Elle vécut pour l'Egypte, elle fut la
première des Lagides à parler la langue du paysan du Nil et à célébrer les
rituels religieux tels que les pharaons le firent.

" ...sa langue était comme un
instrument à plusieurs cordes qu'elle pliait sans peine au langage qu'elle
voulait, en sorte qu'il était peu de barbares avec qui elle parlât par le
truchement d'un interprète...Elle savait encore, dit-on, plusieurs autres
langues, alors que les rois d'Egypte, ses prédécesseurs, n'avaient pris la peine
d'apprendre l'égyptien et que quelques-uns uns d'entre eux étaient allés jusqu'à
oublier le macédonien. Plutarque " Antoine, XXVII.

--- > Buste conservé au British Muséum de Londres

Elle voulut faire de son pays le rival
de la République romaine qui était en proie à des luttes intestines. Pour lui,
elle donna son corps à César, essaya, dit-on avec Octave, Antoine l'eut et
peut-etre aussi le coeur.

L'origine de la famille des Lagides
remonte à Alexandre le Grand. A son décès, son empire fut partagé et son
compagnon, Ptolémée, fils de Lagos, eut l'Egypte. A l'époque qui nous intéresse,
Cléopâtre régnait sur le dernier grand royaume hellénistique, l'Egypte était en
pleine décadence mais elle était très riche, depuis Pompée, elle était un
protectorat romain. Ptolémée XII ou Neos Dionysos (son père) avait cédé Chypre à
Rome et en échange il reçut le titre " d'ami et d'allié du peuple romain ". De
Cléopâtre, on ne connaît rien de son enfance, les historiens anciens ne
commencèrent à la considérer que vers 55 avant J.C. (14 ans) quand on pense
qu'elle rencontra Antoine pour la première fois. On ne sait qu'une chose : elle
était la fille d'une concubine de Ptolémée XII, son père, surnommé l'Aulète
ou le joueur de flûte (il mourut haï de son peuple) qui fit assassiner une de
ses filles, Bérénice IV, qui avait usurpé le trône.

Selon la coutume égyptienne, elle
épousa son frère, un gamin de douze ans, qui fut connu sous le nom de Ptolémée
XIII. Ce frère, mal conseillé, voulut le pouvoir pour lui tout seul, il s'allia
avec une autre soeur, Arsinoé, et rentra en lutte avec Cléopâtre qui dut quitter
Alexandrie. Sur ces entrefaites, arriva Pompée, battu à Pharsale qui cherchait
refuge en Egypte d'où il pensait pouvoir reprendre la lutte contre César. Mais
pour les conseillers de Ptolémée XIII, il posait un problème, le recueillir
équivalait à soutenir un vaincu contre un possible maître de Rome. La solution
du dilemme fut l'assassinat. Il fut tué sous les yeux de sa femme en descendant
de son navire. Trois jours après, César arrivait, poursuivant son rival et
anéantissant ses partisans, il pleura quand on lui montra sa tete.

" ...il se détourna avec horreur de
Théodote qui lui présentait la tete de Pompée et pleura en recevant le sceau du
vaincu ". Plutarque, César, XLVIII . Il s'installa au palais royal
d'Alexandrie, Cléopâtre voulut le rencontrer, tout le monde connaît l'épisode
fameux de cette entrevue. Plutarque la raconte ainsi : " Celle-ci, n'ayant
pris avec elle qu'un seul de ses amis, le sicilien Apollodore, monta dans un
petit bateau et aborda au palais à la nuit tombé. Faute d'un autre moyen pour
entrer sans etre reconnue, elle se glisse et s'étend de tout son long dans un
sac à matelas qu'Apollodore lie avec une courroie et fait entrer chez César par
la porte meme du palais. Cette ruse de Cléopâtre fut, dit-on, le premier appât
qui captiva César... " Plutarque, César, XLIX. Il ordonna au frère et à la
soeur de se réconcilier. Arsinoé, pour sa part reçue l'île de Chypre sur laquelle
elle devait régner avec son frère, Ptolémée XIV. Mais tout cela ne ravit
personne et la famille royale, toujours otage de César dans le palais royal
d'Alexandrie, poussa le peuple à la révolte. Les romains se retrouvèrent en état
de siège. L'histoire de cette guerre est racontée par César (on pense écrite par
Hirtius, un de ses adjoints) dans " la guerre d'Alexandrie " ou " bellum
Alexandrinum ". Arsinoé s'évada et rejoignit l'armée égyptienne, elle
s'autoproclama reine d'Egypte. César, pour accroître les dissensions régnant au
sein de ceux qui l'assiégeaient renvoya le jeune Ptolémée XIII. Ce dernier va
périr noyer, il n'en restera que sa cuirasse en or, signe distinctif de son
orgueil, le combat qui vit sa mort démontre que César put sortir de la capitale,
il n'était plus assiégé.

