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Que nous apprends ce reportage de 2008 ?

Par Clément M le 05/12/2012 Ressources > SVT > photo > tous niveaux - Vidéos > Film Le Monde de Monsanto
Table des matières

« LE MONDE SELON MONSANTO »

« De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien »

DE MARIE-MONIQUE ROBIN

Avant NOTRE POISON QUOTIDIEN, et  LES MOISSONS DU FUTUR,

cette journaliste d’investigation a enquêté

sur les PCB, les OGM, l’agent orange, l’hormone bovine de croissance,  l’herbicide Roundup

et autres sympathiques produits commercialisés par la multinationale

Transcription

« Alors c’est bien du RoundUp désherbant ? Grands travaux ? Mais je vois sur celui-là, il y a marqué  » biodégradable « . »

 « Ça c’est l’ancien. Maintenant, ils ne marquent plus biodégradable. Donc ça doit plus être biodégradable. C’est le même  produit. C’est parce qu’ils ne doivent plus avoir le droit de le marquer. Ca doit pas être vraiment biodégradable quoi ! «

«  Hé fais gaffe qu’on en reçoive pas dans la figure quand même hein ? «

« Non, je ne suis pas un assassin ! «

«  Je suis sûr que ce soja RR RoundUp Ready est mûr. On va pouvoir le récolter aujourd’hui.  11,5 % d’humidité. C’est parfait pour la moisson. La première fois que j’ai entendu parler du soja RoundUp Ready, c’était il y a huit ans dans un magazine agricole. Ça avait l’air d’une innovation très intéressante. Le soja contient une protéine qui a été introduite dans la plante par manipulation génétique et qui la rend résistante au RoundUp. Le RoundUp est pulvérisé sur les plantes. Cela présente des avantages indiscutables. Si vous observez mon champ, il n’y a pas de mauvaises herbes. «

« Utilisé selon le mode d’emploi, RoundUp ne présente pas de risque particulier pour l’homme, les animaux domestiques et leur environnement. Marque déposée de Monsanto, fabriqué en Belgique. Si tu vois des escargots, t’en mets pas dessus parce qu’ils seront immangeables. Alors attention aux fraisiers ! »

« J’encourage vraiment les agriculteurs européens à s’intéresser de plus près à la technologie RoundUp Ready. C’est un très bon système pour l’environnement, et à long terme. Essayez-le ! »

« Monsanto. Ca fait 20 ans que je parcours le monde et partout j’ai entendu parler de cette multinationale américaine. A dire vrai pas toujours en bien. J’ai voulu en savoir plus et j’ai navigué sur la toile pendant des mois en assemblant patiemment les pièces du puzzle.

Sur son site internet, Monsanto se présente comme une compagnie agricole dont l’objectif est d’aider les paysans à produire des aliments plus sains tout en réduisant l’impact de l’agriculture sur l’environnement. Son produit phare c’est le RoundUp, l’herbicide le plus vendu au monde depuis 30 ans. »

« Monsanto est aussi le leader mondial de la biotechnologie. 90 % des OGM cultivés sur la planète lui appartiennent. La plupart ont été génétiquement manipulés pour résister aux épandages de RoundUp comme le soja dit RoundUp Ready, mot à mot : prêt pour le RoundUp. »

« Les OGM de Monsanto ont envahi le monde mais jamais une application agroindustrielle n’a suscité autant de passion et de polémiques. Pourquoi ? Quels sont les enjeux des OGM et le passé de la firme peut-il éclairer ce qu’elle est ou prétend être aujourd’hui ? »

« Créée en 1901 à Saint-Louis dans l’état du Missouri, Monsanto ne fut pas toujours une compagnie agricole. Ce fut d’abord l’une des plus grandes compagnies chimiques du XXème siècle

Publicité : «  La chimie travaille pour vous. De la même manière Monsanto travaille pour vous ! Monsanto ! La chimie créative fait des merveilles pour vous ! »

