Texte

ACTE I, SCÈNE PREMIÈRE
PHILINTE, ALCESTE.
PHILINTE
 Qu'est-ce donc? Qu'avez-vous?
 ALCESTE
 Laissez-moi, je vous prie.
 PHILINTE
 Mais, encor, dites-moi, quelle bizarrerie...
 ALCESTE
 Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.
 PHILINTE
 Mais on entend les gens, au moins, sans se fâcher.
 ALCESTE
5Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre.
 PHILINTE
 Dans vos brusques chagrins, je ne puis vous comprendre; Et quoique amis, enfin, je suis tous des premiers...
 ALCESTE
 Moi, votre ami? Rayez cela de vos papiers. J'ai fait jusques ici, profession de l'être;
10Mais après ce qu'en vous, je viens de voir paraître, Je vous déclare net, que je ne le suis plus, Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.
 PHILINTE
 Je suis, donc, bien coupable, Alceste, à votre compte?
 ALCESTE
 Allez, vous devriez mourir de pure honte,
15Une telle action ne saurait s'excuser, Et tout homme d'honneur s'en doit scandaliser. Je vous vois accabler un homme de caresses, Et témoigner, pour lui, les dernières tendresses; De protestations, d'offres, et de serments,
20Vous chargez la fureur de vos embrassements: Et quand je vous demande après, quel est cet homme, À peine pouvez-vous dire comme il se nomme, Votre chaleur, pour lui, tombe en vous séparant, Et vous me le traitez, à moi, d'indifférent.
25Morbleu, c'est une chose indigne, lâche, infâme, De s'abaisser ainsi, jusqu'à trahir son âme: Et si, par un malheur, j'en avais fait autant, Je m'irais, de regret, pendre tout à l'instant.
 PHILINTE
 Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable;
30Et je vous supplierai d'avoir pour agréable, Que je me fasse un peu, grâce sur votre arrêt, Et ne me pende pas, pour cela, s'il vous plaît.
 ALCESTE
 Que la plaisanterie est de mauvaise grâce!
 PHILINTE
 Mais, sérieusement, que voulez-vous qu'on fasse?
 ALCESTE
35Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur, On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

Introduction

Situation de l'extrait : Pièce crée en 1666 qui relève de la grande comédie, pièce en 5 actes et en vers. Scène d’exposition, dialogue entre Alceste personnage principal et Philinthe raisonneur. Elle permet dès le début au spectateur de se faire une idée du personnage principal. Dans ce début de scène peu d’informations déterminantes sur l’action, l’intérêt est surtout centrée sur les personnage, leur rapports.

Mouvement du texte : v.1 -> v.5 : début in media res mise en place de la querelle Alceste refuse de s’entretenir avec Philinthe.  v.6 -> v.36 : Philinthe rattache le comportement d’Alceste à une attitude plus générale qui devient objet du débat.  Problématique : Comment la querelle permet-elle de peindre le caractère du personnage principale?

Une querelle dont l’objet est bien ténu

  1. Mise en scène de la querelle

Jeu de scène : Alceste très agité. Contraste avec Philinthe qui est plus posé.  Au début : impératifs d’Alceste. “laissez-moi”

Tirade d’Alceste : acte d’accusation.  Enchaînement des répliques avec reprise des termes “prendre” -> “pendable” qui traduit l’opposition.

  1. Ce contraste des attitudes
  • Le sérieux d’Alceste : v.33 “Que la plaisanterie est de mauvaise grâce”. Emploi d’hyperbole qui expriment la gravité de l’enjeux pour lui.
  • Au sérieux d’Alceste s’oppose l’humour de Philinthe. Esprit d’à propos : fait qu’il prenne les propos d’Alceste au sens propre et joue dessus (v.32)
  1. Le comique

Rapport entre le comportement d’Alceste sur scène et ces propos sérieux débouche sur le ridicule du personnage. => C’est un personnage qui donne la comédie, provoque le rire.

v.100 : Philinthe rapproche Alceste à Sganarelle personnage ridicule dans l’Ecole des Maris => manière d’orienter l’interprétation.

Portrait en acte d’Alceste

  1. Un personnage qui se caractérise par l’excès
  • langage hyperbolique
  • présence des jurons qui ponctuent son discours “morbleu”
  1. Un personnage de bourru (= qui manque de délicatesse dans les usages)
  • il refuse d’entendre Philinthe => manque d’égard envers un ami.
  • v.4 : Philinthe rappelle l’usage. La civilité veut qu’un ne juge pas sans avoir laissé possibilité de se défendre. • v.6 -> v.11 : termes radicaux => brutalité. Effet d’insistance : il revient sur la rupture v.11 après l’avoir déjà dit v.8. “cœurs corrompus” -> grave accusation

=> Alceste ne respecte pas la bienséance, il ne fait pas preuve de mesure et n’adopte pas un langage nuancé de politesse. Il se montre autoritaire envers ses égaux.

 

  1. Personnage qui se définit également par son esprit de sérieux

Refus de la plaisanterie v.33

v.34 “sérieusement” utilisé par Philinthe montre qu’il s’adapte aux exigences d'Alceste (mise en valeur grâce à la diérèse) => refus de la comédie. C'est paradoxal : en refusant de faire rire, il donne un spectacle comique. C'est par ces affirmations d'être un personnage sérieux qu'il se rend ridicule.

Alceste chantre de transparence en croisade contre l'hypocrisie

  1. Condamnation d'un type de fonctionnement social : politesse et hypocrisie

Tirade d'Aleste v.14 -> V.28 accumulation d'adjectifs en gradation "chose indigne, lâches, infâme" (v.25) => jugement synthètique qui indique la condamnation et fait écho au détut "scandaliser", verbe qui marque la désapprobation.  Tirade : exposé du comportement que déplore Alceste qui repose sur une opposition entre manifestation d'amitiés (v.17 -> v.20) et sentiments éprouvés (v.21 -> v. 24) Symétrie dans le nombre de vers consacré à chacun des pôles ce qui souligne dimension veine de ce comportement.

  1. L'idéal de transparence

Exprimé de manière v.35 et v.36. Il est évoqué de facon implicite au long de la scène. C’est cet idéal qui justifie la condamnation de l’hypocrisie.  v.35-36 notion modalisée par un verbe de volonté indique que la transparence envisagée sur un plan théorique. “aucun” exclut tout autre attitude.  "on" indique que l'attitude doit être générale. => dimension prescriptive.

Conclusion

En reprenant un shéma déjà employé (confrontation de 2 caractère opposés), Molière intéresse d'emblée le spectateur en entrant directement dans l'action, il donne à voir Alceste personnage principal de la pièce à travers un portrait en action. Les principales caractéristiques sont déjà perspectibles pour respecteurs des usages sociaux. Il affirme son égo et manifeste son tempérament emporté, se révèlant par la même occasion un personnage de comédie à l'intérieur de la comédie. C'est parce qu'il est sérieux qu'il donne la comédie.

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