Peut-on dire qu'écrire son autobiographie consiste seulement à aller à la recherche de soi même ?

Il s'agit d'un sujet qu'on pourrait tout à fait vous proposer en cours de français pour vous préparer au baccalauréat. L'autobiographie est un terme utilisé depuis peu. Sa première apparition se fait au XIXe siècle.

Il est composé de trois parties :

  • Auto qui renvoie à soi-même,
  • Bio qui signifie vie,
  • Et graphie qui veut dire écrire (du grec).

Si l'on devait donner une définition succincte de l'autobiographie, il s'agit donc d'écrire sa propre vie. Cependant, l'autobiographie est un genre littéraire à part entière, si bien qu'il est légitime de s'interroger sur les notions complexes de souvenirs, la véracité des propos, la sincérité de l'auteur ou encore la double identité.

L'origine de l’autobiographie

D'où vient l'autobiographie ? L'envie de se raconter remonte à plusieurs siècles !

Le terme date du XIXe siècle mais l'envie de raconter sa vie n'est pas si récente !

En 397, Augustin nous livrait déjà une première autobiographie intitulée sobrement Confessions. Il y relate les grandes étapes de sa vie et notamment sa quête de Dieu.

Un peu plus tard, les Essais de Montaigne, débutés en 1572, même s'ils n'appartiennent pas dans la forme à l'autobiographie, présentent certains souvenirs personnels de l'auteur. Rien d'étonnant à cette époque puisque l'humanisme est en vogue et les écrivains ressentent le besoin de mettre en avant leur individualité.

A chaque siècle, son lot d'autobiographies. Ainsi, au XVIIe siècle, le Cardinal de Retz publie ses Mémoires, tout comme Saint-Simon.

Néanmoins, c'est avec Les Confessions de Rousseau au XVIIIe siècle que le genre commence à se développer pleinement. Au XIXe siècle, c'est la période romantique et le moi est mis en exergue. L'écriture autobiographique est alors particulièrement recherchée. De nombreux auteurs se prêteront à l'exercice de Stendhal à Musset en passant par Sand et Châteaubriand avec ses fameuses Mémoires d'outre-tombe.

Au XXe siècle, le genre est bien installé. Voici plusieurs exemples d'autobiographies :

  • Les motsde Sartre,
  • Enfance de Nathalie Sarraute,
  • Antimémoires de Malraux,
  • Si c'est un homme de Primo lévi,
  • Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir,
  • W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec.

L'autobiographie qui a lancé le genre : Les confessions de Jean-Jacques Rousseau

Si vous ne deviez connaître qu'une seule oeuvre autobiographique, ce doit être celle-là ! Publiée à titre posthume en 1782, le titre a probablement était choisi selon celui de Saint Augustin. Même si Rousseau ne parle aucunement de religion, il évoque à de nombreuses reprises les notions de pêchés et de confessions.

Jean-Jacques Rousseau se présente comme sincère mais cela reste une autobiographie écrite pour montrer les meilleurs côtés de l'auteur. Il ne prend pas les responsabilités de ses actes et préfère se dépeindre en victime de la société et de ses perversions.

C'est un ouvrage très bien écrit avec un excellent style littéraire et philosophique, qui pose les fondements de l'autobiographie mais aussi de la psychanalyse.

Les différentes formes de l'écriture autobiographique

Voulez-vous raconter votre histoire ? N'importe qui peut se lancer dans son autobiographie !

Comme tout genre littéraire, l'autobiographie se subdivise en différentes formes :

  • Les mémoires : il s'agit davantage d'un témoignage d'une époque plutôt que d'une mise en avant d'un auteur. Ainsi, il est possible de s'imprégner de revivre des moments historiques à travers le regard d'un contemporain,
  • L'autoportrait : il s'agit d'une analyse de sa propre personnalité par l'auteur. L'écrivain ne raconte pas sa propre existence mais il s'analyse. Roland Barthes par Roland Barthes est un exemple d'autoportrait littéraire,
  • Le journal intime : l'auteur écrit ses impressions et ses sentiments au jour le jour. Il s'agit d'un témoignage de son vécu personnel. Impossible de ne pas cite Le Journal d'Anne Franck qui correspond parfaitement à cette forme d'autobiographie,
  • Le roman autobiographique : il s'agit d'un roman avec un personnage fictif parlant en employant le "je". C'est une fiction largement inspirée de la vie de l'auteur lui-même. A la recherche du temps perdu de Marcel Proust en est un exemple.

L'autobiographie se présente sous différentes formes mais Philippe Lejeune en donne une définition plutôt vraie dans son oeuvre Le Pacte autobiographique : « un récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité ».

Demandez de l'aide à un professeur de français pour mieux appréhender l'oeuvre.