« Les merveilles vantées par la publicité ont fait de Monsanto l’une des entreprises les plus controversées de l’ère industrielle. Agent orange, aspartame, hormone de croissance, PCB. Les PCB, ces huiles chimiques utilisées comme isolant dans les transformateurs électriques furent le fleuron de la firme pendant près de cinquante ans. Elle s’appelait Aroclor aux Etats-Unis, Pyralène en France ou Clophen en Allemagne jusqu’à leur interdiction au début des années 80. Monsanto PCB…un article du Washington Post de 2002 :  » Monsanto a caché la pollution pendant des décennies. Ça s’est passé à Anniston dans l’état de l’Alabama. »

« Terry était mon petit frère, il est mort en 1971 d’une tumeur au cerveau, un cancer des poumons et d’une maladie du cœur. Il avait 16 ans. Depuis trois ans, j’ai perdu la plupart de mes amis. Ils sont morts de maladie, de cancer, de diabète, d’hépatite. Toutes ces maladies sont liées au PCB. »

« C’est la route de Monsanto. Ici, il n’y a que des noirs qui vivent. Ils continuent à y habiter même si toutes les maisons ont été polluées. Il y a 6 mois, ils ont décontaminé ce jardin là-bas. Avant, ici, il y avait des maisons, des gens qui y habitaient. Mais maintenant, ils ont dû déménager, les maisons ont été démolies. Ça c’est la maison où mon frère est mort. C’est là que j’ai grandi. Vous voyez le talus là-bas ? C’est là que les PCB sont enterrés. Monsanto a eu l’autorisation d’enterrer les PCB à Anniston. C’est le canal de Snow Creek qui coule sur du ciment. Ils partaient de l’usine et déversaient les PCB jusqu’ici. C’était de l’eau empoisonnée et ils ne l’ont dit à personne, sauf à l’Etat qui ne nous a rien dit. »

 «PCB Monsanto savait…mais savait quoi exactement ? »

« Une organisation environnementale de Washington dirigée par l’écologiste Ken Cook a mis en ligne les archives internes de la firme. La plupart sont classées :

 » confidentielles « ……  » Détruire après lecture « . »

« Un document de 1937 :  » les expositions aux PCB provoquent des effets toxiques sur tout l’organisme et des éruptions cutanées de type acnée. »

« 1961 :  Après la rupture d’un tuyau dans une usine utilisant des PCB, deux ouvriers ont développé les symptômes d’une hépatite . »

« 1966 :  » Les scientifiques ont plongé des poissons dans l’eau du canal de Snow Creek, tous sont morts au bout de 3 minutes et demi. »

« Pollution – Lettre adressée au responsable de vente en 1970 ».

« Ce document résume toute l’histoire : on peut y lire : « Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un dollar de vente ». Ils ont caché le fait qu’ils empoisonnaient leurs voisins d’Anniston parce qu’ils ne voulaient pas  perdre un dollar. C’est seulement quand les avocats des habitants d’Anniston ont saisi la justice que Monsanto a été obligé de divulguer ces documents confidentiels. Nous avons alors découvert ce qu’ils savaient depuis longtemps. Ils savaient la vérité depuis le début. Ils ont menti, ils ont caché la vérité à leurs voisins et aux autorités gouvernementales. Et, lorsqu’ils ont finalement alerté les autorités, celles-ci, au lieu de se placer du côté des empoisonnés, ont protégé la compagnie. Elles ont soutenu Monsanto. C’est scandaleux, absolument impardonnable»

 «  C’est tous tes médicaments ? »

«  Non, ce n’est pas tout, j’en ai d’autres là. »

«     C’est quoi ton taux de PCB ? »

«     63,8 dans le sang. »

 « David BAKER, président du Comité d’Anniston contre la pollution  : Dans le sang ? Si on faisait une biopsie de sa graisse il serait en haut de l’échelle avec 3 ou 4000 parts par milliard ou plus.

