Le Cid est une pièce tragi-comique écrite en vers, majoritairement des alexandrins, de Pierre Corneille. Elle fut représentée pour la première fois le 7 janvier 1637. C'est la neuvième pièce de Corneille et sa seconde tragi-comédie.

Pierre Corneille s'est largement inspiré d'une comédie espagnole de Guillén de Castro, Las Mocedades del Cid (Les Enfances du Cid) parue en 1631. Il a à ce titre essuyé des accusations de plagiat.

Nous allons découvrir ensemble dans ce cours l'histoire du Cid résumée par acte, puis nous nous pencherons sur le rôle et l'intérêt de chaque personnage.

Qui était Pierre Corneille ?
Derrière cet air sérieux, Pierre Corneille cache l'une des plumes les plus aiguisées du 17ème siècle. Roi du genre tragique, petit prince du genre comique, il s'essaye à tout et prend plaisir à casser les codes dramatiques classiques.

Liste des personnages

NomStatut
Don RodrigueFils de Don Diègue, amant de Chimène. Il est le Cid.
ChimèneFille de Don Gomès, maîtresse de Don Sanche, amante de Don Rodrigue.
Don GomesComte de Gormas, père de Chimène.
Don DièguePère de Don Rodrigue
Dona UrraqueEnfant de Don Fernand (Infante de Castille), aime secrètement Don Rodrigue.
Don FernandPremier roi de Castille.
Don SancheAmoureux de Chimène.
ElvireGouvernante de Chimène.
LéonorGouvernante de Dona Urraque.
Don AriasGentilhomme castillan
Don AlonseGentilhomme castillan
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Résumé de la pièce

Acte I

Dans la scène d'exposition, Chimène, fille de don Gomes, se félicite d'apprendre que celui-ci approuve son amour pour Rodrigue, le fils de don Diègue. C'est d'autant plus satisfaisant que l'infante Dona Urraque, la fille de Don Fernand, le roi de Castille, se prononce elle-même en faveur du mariage entre les deux jeunes gens, malgré son propre désir pour le jeune homme.

Malheureusement, une querelle vient opposer don Gomes et don Diègue, lequel vient d'être nommé gouverneur du prince de Castille, ce qui rend jaloux le premier. Don Gomes gifle le vieux don Diègue, qui ne peut pas se défendre.

Le Comte

Vous l’avez eu par brigue, étant vieux courtisan.

Don Diègue

L’éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan.

Le Comte

Parlons-en mieux, le roi fait honneur à votre âge.

Don Diègue

Le roi, quand il en fait, le mesure au courage.

Le Comte

Et par là cet honneur n’était dû qu’à mon bras.

Don Diègue

Qui n’a pu l’obtenir ne le méritait pas.

Le Comte

Ne le méritait pas ! Moi ?

Don Diègue

 Vous.

Le Comte

Ton impudence,
Téméraire vieillard, aura sa récompense.

(Il lui donne un soufflet.)
Don Diègue, mettant l’épée à la main

Achève, et prends ma vie après un tel affront,
Le premier dont ma race ait vu rougir le front.

Le Comte

Et que penses-tu faire avec tant de faiblesse ?

Don Diègue

Ô Dieu ! ma force usée en ce besoin me laisse !

Le Comte

Ton épée est à moi ; mais tu serais trop vain,
Si ce honteux trophée avait chargé ma main.
Adieu : fais lire au prince, en dépit de l’envie,
Pour son instruction, l’histoire de ta vie :
D’un insolent discours ce juste châtiment
Ne lui servira pas d’un petit ornement.

Don Diègue charge alors son fils de le venger. Rodrigue, accablé par le choix qu'on lui impose, choisit finalement de défendre l'honneur de son père et va au devant de don Gomes.

Acte II

Si don Gomes, en giflant don Diègue, provoque l'ire du roi, il n'en a cure. Il ne s'effraie pas non plus de Rodrigue qui vient le rencontrer pour venger son père. Le duel n'est pas représenté sur la scène, mais le spectateur connaîtra à la fin de l'acte son issue : Rodrigue a tué le comte de Gormas.

Le Cid de Corneille a-t-il eu du succès ?
Scène du Cid de Corneille jouée au Théâtre du Marais (estampe d'Adrien Marie, 1870)

Encore dans l'ignorance, Chimène ne désapprouve pas cette confrontation potentiellement meurtrière entre les deux hommes. Si elle aurait voulu l'éviter, elle comprend néanmoins que Rodrigue doive répondre au déshonneur infligé à sa famille. L'infante Dona Urraque y trouve quant à elle son compte : une victoire de Rodrigue lui permettrait peut-être d'épouser celui-ci. Pendant ce temps, le roi s'inquiète avant tout de la présence de navires ennemis à l'embouchure du fleuve.

Don Alonse, un gentilhomme castillan, arrive finalement pour annoncer la mort de don Gomès. Chimène s'en trouve bouleversée et va réclamer au roi la mort de Rodrigue pour punir l'acte irrémédiable.

Chimène

Sire, mon père est mort ; mes yeux ont vu son sang
Couler à gros bouillons de son généreux flanc ;
Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles,
Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles,
Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux
De se voir répandu pour d’autres que pour vous,
Qu’au milieu des hasards n’osait verser la guerre,
Rodrigue en votre cour vient d’en couvrir la terre.
J’ai couru sur le lieu, sans force et sans couleur :
Je l’ai trouvé sans vie. Excusez ma douleur,
Sire, la voix me manque à ce récit funeste ;
Mes pleurs et mes soupirs vous diront mieux le reste.

Don Fernand

Prends courage, ma fille, et sache qu’aujourd’hui
Ton roi te veut servir de père au lieu de lui.

Chimène

Sire, de trop d’honneur ma misère est suivie.
Je vous l’ai déjà dit, je l’ai trouvé sans vie ;
Son flanc était ouvert ; et pour mieux m’émouvoir,
Son sang sur la poussière écrivait mon devoir ;
Ou plutôt sa valeur en cet état réduite
Me parlait par sa plaie, et hâtait ma poursuite ;
Et pour se faire entendre au plus juste des rois,
Par cette triste bouche elle empruntait ma voix.
Sire, ne souffrez pas que sous votre puissance
Règne devant vos yeux une telle licence ;
Que les plus valeureux, avec impunité,
Soient exposés aux coups de la témérité ;

Qu’un jeune audacieux triomphe de leur gloire,

Se baigne dans leur sang, et brave leur mémoire.

Un si vaillant guerrier qu’on vient de vous ravir

Éteint, s’il n’est vengé, l’ardeur de vous servir.

Enfin mon père est mort, j’en demande vengeance,

Plus pour votre intérêt que pour mon allégeance.

Vous perdez en la mort d’un homme de son rang :

Vengez-la par une autre, et le sang par le sang.

Immolez, non à moi, mais à votre couronne,

Mais à votre grandeur, mais à votre personne ;

Immolez, dis-je, Sire, au bien de tout l’État

Tout ce qu’enorgueillit un si haut attentat.

Acte III

Lorsque Rodrigue vient voir Chimène chez elle, la gouvernante lui demande plutôt de se cacher pour échapper à la fureur de la jeune fille. Don Sanche, amoureux de celle-ci, espère affronter le jeune homme pour gagner le cœur de l'amante délaissée.

Mais malgré toute sa colère et son souci de l'honneur, Chimène ne peut pas oublier les sentiments amoureux qu'elle ressent pour Rodrigue. Elle a peur de le punir autant qu'elle le désir. Et lorsqu'il la trouve enfin et qu'il lui tend son épée pour lui offrir sa vie, elle refuse finalement et lui demande de partir.

Don Rodrigue

Que je meure !

Chimène

 Va-t’en.

Don Rodrigue

 À quoi te résous-tu ?

Chimène

Malgré des feux si beaux, qui troublent ma colère,
Je ferai mon possible à bien venger mon père ;
Mais malgré la rigueur d’un si cruel devoir,
Mon unique souhait est de ne rien pouvoir.

Don Rodrigue

Ô miracle d’amour !

Chimène

 Ô comble de misères !

Don Rodrigue

Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !

Chimène

Rodrigue, qui l’eût cru ?

Don Rodrigue

 Chimène, qui l’eût dit ?

Chimène

Que notre heur fût si proche et sitôt se perdît ?

Don Rodrigue

Et que si près du port, contre toute apparence,
Un orage si prompt brisât notre espérance ?

Chimène

Ah ! mortelles douleurs !

Don Rodrigue

 Ah ! regrets superflus !

Chimène

Va-t’en, encore un coup, je ne t’écoute plus.

Don Rodrigue

Adieu : je vais traîner une mourante vie,
Tant que par ta poursuite elle me soit ravie.

Chimène
Si j’en obtiens l’effet, je t’engage ma foi
De ne respirer pas un moment après toi.
Adieu : sors, et surtout garde bien qu’on te voie.

Rodrigue, sortant de chez Chimène, tombe sur son père, don Diègue. Il félicite son fils pour son acte plein de bravoure ; et si Rodrigue ne regrette rien, il exprime cependant sa souffrance d'avoir dû sacrifier son amour pour Chimène.

