L'histoire de toute société jusqu'à nos jours, c'est l'histoire de la lutte des classes.
Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste,1848
Cette phrase de Karl Marx et Friedrich Engels ouvre le Manifeste du parti communiste en 1848, et elle résume à elle seule l'ambition d'un courant de pensée qui a marqué le XXe siècle. Le courant marxiste te propose une lecture du monde où l'économie commande le reste :
Les rapports sociaux
Le droit
La politique
Les idées
Comprendre le marxisme, donc les idées principales de Karl Marx, te permet de saisir une grande partie des débats de SES en terminale, des conflits de classe à la mobilisation sociale. Voici les concepts essentiels, présentés pas à pas, avec leurs prolongements jusqu'à aujourd'hui. C'est parti !
Qui était Karl Marx et d'où vient le courant marxiste ?
Karl Marx naît en 1818 à Trèves, dans une famille libérale et aisée, d'un père avocat. Il étudie la philosophie, puis devient journaliste, ce qui l'amène très tôt à observer les inégalités économiques de son époque. Sa rencontre avec l'industriel Friedrich Engels marque un tournant décisif et oriente durablement sa réflexion vers les questions sociales.
Ensemble, les deux hommes écrivent une œuvre considérable, dont :
Le Capital
Manifeste du parti communiste
Marx ne se contente pas de théoriser : il organise aussi l'action politique en contribuant à la création de l'Association internationale des travailleurs. C'est de cette pensée que naît le courant marxiste, un ensemble d'analyses et d'engagements qui inspirera des figures comme Rosa Luxemburg ou Lénine.
On parle souvent de « marxisme », mais l'œuvre est née d'une collaboration. Friedrich Engels a financé Marx pendant des années et a achevé les Livres II et III du Capital après sa mort en 1883.
Pour tes copies de SES, cite les deux auteurs ensemble pour le Manifeste (1848), un réflexe qui fait toujours bonne impression.
En plus de la def marxiste, connais-tu la biographie de Lénine ?
La place de Marx dans la pensée économique
Marx s'inscrit d'abord dans la continuité des économistes classiques, en particulier Adam Smith. Il reprend la théorie de la valeur travail : la valeur d'un bien correspond à la quantité de travail nécessaire pour le produire. À partir de ce socle classique, il construit pourtant une rupture profonde avec ses prédécesseurs.

De cette théorie, Marx déduit en effet que les travailleurs sont exploités. Son analyse critique à la fois le libéralisme et le système capitaliste, qu'il considère voués à disparaître à terme. Cette idée d'un capitalisme menant à sa propre transformation constitue l'un des piliers du courant marxiste, et donc de l'économie marxiste, et explique son influence durable au XXe siècle.
Les grandes lignes de la pensée de Marx
Pour Marx, c'est l'évolution économique qui influence tout le reste de la société. On parle de matérialisme historique : la dimension matérielle et productive détermine l'organisation sociale. Cette vision, l'économie marxiste, repose sur une distinction simple et puissante entre deux niveaux :
L'infrastructure
désigne le fonctionnement économique d'une société : sa façon de produire les richesses
La superstructure
regroupe le droit, la politique, la culture et les idées, qui reflètent les intérêts dominants
Selon Marx, l'infrastructure conditionne la superstructure, et donc la conscience des individus.
Pour ne plus confondre les deux niveaux, retiens une image simple. L'infrastructure, c'est les fondations économiques (la façon de produire). La superstructure, ce sont les étages au-dessus (droit, politique, idées).
Selon Marx, c'est toujours la base qui soutient et façonne le reste de l'édifice.
Les modes de production selon Marx
Marx propose une vision de l'histoire structurée par une succession de modes de production. Un mode de production correspond à une étape déterminée du développement des sociétés, caractérisée par des forces productives et des rapports de production spécifiques. Chaque étape porte en elle les conditions de la suivante.
Mode n°1
Le mode asiatique, fondé sur l'artisanat et l'esclavage
Mode n°2
Le mode féodal, reposant sur l'agriculture et le servage
Mode n°3
Le mode capitaliste, dominé par l'industrie et le prolétariat
Mode n°4
Le mode communiste, organisation sans classes ni salariat, que Marx considérait comme à venir
Deux notions complètent ce tableau parmi les idées principales de Karl Marx. Les forces productives rassemblent :
Les ressources matérielles
(matières premières, outils, machines)
Les ressources humaines
(le nombre de travailleurs et leurs qualifications)
Les rapports de production désignent les relations entre les agents qui participent à l'activité productive, marquées dans le capitalisme par l'exploitation des prolétaires par les bourgeois.
L'aliénation chez Marx
L'aliénation décrit le moment où l'individu devient étranger à lui-même. Chez Marx, elle prend trois formes principales qui se renforcent mutuellement. Comprendre cette notion t'aide à saisir pourquoi le courant marxiste relie si étroitement économie et conscience.
Aliénation n°1
L'aliénation religieuse
la religion masquant selon lui la réalité vécue par les individus
Aliénation n°2
L'aliénation politique
la démocratie formelle dissimulant les rapports de domination réels
Aliénation n°3
L'aliénation économique
la plus importante, l'ouvrier perdant le sens de son travail face à l'organisation industrielle
Hormis la def marxiste, envie d'en savoir plus sur Staline et l'URSS ?
Conflits de classe et changement social
La lutte des classes constitue le moteur central de la pensée marxiste. À chaque mode de production correspond une opposition fondamentale : maître et esclave, seigneur et serf, bourgeois et prolétaire. Cette tension structure l'ensemble de la vie sociale et économique.
Marx définit une classe sociale à partir de plusieurs critères complémentaires. Il distingue d'abord la classe « en soi » et la classe « pour soi », une distinction très utile pour tes épreuves de SES.
Critère complémentaire n°1
La place dans les rapports de production sépare ceux qui possèdent les moyens de production de ceux qui ne disposent que de leur force de travail
Critère complémentaire n°2
La conscience de classe, ou classe « pour soi », correspond au sentiment d'appartenir à un groupe aux intérêts communs
Critère complémentaire n°3
Les rapports conflictuels avec d'autres classes naissent du partage inégal de la richesse créée
Publication du Manifeste du parti communiste
année d'un texte aujourd'hui traduit dans plus de 100 langues (Source : Sciences Humaines, 2019)
La plus-value, cœur de l'analyse marxiste
Pour Marx, seuls les prolétaires créent réellement de la richesse, puisque seul le travail en est la source, dans la lignée d'Adam Smith. Le profit du bourgeois provient alors d'un prélèvement sur la valeur produite par le travail, que Marx nomme la plus-value. C'est ce mécanisme qui fonde, à ses yeux, l'idée d'exploitation.

La plus-value naît de la différence entre la valeur des marchandises produites et le salaire versé, réduit au minimum vital. Le capitaliste dispose de plusieurs moyens pour l'augmenter, ce qui éclaire de nombreux débats économiques actuels sur la productivité et le temps de travail.
Augmenter l'intensité et la durée du travail, ce qui produit une plus-value absolue
Accroître la productivité grâce aux machines, source de plus-value relative
Vendre temporairement les marchandises au-dessus de leur valeur, générant une plus-value extra
Le capital, c'est du travail mort qui, semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant, et sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage.
Karl Marx, Le Capital, Livre I (1867)
Voici un tableau récapitulatif de la pensée de Marx :
| Concept | Définition courte |
|---|---|
| Matérialisme historique | l'économie détermine l'organisation sociale et les idées. |
| Plus-value | part de la valeur créée par l'ouvrier et captée par le capitaliste. |
| Aliénation | perte de sens du travailleur, devenu étranger à son propre travail. |
| Lutte des classes | opposition entre dominants et dominés, moteur du changement social. |
Le moteur du changement social
Chaque mode de production engendre ses propres contradictions, et le capitalisme ne fait pas exception. La recherche permanente du profit pousse les bourgeois à exploiter davantage les prolétaires, ce qui alimente la lutte des classes. Marx décrit ainsi une « armée industrielle de réserve », le chômage permettant de maintenir une pression à la baisse sur les salaires.
D'autres tensions s'ajoutent à cette dynamique. La concurrence entre capitalistes entraîne une tendance à la baisse du taux de profit, tandis que la paupérisation des travailleurs réduit les débouchés et provoque des crises de surproduction. Pour Marx, ces contradictions internes devaient conduire le capitalisme à laisser place au socialisme, puis au communisme.
As-tu entendu parler de l'embrigadement de la jeunesse stalinienne ?
L'actualité de la pensée de Marx
Depuis Marx, la notion de classe sociale s'est considérablement enrichie. Là où il retenait surtout des critères économiques, d'autres sociologues ont ajouté des dimensions complémentaires. Max Weber a souligné le rôle du prestige et du statut, tandis que Pierre Bourdieu a mis en avant les capitaux :
Économique
Social
Culturel
Symbolique
Bourdieu distingue notamment la classe « en latence », dont les critères objectifs sont réunis sans conscience commune, et la classe mobilisée, où critères objectifs et subjectifs se rejoignent. Cette grille de lecture prolonge l'intuition marxiste tout en la nuançant. Elle reste très présente dans l'analyse contemporaine des inégalités.
La fin des conflits de classe a-t-elle eu lieu ?
Pendant les Trente Glorieuses, l'idée d'un effacement des classes sociales s'est largement diffusée. L'accès à la consommation, la croissance fordiste et la mobilité sociale semblaient atténuer les anciennes oppositions. Beaucoup pensaient alors assister à la disparition progressive de la classe ouvrière.
La période suivante a nuancé ce constat. La désindustrialisation, le chômage de masse devenu structurel et la précarité de l'emploi ont fragilisé cette lecture optimiste. Parallèlement, la montée de l'individualisme et le creusement des inégalités ont ravivé l'intérêt pour les analyses marxistes.
Les conflits sociaux n'ont pas disparu, ils se sont transformés. Des mouvements de grève dans la grande distribution traduisent la prise de conscience de salariés situés en bas de l'échelle. De nouveaux mouvements sociaux défendent aussi des valeurs distinctes du seul travail, comme :
L'écologie
Les droits des minorités
Maîtriser le courant marxiste, c'est te doter d'une grille de lecture solide pour comprendre les grands enjeux économiques et sociaux. Retiens l'essentiel : l'économie commande les rapports sociaux, la plus-value fonde l'exploitation, et la lutte des classes anime le changement. Avec ces repères en tête, tu aborderas tes chapitres de SES avec plus d'assurance et de recul.
Sources
- Marx, Karl, et Friedrich Engels. Manifeste du parti communiste. 1848, https://www.marxists.org. Consulté le 16 août 2026.
- Marx, Karl. Le Capital, Livre I. 1867, https://www.marxists.org. Consulté le 16 août 2026.
- Dortier, Jean-François. "Karl Marx (1818-1883) Le philosophe malgré lui." Sciences Humaines, 2015, https://www.scienceshumaines.com/marx-philosophe-malgre-lui_fr_45930.html. Consulté le 16 août 2026.
Résumer avec l'IA :



















Si vous désirez une aide personnalisée, contactez dès maintenant l’un de nos professeurs !