Quelles sont les caractéristiques du récit autobiographique ?

  • Un récit à la première personne du singulier,
  • Un récit au passé qui évolue,
  • La construction d'un individu (l'auteur),
  • Ecrite en prose la plupart du temps mais parfois en vers (Chêne et Chien de Queneau).

Le pacte autobiographique : l’engagement entre l’auteur et le lecteur

Qu'est-ce que l'engagement entre l'écrivain et son public ? Le lecteur s'engage à croire l'auteur coûte que coûte.

Lors de vos examens, vous serez peut-être interrogé sur le pacte autobiographique. Il s'agit d'un engagement entre l'auteur et le lecteur. L'écrivain prend l'engagement d'être sincère et de dire la vérité sur son existence, même ce qui n'est pas à son avantage. Le lecteur de son côté s'engage à croire les dires de l'auteur.

Néanmoins, même si Philippe Lejeune explique que seule une défaillance de la mémoire pourrait faire "mentir" l'auteur, ce pacte pose quelques questions :

  • Le but de l'auteur est de séduire le lecteur. Il peut donc être amené à vouloir enjoliver la réalité pour la rendre plus intéressante et plus dynamique,
  • Les souvenirs évoluent avec l'âge. Il est donc difficile de parler objectivement de sa propre histoire. Nous n'avons pas la même manière d'évoquer nos souvenirs à 20, 40 ou 60 ans,
  • L'inconscient est également à prendre en compte. Il se peut que l'auteur ait des souvenirs refoulés,
  • La pudeur entre en jeu ainsi que les conventions sociales qui elles aussi évoluent avec le temps,
  • On peut aussi se demander si l'introspection seule est possible et s'il est réaliste de vouloir s'analyser soi-même,
  • Autre question : l'auteur doit-il se contenter de ses propres souvenirs ? Ne serait-ce pas plus enrichissant de confronter son souvenir avec celui de quelqu'un d'autre pour approcher la vérité ?

Comment analyser une autobiographie ?

Si vous devez analyser une autobiographie, voici trois étapes à respecter :

  • Attardez-vous sur la narration : observez le trio auteur/narrateur/protagoniste présent dans le "je". Quel rapport l'auteur a avec lui-même ? Comment les événements sont-ils racontés ? Quels sont les jugements émis sur lui-même ?
  • Prêtez attention au temps employé : le récit sera au passé mais comment l'auteur s'en sort-il avec son "moi" qui évolue au fur et à mesure des années et des souvenirs racontés ?
  • Définissez les objectifs du récit : qu'est-ce que l'auteur a cherché à faire avec son texte ? Se justifier comme Rousseau ? Faire sa psychanalyse ? S'interroge-t-il sur sa capacité à être objectif comme Nathalie Sarraute ? Evoque-t-il l'Histoire comme Saint-Simon ? Se met-il en avant comme Châteaubriand ?

Vous devez avoir un regard critique et constructif sur l'auteur et ce qu'il a tenté de raconter à travers son récit.

Peut-on dire qu'écrire son autobiographie consiste seulement à aller à la recherche de soi même ?

Pour vous aider, voici un plan que vous pouvez suivre pour répondre à cette question à proprement parler :

  1. Effectivement, l'autobiographe part à la recherche de lui-même
    1. Il cherche à se souvenir de son vécu
    2. Il cherche à se connaître, à comprendre sa personnalité
    3. Il cherche à faire un tri, un bilan de sa vie
  2. Mais l'auteur produit son autobiographie pour d'autres raisons encore
    1. Le désir de partager son expérience avec autrui
    2. L'envie de laisser une trace de soi de son histoire
    3. Le plaisir d'écrire et se remémorer des moments heureux.

Quelles différences entre auteur, narrateur et protagoniste ? Une dissertation sur l'autobiographie peut vous aider à mieux comprendre les auteurs.

L'introduction

Nombreux sont ceux qui, en écrivant leur autobiographie pense que cela consiste à aller à la recherche de soi-même. Mais écrire son autobiographie consiste seulement à aller à la recherche de soi-même ?

Pour répondre à cette question nous montrerons dans un premier temps que l'autobiographe part à la recherche de soi-même, puis nous verrons que l'auteur produit son autobiographie pour d'autres raisons encore.

Le développement

I/ Effectivement, l'autobiographe par à la recherche de lui-même

Tout d'abord, il cherche à se souvenir de son vécu, comme le démontre George Sand dans son œuvre intitulé, L'Histoire de ma vie, où elle raconte sa naissance, son enfance, et toutes les émotions qu'elle a ressentit au cours de sa vie. Cette idée est également évoquée par un autre auteur, Arthur Rimbaud dans son poème intitulé Ma Bohême dans lequel il exprime lui aussi ses sentiments.

