Le fantastique, genre littéraire qui se caractérise avant tout par l'incertitude et l'ambiguïté, naquit à l'aube du XIXème siècle.

Il eut beaucoup de succès et fut prisé par nombre d'écrivains restés célèbres. Surtout, son univers a permis l'émergence de nombreux sous-genres modernes qui comptent aujourd'hui parmi les plus grands succès de la bande dessinée ou du cinéma.

Nous allons vous présenter dans ce cours l'histoire du genre fantastique ainsi que ses caractéristiques essentielles. Nous finirons en évoquant certaines des œuvres les plus emblématiques du genre.

Histoire du genre fantastique

Origines

Le genre fantastique est un genre littéraire qui trouve sa source dans le roman gothique anglais de la fin du XVIIIème siècle. Ces romans étaient d'abord caractérisés par leur ambiance sombre, teintée d'horreur, faisant intervenir des fantômes, des vampires, ou même le Diable.

On peut citer, parmi les œuvres les plus représentatives :

  • Le Moine de Matthew Gregory Lewis (1796)
  • Les mystères d'Udolphe d'Ann Radcliffe (1794)
  • Caleb Williams de William Godwin (1794)
D'où vient le genre fantastique ?
Edward Munch, Vampire, 1893

Naissance du fantastique en Allemagne

La littérature fantastique à proprement parler naît en Allemagne sous l'impulsion de trois auteurs :

  • Adelbert von Chamisso, avec notamment L'Étrange Histoire de Peter Schlemihl ou l’homme qui a vendu son ombre, paru en 1813 en Allemagne
  • Achim von Arnim
  • E.T.A. Hoffmann, avec Fantaisies à la manière de Callot (1814-1815) ou ses Contes nocturnes (1816-1817)

Des trois, Hoffmann est sûrement le plus connu et dont l'œuvre a eu le plus d'influence. Son fantastique se caractérise par l'exaltation, le chaos et la frénésie. Les thèmes de la folie et de la solitude lui sont chers, et inspireront en conséquence l'ensemble du genre pour la suite.

Le fantastique français

Les contes d'Hoffmann sont traduits et diffusés en France dès les années 1830. Ils rencontrent un succès spectaculaire et créent forcément des émules. On pourra citer, entre autres, Jean-Charles-Emmanuel Nodier qui y trouve une manière de rêve et de fantasmer. Il peuple ses contes de fantômes, de vampires et de morts-vivants, comme dans La Fée aux miettes (1832), Smarra ou les démons de la nuit (1821) et Trilby ou le lutin d'argail (1822).

Ensuite de quoi de plus grands noms s'y sont essayés, avec succès. Parmi eux, on trouve Honoré de Balzac, dont l'œuvre fantastique principale est le roman La Peau de chagrin (1831). Le personnage central y a conclu un pacte le diable : la peau de chagrin qu'il achète exaucera tous ses vœux, mais rétrécira au fur et à mesure de son usage, faisant écho à sa propre vie. Pour autant, Balzac reste avant tout un auteur réaliste.

En France, l'auteur emblématique du genre est donc sans aucun doute Guy de Maupassant. Il écrivit nombre de nouvelles et de courts récits résolument fantastiques - c'est-à-dire plongés dans une ambiance inquiétante propices à l'inquiétude et au doute pour ses personnages. Ses thèmes récurrents sont la peur, l'angoisse et la folie. Son chef-d'œuvre en la matière est Le Horla, publié en 1887 : le narrateur, qui tient un journal intime, sombre peu à peu dans la démence, ne pouvant découvrir l'être qu'il sent le tourmenter.

À la fin du XIXème siècle, le fantastique n'est plus une finalité pour les auteurs français : il devient plutôt un moyen de provoquer, de dénoncer, ou bien sert l'esthétique de l'œuvre. On pourra citer, comme démarche exemplaire, le roman À rebours, de Joris-Karl Huysmans (1884).