«      Quel est le niveau acceptable ? »

«     C’est deux parts par milliard, le standard mondial. Mais nous, nous en avons plus dans le sang et dans le corps que nulle part ailleurs dans le monde. »

«      Ici c’est normal de parler de son taux de PCB ? »

«      Nous en parlons tous ici parce que c’est notre quotidien. Il arrive que des enfants viennent me voir et  me  disent    » Monsieur Baker, on m’a fait des analyses, j’ai 3 parts par milliard ! Combien de temps il me reste ? »

Cette histoire est absolument terrible mais qu’en pensent les scientifiques ?

« Sur la toile, on trouve de nombreux articles concernant les effets des PCB sur la santé humaine. »

« L’un des meilleurs spécialistes s’appelle David Carpenter. C’est lui qui a réalisé les tests pour les habitants d’Anniston. »

«  Nous avons tous des PCB dans nos corps. Les ours polaires et les pingouins ont des PCB. Par le passé, il n’y avait que quelques sites où on se débarrassait des PCB. Mais avec le temps, ils ont contaminé l’air et l’eau. Maintenant toute la planète est contaminée par les PCB. »

« Les PCB causent beaucoup de maladies. La plus connue est le cancer. »

Réunion de malades d’Anniston :

« D’après les analyses, j’ai 202 parts par milliard dans le corps»

« Les femmes contaminées par les PCB donnent naissance à des enfants qui ont un QI réduit. »

« 29.6 »

« Les PCB réduisent le fonctionnement de la thyroïde.

« 1800 »

 « Les PCB perturbent les hormones sexuelles. »

« Qu’il me laisse mourir, mourir en paix et ils vont payer, ils vont payer pour ce qu’ils nous ont fait »

En 2001, 20 000 habitants de Anniston ont porté plainte contre Monsanto. La compagnie et sa filiale Solutia ont finalement été condamnées à payer 700 millions de dollars pour indemniser les victimes, décontaminer le site et construire un hôpital spécialisé. Mais aucun des dirigeants de Monsanto n’a été poursuivi.

« Dans le système juridique américain, il est très rare que des cadres ou des dirigeants d’entreprises soient considérés comme pénalement responsables. En revanche, on a la possibilité d’attaquer les entreprises au Civil. On les fait payer. En vérité, les dommages et intérêts payés des décennies plus tard par les sociétés ne représentent qu’une fraction de leurs profits. C’est donc rentable de garder le secret. »

« On peut se demander quel secret ils gardent actuellement…On ne peut jamais faire confiance à une grosse société comme Monsanto pour nous dire la vérité sur un produit ou un problème de pollution. Jamais ! »

« On ne peut pas faire confiance à Monsanto a dit Ken Cook. Et si on prenait l’exemple du RoundUp, l’herbicide favori des jardiniers et paysans. C’est quoi au juste ? »

« C’est le nom commercial donné par Monsanto au glyphosate, un herbicide dit non sélectif ou total parce qu’il détruit toutes les plantes. Mis sur le marché en 1974, il a connu un succès fulgurant parce que Monsanto a toujours affirmé qu’il était biodégradable et bon pour l’environnement. »

  » Voici RoundUp, le premier désherbant biodégradable. Il détruit les mauvaises herbes de l’intérieur jusqu’aux racines et il ne pollue ni la terre ni l’os de Rex. RoundUp, le désherbant qui donne envie de désherber. « 

« RoundUp biodégradable sur GOOGLE »

« Ken Cook a raison. La firme a été condamnée deux fois pour publicité mensongère. »

« La première c’était à New York en 1996 et la deuxième en France, l’année dernière.

