La poésie est une partie de la littérature que nous connaissons bien à notre époque du fait de grands auteurs comme Baudelaire, Rimbaud, Verlaine ou Hugo. Cependant, saviez-vous que cet art lyrique trouve ses origines dans l'époque ancienne, alors même que l'écriture était peu développée dans le monde ?

Mésopotamie, Égypte, Inde ou encore Chine s'y sont mis il y a bien longtemps et c'est par ce biais que nous avons pu retrouver la majorité des textes mythologiques de toutes ces civilisations. La poésie que nous connaissons le mieux appartient à la culture gréco-romaine : c'est la poésie épique, mythologique ou lyrique.

Superprof vous propose une synthèse des connaissances en littérature et en histoire sur le sujet afin de comprendre comment l'art littéraire a pu naître avec le vers et comment il nous est parvenu par le biais des poètes grecs et romains que nous connaissons si bien aujourd'hui !

Le vers : l’ancêtre mythique de la prose

Découvrez l'histoire de l'art poétique et ses origines en Grèce et à Rome ! "La poésie est quelque chose de plus philosophique et de plus grande importance que l'histoire" - Aristote, La Poétique.

La première chose à savoir, c'est que l'art poétique, utilisant le vers, possède des origines plus anciennes que l'art narratif plus accessible en prose, à l'image des romans. En réalité, c'est même le vers qui a donné vie à la prose !

Les origines de la poésie remontent à l'antiquité. Celle que nous connaissons la mieux est la poésie européenne, en provenance de la Grèce, puis de Rome. Elle se confondait alors avec les légendes de la mythologie grecque, étant donné que la poésie était associée à plusieurs divinités spécifiques ou personnages des mythes.

Parmi ces dieux et héros, nous retrouvons notamment :

  • Les neuf Muses, ayant chacune leur domaine artistique et inspirant les aèdes,
  • Apollon, dieu de la musique et de la poésie qui inspirait sa vérité aux artistes,
  • Dionysos, dieu du vin et l'ivresse qui laisse les sentiments et la fureur créatrice s'exprimer,
  • Orphée, un demi-dieu charmant l'univers tout entier du son de sa lyre,
  • Linos, un demi-dieu inventeur de la musique et de la poésie en vers.

Ainsi, la poésie était un art divin qui était au sommet de l'échelle des disciplines humaines. Les dieux envoyaient leurs ondes inspiratrices aux mortels pour leur dire qu'écrire :

"Ce n’est pas l’art, mais une force divine qui leur inspire leurs vers" - Platon

C'est probablement grâce à ces inspirations divines que les aèdes ont pu connaître tant de récits mythologiques, en remontant jusqu'à la légende de la création du monde ! Ou alors il s'agit juste d'une imagination débordante... Allez savoir !

La poésie antique dans le monde

Quelles sont les origines de la poésie à l'époque antique ? L'Épopée de Gilgamesh, le Grand Hymne à Amon, le Véda ou encore le Shin Jing sont autant d'exemples de la poésie dans le monde à l'époque ancienne !

L'antiquité est une période qui n'existait pas que dans le monde grec et à Rome, loin de là : plusieurs civilisations en Europe, Afrique et Asie se développèrent durant cette période extrêmement longue. La discipline artistique se développa elle aussi dans des styles tous différents mais généralement pour raconter les épisodes mythologiques.

Tout commença en Mésopotamie, région du Proche-Orient dans laquelle naquit l'écriture (la première, le cunéiforme) vers 3300 av. J-C. Déjà les récits mythologiques étaient contés sous la forme de poèmes ou d'épopées, à l'image de l'histoire du roi-héros Gilgamesh ou des péripéties d'Ishtar dans l'Arallu.

Les Sumériens, Akkadiens et Babyloniens eurent de nombreux contacts avec les civilisations proches comme les Égyptiens et les Grecs. Ces voisins, peut être d'eux mêmes ou par influence, se mirent à choisir la même forme littéraire pour leurs corpus mythologiques.

De l'autre côté du monde, les Indiens et les Chinois firent de même. La forme poétique était aussi très utilisée pour les textes amoureux, élogieux ou rendant hommage.

Ce qui nous concerne spécifiquement en tant qu'Européens lorsque l'on parle de poésie est un art qui tire toute son influence du monde grec et de Rome et de ses grands aèdes et poètes qui ont traversé les âges à coups de versets et d'alexandrins !

