Vipère au poing est un roman écrit par Hervé Bazin et paru en 1948.

Largement inspiré par sa propre enfance, Hervé Bazin y raconte l'enfance vécue par Jean Rezeau, surnommé Brasse-Bouillon, alors qu'il se trouve dans le château familial de la Belle-Angerie, non loin d'Angers. Cet été-là, sa grand-mère qui les élevait lui et son frère Ferdinand meurt ; ses parents doivent alors rentrer de Chine pour s'occuper d'eux.

Hervé Bazin a lui-même connu une enfance « difficile » : il a grandi à Marans, près d'Angers, dans la propriété familiale du Château du Patys avec ses deux frères. Son père est Jacques Hervé-Bazin, un avocat, et sa mère est Paule Guilloteaux, femme autoritaire et froide à laquelle Hervé s'opposera beaucoup.

Il finira par rompre tout lien avec sa famille pour pouvoir suivre des cours de lettres à la Sorbonne, à Paris.

À quoi ressemblait Hervé Bazin ?
Portrait de l'auteur Hervé Bazin. Source : babelio.com

Résumé du roman

C'est l'été 1922 : Jean, le narrateur, et son frère Ferdinand Rezeau se trouvent dans le château familial de la Belle-Angerie, pas loin d'Angers, là où leur grand-mère paternelle les élève. Mais le décès de celle-ci va bouleverser leur vie : leurs parents reviennent de Chine, où le père officie dans une université chinoise, afin de prendre la relève. Les deux frères ne savent presque rien de leurs parents, et ne connaissent pas non plus leur petit frère, Marcel.

Les deux jeunes garçons attendent donc impatiemment sur le quai de la gare. Dès qu'ils les voient, ils se jettent sur leur mère pour l'embrasser... laquelle les gifle immédiatement et leur demande de porter leurs bagages. Marcel ne leur adresse qu'un salut froid et il n'y a que leur père pour les embrasser.

De retour au château, les deux parents convoquent tout le monde dans la salle à manger pour rendre compte de la nouvelle organisation du foyer. Le père annonce un emploi du temps spartiate :

  • la journée commencera à 5h30 avec la messe
  • les garçons devront étudier avec l'abbé
  • la journée se finira à 21h30

C'est au tour de la mère de donner ses règles :

  • les enfants n'auront plus de café le matin mais de la soupe
  • ils auront le crâne rasé pour des raisons d'hygiènes
  • les poêles, les édredons et les coussins seront retirés de leur chambre
  • leurs objets personnels sont confisqués
  • les heures de récréations serviront à l'entretien du parc
  • ils porteront de lourds sabots pour ne pas user leurs chaussures et chaussettes

En peu de temps, les enfants sont donc affamés, frigorifiés et privés de confort. Au cours des repas, leur mère n'hésite pas à les piquer avec une fourchette s'ils ne se tiennent pas correctement à son goût. Lorsque la gouvernante veut les défendre, Mme Rezeau la renvoie immédiatement. Le père ignore toujours les maltraitances pour éviter tout conflit avec sa femme.

Bien vite, les deux enfants trouvent un surnom pour cette mère qu'ils détestent de tout leur cœur : elle s'appellera désormais Folcoche, comme la contraction de « folle » et de « cochonne ». Ils gravent partout des « VF » pour promettre : « Vengeance à Folcoche ».

Des deux garçons, c'est Jean que Folcoche déteste le plus : il a l'audace de lui tenir tête, notamment en la fixant intensément durant les repas, rituel que les frères nomment « Pistolétade ».

Quels sont les mots invariables ?
Mère et son bébé (1933), Madeleine Carpentier (1865-1940) (MBA Reims/photo Christian Devleeschauwer)

Un jour, Mr Rezeau emmène ses fils à une partie de chasse. C'est la première fois qu'ils goûtent à un moment de bonheur depuis l'arrivée des parents. Mais Folcoche, furieuse de voir les deux garçons heureux, les prive dès leur retour de ce loisir. Témoin de la scène, le père s'emporte soudainement et ordonne à sa femme de laisser les enfants en paix, avant de rentrer au château, presqu'apeuré par son propre comportement.

Humiliée, Folcoche se venge sur les garçons : elle les isole chacun dans une pièce et les bat violemment. Jean tente de se défendre, ce qui ne fait qu'empirer le déferlement de coups : la marâtre le bat jusqu'à tomber de fatigue. Lorsque la famille se retrouve pour dîner, leur père reste muet, malgré l'évidence des marques laissées sur la peau par les coups.

Alors que Folcoche venait de remplacer l'abbé par un autre qu'elle espérait plus ferme, elle est brutalement prise d'un malaise au cours d'un repas. C'est le début d'une maladie hépatique qui provoquera plusieurs crises, jusqu'à son hospitalisation en juillet 1927. Celle-ci doit durer plusieurs mois ; les enfants sont aux anges.

De fait, dans l'absence de la marâtre, leur vie s'embellit : les règles s'assouplissent à mesure qu'ils se rapprochent de leur père. Ils peuvent de nouveau manger du beurre et de la confiture, ils ont le droit de se promener dans le parc. Ils croient saisir pour de bon leur bonheur lorsqu'ils apprennent que leur mère est mourante...

Las, Folcoche revient à la Belle-Angerie, et n'a pas changé : elle veut remettre en place sa dictature. Mais elle découvre plutôt que ses enfants ont grandi, et que son mari a pris confiance. Aidé de l'abbé, les deux hommes s'opposent à la tonte des cheveux et aux autres brimades.

La marâtre ne s'avoue pas vaincue pour autant et met en place un stratagème : elle autorise son mari à emmener Jean et Ferdinand chez des amis pour plusieurs semaines. Elle se retrouve donc seule au château avec Marcel, son favori. Celui-ci lui révèle l'endroit où les deux frères cachent leurs victuailles. À leur retour, c'est l'excuse qu'elle trouve pour faire fouetter Ferdinand par le nouvel abbé, parce qu'il est l'aîné ; elle espère ainsi créer un conflit entre les deux frères.

Folcoche redouble d'énergie et d'inventivité pour martyriser ses fils :

  • elle déchire leurs vêtements
  • elle sale démesurément leurs plats
  • elle les pousse dans les encadrements de porte
  • ...

Poussés à bout, Ferdinand et Jean décident de la tuer. La première tentative passe par l'empoisonnement : ils versent la totalité d'un médicament dans le verre de leur mère. Ils ne réussissent qu'à lui donner une diarrhée.

La deuxième tentative est plus élaborée : alors qu'ils sont tous les deux sur une petite barque, ils attendent que Folcoche viennent les trouver. Cette dernière, furieuse de voir que ses appels restent sans réponse, arrive enfin et saute dans la barque ; Jean donne alors un coup de rame pour emporter la barque et faire tomber sa mère dans l'eau. Hélas, la marâtre sait nager :

La rage au cœur, je dus assister au sauvetage de Folcoche par elle-même. Sauvetage par elle-même, je dis bien, car elles étaient deux dans l’Ommée : la fragile Mme Rezeau, toute couturée, sans muscles, manquant de souffle, et l’indomptable Folcoche, décidée à vivre et à faire vivre son double, malgré l’eau sale qui lui trempait les cheveux, lui rentrait dans la gorge, vivement recrachée, malgré nos silencieuses prières à Satan. La voilà qui se rapproche de la berge, la voilà qui s’agrippe à une touffe de sauges, l’arrache, retombe, saisit cette fois une racine plus solide et se hisse péniblement sur la rive où elle s’effondre, épuisée, mais sauvée. Oh !

Folcoche est persuadée que Jean a tenté de la tuer et veut le faire violemment fouetter. Mais l'enfant s'enferme dans sa chambre et part durant la nuit chez ses grands-parents maternels. Malheureusement, ces derniers refusent de l'accueillir et le dénoncent aux parents Rezeau : son père vient le chercher et le ramène, non sans lui avoir promis qu'il n'y aurait aucune punition.

Folcoche n'est cependant pas du même avis et fomente un nouveau plan pour en finir définitivement avec son cadet : elle dissimule une grosse somme d'argent dans la chambre de celui-ci afin de le faire accuser de vol. Mais lui est méfiant et l'épie ; avant même que la mère puisse donner l'alerte, Jean rapporte le portefeuille et lui montre ainsi qu'il n'a plus peur d'elle.

Il négocie alors son départ : il sera envoyé, avec son frère, chez les Jésuites. Mais a-t-il vraiment gagné ?

Cette vipère, ma vipère, dûment étranglée, mais surtout renaissante, je la brandis encore et je la brandirai toujours, quel que soit le nom qu'il te plaise de lui donner : haine, politique du pire, désespoir ou goût du malheur ! Cette vipère, ta vipère, je la brandis, je la secoue, je m'avance dans la vie avec ce trophée, effarouchant mon public, faisant le vide autour de moi. Merci ma mère ! Je suis celui qui marche, une vipère au poing.

Par « vipère au poing », le narrateur compare donc sa mère à cette vipère qu'il a étranglée avec son poing lorsqu'il était enfant ; en grandissant, il a toujours gardé dans son poing cette vipère, devenue sa mère, pour ne cesser de l'étrangler.

Que représente le lion dans les Fables de La Fontaine ?
Eugène Delacroix, Lion et Serpent, 1846
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C'est parti

L'écriture d'une maltraitance

Hervé Bazin, en conduisant un récit quasi naturaliste, livre au lecteur une analyse très fine et très critique des mécanismes de maltraitance que peut subir un enfant.

Le roman s'ouvre sur l'étranglement d'une vipère que Jean a trouvée, alors que ses parents sont encore en Chine. L'enfant sort vainqueur de ce face-à-face et à la faveur de cette victoire, il prend conscience de sa force. Mais lorsque sa mère débarque dans sa vie, il est d'abord déstabilisé par sa tyrannie, et se retrouve bien faible dans son corps d'enfant.

De fait, toute la première partie du récit (lorsque la marâtre met en place ses mesures draconiennes) décrit très bien les aspects psychologiques inhérents à la maltraitance intrafamiliale, qui permettent la mise en place du contrôle de la relation. Mais à mesure que les enfants grandissent, la domination de la mère est remise en question. Toute l'ambition de Folcoche deviendra alors de retrouver sa puissance passée, dans la mesure où ses enfants ne sont que des sujets qui doivent être les objets de son pouvoir.

Ce roman est en somme un huis clos : le lieu de vie isole les enfants, et permet de donner naissance à un huis clos psychologique entre une mère indigne et des enfants martyrisés, où même le père s'efface. Pour sa faiblesse, Jean en arrivera à le mépriser - puisque l'enfant, face à la haine, ne peut développer que de la haine en retour, comme un mécanisme salvateur pour sa survie.

De fait, lorsque Folcoche est hospitalisée, le narrateur se surprend à sentir sa mère lui manquer. Elle ne lui manque pas pour elle-même, mais plutôt pour la haine qu'il lui porte, cette haine qui a fini par donner un sens à son quotidien d'enfant isolé en manque d'amour.

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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.