Les juges ont considéré que les mentions  » biodégradable « ,  » laisse le sol propre  » et  » respect de l’environnement  » étaient des messages publicitaires trompeurs. D’autant plus que selon les études effectuées par le groupe Monsanto lui-même, un niveau de dégradation biologique de 2 % seulement peut être oBtenu après 28 jours. Voilà pourquoi la mention  » biodégradable  » a récemment disparu des bidons. Mais ce n’est pas tout. »

« De nombreuses études scientifiques montrent que le RoundUp est hautement toxique. Un exemple : le RoundUp provoque des dysfonctionnements de la division cellulaire. Un étude du professeur Robert Bellé. Le professeur Bellé travaille pour le C.N.R.S. et l’Institut Pierre et Marie Curie. Il a étudié les effets du RoundUp sur des ovules fécondés d’oursins. »

« La très grosse surprise a été que RoundUp a un effet sur la division des cellules et très vite on s’est aperçu que ce qui était touché par le RoundUp était un point clé de la division. C’est-à-dire pas les mécanismes de la division elle-même mais les mécanismes qui contrôle la division des cellules. Il faut comprendre comment naît un cancer. Les cellules au départ ne sont pas cancéreuses mais à partir d’un certain moment il y a des modifications en elles et la modification principale c’est ce qu’on appelle  » devenir instable du point de vue génétique « . Et c’est ce premier dérèglement qu’on a observé avec le RoundUp. Et c’est pour ça que l’on dit que pour nous le RoundUp induit les premières étapes qui conduisent au cancer. Et nous faisons attention à ne pas dire  » induisent des cancers  » puisque les cancers on les verra dans 30 ou 40 ans. »

« On s’est tout de suite, nous, rendus compte de l’importance que ça pouvait avoir au niveau des utilisateurs puisque les doses correspondaient à des doses quand même très en dessous des doses qu’utilisent les gens et on s’est dit  » mince, il faut vraiment qu’on alerte le mieux possible et le plus vite possible l’opinion publique  » d’une certaine façon. »

« Alors pour faire ça, moi je me suis dit le meilleur système c’est de m’adresser à mes tutelles et j’ai été un peu surpris même très très très surpris. On nous a suggérés ou fortement incités à ne pas communiquer parce qu’il y a cette question des OGM derrière. »

« Cette histoire est incroyable. On a caché la toxicité du RoundUp pour protéger le développement des OGM. »

« Reprenons l’histoire des OGM à son début. »

« D’après le site internet de Monsanto, le soja RoundUp Ready fut la première culture transgénique autorisée aux Etats-Unis en 1996. Ses producteurs sont regroupés au sein de l’ASA, l’Association Américaine du Soja dont le site de Monsanto fournit l’adresse. John Hoffman, son vice-président, est une défenseur inconditionnel de la biotechnologie. »

« Au printemps, vers le 1er mai, je pulvérise une première fois du RoundUp pour tuer les mauvaises herbes. Et puis 6 ou 7 semaines plus tard, je fais une deuxième application et ça suffit pour le reste de l’année. »

« Avant d’avoir la technologie RoundUp Ready, les champs avaient des mauvaises herbes. Nous devions les inspecter et arracher les mauvaises herbes à la main. C’était beaucoup de travail. Le système RoundUp Ready me permet donc d’économiser du temps et de l’argent. »

« Apparemment, la nouvelle merveille de Monsanto a tout pour séduire les agriculteurs. »

« Mais comment ça marche ? Comment le soja peut-il survivre aux épandages de RoundUp ? »

« Voici une cellule de soja. Au cœur de la cellule, il y a le noyau qui contient l’ADN, la structure génétique du soja. Pour créer son OGM, Monsanto franchit la barrière des espèces. Ses chercheurs ont sélectionné un gène provenant d’une bactérie qui confère la résistance au RoundUp. Le gène est fixé sur des particules d’or microscopiques qui sont bombardées avec un canon à gènes dans les cellules de soja. Le gène pénètre l’ADN et fabrique une protéine qui  permet à la plante de résister au RoundUp. Quand l’herbicide est pulvérisé, il tue toutes les mauvaises herbes sauf le soja. »

« A dire vrai, c’est quand même une sacrée prouesse technologique mais tout de même ! Ce soja destiné a être arrosé par un herbicide puissant finira dans l’assiette du consommateur. On imagine donc qu’il a dû être soigneusement testé avant sa mise sur le marché. »