Cléopâtre va etre seule, pendant un
temps, à la tete de l'Egypte. Sa soeur, Arsinoé, fut capturée et figura au
triomphe du général romain. Elle fut envoyée à Ephèse, au temple d'Artémis où
elle dut passer le restant de ses jours. La reine d'Egypte, un peu plus tard, se
remaria avec son jeune frère, Ptolémée XIV. César dut repartir lutter contre les
Pompéiens regroupés en Afrique.

 --- > Statue de Cléopâtre en basalte noir

A l'automne 46 avant J.C., elle
retrouva le dictateur à Rome. Elle emmena dans ses bagages son époux-enfant, de
cette façon, elle ne laissait personne derrière elle pour comploter contre son
pouvoir et le fils qu'elle eut de César (les historiens ne sont pas d'accord
entre eux sur l'origine de cet enfant) : Césarion, enfant contesté par Octave
qui se voulait le seul descendant de son grand-oncle.

" ...il (César) souffrit meme que
le fils qu'il eut d'elle fût appelé de son nom. Quelques auteurs grecs ont écrit
que ce fils lui ressemblait pour la figure et la démarche ; M. Antoine affirma,
en plein sénat, que César l'avait reconnu... Mais C. Oppius crut nécessaire de
réfuter ce fait, et publia un livre ayant pour titre : " Preuves que le
fils de Cléopâtre n'est pas comme elle le dit, fils de César " . Suétone, C.
J. César, LII.

Il eut, néanmoins, (humour sur le nez
de Cléopâtre) un règne éphémère puisqu'en 44 avant J.C., il fut associé à sa
mère sous le nom de Ptolémée XV (il avait 3 ans). Nul ne sait comment Ptolémée
XIV, le frère de Cléopâtre, mourut. Flavius Josèphe affirme qu'elle le fit
empoisonner sans apporter aucune preuve.

" Pour Césarion, qu'on disait fils
de César, sa mère l'avait envoyé dans l'Inde, via l'Ethiopie, avec de grandes
richesses. Mais un autre précepteur, digne émule de Théodore, Rhodon, le
persuada de retourner à Alexandrie, où César (Octave) le rappelait,
disait-il, pour régner. Comme César (Octave) délibérait à son sujet, on
prétend qu'Areios lui dit : " il n'est pas bon qu'il y ait plusieurs Césars.
" Et César (Octave) le fit mourir plus tard, après la mort de
Cléopâtre. "

Plutarque, Antoine, LXXXI et LXXXII.

" Césarion, que Cléopâtre se
vantait d'avoir eu de César, fut atteint dans sa fuite et livré au supplice.
" Suétone, Octave Auguste, XVII.

Elle fut magnifiquement logée au
Transtevere, quartier très coté de Rome qu'on appelle aujourd'hui le palais
Farnèse.

On preta à César le désir d'avoir
plusieurs femmes (pour avoir une descendance masculine), Cléopâtre en aurait été
la principale bénéficiaire.

" Helvius Cinna, tribun du peuple,
a avoué à beaucoup de personnes qu'il avait eu entre les mains une loi rédigée
et prete dont César lui avait ordonné de faire la proposition en son absence, et
qui permettait à celui-ci d'épouser, à son choix, autant de femmes qu'il
voudrait, pour en avoir des enfants. " Suétone, C. J. César, LII.

