Les « nouveaux mouvement sociaux » s’inscriraient dans l’affirmation de nouvelles identités et de nouvelles valeurs. C’est en tout cas ce que prétendent les théoriciens « post-matérialistes » qui postulent le passage de valeurs matérialistes à des valeurs post-matérialistes, c'est-à-dire moins orientées vers les ressources économiques et plus marquées par des enjeux identitaires.

Parmi ces théories, Didier Lapeyronnie distingue deux courants de pensée : ceux d’une part qui théorisent cette société post-industrielle et ses aspirations et ceux d’autre part qui comme Alain Touraine s’inscrivent dans une perspective néo-marxiste en tentant d’identifier un « nouveau » conflit central susceptible de prendre la relève du mouvement ouvrier.

Le premier théoricien de la société « post-industrielle » qui caractériserait les « Trente glorieuse » est Daniel Bell. Ce sociologue publie en 1973 un « essai de prospective sociologique » intitulé "Vers la société post-industrielle" dans lequel il décrit les principales évolutions à venir de nos sociétés. La société post-industrielle se caractériserait selon lui par le passage d’une production matérielle à l’essor de l’ « immatériel » (comme l’information), la valorisation du savoir sur la technique et un déplacement du pouvoir vers ceux qui maîtriseraient la « nouvelle technologie intellectuelle ». Le conflit social apparaît dès lors modifié en fonction de la nouvelle structure sociale.

C’est Ronald Inglehart, sociologue américain, qui apporta une justification théorique des NMS, notamment dans son livre La révolution silencieuse, publié en 1977. Pour lui les mouvements sociaux sont généralement orientés selon les valeurs d’une société. Les « Trente glorieuses » constituent une période de prospérité au cours de laquelle les revendications matérielles tendraient à perdre de l’importance. Ainsi dans les sociétés occidentales, la satisfaction des besoins matériels de l’essentiel de la population permettrait un déplacement du conflit vers des revendications plus qualitatives. A partir d’un ensemble de faisceaux (développement économique, hausse du niveau d’instruction, développement des moyens de communication, etc.) Inglehart esquisse un indicateur global de post-matérialisme qui permettrait de mettre en évidence cette lente transformation des valeurs. C’est au final une révolution culturelle qui est à l’œuvre selon lui dans nos sociétés industrielles, d’où le titre de son ouvrage, à travers les nouvelles générations.

Contrairement aux générations ayant connues les conflits mondiaux, la génération du baby-boom serait moins matérialiste, plus ouverte à la « tolérance » et plus sensible aux questions environnementales. Ce sont sur ces nouvelles bases culturelles que se structuraient de nouveaux conflits sociaux autour de nouvelles causes. Les conflits sociaux sont dès lors perçus comme le résultat d’un décalage entre ces « nouvelles » demandes sociales et l’incapacité des institutions à y répondre de façon convenable. C’est autrement dit l’incapacité des autorités sociales et politiques qui aboutirait à la création de mouvements protestataires en dehors des cadres classiques de l’action collective. On pense ici à la désyndicalisation et la remise en cause des partis politiques comme structures inadéquates pour entendre les revendications de la « société civile ».

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !