Le Message est un roman écrit par l'autrice Andrée Chedid, publié durant l'année 2000.

L'œuvre raconte l'histoire de Marie, blessée par balle dans un pays en guerre, et amoureuse de Steph, qu'elle voulait rejoindre après une violente dispute. Mortellement touchée, les images de sa vie passent en revue dans son esprit, tandis qu'elle se désespère de ne jamais pouvoir lui transmettre le message de son amour.

Andrée Chedid est née au Caire, en Égypte, en 1920 et morte à Paris en 2011. Elle est une autrice de nouvelles, de poèmes et de romans naturalisée française : son œuvre questionne la condition humaine, la fragilité de notre existence et la beauté de la vie, pourtant menacée par des peurs irrationnelles.

Qui est l'auteur du Message ?
Une photo d'Andrée Chedid (lascala-paris.com)

Résumé du roman

Le lecteur découvre, à travers un récit au présent conduit à la troisième personne du singulier, l'existence de Marie, une jeune femme qui vit dans un pays en guerre. Elle est blessée par une balle et souffre atrocement. Mais malgré la douleur, elle ne pense qu'à une seule chose : rejoindre Steph, son petit ami, avec qui elle s'est disputée, et qu'elle voulait rejoindre pour enfin se réconcilier.

Entre eux, il y a un pont : leurs vies sont séparées par la ville et par son agitation de guerre. Ils partagent pourtant une passion très vive et Marie est prête à tout pour Steph. C'est le message qu'elle a pour lui.

Mais elle a de moins en moins de forces tandis que le sang s'épanche par terre. Elle est submergée par les images de son passé qui ressurgissent. Un couple d'octogénaire, Anya et Anton, passe alors dans la rue où elle est tombée. Anton, le mari, est médecin de profession et tente de lui porter secours. Mais les blessures de Marie sont trop graves et il ne peut rien faire, sinon l'accompagner dans ses derniers instants.

Alors Marie, se sentant défaillir, confie à Anya son message pour Steph : elle l'aime, elle venait le rejoindre. La vieille femme s'empresse de lui porter.

Mais vient dans la rue un franc-tireur (un sniper), s'enquérir de cette situation qu'il a observée : il s'agit de Gorgio, qui s'était donné pour objectif de défendre le quartier contre les ennemis. Il s'est trompé en tirant sur Marie et le regrette intérieurement. Il se promet alors d'aller lui-même chercher l'ambulance qui sauvera la mourante.

Anya, quant à elle, ne parvient pas à prévenir Steph, malgré tous ses efforts. Steph, lui, ne voit pas Marie à l'endroit où ils s'étaient donné rendez-vous ; il décide donc d'aller la trouver chez elle. Lorsqu'enfin il arrive à son appartement, il trouve sa petite amie agonisant dans la rue. Et malgré l'ambulance qui finalement arrive, Marie décède. 

Steph, dévasté, finit par tuer Gorgio, qu'il accuse d'avoir tué Marie.

Les meilleurs professeurs de Français disponibles
Cristèle
5
5 (56 avis)
Cristèle
50€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Julie
5
5 (82 avis)
Julie
75€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Albane
4,9
4,9 (99 avis)
Albane
65€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Koffi felicien
4,9
4,9 (46 avis)
Koffi felicien
21€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Chris
5
5 (132 avis)
Chris
96€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Jérémy
5
5 (60 avis)
Jérémy
25€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Julien
4,9
4,9 (49 avis)
Julien
60€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Patrick
5
5 (55 avis)
Patrick
65€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Cristèle
5
5 (56 avis)
Cristèle
50€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Julie
5
5 (82 avis)
Julie
75€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Albane
4,9
4,9 (99 avis)
Albane
65€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Koffi felicien
4,9
4,9 (46 avis)
Koffi felicien
21€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Chris
5
5 (132 avis)
Chris
96€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Jérémy
5
5 (60 avis)
Jérémy
25€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Julien
4,9
4,9 (49 avis)
Julien
60€
/h
Gift icon
1er cours offert !
Patrick
5
5 (55 avis)
Patrick
65€
/h
Gift icon
1er cours offert !
C'est parti

Résumé par chapitre

Chapitre 1

Marie se rend au rendez-vous pris avec Steph. Elle marche difficilement alors qu'elle vient de prendre une balle dans son dos. Elle pense plutôt à Steph, qu'elle trouve beau et parfait pour elle, malgré leurs tempéraments opposés.

Chapitre 2 & 3

La blessure de Marie saigne beaucoup : elle a de plus en plus de mal à avancer. Elle doit pourtant atteindre le pont sur lequel, elle en est sûr, Steph l'attend.

Chapitre 4

Marie se remémore sa rencontre avec Steph. La première fois, ce fut lorsqu'elle avait 10 ans, au mariage de son frère ainé, dans un pays méditerranéen. Puis ils se revirent dix ans après.

Chapitre 5

Marie n'en peut plus mais elle veut à tout pris arriver à l'heure à son rendez-vous avec Steph.

Chapitre 6

Dans la boue des rizières, sur l’asphalte des cités, dans la torpeur des sables, entre plaines et collines, sous neige ou soleil, perdus dans les foules que l’on pourchasse et décime, expirant parmi les autres ou dans la solitude : les massacrés, réfugiés, fusillés, suppliciés de tous les continents, convergent soudain vers cette rue unique, vers cette personne, vers ce corps, vers ce cœur aux abois, vers cette femme à la fois anonyme et singulière. À la fois vivante et blessée à mort.

Qu'est-ce qui provoque la remise en cause du roman ?
Otto Dix, Der Krieg (La guerre), 1924, gravure (détail). Photo © Sotheby's

Chapitre 7

Marie se souvient d'un moment amoureux, et heureux, passé avec Steph au bord de la mer.

Chapitre 8

Marie se sent mourir et regrette de ne pas mourir de vieillesse, comme elle se l'était toujours imaginé.

Chapitre 9

Ses genoux tremblent, elle n'en peut plus. Une douleur la transperce, elle trébuche, là voilà par terre.

Chapitre 10

On apprend que Steph lui a écrit une lettre. Sentant qu'elle ne pourra jamais atteindre le pont, elle cherche alors un passant à qui transmettre le message pour son amant.

Chapitre 11

Le contenu de la lettre de Steph : il y écrit que, depuis qu'il connaît les horreurs de la guerre, rien n'est plus important que leur amour à eux.

Alors Marie tente de saisir cette lettre qu'elle porte dans sa sacoche, afin d'y écrire à son tour son message : « Je t'aime. Je viens à toi. » Ou du moins : « Je venais... »

Chapitre 12

Dans sa lettre, Steph donnait un rendez dimanche à midi à Marie : si, au bout d'une heure, elle n'était pas là, lui s'en irait, ayant acté leur séparation définitive.

Marie prend la lettre et y griffonne : « Je venais. Je t'aime. »

Chapitre 13

Marie crie afin d'attirer l'attention mais la rue est déserte. Elle agonise, à terre.

Chapitre 14

Marie lutte pour rester en vie.

Chapitre 15

Soudain, un couple de vieilles personnes sort d'une porte de la rue, avec des valises.

Chapitre 16

Marie voit le couple qui s'approche ; il s'agit des derniers habitants du quartier.

Chapitre 17

Le couple la dépasse mais Marie pousse un grand cri. Les deux vieux l'entendent et courent vers elle.

Chapitre 18

Anton, le mari, est un ancien médecin : il part chercher sa trousse de secours pour soigner Marie.

La mourante en profite pour donner sa lettre à Anya, la femme : celle-ci lui promet d'arriver à temps au pont pour donner cette lettre à Steph.

Il est 12h45.

Chapitre 19

Anton se rend compte que Marie ne pourra pas survivre. Il tente néanmoins de la garder en vie jusqu'à ce qu'elle puisse revoir une dernière fois Steph.

Chapitre 20

La présence d'Anton apaise Marie.

Chapitre 21

Anton veille sur Marie et espère un retour rapide d'Anya et de Steph.

Chapitre 22

Anya s'indigne et se dégoûte de la guerre. Elle pense à la futilité des religions et des croyances.

Elle se demandait comment et pourquoi ces peuples d’une minuscule et même planète, ces humains d’une dérisoire longévité, irrémédiablement voués à la même mort, pouvaient répéter, multiplier, ces jeux macabres et s’en glorifier. De l’Occident à l’Orient, plus loin encore, partout, se déchaînent fureurs, intolérances, haines, à l’image de certains drames familiaux qui ne trouvent jamais d’épilogue.

Chapitre 23

Anya continue sa route vers le point de rendez-vous ; elle imagine le bonheur d'Anton dans le cas où elle le trouverait.

Chapitre 24

Marie se souvient de son enfance, puis de sa passion avec Steph.

Lorsqu'Anton lui parle, elle ne peut cependant pas parler : elle se contente désormais de sourire.

Chapitre 25

Anya, de loin, aperçoit Steph, assis près du pont, comme il l'indiquait dans sa lettre. Elle est au milieu d'une foule de personnes qui ne désire qu'une chose : fuir.

Chapitre 26

Anton chantonne une mélodie pour Marie, qui gît par terre les yeux mi-clos.

Chapitre 27

Anya, au milieu de la foule, s'aperçoit que Steph a quitté son muret. Il est maintenant dans la foule et elle tente de capter son attention : elle crie en agitant une photo, mais ses cris sont impuissants.

Elle le voit s'éloigner et monter dans l'autobus qui l'emmène de l'autre côté du pont.

Chapitre 28

Anton s'inquiète de ne pas voir Anya arriver à l'autre bout de la rue.

Soudain, c'est un jeune homme armé qui lui demande ce qu'il se passe.

Chapitre 29

Marie se retourne difficilement vers Anton.

Chapitre 30

Le jeune homme se dit protecteur du quartier contre ses ennemis. Anton se demande s'il s'agit d'un ami ou d'un ennemi, en se figurant qu'il pourrait s'agir de l'homme qui a tiré sur Marie.

Le jeune homme promet cependant de trouver une ambulance pour la sauver.

Chapitre 31

Anya arrive essoufflée, pour raconter à Anton sa peur de le perdre ainsi que son échec à prévenir Steph, malgré ses efforts.

Chapitre 32

Sur cette parcelle du vaste monde, sur ce minuscule îlot de bitume, sur cette scène se joue, une fois de plus, une fois de trop, le théâtre barbare de nos haines et de nos combats.
Massacres, cités détruites, villages martyrisés, meurtres, génocides, pogroms… Les siècles s’agglutinent en ce lieu dérisoire, exigu, où la mort, une fois de plus, joue, avant son heure, son implacable, sa fatale partition.
Tandis que les planètes – suivant leurs règles, suivant leurs lois, dans une indifférence de métronome – continuent de tourner.
Comment mêler Dieu à cet ordre, à ce désordre ? Comment l’en exclure ?

Quelle est l'image de Paris donnée par Boileau ?
John Martin : Le Pandemonium, inspiré de Paradise Lost, de John Milton (musée du Louvre à Paris), 1841

Chapitre 33

Steph pense à l'attente et à sa tristesse de ne pas avoir vu Marie au rendez-vous. Ils s'étaient pourtant promis de s'aimer toujours et de finir ensemble leur vie.

Il s'imagine que Marie a trouvé quelqu'un d'autre et prend peur. Il décide alors de continuer à se battre pour elle.

Chapitre 34

Marie se demande si Steph est venu au rendez-vous, si Anya lui a donné la lettre.

Elle entend Anya et Anton chuchoter ensemble et s'effraie que tout soit fini avec Steph.

Chapitre 35

Gorgio, le jeune homme à la mitraillette, pense à son parcours depuis le début des conflits : il s'est engagé dans un camp contre l'avis de ses parents et, agissant en solitaire, il tire de loin sur les ennemis. Sa mitraillette et lui ne font qu'un.

Chapitre 36

Anya admire tellement Anton qu'elle a du mal à raconter son échec vis-à-vis de Steph.

Chapitre 37

Gorgio se sent accompli depuis qu'il a une mitraillette et un uniforme. Avant, son père ne cessait le rabaisser à cause de ses résultats scolaires.

Chapitre 38

Le vieux couple se promet de retrouver un jour Steph pour tout lui raconter.

Chapitre 39

Gorgio s'est réfugié dans un quartier de riches chez un écrivain où se trouvent de nombreux livres.

Il vide les maisons désertées pour se nourrir et s'éclaire avec des bougies. Il lit les livres qu'il trouve et recopie certaines phrases touchantes dans un carnet.

À parcourir tous ces livres, il éprouvait un plaisir neuf, intense. Son œil avide détectait les mots qui pouvaient lui servir. Il en tirait rapidement le suc ou un rayon de lumière, ou bien une chaude proximité.
À travers sa totale liberté et ces soudaines découvertes, il lui semblait vivre. Vivre comme jamais.

Chapitre 40

Il pense à la jeune femme étendue et au vieil homme qui la veille. Il pense à la vieille femme essoufflée ayant eu peur à sa vue.

Il demande sa route à un marchand de légumes qui l'injurie. Impassible, Gorgio continue son chemin.

Chapitre 41

Anya et Anton font croire à Marie qu'Anya a vu Steph et qu'il va arriver, dans l'espoir de la maintenir en vie.

Chapitre 42

Dans le bus, au milieu de la foule, Steph pense à Marie. Il s'avise tout à coup qu'elle est peut-être en danger, que le quartier qu'elle devait traverser était peut-être dangereux. Alors il veut descendre du bus, malgré la foule qui bloque tout.

Chapitre 43

Le pouls de Marie est très faible. Anya et Anton pensent qu'elle n'en a plus pour longtemps mais mentent toujours, promettant que Steph est sur le point d'apparaître au bout de la rue.

Chapitre 44

Gorgio se trouve devant un hôpital détruit. Il pense alors à sa mère hospitalisée dix ans auparavant et à sa dispute avec son père, lorsqu'il a quitté le foyer.

Il se remet en marche afin de trouver l'ambulance qu'il est venu chercher.

Chapitre 45

Steph saute de l'autobus en marche ; il se fait insulter pour avoir mis tout le monde en danger.

Chapitre 46

Anya et Anton continuent de faire espérer Marie.

Chapitre 47

Il est 14 heures, Steph est dans la rue, tout près de rejoindre Marie.

Chapitre 48

Gorgio cherche toujours une ambulance.

Chapitre 49

Anya et Anton se pensent heureux d'être toujours vivants. Ils auraient dû être à la place de Marie ; ce devrait être leur tour de mourir.

Chapitre 50

La foule est si dense que Steph ne peut pas traverser le pont. Tout le monde s'étonne de le voir aller dans le sens inverse et il lui faut expliquer qu'il veut rejoindre sa femme pour qu'enfin on le laisse passer. Il est maintenant persuadé que Marie l'attend chez elle.

Chapitre 51

Gorgio se retrouve également au pont que la foule traverse. Il veut demander de l'aide à quelqu'un. Mais sa mitraillette effraie tout le monde.

Alors le jeune homme s'adresse à un gendarme, lui expliquant son problème. L'homme en uniforme lui dit d'abandonner, Marie devant déjà être morte. Gorgio ne l'écoute pas et repart.

Chapitre 52

Anya et Anton assoient Marie afin qu'elle ait un point de vue sur le début de la rue. C'est désormais sa seule raison de vivre.

Chapitre 53

De l'autre côté du pont, Giorgio parle à un homme qui l'informe que les pompiers, les gendarmes et les ambulances sont derrière lui, et non pas devant lui.

Chapitre 54

Steph court maintenant vers l'immeuble dans lequel Marie habite.

Chapitre 55

Marie aperçoit finalement Steph. Mais lui ne l'a pas vue, et c'est Anton qui doit lui barrer le passage pour le stopper.

Chapitre 56

Gorgio a finalement trouvé une ambulance avec trois infirmiers. Ils roulent en direction de Marie.

Chapitre 57

Anton explique à Steph qu'on a tiré dans le dos de Marie, qui est étendue par terre.

L'homme se jette à genoux près de la mourante. Il n'y a plus rien à faire, sinon la bercer : Marie meurt ainsi contre la poitrine de Steph.

Chapitre 58

L'ambulance arrive mais c'est trop tard : Gorgio voit que Marie est morte.

Steph, en voyant le franc-tireur, l'accuse d'avoir tué sa femme. Il sort soudain un revolver de sa poche et tue Gorgio.

L'horreur de la guerre

L'homme est une énigme. C'est le postulat posé par Andrée Chedid, à la source de tout, et dont la conséquence la plus terrible réside dans la guerre. 

La guerre est une horreur sans nom, qui ne cesse pourtant de s'imposer à tous, et c'est toujours l'humanité qui en est le responsable et l'acteur :

Depuis l’aube des temps, les violences ne cessent de se chevaucher, la terreur de régner, l’horreur de recouvrir l’horreur. Visages en sang, visages exsangues. Hémorragies d’hommes, de femmes, d’enfants… Qu’importe le lieu ! Partout l’humanité est en cause, et ce sombre cortège n’a pas de fin.

Le nom de « Marie », qui est le prénom féminin le plus porté sur Terre, symbolise cette situation universelle, connue par tous les Hommes : celle de la violence. De même, la ville dans laquelle le récit prend place n'est jamais nommée : elle est un non-lieu, c'est-à-dire, potentiellement, tous les lieux en même temps. Cela est mis en perspective par des réflexions sur l'Histoire :

Connaissant, grâce à son métier, les déroulements de l'Histoire, Steph questionnait l'Histoire. Qu'était-elle d'autre, depuis les origines, que violences, qu'instinct prédateur, que désir de domination ? Déjà la bactérie ne se perpétue qu'en absorbant, qu'en dévorant l'autre; était-ce une nécessité, une fatalité gravées dans nos cellules ? De peuples à peuples, de familles à familles, qu'était-elle d'autre, la vie que batailles, où la vanité, l'orgueil, la course au pouvoir et à ses avantages devenaient les leviers de l'existence ? Mais y aurait-il eu Shakespeare, Eschyle, Euripide, Molière, Dostoïevski et d'autres, si nous n'appartenions qu'à une tribu sage, bienveillante, pacifique ?

Que raconte Andrée Chedid ?
La mort de Priam, Jean Baptiste Regnault, 1785 (détail)

Ou encore :

Sur cette parcelle du vaste monde, sur ce minuscule îlot de bitume, sur cette scène se joue, une fois de plus, une fois de trop, le théâtre barbare de nos haines et de nos combats. Massacres, cités détruites, villages martyrisés, meurtres, génocides, pogroms. Les siècles s'agglutinent en ce lieu dérisoire, exigu, où la mort, une fois de plus, joue avant son heure, son implacable, sa fatale partition.
Que l'homme soit une énigme, cela est encore représenté par le personnage de Gorgio : devenu sniper, il tue par plaisir pour se sentir vivre là où une existence banale ne recélait que sa déception et sa tristesse. Mais sa démarche est ambiguë, puisqu'il s'échine a posteriori à trouver du secours pour celle qu'il a tuée. Contradiction fondamentale de l'acte humain, insaisissable et pourtant là. 

La beauté de l'amour

Si la guerre est issue d'un sentiment primaire de l'Homme, il y a néanmoins un autre sentiment tout aussi primaire qu'on peut lui opposer, comme une protection à toute épreuve : il s'agit de l'amour.

C'est ce qu'écrit Steph lui-même dans sa lettre pour Marie :

Depuis que je côtoie quotidiennement la mort, tout me semble absurde », continuait la lettre. « Tout me paraît vain, en dehors de l’amour. Nous nous aimons, toi et moi. Nous le savons depuis longtemps, plus rien ne devrait nous séparer. Ni ma recherche, ni tes photos, ni mes pierres, ni tes images. Notre amour est fort, tenace, solide ; le reste est précaire.

La guerre rend tout précaire, tout fragile, exactement comme l'amour : à côté de la puissance de leur sentiment, tout paraît futile à Steph.

En contre-point, il y a également l'amour d'Anton et d'Anya : tandis que Maria et Steph connaissent une passion fougueuse, le vieux couple a été façonné par le temps. Ces deux ont appris à s'accepter, à s'accorder, pour finir ensemble leur route. La guerre, a contrario, a brisé l'espoir similaire de Steph et Marie. Dans ce sens-là, par ailleurs, Anya et Anton sont l'exact contraire de belligérants : la guerre est en effet le résultat d'une incompréhension entre deux parties, et de leur refus de s'accepter mutuellement. 

Reste alors la littérature, qui possède une force similaire à celle de l'amour :

Pour lui parler, il faut utiliser peu de mots : des mots simples, des mots essentiels, qui vont du coeur au coeur. Des mots qui se glissent, petit à petit, avec leurs consonnes, leurs voyelles, dans le corps et la pensée de Marie. Des mots qui deviendront la matière de ce corps, le ferment de cette pensée, des mots à lent parcours qui traverseront le conduit auditif, atteindront la caisse du tympan, percuteront les osselets, ensuite le rocher; des mots qui se frayeront lentement passage dans le labyrinthe de l'oreille. Des mots aimés, des mots aimants, ressentis, aggripés à l'espérance. Des mots vrais même s'ils mentent. Des mots forgés d'amour et de promesse, même s'ils simulent. Des mots réels et fictifs. Des mots pour vivre et pour rêver.

>

La plateforme qui connecte profs particuliers et élèves

Vous avez aimé cet article ? Notez-le !

Aucune information ? Sérieusement ?Ok, nous tacherons de faire mieux pour le prochainLa moyenne, ouf ! Pas mieux ?Merci. Posez vos questions dans les commentaires.Un plaisir de vous aider ! :) 4,00 (122 note(s))
Loading...

Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.