de la vertu fait par le commun n’est pas vertueux. Il n’est ni « désintéressé » ni « altruiste » ; La vertu est utilisée, voire « instrumentalisée » par la société dans la mesure où elle lui est utile. On ne mesure pas à quel point l’homme vertueux est « victime » de lui-même, de la violence que des vertus comme l’ »application, la justice, l’obéissance, la chasteté, la piété » exercent sur son instinct de vie et de création. Nietzsche prend au pied de la lettre la métaphore : « se tuer à la tâche » - Le travail, ici, salutaire pour la société, fait perdre la vie au jeune homme «  sa vie, sa fraîcheur, sa spontanéité »-  La société hypocrite ne regrettera en lui qu’un instrument soumis. Ainsi, moraliser le peuple, la foule, les individus revient à les domestiquer. La morale des vertus est, par conséquence, « une morale immorale » qui s’écroule par la violence. Pour échapper à cette tyrannie sociale de vertus, il faudrait, au contraire, mettre en valeur l’individu, sa force vitale et créatrice pour accéder à une véritable culture de soi, telle que la pratiquaient les anciens. La fin ultime de la morale était le bonheur de l’individu que l’on tendait à considérer comme accessible grâce à des exercices spirituels. Il ne s’agissait de fabriquer de « braves hommes » mais de concevoir des hommes à la recherche du souverain bien.

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Olivier

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