« Qui était ministre de l’agriculture à l’époque ? »

« C’est Dan Glickman qui fut ministre de Bill Clinton de 1995 à 2000. »

Dan Glickman : « Au début de mon mandat, il y avait un consensus dans l’agroalimentaire et au sein du gouvernement des Etats-Unis. Si on ne marchait pas tête baissée en faveur du développement rapide de la biotechnologie et des cultures OGM, alors on était considéré comme anti-sciences et anti-progrès. Franchement, je pense qu’on aurait dû faire plus de tests. Mais les entreprises agro-industrielles ne voulaient pas parce qu’elles avaient fait d’énormes investissements pour développer ces produits.  Et, en tant que responsable du service qui réglementait l’agriculture, j’ai subi beaucoup de pressions pour, disons, ne pas être trop exigeant.  La seule fois où j’ai osé en parler pendant le mandat de Clinton je me suis fait taper sur les doigts.  Non seulement par l’industrie mais aussi par les gens du gouvernement. En fait, j’ai prononcé un discours où j’ai dit qu’il fallait  qu’on étudie plus sérieusement la réglementation des OGM. Et il y avait des gens à l’intérieur du gouvernement  Clinton, surtout dans le domaine du commerce extérieur, qui étaient fâchés  contre moi. Ils m’ont dit  » Comment peux-tu, toi qui travailles dans l’agriculture, mettre en cause notre système de réglementation ? ».

« Voilà qui est clair. Aux Etats-Unis, le ministre de l’agriculture ne fait pas le poids face aux intérêts des multinationales. »

« Mais comment sont réglementés les OGM aux Etats-Unis ? »

« Le texte le plus important a été publié par la FDA, la Food and Drug Administration, l’Agence chargée de la sécurité des denrées alimentaires et des médicaments. »

Titre : Aliments dérivés des nouvelles variétés de plantes

Date : 29 mai 1992

Principe 1 : Les aliments oBtenus par modification génétique sont réglementés de la même manière que ceux oBtenus par le croisement traditionnel des plantes.

En clair, la FDA décide de ne pas créer de catégorie spéciale pour les OGM.

Pour toutes questions adressez-vous à James Maryanski qui dirigeait alors le département de la biotechnologie. »

James Maryanski : « En gros, le gouvernement a pris la décision de ne pas créer de nouvelle loi. Il pensait que les lois existantes pouvaient s’appliquer aux nouvelles technologies. »

« Ca veut dire que la Maison Blanche a demandé à l’agence d’écrire un texte où les OGM ne seraient pas soumis à une réglementation spécifique ? Mais ce n’était pas basé sur des données scientifiques. C’était une décision politique ? »

« Oui, c’était une décision politique qui touchait beaucoup de domaines, pas seulement la nourriture. Elle s’appliquait à tous les produits de la biotechnologie. »

« Quel aveu incroyable ! James Maryanski reconnaît que la réglementation des OGM fut basée sur une décision politique et pas scientifique ? Mais comment cette décision fut-elle argumentée ? »

« Principe 2 : Les composants des aliments provenant d’une plante génétiquement modifiée seront les mêmes ou similaires en substances à ceux que l’on trouve communément dans les aliments. »

« Autrement dit, la FDA considère à priori qu’une plante modifiée génétiquement est similaire à une plante conventionnelle. C’est ce qu’on appelle :  » le principe d’équivalence en substance  » qui a été repris partout dans le monde. »

« Il est au cœur du débat qui oppose les anti-OGM aux pro-OGM »

« Comment la FDA a-t-elle pu décider qu’une plante OGM était similaire à une plante conventionnelle ? »

« Nous savons que les gènes qui sont introduits dans les plantes par la biotechnologie produisent des protéines très semblables à celles que nous avons consommées pendant des siècles. »

« Ca c’est la version officielle de la FDA. Elle est battue en brèche par Jeffrey Smith, auteur de plusieurs ouvrages sur les OGM ; Michael Hansen, expert scientifique auprès de l’union des consommateurs ; l’essayiste Jeremy Rifkin qui fut le premier à dénoncer le principe d’équivalence en substance. »

