François de La Rochefoucauld

Portraits

François de La Rochefoucauld, prince de Marsillac, est né dans une illustre famille, alliée aux rois de France. Ecrivain français du 17ème siècle, il appartient au mouvement classique qui représente son époque et à la préciosité. Il sera même embastillé pour avoir comploté contre Richelieu et le roi (louis XIII) dans la Fronde. Il est surtout connu pour ses Réflexions ou Sentences et Maximes Morales, rédigées à partir de 1664.

Il compose son recueil de Portraits et éloges en 1659. Oeuvre personnelle dans laquelle il trace son autoportrait sous la forme de séries de portraits physiques et morales. Il commence par se décrire avant les autres, peut être est ce pour se présenter ou encore s'analyser ? En effet pour mieux connaître les autres ne faut-il pas d'abord bien se connaître soi même ?

 C'est extrait, plutôt de bonne longueur, est le début de son autoportrait. Il est descriptif, diptyque avec une écriture très maîtrisée, mais rien ne nous surprend de la part de l'auteur quant on sait que son style net et concis fait de lui l'un des grands écrivains classiques français.

Demandons nous maintenant, si ce texte est un simple autoportrait de soi ou bien le portrait de toute une époque ?

I Un autoportrait méthodique :

a) le portrait physique

Une présentation assez monolithique, un seul bloc. Il se dessine progressivement, une méthode de remplissage de l'extérieur, par les contours, vers l'intérieur > ligne 1. Il y un côté énumératif « les yeux noirs, petits et enfoncés, et les sourcils noirs et épais, mais bien tournés », beaucoup d'adjectifs, une volonté d'être le plus sincère possible, il hait le mensonge.

Un portrait net, très carré, pas de fantaisie… à l'image de la technique du blason (l'art du portrait).Il joue aussi beaucoup sur le « et », l'art de la nuance dans les corrections (il ajoute ou corrige). « ni…ni » ligne 6/7, il est plus facile de dire ce qu'une chose n'est pas, d'ailleurs il l'exprime lui-même dans une de ses maximes « On aime mieux dire du mal de soi-même que de n'en point parler », pour lui l'amour de propre est le mobile universel de notre conduit.

 b) le portrait psychologique

Une organisation interne plus visible, des phrases plus longues… Chaque unité est composée de deux phrases, une qui annonce, présente et l'autre qui commente, explique, analyse…

La Rochefoucauld ne se dévoile qu'un peu, il ne communique pas beaucoup, on sent qu'il se met à l'écart peut être pour se protéger ou tout simplement parce qu'il a du mal à communiquer : « Je suis fort resserré avec ceux que je ne connais pas…. que je connais » ligne 39/41.

   → Une description qui se veut complète, il emploie beaucoup de mots, d'adjectifs pour être le plus parfait possible. De manière implicite on remarque que le « je » porte un jugement,  en effet il s'auto corrige, s'auto évalue « j'ai les dents blanches, et passablement bien rangées. » ligne 12.

Une transition qui conclue le portrait physique et annonce le portrait moral, sorte d'auto critique pour montrer sa sincérité.

II Le portrait des autres

Les autres apparaissent sous divers aspects, de façon indirecte « me faire paraître » ligne 43 ou de manière plus direct avec notamment le pronom personnel définie « on » qui crée uns distance (le lecteur s'identifie ou pas) ligne 26, 49, « la plupart des gens » ligne 22.

Des côtés aussi très révélateurs de l'époque « pour pouvoir prétendre en belle tête » ligne 21, « J'ai la bouche grande, et les lèvres assez rouges d'ordinaire, et ni bien ni mal taillé. » ligne 10/11.

Ainsi les autres font office de juges, de référents, il y a un besoin de se comparer à une norme, aux critères de beauté pré-établis de son temps. Les autres sont aussi des témoins, observateurs, spectateurs « On m'a dit autrefois que j'avais un peu trop de menton… » ligne 14, « à peine m'a-t –on vu rien trois ou quatre fois. » ligne 33.

Un caractère plus moraliste, il hait la vanité (trop bonne opinion de soi-même), ligne 48/552 = les gens font semblant d'être médiocre pour mieux se mettre en valeur, fausse modestie.

 →  Finalement au terme de ces explications je peux valider la question de départ, c'est bien un texte autobiographique à la fois simple et complexe, que l'on pourrai interpréter presque comme un document historique (description d'un homme du 17éme). Apparence physique n'offre que peu de particularités. Descriptif minimum tantôt précis ou incertain. Ce que les autres voient de nous renvoie-t-il ce que nous sommes ?

Autre sorte de commentaire

I Technique du portrait :

1) Énonciation

"je" ouvre le texte, commence la plupart des phrases (23), présent de l'indicatif, locuteur décrit tel qu'il est au moment où il parle et aussi plus largement inscrit dans le temps. Traits permanent ou fugitif. Locuteur sujet s'observe comme objet (extérieur) effet de miroir

2) Organisation de la description

De l'ensemble a l'ensemble en passant par le détail : taille, teint, front, yeux, sourcils, nez. Description descendante pour le visage (bouche, lèvres, dents, menton) Impression d'ensemble (mine l.15) portrait organisé, strict.

3) Insistances tailles, formes couleurs

Séries d'anaphores > volonté d'exactitude. Adjectif renvoie a l'idée de grandeur, petitesse, forme, couleur. Présentation sincère, authentique.

II Choix d'écriture

1) L'imprécision

Difficulté à recomposer le portrait > impression d'incertitude. Négation, grande difficulté de décrire de manière sure. Difficulté de trancher entre 2 images opposées. Lien logique d'opposition (mais) n'opposent rien. Adverbe d'atténuation > incertaines floues (assez, plutôt). Désaccord entre le locuteur et l'avis des autres. Détails précis mais incertitude des formes = paradoxes étonnants.

2) Un ton pourtant assuré

Ordre précis sans mot de liaison, effet de parataxe. Présent de généralité ôte possibilité de modification.

3) Marque de sincérité

Ignorance sur la volonté de se bien connaître. Il s'appuie sur l'affirmation d'ignorance et sur une étude prouvant sa volonté de se bien connaître > paradoxes. Souci de coïncider l'image donné par le portrait et l'image qu'on les autres.

Vocabulaire du texte

Le blason = très en vogue aux 16éme et 17éme siècle, est un poème faisant l'éloge d'une personne ou d'un objet (contre blason = poème qui décrit ou blâme la laideur dans un registre satirique, ex « Une Charogne » Spleen et Idéal 29 Baudelaire)

  • Modestie = absence de vanité, d'orgueil ; caractère modeste, simplicité ; pudeur, réserve.
  • Camus = court et plat.
  • Aquilin = fin et recourbé en bec d'aigle.
  • Quelque chose de chagrin = maussade, désagréable.
  • L'accusation = geste et débit de celui qui parle.
  • D'attache = d'attention.
  • Façonner = faire des manières.
  • Biaiser = utiliser des détours.

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Alexandre

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