Un autre bruit courrait qui faisait
d'Alexandrie la nouvelle capitale de la République Romaine. Qu'en était-il ? Nul
ne peut le dire mais, comme on dit, il n'y a pas de fumée sans feu. Ces bruits
restèrent des bruits car les Ides de Mars arrivèrent. Elle qui se voyait déjà
reine du monde se retrouva seule, sans protecteur. Elle dut répondre à la
convocation d'Antoine qui voulait quelques éclarsissements sur sa conduite vis à
vis des assassins de César. " ...il (Antoine) manda à Cléopâtre de venir en
Cilicie pour s'y justifier d'avoir donné beaucoup d'argent à Cassius et d'avoir
contribué à la guerre...Et elle, convaincue, et s'appuyant sur les liaisons que
sa beauté lui avait permis de nouer précédemment avec César et avec Cnaeus, le
fils de Pompée, comptait bien séduire Antoine plus facilement. Car les premiers
ne l'avaient connue que toute jeune et encore sans expérience des affaires, au
lieu qu'elle allait fréquenter Antoine à l'âge où la beauté des femmes est dans
tout son éclat et leur esprit dans toute sa force...et se moqua si bien
d'Antoine qu'elle remonta le Cydnus (fleuve qui traverse Tarse) sur un navire à
la poupe d'or, avec des voiles de pourpre largement déployées et des rames
d'argent, dont le mouvement était cadencé au son de la flûte mariée à celui des
syrinx et des cithares. Elle-meme était étendue sous un dais brodé d'or, parée
comme l'est Aphrodite sur les tableaux, tandis que des enfants, ayant pris
l'apparence des Amours des tableaux, l'encadrant, debout, l'éventaient.
Pareillement, les plus belles de ses servantes, portant les costumes des
Néréides et des Grâces, étaient, les unes au gouvernail, les autres au cordage.
De merveilleuses odeurs, exhalées par de nombreux parfums, embaumaient les
rives. " Plutarque, Antoine, XXV et XXVI.

(voir la monographie sur Antoine pour
la partie de sa vie qu'elle passa avec lui.

Là )

La felure, dans leur couple, vint
après Actium quand les royaumes d'Orient, après la bataille firent soumission à
Octave. Pour Plutarque et surtout pour Dion Cassius, la reine d'Egypte commença
des tractations avec le vainqueur. Voyant que rien n'aboutissait, en 30 avant
J.C., il marcha sur Alexandrie Après une ultime bataille, la flotte et la
cavalerie d'Antoine se rendirent et passèrent à l'ennemi, quant à l'infanterie,
elle fut taillée en pièce, Cléopâtre se réfugia dans son tombeau qu'elle avait
fait construire de son vivant respectant ainsi la coutume des anciens pharaons.
Croyant que la reine était morte, Antoine se passa l'épée au travers du corps
mais ne succomba pas immédiatement. Après avoir appris que Cléopâtre était
toujours vivante, il se fit conduire à elle, au mausolée qui n'avait que deux
ouvertures sur l'extérieur. Son corps fut hissé jusqu'à elle sur une espèce de
civière. Et, là, enfin, il mourut dans les bras de sa bien-aimée.

La reine fut faite prisonnière par
Octave mais elle essaya de se laisser mourir de faim car sa grande peur, sa
grande hantise, était de paraître enchaînée à Rome pour la célébration du
triomphe de ce dernier.

" Un de ses voeux les plus ardents
(à Octave-Auguste) était de réserver Cléopâtre pour son triomphe. Suétone,
Octave Auguste, XVII.

Elle obtint, enfin, de rencontrer le
vainqueur et, dit-on (les historiens anciens aux ordres d'Auguste qui menèrent
une propagande anti-reine d'Egypte), tenta de le séduire.

" A peu de jours de là, il vint en
personne l'entretenir et la consoler : il la trouva humblement couchée dans un
petit lit. A son entrée, la voici qui saute à bas du lit, vetue d'une simple
tunique...Et pourtant son fameux charme et l'orgueil que lui inspirait sa beauté
n'étaient pas entièrement éteints, et, du fond meme d'abattement où elle était
réduite, lançaient encore des éclairs et transparaissaient dans les mouvements
de son visage. " Plutarque, Antoine, LXXXIII.

Après avoir revetu sa tenue de
souveraine, elle se donna la mort, non sans lui avoir écrit pour lui demander de
reposer aux cotés d'Antoine. On tenta vainement de la ranimer et son décès resta
une énigme : succomba-t-elle au venin d'un serpent (version officielle) ou au
poison ?

" Cependant Cléopâtre faisait
provision de toutes sortes de poisons mortels, dont elle testait le caractère
indolore en les faisant prendre à des prisonniers condamnés à mort. Mais quand
elle vit que ceux dont l'effet était prompt faisaient mourir dans des douleurs
atroces et que les poisons plus doux n'agissaient que lentement, elle essaya les
serpents et en fit appliquer en sa présence de diverses espèces sur diverses
personnes. Elle faisait cela chaque jour et s'aperçut que la morsure de l'aspic
était pratiquement la seule de toutes à ne causer ni convulsions ni
gémissements... " Plutarque, Antoine, LXXIII.

Ce sont les jumeaux qu'elle eut
d'Antoine (Hélios et Sélène) qui défilèrent, captifs, au triomphe d'Octave. Elle
échappa à ce qu'elle considérait comme l'humiliation supreme, elle avait 39 ans.