« Si les OGM sont si bien implantés aujourd’hui, c’est à cause d’une tromperie de la FDA. Ils disent que ces aliments ne sont pas différents. Ils emploient l’expression  » équivalence en substance  » ou  » pas considérablement différents  » ce qu’ils traduisent comme  » généralement reconnus comme sûr « . Gras en anglais. »

« Normalement, pour que quelque chose soit considéré comme Gras, il faut que cela s’appuie sur de nombreuses études et qu’il y ait un large consensus au sein de la communauté scientifique. Avec les OGM, il n’est ni l’un ni l’autre. »

« La FDA disait :  » Si on introduit un gène dans une plante, ce gène est de l’ADN. Comme nous consommons de l’ADN depuis longtemps nous pouvons donc conclure que cette plante est Gras. »

« Notre point de vue, c’était que les gènes devaient être considérés comme des additifs alimentaires. Actuellement, quand on veut ajouter dans un aliment une goutte microscopique d’un nouveau colorant, d’un conservateur ou d’un produit chimique, c’est considéré comme un additif alimentaire. Et donc, on doit faire toutes sortes de tests pour prouver qu’il y a une certitude raisonnable qu’il ne soit pas nuisible. »

« En revanche, lorsqu’on manipule génétiquement une plante, ce qui peut engendrer d’innombrables

différences dans l’aliment, on ne demande rien. »

« A l’époque à Washington, si vous fréquentiez les mêmes bars que les lobbyistes, vous les entendiez rire de tout ça. Tout le monde savait que c’était n’importe quoi ce principe  » d’équivalence en substance « . C’était simplement une façon pour ces sociétés et surtout Monsanto de mettre rapidement leurs produits sur le marché, avec le moins d’interférence gouvernementale possible. Et je dois dire qu’ils ont très bien su défendre leurs intérêts. »

« Je me souviens de réunions où les scientifiques de Monsanto ont rencontré les scientifiques de la FDA.  Ils parlaient des modifications que leurs travaux provoquaient tout en demandant à la FDA : Comment allez-vous réglementer ces produits ? Je n’ai jamais vu une société qui ait une influence aussi déterminante et à un niveau aussi élevé sur les autorités gouvernementales en charge de la réglementation que Monsanto avec ses OGM. »

« Il existe une archive exceptionnelle où l’on voit Georges Bush père en visite dans les laboratoires de Monsanto. C’était 9 ans avant la mise sur le marché du soja RoundUp Ready. »

Le 15 mai 1987 : « J’aimerais vous montrer les étapes pour déplacer des gènes d’un organisme à un autre. On va vous faire faire les mêmes manipulations que nous faisons au laboratoire. Nous prenons de l’ADN, nous le coupons en morceaux, nous mélangeons les différentes parties… »

« Pour les recoller ? »

« Les recoller ensemble »

« Cette éprouvette contient de l’ADN d’un bactérie. Il a le même aspect qu’il vienne d’une plante ou d’un animal. »

« Je vois. Et cela vous sert à quoi ? A avoir une plante plus forte ou une plante qui résiste…. »

« Dans ce cas, elle résiste à un herbicide »

« Je vois »

« Nous avons un herbicide fabuleux… »

Au moment où Georges Bush effectue sa visite au siège de Monsanto, il est le vice-président de Ronald Reagan. Le mot d’ordre de l’administration américaine, c’est la déréglementation »

« Il s’agit de favoriser l’industrie en réduisant au maximum les entraves bureaucratiques comme les tests sanitaires ou environnementaux sur les nouveaux produits et c’est justement ça le problème de Monsanto »

 « Nous avons fait une demande auprès du Ministère de l’Agriculture pour qu’on puisse tester les nouvelles plantes pour la première fois dans l’Illinois cette année. Nous en rêvons tous. On continue à investir mais rien ne se passe.