Edgard Allan Poe

La littérature américaine fut d'emblée marquée par le roman gothique anglais et développe cette esthétique. Au début du XIXème siècle, Edgard Allan Poe impose ainsi, avec ses Histoires extraordinaires, le fantastique comme une forme privilégiée d'expression. Ses histoires ont une esthétique propre et servent de base pour l'émergence de futurs sous-genres comme la science-fiction et le roman policier.

Qui est l'auteur du Portrait ovale ?
Un portrait de Egard Allan Poe (crédits : MARY EVANS - SIPA)
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C'est parti

Fond et forme du fantastique

Le récit fantastique met en scène un personnage évoluant dans un univers réela priori, rien ne différencie son environnement de celui de son lecteur. Seulement, sa vie est tout à coup chamboulée par un (ou plusieurs) événement(s) qui semble(nt) avoir un caractère surnaturel. Mais rien n'est moins sûr...

Car, en effet, la question centrale du récit fantastique, c'est : ce qui arrive est-il naturel ou surnaturel ? Aussi le personnage est-il plongé dans un doute qu'il lui est parfois difficile d'éradiquer. Il y a alors deux réponses possibles : celle de la réalité ou celle du surnaturel.

La fin d'un récit fantastique est en conséquence (dans la plupart des cas) une fin ouverte. On parle de « non-fin ». Le phénomène étrange survenu en début d'histoire n'est pas résolu et ne peut pas l'être. Le lecteur est donc laissé à son doute : il est libre d'interpréter comme il le souhaite...

La différence entre un récit merveilleux et un récit fantastique, c'est donc que, dans le premier, le surnaturel est accepté d'emblée : il fait sens et ne pose pas question.

Le critique littéraire Todorov résume le genre en ces termes :

(...) Réalité ou rêve ? Vérité ou illusion ? Ainsi se trouve-t-on amené au cœur du fantastique. Dans un monde qui est bien le nôtre, celui que nous connaissons, sans diables, sylphides, ni vampires, se produit un événement qui ne peut s'expliquer par les lois de ce même monde familier. Celui qui perçoit l'événement doit opter pour l'une des deux solutions possibles : ou bien il s'agit d'une illusion des sens, d'un produit de l'imagination et les lois du monde restent alors ce qu'elles sont ; ou bien l'événement a véritablement eu lieu, il est partie intégrante de la réalité, mais alors cette réalité est régie par des lois inconnues de nous. Ou bien le diable est une illusion, un être imaginaire; ou bien il existe réellement, tout comme les autres êtres vivants: avec cette réserve qu'on le rencontre rarement.

Le fantastique [… ], c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connait que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel.

Todorov, Introduction à la littérature fantastique, © Éditions du Seuil, 1970

Le cadre d'un récit fantastique

Dans un récit fantastique, l'écrivain provoque le trouble, l'inquiétude, la peur et l'angoisse chez son personnage. Par extension, c'est aussi le lecteur qui a peur et qui doute.

Ce trouble est avant tout provoqué par un événement étrange. Cet événement conduit le personnage à douter de la frontière entre réel et irréel : il se questionne, il analyse, il remet en cause les apparences.

Lieux

Les lieux dans lesquels prennent place les récits fantastiques participent donc de cette ambiguïté : un château, une grande forêt, une ruelle sombre, ...

Dans Le portrait ovale d'Edgard Allan Poe (1842), le personnage principal débarque dans un château abandonné. Dans La Vénus d'Ille de Prosper Mérimée (1837), le narrateur est un antiquaire qui séjourne au milieu de ruines antiques.

Personnages

Le personnage principal d'un récit fantastique est amené à rencontrer d'autres personnages ambigus, qui lui feront douter de la réalité alentour.

Ainsi, dans Dracula, de Bram Stocker (1897), le personnage principal débarque dans un château de Transylvanie où vit un conte qui lui semble vieux, terriblement vieux.

Le narrateur de La Vénus d'Ille croit voir bouger et vivre la statue de Vénus que son hôte entrepose chez lui.

Le temps

Un récit fantastique peut couvrir l'ensemble des moments du journée. Mais, bien évidemment, l'événement qui fait basculer l'histoire prend volontiers place au crépuscule, ou dans une nuit déjà bien noire...

C'est le cas dans presque toutes les Nouvelles histoires extraordinaires d'Edgard Allan Poe. C'est aussi la nuit que Mister Hyde impose sa présence au Docteur Jekyll, dans le court roman L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson (1886).

Quelle est la définition du fantastique ?
Moritz von Schwind, Apparition dans la forêt, vers 1858, huile sur toile, 42 x 63 cm (collection Schack, Munich)

Les thèmes du fantastique

Les thèmes des récits fantastiques privilégient une nouvelle fois l'ambiguïté et la surprise.

On ne s'étonnera donc pas de la liste thématique suivante :

  • le rêve
  • l'apparition fantomatique
  • la folie
  • le délire
  • la disparition
  • le meurtre irrésolu ou impossible

Narration

Un récit fantastique est généralement conduit à la première personne. C'est-à-dire que l'événement étrange est relaté par un narrateur, qui parle en son nom, et qui témoigne personnellement de l'étrangeté.

Cela permet au lecteur de vivre en direct le doute du narrateur et de lire l'interprétation de celui-ci, qui balance généralement entre explication rationnelle et explication irrationnelle. Avec le « je », l'auteur donne une impression de subjectivité à son histoire et renforce son caractère inquiétant.

Le narrateur, en outre, peut être plus ou moins digne de confiance. En effet, un narrateur fatigué, ou fou, ou malade, ou drogué, sera moins susceptible d'être considéré comme fiable par le lecteur ; ainsi, l'écrivain facilite la mise en doute de la « réponse surnaturelle » pour expliquer l'événement troublant.

Par exemple, dans Le Horla de Maupassant, le narrateur sombre manifestement dans la folie ; dans Le portrait ovale de Poe, le narrateur est éreinté, et semble, à un moment du moins, s'endormir...

Procédés stylistiques

Pour créer des sentiments de peur et d'angoisse chez le lecteur, l'auteur use de différents procédés :

  • la description

Le portrait, je l’ai déjà dit, était celui d’une jeune fille. C’était une simple tête, avec des épaules, le tout dans ce style qu’on appelle, en langage technique, style de vignette ; beaucoup de la manière de Sully dans ses têtes de prédilection. Les bras, le sein, et même les bouts des cheveux rayonnants, se fondaient insaisissablement dans l’ombre vague, mais profonde, qui servait de fond à l’ensemble. Le cadre était ovale, magnifiquement doré et guilloché dans le goût moresque. Comme œuvre d’art, on ne pouvait rien trouver de plus admirable que la peinture elle-même.

Le portrait ovale, Edgard Allan Poe, 1842

  • la modalisation

La modalisation consiste dans le fait d'introduire une part de subjectivité. Cette subjectivité n'est pas seulement présente à travers des pronoms personnels, tels que « je » ou « nous », qui témoignent explicitement d'une perspective individuelle. Elle peut se manifester à travers des champs lexicaux, un vocabulaire connotatif, ou bien des formules bien précises (avec par exemple la mobilisation du conditionnel ou du futur antérieur). Il peut aussi s'agir d'utiliser des adverbes tels que « peut-être », « probablement », ...

Par la modalisation, l'auteur peut donc introduire de l'ambiguïté. 

 

Un frisson me saisit soudain, non pas un frisson de froid, mais un étrange frisson d’angoisse.

Je hâtai le pas, inquiet d’être seul dans ce bois, apeuré sans raison, stupidement, par la profonde solitude. Tout à coup, il me sembla que j’étais suivi, qu’on marchait sur mes talons, tout près, à me toucher.

Je me retournai brusquement. J’étais seul. Je ne vis derrière moi que la droite et large allée, vide, haute, redoutablement vide ; et de l’autre côté elle s’étendait aussi à perte de vue, toute pareille, effrayante.

Le Horla, Guy de Maupassant, 1887

  • les figures de style

Les comparaisons (en vert), les métaphores, les emphases ou les superlatifs (en rouge) aident notamment l'auteur à créer une ambiance pesante et ambigüe pour les biens de son récit.

À peine ces dernières syllabes avaient-elles fui mes lèvres, que — comme si un bouclier d’airain était pesamment tombé, en ce moment même, sur un plancher d’argent, j’en entendis l’écho distinct, profond, métallique, retentissant, mais comme assourdi. J’étais complètement énervé ; je sautai sur mes pieds ; mais Usher n’avait pas interrompu son balancement régulier. Je me précipitai vers le fauteuil où il était toujours assis. Ses yeux étaient braqués droit devant lui, et toute sa physionomie était tendue par une rigidité de pierre. Mais, quand je posai la main sur son épaule, un violent frisson parcourut tout son être, un sourire malsain trembla sur ses lèvres, et je vis qu’il parlait bas, très bas, — un murmure précipité et inarticulé, — comme s’il n’avait pas conscience de ma présence.

La chute de la maison Usher, Edgard Allan Poe, 1839

Œuvres fantastiques exemplaires

Pour comprendre ce qu'est un récit fantastique, le mieux, c'est encore d'en lire !

Nous présentons ici succinctement quelques récits fantastiques exemplaires. Et vous pouvez aller les découvrir par vous-même - frissons de plaisir garantis !

La Vénus d'Ille, Prosper Mérimée (1837)

Dans La Vénus d'Ille, un antiquaire, narrateur de l'histoire, rend visite à M. de Peyrehorade, qui a découvert par hasard une remarquable statue de Vénus dont tout le monde parle à Ille.

La question qui fait de cette nouvelle un modèle du genre, et autour de laquelle se concentre l'ambiguïté du surnaturel, est la suivante : la Vénus d'Ille est-elle, ou non, douée de vie ?

C’était bien une Vénus, et d’une merveilleuse beauté. Elle avait le haut du corps nu, comme les anciens représentaient d’ordinaire les grandes divinités ; la main droite, levée à la hauteur du sein, était tournée, la paume en dedans, le pouce et les deux premiers doigts étendus, les deux autres légèrement ployés. [...]

Cette expression d’ironie infernale était augmentée peut-être par le contraste de ses yeux incrustés d’argent et très brillants, avec la patine d’un vert noirâtre que le temps avait donnée à toute la statue. Ces yeux brillants produisaient une certaine illusion, qui rappelaient la réalité, la vie. Je me souvins de ce que m’avait dit mon guide, qu’elle faisait baisser les yeux à ceux qui la regardaient. Cela était presque vrai ; et je ne pus me défendre d’un mouvement de colère contre moi-même, en me sentant un peu mal à mon aise devant cette figure de bronze.

Que raconte La Venus d'Ille ?
Et vous, pensez-vous que la Venus d'Arles, exposée au Louvre, soit vivante ? (Wikipedia / Marie-Lan Nguyen)

Le Portrait Ovale, Edgard Allan Poe (1842)

Dans cette micro-nouvelle d'Edgard Allan Poe, un narrateur sorti de nulle part et accompagné de son majordome, débarque en pleine dans un château abandonné. Il trouve, dans la chambre dans laquelle il veut s'endormir, un portrait ovale d'une perfection absolue représentant une femme atrocement belle, ainsi qu'un carnet expliquant les circonstances dans lesquelles ce portrait fut réalisé.

En découvrant cette histoire, le narrateur (en même temps que le lecteur) en vient à se poser une question terrible : et si ce portrait si vivant avait volé la vie de son modèle ?

C’était une jeune fille d’une très rare beauté, et qui n’était pas moins aimable que pleine de gaieté. Et maudite fut l’heure où elle vit, et aima, et épousa le peintre. Lui, passionné, studieux, austère, et ayant déjà trouvé une épouse dans son Art ; elle, une jeune fille d’une très rare beauté, et non moins aimable que pleine de gaieté : rien que lumière et sourires, et la folâtrerie d’un jeune faon ; aimant et chérissant toutes choses ; ne haïssant que l’Art qui était son rival ; ne redoutant que la palette et les brosses, et les autres instruments fâcheux qui la privaient de la figure de son adoré. Ce fut une terrible chose pour cette dame que d’entendre le peintre parler du désir de peindre sa jeune épouse. Mais elle était humble et obéissante, et elle s’assit avec douceur pendant de longues semaines dans la sombre et haute chambre de la tour, où la lumière filtrait sur la pâle toile seulement par le plafond.

Le Horla, Guy de Maupassant (1887)

Le Horla se présente sous la forme d'un journal intime. Le lecteur découvre donc la vie d'un homme d'abord tranquille, mais qui sombre bien vite dans un délire de plus en plus étouffant. L'homme semble en effet sentir la présence d'un étranger invisible qui prend d'abord possession de sa maison puis, lentement, de son propre corps.

Alors, le Horla est-il là ? Ou bien le narrateur est-il fou, tout simplement ?

14 août. — Je suis perdu ! Quelqu’un possède mon âme et la gouverne ! quelqu’un ordonne tous mes actes, tous mes mouvements, toutes mes pensées. Je ne suis plus rien en moi, rien qu’un spectateur esclave et terrifié de toutes les choses que j’accomplis. Je désire sortir. Je ne peux pas. Il ne veut pas ; et je reste, éperdu, tremblant, dans le fauteuil où il me tient assis. Je désire seulement me lever, me soulever, afin de me croire encore maître de moi. Je ne peux pas ! Je suis rivé à mon siège ; et mon siège adhère au sol, de telle sorte qu’aucune force ne nous soulèverait.

Puis, tout d’un coup, il faut, il faut, il faut que j’aille au fond de mon jardin cueillir des fraises et les manger. Et j’y vais. Je cueille des fraises et je les mange ! Oh ! mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Est-il un Dieu ? S’il en est un, délivrez-moi, sauvez-moi ! secourez-moi ! Pardon ! Pitié ! Grâce ! Sauvez-moi ! Oh ! quelle souffrance ! quelle torture ! quelle horreur !

Un jardin dans l'île d'Arran, Gérard Prévot (1970)

Dans Un jardin dans l'île d'Arran, un narrateur extérieur à l'histoire nous raconte la retraite d'un général de l'armée allemande venu écrire ses mémoires dans une île écossaise. Mais cet homme est hanté par une seule faute, au milieu de son intégrité morale qui lui fit combattre autant que possible le régime nazi : la dénonciation d'un juif, un seul, au début de la guerre.

D'abord en paix avec ses actes, il lui semble bientôt apercevoir, au milieu de la brume qui entoure sa propriété, le fantôme d'un homme. Portant un violant (ou bien est-ce une mitraillette ?), cette ombre blanchâtre semble l'observer.

S'agit-il d'un fantôme ou bien du brouillard ?

La cloche du portail fut un instant agitée. Friedrich Ullmann souleva le rideau de la fenêtre, se pencha, ne vit rien et allait reprendre la rédaction interrompue quand il lui sembla apercevoir, dans les herbes du jardin, une ombre armée d'un violon. À moins que ce ne fût une mitraillette. Il éteignit et attendit. L'ombre parut hésiter puis se dissoudre. Un coup de vent plus fort ouvrit la fenêtre mal fermée et Ullmann se leva d'un bond. Il lui sembla que l'ombre était devant lui, dans le jardin, à l'abri d'un arbre, et le regardait. Il demeura longtemps immobile et se persuada que l'ombre du jardin n'était rien d'autre que celle de l'arbre.

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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.