Don Diègue lui propose alors de tromper sa tristesse en poursuivant son œuvre héroïque : les Maures sont aux portes de Séville et doivent être combattus.

Qui est Rodrigue, le Cid ?
Jules Massenet - Le Cid, 3e Acte, 6e Tableau - L'Illustration

Acte IV

Rodrigue écoute son père et s'en va repousser les Maures. Tous le félicitent et le portent aux nues. Dona Urraque essaie alors de convaincre Chimène d'abandonner ses désirs de vengeance : Rodrigue est trop précieux pour Séville.

L'homme fait quant à lui le récit de ses exploits guerriers au roi.

Don Rodrigue

 Sous moi donc cette troupe s’avance,
Et porte sur le front une mâle assurance.

Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port,
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient de courage !
J’en cache les deux tiers, aussitôt qu’arrivés,
Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés ;
Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure,
Brûlant d’impatience autour de moi demeure,
Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit,
Passe une bonne part d’une si belle nuit.
Par mon commandement la garde en fait de même,
Et se tenant cachée, aide à mon stratagème ;
Et je feins hardiment d’avoir reçu de vous
L’ordre qu’on me voit suivre et que je donne à tous.
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;
L’onde s’enfle dessous, et d’un commun effort
Les Mores et la mer montent jusques au port.
On les laisse passer ; tout leur paraît tranquille ;
Point de soldats au port, point aux murs de la ville.
Notre profond silence abusant leurs esprits,
Ils n’osent plus douter de nous avoir surpris ;
Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent,
Et courent se livrer aux mains qui les attendent.
Nous nous levons alors, et tous en même temps
Poussons jusques au ciel mille cris éclatants.
Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent ;
Ils paraissent armés, les Mores se confondent,
L’épouvante les prend à demi descendus ;
Avant que de combattre, ils s’estiment perdus.
Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre ;
Nous les pressons sur l’eau, nous les pressons sur terre,
Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,

Avant qu’aucun résiste, ou reprenne son rang.

Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient ;

Leur courage renaît, et leurs terreurs s’oublient :

La honte de mourir sans avoir combattu

Arrête leur désordre, et leur rend leur vertu.

Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges,

De notre sang au leur font d’horribles mélanges ;

Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port,

Sont des champs de carnage où triomphe la mort.

Don Alonse vient l'interrompre pour annoncer au roi que Chimène est revenue pour demander justice. Le roi invite alors Rodrigue à sortir pour tenter un stratagème : il fait croire à Chimène que Rodrigue est mort au combat. À cette nouvelle, elle s'évanouit, ce qui trahit son amour toujours vif.

Don Fernand

 Enfin soyez contente,
Chimène, le succès répond à votre attente :
Si de nos ennemis Rodrigue a le dessus,
Il est mort à nos yeux des coups qu’il a reçus ;
Rendez grâce au ciel qui vous en a vengée.

(À Don Diègue.)

Voyez comme déjà sa couleur est changée.

Don Diègue
Mais voyez qu’elle pâme, et d’un amour parfait,
Dans cette pâmoison, Sire, admirez l’effet.
Sa douleur a trahi les secrets de son âme,
Et ne vous permet plus de douter de sa flamme.

Mais lorsque le roi démentit finalement ses propos, Chimène exige à nouveau que Rodrigue périsse. Elle finit par promettre qu'elle épousera le vainqueur du duel entre Rodrigue et don Sanche, seulement si Rodrigue le perd. Le roi accepte le principe du duel, mais obtient d'elle qu'elle épouse le vainqueur, quel qu'il soit.

Acte V

Rodrigue annonce à Chimène qu'il ne se défendra pas face à Don Sanche, ce qu'elle refuse : elle ne veut pas épouser don Sanche et veut qu'il défendre coûte que coûte son honneur. L'infante Dona Urraque renonce dans le même temps à son amour pour Rodrigue : celui-ci terminera soit mort, soit époux de Chimène.

À l'issue d'un duel que l'on ne voit pas, Chimène voit arriver don Sanche avec une épée trempée de sang. Elle en déduit que son amant est mort et avoue désespérée son amour pour Rodrigue.

Don Sanche

Obligé d’apporter à vos pieds cette épée…

Chimène

Quoi ? du sang de Rodrigue encor toute trempée ?
Perfide, oses-tu bien te montrer à mes yeux,
Après m’avoir ôté ce que j’aimais le mieux ?
Éclate, mon amour, tu n’as plus rien à craindre :
Mon père est satisfait, cesse de te contraindre.
Un même coup a mis ma gloire en sûreté,
Mon âme au désespoir, ma flamme en liberté.