Les grands poètes de l’antiquité gréco-romaine

Retrouvez tous les plus grands poètes de l'antiquité et des exemples de leurs oeuvres ! Homère, le plus grand aède grec, reste un grand mystère historique quant à son existence même !

Au sein du monde grec, le poète était appelé aède, par définition un poète épique et récitant. Cet artiste chantait des épopées dans tout le monde grec ancien à l'aide d'instruments de musique, à l'image d'une lyre ou de son ancêtre, la phorminx. Il peut être considéré comme un barde composant lui même ses épopées, à la différence du rhapsode, qui ne faisait que réciter.

Ainsi l'aède chantait devant une assemblée ou un banquet des poèmes relatant les grands mythes tels que la guerre de Troie et la plupart du temps en fonction de la demande de son audience. Sa prestation se composait généralement d'un proême (une entrée en matière de l'œuvre) puis d'une épopée lyrique.

A l'époque d'Homère et d'Hésiode, l'écriture était peu présente et le rôle du poète était donc de se déplacer de cité en cité ou de clan en clan afin de fixer dans la mémoire collective les légendes qu'avaient composées les aèdes.

Voici une liste biographique de quelques uns de ces grands poètes du monde grec et de Rome.

Homère

Homère est un aède ayant vraisemblablement vécu à la fin du VIIIe siècle. Son existence n’est historiquement pas attestée, et les seules sources réelles de son existence sont ses propres textes. La tradition veut qu’il soit aveugle – pour corroborer la tradition mythique de l’aède qui, privé de sa vue, voit ce que les autres hommes ne voient pas – et qu’il ait vécu sur l’île de Chios.

Ses deux œuvres les plus connues sont l'Iliade et l'Odyssée, racontant respectivement la dernière année de la guerre de Troie et le retour chaotique d'Ulysse à Ithaque. On lui attribue également de nombreux Hymnes Homériques.

Sophocle

Sophocle est l'un des trois grands tragiques grecs ayant vécu au Vème siècle av. J-C. Il est très célèbre pour ses pièces telles que Œdipe Roi ou Antigone, qui lui valent le nombre le plus élevé de victoires au concours dramaturgique des Dionysies.

Au cours de sa vie, il aurait écrit environ 123 pièces dont une centaine de tragédies, mais seulement 7 nous sont parvenues. Le thème récurrent de ses tragédies est le choix moral du héros solitaire qui entraîne bien souvent une situation proprement tragique.

Horace

Né à Venouse au Ier siècle av. J-C, Horace est un poète latin très célèbre et ayant composé de très nombreux poèmes sous plusieurs formes : satires, épodes, odes, chants séculaires ou encore épîtres. Bien qu'il ait toujours été indépendant des cercles de poètes, il peut être considéré comme un poète nouveau à l'image de Catulle.

Son œuvre a une réelle influence sur la culture de son époque et postérieure à son époque et il inspire des auteurs comme Perse ou Sidoine Apollinaire. Enfin, Horace est notamment l'auteur de la fameuse locution Carpe Diem !

Ovide

Ovide ou Publius Ovidius Naso est un poète latin dont l’œuvre est considérable si l’on raisonne en termes de contenu mythologique. Il naît dans une riche famille de l'ordre équestre et s'intéresse très tôt à la poésie. Il fait ses études de droit à Rome, puis voyage jusqu'à Athènes et finit sa vie en exil, en Sicile.

Il est tout d'abord apprécié de l'empereur Auguste, mais à la suite de la rédaction d'un manuel de séduction en 8 ap J-C, Auguste l'exile à Tomes (Roumanie actuelle). Il ne reviendra jamais à Rome malgré la mort de l'empereur en 14 ap J-C !

Ses œuvres les plus connues sont Les Métamorphoses et Les Fastes qui racontent des mythes et L'Art d'Aimer, une initiation à l'amour et surtout à la séduction.

Pour terminer, voici un tableau synthétique et non-exhaustif des plus grands poètes du monde grec et de Rome ainsi que leurs œuvres majeures :

 Dates (approximatives)OrigineŒuvres Principales
HomèreVIIIème siècle av. J-CGrecIliade, Odyssée
HésiodeVIIIème siècle av. J-CGrecThéogonie, Les Travaux et les Jours
Apollonios de Rhodes295 av. J-C - 215 av. J-CGrecArgonautiques
Aristophane450 ou 445 av. J-C - 385 av. J-CGrecLes Nuées, Les Oiseaux, Lysistrata, L'Assemblée des Femmes
Eschyle525 av. J-C - 456 av. J-CGrecL'Orestie, Les Sept contre Thèbes, Les Perses
Euripide483 av. J-C - 406 av. J-CGrecMédée, Andromaque
Pindare518 av. J-C - 438 av. J-CGrecPythiques, Olympiques, Néméennes, Isthmiques
Sophocle495 av. J-C - 406 av. J-CGrecŒdipe Roi, Antigone, Philoctète, Electre, Les Limiers
Théocrite315 av. J-C - 250 av. J-CGrecIdylles
Sappho630 av. J-C - 580 av. J-CGrecqueHymne à Aphrodite, L'égal des dieux (poème)
Catulle84 av. J-C - 54 av. J-CRomainCarmina
Horace65 av. J-C - 8 av. J-CRomainSatires, Épodes, Odes, Épîtres
Lucain39 - 65RomainLa Pharsale
Ovide43 av. J-C - 17 ou 18RomainLes Métamorphoses, L'Art d'Aimer, Fastes, Héroïdes
Plaute254 av. J-C - 184 av. J-CRomainAmphitryon, La Marmite ou L’Aululaire, La Comédie des ânes ou l’Asinaire, Les Ménechmes, Le Soldat Fanfaron
Térence190 ou 185 av. J-C - 159 av. J-CRomainPhormion, L'Eunuque, Adelphes, Hécyre
Virgile70 av. J-C - 19 av. J-CRomainÉnéide, Bucoliques, Géorgiques
Properce47 av. J-C - 14 av. J-CRomainÉlégie
Tibulle50 av. J-C - 19 ou 18 av. J-CRomainCorpus Tibullianum (Élégies)

Exemples de poésies anciennes

Quelles sont les origines de la poésie en littérature ? "L'amour a plus d'un style, on plaît quand on varie" - Ovide, L'Art d'Aimer.

Voici quelques extraits de poésie gréco-romaine qui vous donneront peut être envie d'en découvrir plus et peuvent vous donner un aperçu de cet univers littéraire originel. Tous ces extraits sont traduits ici en français et certains sous forme prosaïque, mais ce sont bel et bien des poèmes, pour la plupart des épopées épiques.

Iliade, Homère

"Chante, déesse, la colère d’Achille, le fils de Pélée; détestable colère, qui aux Achéens valut des souffrances sans nombre et jeta en pâture à Hadès tant d’âmes fières de héros, tandis que de ces héros mêmes elle faisait la proie des chiens et de tous les oiseaux du ciel – pour l’achèvement du dessein de Zeus. Pars du jour où une querelle tout d’abord divisa le fils d’Atrée, protecteur de son peuple, et le divin Achille".

Les Travaux et les Jours, Hésiode

"O Persès ! Grave bien mes conseils au fond de ton esprit. Écoute la voix de la justice et renonce pour toujours à la violence : telle est la loi que le fils de Saturne a imposée aux mortels. Il a permis aux poissons, aux animaux sauvages, aux oiseaux rapides de se dévorer les uns les autres, parce qu'il n'existe point de justice parmi eux ; mais il a donné aux hommes cette justice, le plus précieux des biens. Si dans la place publique, un juge veut parler avec droiture et avec prudence, Jupiter à la large vue lui accorde la richesse ; mais s'il se parjure volontairement, s'il blesse l'équité par de faux témoignages, il subit des maux sans remède ; la gloire de sa postérité s'obscurcit d'âge en âge, tandis que d'âge en âge la postérité de l'homme juste devient plus illustre. Écoute mes utiles conseils, imprudent Persès ! Rien n'est plus aisé que de se précipiter dans le vice : le chemin en est court et nous l'avons près de nous ; mais les dieux immortels ont baigné de sueurs la route de la vertu : cette route est longue, escarpée et d'abord hérissée d'obstacles ; mais quand on touche à son sommet, elle devient facile, quoique toujours pénible".

Médée, Euripide

"JASON

O monstre! ô femme odieuse entre toutes aux dieux, à moi, et à la race entière des hommes ! Quoi ! sur tes enfants tu as osé porter le glaive, après les avoir mis au monde, pour me faire périr en m'enlevant mes fils! Et après ce forfait tu regardes le Soleil et la Terre, quand tu as osé le crime le plus impie! Puisses-tu périr! Pour moi, aujourd'hui je suis sensé, mais j'étais insensé quand de ta demeure et d'un pays barbare je t'ai emmenée en Grèce à mon foyer, horrible fléau, traîtresse à ton père et à la terre qui t'avait nourrie. Ton génie vengeur, c'est contre moi que l'ont lancé les dieux, car tu avais tué ton frère à ton foyer quand tu montas sur le navire Argo à la belle proue. C'est par là que tu as commencé. Devenue ma femme et après m'avoir donné des enfants, par jalousie tu les as fait périr. Il n'est pas de femme grecque qui eût jamais osé un tel crime et pourtant avant elles je t'ai choisie pour épouse, — alliance odieuse et funeste pour moi ! — toi, une lionne, non une femme, nature plus sauvage que la Tyrrhénienne Scylla. Mais assez, car toi mille outrages ne pourraient te mordre, telle est l'impudence de ta nature. Va-t'en, ouvrière de hontes, souillée du sang de tes enfants! Pour moi, il ne me reste qu'à pleurer mon sort : de mon nouvel hymen je ne jouirai pas et mes fils que j'avais engendrés et élevés je ne pourrai plus leur adresser la parole vivants : je les ai perdus.

MÉDÉE

Je me serais longuement étendue à répondre à tes paroles si Zeus mon père ne savait les services que je t'ai rendus et ce que tu m'as fait. Allons! tu n'allais pas, après avoir outragé ma couche, mener agréable vie à te rire de moi avec la princesse et celui qui te l'avait donnée pour femme, Créon, impunément me chasser de ce pays! Après cela, appelle-moi, si tu veux, lionne ou Scylla, qui habite le sol tyrrhénien : comme tu le mérites, à mon tour je t'ai blessé au coeur".

Énéide, Virgile

"Chaos et Phlégéthon, lieux muets étendus dans la nuit,

puissé-je  dire ce que j'ai entendu, révéler, avec votre accord,

les secrets enfouis dans les sombres  profondeurs de la terre.

Ils allaient, ombres obscures dans la solitude de la nuit,

à travers les demeures vides de Dis et son royaume inconsistant :

ainsi va-t-on dans les bois, à la lueur ingrate d'une lune incertaine,

quand Jupiter dans l'ombre  a enfoui les cieux dans l'ombre,

et quand la nuit noire a enlevé aux choses leur couleur".

Le Dieu des Jardins, Catulle

"Jeunes gens, c'est moi, dont vous voyez l'image de chêne grossièrement façonnée par la serpe d'un villageois, c'est moi qui ai fertilisé cet enclos, qui ai fait prospérer de plus en plus chaque année cette rustique chaumière, couverte de glaïeuls et de joncs entrelacés. Les maîtres de cette pauvre demeure, le père comme le fils, me rendent un culte assidu, me révèrent comme leur dieu tutélaire : l'un a soin d'arracher constamment les herbes épineuses qui voudraient envahir mon petit sanctuaire ; l'autre, m'apporte sans cesse d'abondantes offrandes : ses jeunes mains ornent mon image, tantôt d'une couronne émaillée de fleurs, prémices du printemps ; tantôt d'épis naissants aux pointes verdoyantes ; tantôt de brunes violettes, ou de pavots dorés, de courges d'un vert pâle, ou de pommes au suave parfum ; tantôt de raisins que la pourpre colore sous le pampre qui leur sert d'abri. Parfois même (mais gardez-vous d'en parler) le sang d'un jeune bouc à la barbe naissante ou celui d'une chèvre ont rougi cet autel. Pour prix des honneurs qu'ils me rendent, je dois protéger les maîtres de cette enceinte, et leur vigne et leur petit jardin. Gardez-vous donc, jeu-nes garçons, d'y porter une furtive main. Près d'ici demeure un voisin riche, dont le Priape est négligent. C'est là qu'il faut vous adresser : suivez ce sentier; il vous y conduira".

Vous savez désormais tout sur la poésie de l'antiquité. Pour en savoir plus, Superprof peut vous guider par le biais de nos articles de français ou d'histoire ou encore en prenant un cours particulier de français avec un professeur !

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Mathieu

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