Ensuite, l'autobiographe cherche à se connaître, à comprendre sa personnalité comme par exemple Jean-Jacques Rousseau dans Les Rêveries du promeneur solitaire, qui cherche, je cite, à « s'étudier [lui] même » et « à corriger le mal » qu'il a éprouvé et qu'il a fait tout au long de sa vie.

Enfin, l'autobiographe cherche à faire un tri, un bilan, ou un récapitulatif de sa vie. Rousseau dans Les Confessions, comme l'indique le titre de l'œuvre, émet « un bilan » plutôt complet en parlant du « bien [et du mal] avec la même franchise ». Il décrit ce qu'il a « fait », ce qu'il a « pensé », ce qu'il « fut ». Il propose une vision de sa propre vie plutôt objective, car il se caractérise comme  : « bon, généreux, sublime » mais aussi « méprisable et vil », il n'essaie pas d'enlever les éléments négatif de sa vie.

Dans l'extrait de l'avant-propos de l'Histoire de ma fuite des plombs, Giacomo Casanova, l'auteur nous présente « une confession » plutôt brève d'un des épisodes de sa vie, où il exprime « le repentir, et l'humiliation » qu'il ressent. Car comme Rousseau, il fait une « confession sincère ».

Après avoir débattu sur le fait que l'autobiographe part à la recherche de lui-même, nous montrerons que l'auteur produit son autobiographie pour d'autres raisons encore.

II/ L'auteur produit en effet son autobiographie pour d'autres raisons.

Il éprouve d'abord, le désir de partager son expérience avec autrui. C'est ainsi que Charlotte Delbo évoque la montée en puissance du nazisme dan son œuvre Les Mémoires et les jours, où elle témoigne de la souffrance qu'elle et d'autres femmes ont vécu dans les camps de concentration, en utilisant un étrange procédé : le poème, rarement utilisé pour évoquer des événements historiques. Elle fait de nombreuses antithèses pour exprimer la torture ressentie. Primo Levi dans Si c'est un homme évoque à son tour les camps d'exterminations. Au fil du texte, il témoigne des faits réels comme le fait Charlotte Delbo, mais son récit est plus réaliste car il n'emploie pas de sous-entendus.

En outre, l'autobiographe éprouve une envie de laisser une trace, de lui-même, de son histoire. Prenons comment exemple Marie Bashkirtseff dans Journal. Elle veut, à travers son journal, laisser une trace afin que personne n'oublie sa présence. Elle veut qu'on ressente toutes les émotions qu'elle a vécu. Elle n'aime pas l'idée de, je cite, « vivre, avoir tant d'ambition, souffrir, pleurer, combattre et, au bout, l'oubli comme si [elle n'avait] jamais existé ». A travers ce journal, l'auteur a réussi à exister après sa mort.

Pour finir, l'autobiographe éprouve du plaisir à écrire, afin de se remémorer des moments heureux. Comme nous le montre Marguerite Yourcenar dans Souvenir Pieux, où elle conte, comme l'annonce le titre de l'œuvre, ses souvenirs pleins de tendresse et de respect quasi religieux. Elle aime se remémorer les lieux de son enfance. Dans ce même contexte, Simone de Beauvoir dans Mémoires d'une jeune fille rangée, évoque à son tour ses souvenirs d'enfance avec sa famille, puis la naissance de sa petite sœur : Hélène. Elle décrit les moindres détails de son enfance, tel que son habitat. Charles Juliet dans Lambeaux évoque « ses deux mères », l'une qu'il n'a pas connu car elle est morte tragiquement et l'autre, qui l'a élevé. Il retrouve des sentiments heureux par sa mère adoptive, et ressent de la tristesse quand il évoque sa mère morte. Le lecteur reçoit beaucoup d'émotions.

La conclusion

On aura donc compris, que l'autobiographe part à la recherche de lui-même, pour se souvenir de son vécu, pour se connaître et pour faire un bilan de sa vie. Mais pas seulement : il peut témoigner d'un fait historique, il peut laisser également une trace de son histoire ou il peut se remémorer des moments heureux. L'autobiographe écrit donc pour des raisons très diverses.

Besoin d'un professeur de Français ?

Vous avez aimé l’article ?

Aucune information ? Sérieusement ?Ok, nous tacherons de faire mieux pour le prochainLa moyenne, ouf ! Pas mieux ?Merci. Posez vos questions dans les commentaires.Un plaisir de vous aider ! :) 3,13/5 - 8 vote(s)
Loading...

Alexia

Passionnée de danse, de musique et de voyages, je suis curieuse et j'aime apprendre et découvrir sans cesse de nouvelles choses.