Don Sanche

D’un esprit plus rassis…

Chimène

 Tu me parles encore,
Exécrable assassin d’un héros que j’adore ?

Va, tu l’as pris en traître ; un guerrier si vaillant

N’eût jamais succombé sous un tel assaillant.

N’espère rien de moi, tu ne m’as point servie :

En croyant me venger, tu m’as ôté la vie.

Mais don Sanche lui apprend finalement que le véritable vainqueur du duel est Rodrigue, qui l'a épargné. Le roi demande alors à Chimène de tenir sa promesse et d'épouser le héros de Castille. Il lui donne néanmoins le temps du deuil : le mariage sera célébré un an plus tard, tandis que Rodrigue est envoyé combattre les Maures en leurs pays.

Don Fernand

Le temps assez souvent a rendu légitime
Ce qui semblait d’abord ne se pouvoir sans crime :
Rodrigue t’a gagnée, et tu dois être à lui.
Mais quoique sa valeur t’ait conquise aujourd’hui,
Il faudrait que je fusse ennemi de ta gloire,
Pour lui donner sitôt le prix de sa victoire.

Cet hymen différé ne rompt point une loi
Qui, sans marquer de temps, lui destine ta foi.
Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes.
Rodrigue, cependant il faut prendre les armes.
Après avoir vaincu les Mores sur nos bords,
Renversé leurs desseins, repoussé leurs efforts,
Va jusqu’en leur pays leur reporter la guerre,
Commander mon armée, et ravager leur terre :
À ce nom seul de Cid ils trembleront d’effroi ;
Ils t’ont nommé seigneur, et te voudront pour roi.
Mais parmi tes hauts faits sois-lui toujours fidèle :
Reviens-en, s’il se peut, encor plus digne d’elle ;
Et par tes grands exploits fais-toi si bien priser,
Qu’il lui soit glorieux alors de t’épouser.

Analyse des personnages

Don Rodrigue, le Cid

Rodrigue est le fils de don Diègue ainsi que le héros de la pièce. Il est de sang noble, il est jeune, il est beau ; c'est le digne héritier de son père. Enfin, il aime Chimène et Chimène l'aime.

Il symbolise l'idéal chevaleresque :

  • il brave la mort pour défendre l'honneur de son père comme pour défendre l'intégrité de la Castille
  • il se caractérise par sa grandeur d'âme : il épargne don Sanche à la fin du duel dont il sort vainqueur
  • il est généreux
  • il est fidèle à son père, à son roi, à Chimène

Don Gomes lui-même avait reconnu la valeur de son futur ennemi, puisqu'il lui avait accordé sans hésiter la main de sa fille.

Mais malgré toute la fureur de son sentiment amoureux, il ne perd jamais la tête ; il est toujours maître de lui-même et de ses passions afin de répondre à son devoir - même lorsque cela veut dire perdre Chimène ! On peut relever les vers de la scène VI de l'acte I qui mettent en évidence son dilemme cornélien :

Que je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s’intéresse :
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse :
L’un m’anime le cœur, l’autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vivre en infâme,
Des deux côtés mon mal est infini.
Ô Dieu, l’étrange peine !
Faut-il laisser un affront impuni ?
Faut-il punir le père de Chimène ?
.
Père, maîtresse, honneur, amour,
Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
L’un me rend malheureux, l’autre indigne du jour.
Cher et cruel espoir d’une âme généreuse,
Mais ensemble amoureuse,
Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
Fer qui causes ma peine,

.

M’es-tu donné pour venger mon honneur ?
M’es-tu donné pour perdre ma Chimène ?

Rodrigue provoque ainsi l'admiration des spectateurs et des personnages, même quand il s'agit du roi. Il deviendra le Cid à l'acte IV après avoir fait le choix de l'honneur et après avoir protégé le roi et la patrie des Maures.

Notons seulement que l'héroïsme de Rodrigue peut être vu comme de l'orgueil : il ne craint certes pas de risquer sa vie, mais va parfois au devant de la mort. Il brave également les lois en acceptant le duel avec don Gomès et ose reparaître dans la maison de Chimène après avoir tué son père.

Chimène

Chimène est la fille de don Gomès qui a en commun avec Rodrigue le souci de l'honneur et du devoir. Et comme lui, elle ploie sous un intolérable conflit moral : elle aime le meurtrier de son père.

Ainsi, dans la scène d'exposition, elle exprime déjà ses doutes et ne réussit pas à s'abandonner tout à fait au bonheur qu'on lui promet. Ces errements annoncent l'intrigue tragique.