Quelques idées reçues :

" ...cette femme rivalisait avec
Antoine par son goût du luxe et des plaisirs ; Elle se vanta un jour de dépenser
un million de sesterces pour un seul dîner. Comme Antoine disait que c'était
impossible, elle fit dresser un dîner magnifique mais dont le coût était moindre
que ce qu'elle avait promis. Comme Antoine se moquait d'elle, elle se fit
apporter un vase plein de vinaigre ; Antoine se demandait ce qu'elle allait
faire. Elle avait en pendants d'oreille des perles d'une immense valeur ; elle
en détacha une, elle la fit fondre dans le vinaigre et l'absorba. Et elle
s'appretait à en consommer une autre de la meme manière, si on ne l'avait
empechée. "Abbé Lhomond, " de viris ", Octave César Auguste. Tr
.J.Gaillard.

--->
Œuvre de John Parrish.

" Si Cléopâtre avait eu autant de
vertu qu'elle avait d'esprit et d'attraits, aucune femme n'aurait pu lui etre
comparée ; mais malheureusement elle était encore plus dissolue que belle. Dion
assure que la lubricité de cette reine fut telle, qu'Antoine consulta les
médecins là-dessus, regardant son extreme lubricité comme une maladie : tous les
amis et les courtisans d'Antoine en étaient éperdument amoureux, et le meme
écrivain rapporte que plusieurs d'entre eux acceptèrent de coucher une nuit avec
elle, à la condition de perdre la vie le lendemain. " Jean Hervez, " le
baiser " d'après " les monuments de la vie privée des douze Césars " de d'Hancarville.

" Parlant des femmes habiles à
conquérir les hommes, Brantôme prétend que les meilleurs savaient " à la
pose et au relâche " entretenir leur amant de propos lascifs et friands, bien
fait pour éveiller " la Vénus la plus endormie du monde " " C'est pourquoi,
dit-il, Marc-Antoine aima tant Cléopâtre et la préféra à sa femme Octavia, qui
était cent fois plus aimable et belle que Cléopâtre ; mais cette Cléopâtre avait
la parole si affectée et le mot si à propos, avec ses façons et grâces lascives,
qu'Antoine oublia tout pour son amour. " " Jean Hervez, " le baiser "
d'après " les monuments de la vie privée des douze Césars " de d'Hancarville.

" Ecoutons la peinture charmante
que nous fait Lucain du festin que Cléopâtre donna à César : " On voit
servir dans des vases d'or tout ce que l'air, la terre, la mer ont produit de
plus exquis, tout ce que l'ambition d'un luxe effréné a pu trouver de rare dans
l'univers. Ce n'est pas seulement pour apaiser la faim : on voit une foule
d'oiseaux, d'animaux encore, dont l'Egypte s'est fait des dieux. Le cristal
verse sur les mains l'onde pure du Nil ; de larges coupes de béril reçoivent un
vin savoureux, non point tel qu'il jaillit de la grappe du Maréotis, mais ce
généreux Falerne qui, sous les ardeurs de Méroé, empreint au bout de peu
d'années du noble cachet d'une longue vieillesse, bondit en flots d'écume. Les
fronts sont couronnés de la fleur du nard, de la rose toujours épanouie en ces
climats. Des cheveux couverts de parfum s'exhale l'odeur du cinnamum qui ne
s'est pas encore évaporé, qui n'a rien perdu de cette subtile essence qu'il
laisse évanouir aux rives étrangères. " Mais cette reine fit encore
davantage pour Antoine, qu'elle connaissait très sensible à la gourmandise.
Plutarque raconte qu'un jour le médecin Philotas, voyant dans la cuisine un
appareil extraordinaire, et entre autres choses huit sangliers qu'on faisait
rôtir tout entier, s'étonna du grand nombre de convives qu'il supposa qu'on
attendait, et qu'il fut bien surpris quand on lui répondit que les convives
n'étaient que douze, mais qu'il fallait que chaque chose fût servie dans un
point de perfection qui pouvait s'altérer d'un moment à l'autre ; qu'il fallait
pour cela préparer non un seul, mais plusieurs soupers, parce qu'il était
difficile de deviner à quelle heure Antoine voulait etre servi, et qu'il lui
arrivait souvent de demander à souper, et de différer ensuite, et qu'on devait
se tenir pret à toute heure et à tout ordre. " Jean Hervez, " le baiser "
d'après " les monuments de la vie privée des douze Césars " de d'Hancarville.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !