De 1954 à 1962, la guerre d'Algérie a été le conflit de décolonisation le plus douloureux pour la France. Conquise à partir de 1830, l'Algérie était la seule colonie de peuplement de l'empire français et comptait un million d'habitants européens en 1950. Elle était administrée comme la métropole : on y trouvait trois départements. Cependant, les populations musulmanes (Arabes et Berbères) n'obtiennent pas une réelle égalité des droits ni une représentation politique. Le 1er novembre 1954, le Front de libération nationale (FLN) lance une vague d'attentats. Le 18 mars 1962, les accords d'Évian sont signés et mettent fin à la guerre. C'est le temps de l'exil pour les Français d'Algérie – les « pieds-noirs » – et les Algériens combattant du côté de la France – les « harkis ».
Sur chaque rive de la Méditerranée, comment s'organise le travail des historiens sur les mémoires de la guerre d'Algérie ?

Les mémoires de la Guerre d’Algérie 1962-1991

L’oubli et la mémoire officielle

En Algérie, présidentialisme et héroïsation

- A l’issue du cessez le feu de mars 1962 : referendum en Algérie sur autodétermination. 99% des suffrages vont à l’indépendance.

- Le FLN se présente comme vainqueur et met en avant figures héroïques qui ont combattu pour l’indépendance.

- Le régime militaire de Boumediene, qui accède au pouvoir après un coup d’Etat en 1965, réécrit l’histoire officielle.

- 1962 : monument à Alger en mémoire des combattants algériens de la Guerre : mythe unanimiste.

En France, une mémoire officielle d’occultation

- Referendum avril 1962 : 90% des français approuvent la procédure d’autodétermination en Algérie.

- On parle d’opération du maintien de l’ordre, de pacification mais non de Guerre.

- La fusillade de la Rue d’Isly à Alger en mars 1962 par un barrage de tirailleurs est passée sous silence.

- 1968 : lois d’amnistie sont votées pour dissimuler culpabilités de l’Etat. Une mémoire d’occultation est mise en place.

Mémoires blessées, mémoires occultées

Les oubliés de la Libération

- Le prisonnier du mouvement nationaliste Messali Hadj et les nationalistes du MNA sont évincés par les forces du FLN

- Les principales figures de la guerre d’indépendance sont mises à l’écart (Mohamed Boudiaf)

- Certains combattants pour la libération sont écartés et ne connaissent pas de glorification officielle.

Des voix s’élèvent en France

- Principal groupe de mémoire dans société est celui des soldats français qui sont allé en Algérie (1,5millions) : marqués par la violence de la guerre, dans les années 1980-1990, ils réclament, en vain, une compensation financière.

- L’arrachement à ce qu’ils considèrent comme leur patrie natale, s’ajoute pour le million de pieds-noirs et de harkis, un mauvais accueil en France (harkis regroupés dans des camps).

- Le nombre d’immigrés algériens augmente pendant le conflit (400 000 en 1962).

Les mémoires de la Guerre d’Algérie  1991-2005

Le tournant de 1991-1992

La mémoire des événements du17 octobre 1961

- La bataille de Paris, 17 octobre 1961, de Luc Einaudi, est un ouvrage qui connaît un retentissement important auprès du public.

- 1991 : 30e anniversaire des événements du 17 octobre 1961 : manifestation pacifique organisée par le FLN, en réponse au couvre feu instaurés par les Algériens de Paris, est réprimée par la police française faisant 30 morts.

- 1991 : Armée Algérienne diffuse des centaines de témoignages + couvertures des archives de l’Armée, de la Justice et de la Police.

- 1997 : Violences de 1961 mises en lumières lors du procès de Maurice Papon (préfet de la police pendant le conflit).

- Pour les 40 ans : Bertrand Delanoë (maire de Paris) inaugure la plaque commémorative sur le Pont St Michel « à la mémoire de nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 ».

Le contexte de guerre civile en Algérie

- 1991-2002 : guerre civile entre gouvernement algérien et groupes islamistes à réveille souvenirs de la guerre d’indépendance et pousse les historiens à s’interroger sur les origines de la violence.

- Reconnaissance des courants autres que le FLN ; 1992 : Université de Sétif prend le nom de Ferhat Abbas et en 2002 : Aéroport de Tlemcen prend le nom de Messali Hadj. Ces deux acteurs, écartés, reviennent à l’honneur.

- La violence de la guerre civile permet de revenir sur les atrocités commissent sur les berbéristes et messalistes.

- Certains évènements sont révélés comme le massacre de Melouza en mai 1967 où 374 villageois sont égorgés par une unité de l’ALN.

Travail des historiens et évolution des mémoires

L’évolution de la mémoire officielle

- Arrivée de Chirac 1995 permet libération de la parole politique au sujet du conflit.

- Monument à la mémoire des victimes civiles et militaires est inauguré en 1996 à Paris par le Président.

- Le terme de Guerre est officialisé en 1999.

La torture et l’impossible repentance

- 2000 : déclarations d’utilisation de la torture se multiplient.

- Général Aussaresses affirme n’avoir éprouvé aucun regret après avoir torturé à mort des membres du FLN. Des personnalités Algériennes demandent à la France de reconnaître sa culpabilité. Ainsi la légion d’honneur lui est retirée et des sanctions militaires ont été prises.

La prise en compte des victimes et le travail des historiens

- 5 décembre 2002, Chirac inaugure le Mémorial National de la Guerre d’Algérie.

- 5 décembre 2003, journée nationale d’hommage aux morts pour la France.

- 25 septembre 2003, journée d’hommage aux harkis en reconnaissance de leurs sacrifices.

- Travails communs d’historiens en 2004 : B. Stora et M. Harbi publient un livre : « la Guerre d’Algérie 1954-2004 »

- La fin de l’amnésie est diffusée en Algérie et en France.

Les mémoires de la Guerre d’Algérie  depuis 2005

Une réactivation des mémoires

Un enjeu d’abord politique

- Février 2005 : loi mémorielle voté dans le but de reconnaître le rôle positif de la présence française dans les manuels scolaires. Cette loi relance la guerre des mémoires entre les deux pays mais sera abrogée parla suite.

- Président Bouteflika accuse la France de génocide culturel.

- Pouvoir en place en Algérie, exerce un contrôle sur les textes des historiens et sur les commandes de livre dans les bibliothèques.

- Octobre 2010 : Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie est inaugurée à Paris : elle est boudée par les historiens qui lui reprochent son nom mémé.

Un consensus difficile : la date de la fin du conflit

- La date de la fin pose problème : européens d’Algérie refusent de reconnaître la fin de la guerre le 19 mars 1962 dû aux enlèvements à Oran le 5 juillet.

- La question du massacre des harkis après le 19 mars est très vive.

- Beaucoup de français refusent de célébrer le 5 juillet (date d’indépendance).

- 2012 : 50 ans de la fin du conflit mais là encore, chaque groupe mémoriel choisit sa date de célébration.

Vers une communautarisation des mémoires ?

La mémoire toujours blessée des rapatriés

- Résurgence de l’activisme mémoriel dans les familles de rapatriés.

- Loi de 2005 montre que la nation est reconnaissante envers les familles qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France en Algérie.

- Dans le Sud : descendance des pieds-noirs beaucoup présente + beaucoup monuments qui rappellent le passé : musée histoire de la France en Algérie 1830-1962 à Montpellier, Monument des disparus d’Algérie à Perpignan en 2006.

L’activisme du milieu des anciens combattants

- En France : Film « Hors la loi » de Bouchared provoque polémique car il ouvre sur le massacre de Sétif qui se termine le 17 octobre 1961.

- 21 juin 2010 : manifestation d’anciens combattants de l’armée française à Cannes en mémoire de toutes les victimes de la Guerre d’Algérie.

- En Algérie, association ONM et CNEC, tirent leur légitimité des conflits de mémoires entre la France et l’Algérie : bénéficient d’avantages publics (pensions, crédits) + ONM lance une chaîne de TV et une radio consacrée à l’histoire de ce conflit.

          On comprend ainsi que l'historien ne peut rappeler la mémoire de la guerre d'Algérie qu'en tenant compte de la réalité politique et sociale de chacun des deux États concernés et de leur histoire depuis 1962. Le travail sur les éléments qui prêtent encore à polémique ne pourra cependant se faire que lorsque les archives seront partout accessibles.

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