Elle fera preuve, après le duel entre Rodrigue et don Gomes, d'un profond désir de justice, jamais tu, jamais las : elle invoque la raison d'État auprès du roi, qui ordonne de condamner celui qui méprise les lois en tuant un noble au cours d'un duel.

Chimène impose ainsi la même admiration que Rodrigue : c'est une femme forte de sa volonté, qui ne se laisse pas écraser par des événements terribles. Elle refusera jusqu'à la fin d'oublier son honneur : elle ne donne aucun consentement explicite au mariage ordonné par le roi, au terme de la pièce.

Néanmoins, sa passion manifeste est sa faiblesse. Elle s'évanouit à l'annonce de la fausse mort de celui qu'elle aime et ne peut se résoudre à le détester, même au plus fort de sa colère :

Don Rodrigue

Rigoureux point d’honneur ! hélas ! quoi que je fasse,
Ne pourrai-je à la fin obtenir cette grâce ?
Au nom d’un père mort, ou de notre amitié,
Punis-moi par vengeance, ou du moins par pitié.
Ton malheureux amant aura bien moins de peine
À mourir par ta main qu’à vivre avec ta haine.

Chimène

Va, je ne te hais point.

Don Rodrigue

 Tu le dois.

Chimène
Je ne puis.
Comment se finit la pièce Le Mariage de Figaro ?
Pierre Paul Rubens, La Fête de Vénus, 1636

Don Diègue

Don Diègue est le père de don Rodrigue. Digne père de son fils, il fut :

[...] en son temps sans pareille

Tant qu'a duré sa force, a passé pour merveille

Mais il est vieux désormais... et incarne le passé. C'est lui qui tient à ce propos le fameux monologue dans lequel il déplore la faiblesse liée à l'âge (acte I, scène 4) :

Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
Mon bras, qu’avec respect toute l’Espagne admire,
Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
Tant de fois affermi le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
Ô cruel souvenir de ma gloire passée !
Œuvre de tant de jours en un jour effacée !
Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur !
Précipice élevé d’où tombe mon honneur !
Faut-il de votre éclat voir triompher le comte,
Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ?
Comte, sois de mon prince à présent gouverneur :

Ce haut rang n’admet point un homme sans honneur ;
Et ton jaloux orgueil, par cet affront insigne,
Malgré le choix du roi, m’en a su rendre indigne.
Et toi, de mes exploits glorieux instrument,
Mais d’un corps tout de glace inutile ornement,
Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense,
M’as servi de parade, et non pas de défense,
Va, quitte désormais le dernier des humains,
Passe, pour me venger, en de meilleures mains.

Ainsi, comme le signifie le dernier vers de la tirade, il passe symboliquement le relais de l'héroïsme à son fils : c'est le passage de flambeau, le cours du temps, les générations qui se succèdent.

Don Gomes

Don Gomes est le père de Chimène.

Il apparaît d'abord comme un homme honnête, puisqu'il reconnaît la valeur de Don Diègue ainsi que celle de son fils. Mais, bien vite, il se dévoile orgueilleux et téméraire : il est jaloux de don Diègue, que le roi a nommé gouverneur du prince de Castille. C'est pour cette raison qu'il lui donne un soufflet, faisant fi du respect dû à la vieillesse - et par ce geste, il provoque une série de malheurs, pour sa fille et pour le royaume...

Il n'est d'ailleurs pas plus respectueux du pouvoir royal : pour lui, les rois sont

[...] ce que nous sommes :

Ils peuvent se tromper comme les autres hommes.

Il sera puni par Rodrigue, qui le tue.

Don Fernand

Don Fernand est le roi de Castille. Mais comme roi, il apparaît plutôt impuissant :

  • le comportement de don Gomes restera impuni, du moins par sa propre main
  • il n'ordonne pas l'arrestation de Rodrigue, qui a pourtant transgressé la loi royale par la provocation en duel
  • il fait de Chimène l'enjeu d'un nouveau duel (entre Rodrigue et don Sanche)
  • il est préoccupé par la menace des Maures et s'en remet à la seule force de Rodrigue, se gardant bien de combattre lui-même

Pour autant, il sait également se montrer protecteur et bienveillant :

  • il protège de fait Rodrigue de la justice légitimement réclamée par Chimène
  • il tente d'ouvrir les yeux à Chimène en lui prouvant à elle-même son amour pour Rodrigue
  • il favorise le mariage entre Rodrigue et Chimène
  • il dicte sa loi et exerce la justice avec modération
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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.