« Nous ne pouvons pas nous plaindre du Ministère de l’Agriculture, il suit le processus normal.

Il fait très attention à ces nouvelles technologies, mais si en septembre on n’a pas reçu l’autorisation, peut-être qu’on changera de ton »

G. Bush : « Appeler –moi, mon job, c’est la déréglementation, je peux vous aider »
En 1988, Dan Kwell  a pris la place de G. Bush qui a été élu Président des Etats Unis.

Quatre ans plus tard, le nouveau vice-président rend publique que la politique américaine en matière d’OGM conforme à Monsanto

Le 26 mai 1992

« Cette décision fait partie de la seconde partie du programme présidentiel pour alléger la réglementation. Les Etats-Unis sont déjà leader mondial en biotechnologie et nous entendons le rester. En 1991, la biotechnologie a rapporté 4 milliards de dollars. Nous tablons sur 50 milliards de dollars en 2000 à condition de résister à la croissance d’une réglementation inutile»

Vous pensez que c’était un complot ?

Le mot complot est un peu fort mais du point de vue de la firme disons que c’était une prise de pouvoir absolument sans faute.

Très tôt, un certain Michael Taylor est devenu l’administrateur adjoint de la FDA. Au moment où la réglementation des OGM était rédigée.

Qui est Michael Taylor ? Sur internet il n’y a qu’une seule image de cet homme de l’ombre. Aujourd’hui, il dirige une fondation  » Ressources pour le futur « .

« Allo, bonjour, c’est Marie-Monique Robin. »

«  Bonjour, c’est Mike Taylor »

« Je voudrais vous poser une question sur votre rôle à la FDA Avant de travailler pour la FDA, vous étiez avocat pour Monsanto pendant 7 ans n’est-ce pas ? »

« Eh bien, j’étais associé dans un cabinet d’avocats dont Monsanto était client. J’ai travaillé sur des dossiers de Monsanto, oui. »

« D’après ce que j’ai lu la FDA a créé un poste spécialement pour vous : commissaire adjoint chargé de la réglementation. »

« Eh bien… »

« Parce que c’était un besoin spécifique lié aux OGM ? »

« Ca n’avait rien à voir avec les OGM, rien du tout. Je ne suis pas l’auteur de la réglementation. C’est faux. »

« Il est arrivé à la FDA en juillet 1991. Jusqu’à cette date, il travaillait dans le cabinet d’avocats King and Spalding. Parmi ses clients, il y avait non seulement Monsanto mais aussi IFBC, le Conseil International de la Biotechnologie et des Aliments. Il a écrit pour IFBC un document présentant la manière dont le conseil aimerait qu’on réglemente les OGM. Si vous comparez cette proposition de Michael Taylor pour l’IFBC et le texte publié par la FDA, ils sont très similaires. Si ce n’est pas lui l’auteur de la réglementation alors quelqu’un a pris son document en le modifiant légèrement avant de le publier. »

« A l’époque, Monsieur Taylor était commissaire adjoint, et c’est lui qui dirigeait le projet. Il était le chef, le leader de la réglementation, chargé de faire en sorte que le projet soit conduit à son terme. »

« Monsanto a su parfaitement mener le jeu politique et légal. Ils ont joué un rôle clé dans l’autorisation de mise sur le marché de l’hormone de croissance bovine et au-delà dans la manière dont le gouvernement américain a gérer la biotechnologie. »

« Michael Hansen vient de parler de l’hormone de croissance bovine. De quoi s’agit-il ? »

« Apparemment c’est une hormone transgénique injectée aux vaches pour augmenter leur production laitière de 20 %. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle ne fait pas l’unanimité. »

« L’hormone menace notre santé. »

« Le poison mortel. »

« Manipulation. «

« Baptisée RBGH – hormone de croissance bovine recombinante – le produit est commercialisé par Monsanto sous le nom de Posilac depuis 1994. »

« Posilac est le produit le plus étudié de l’histoire ! Vous verrez rapidement les résultats spectaculaires que Posilac peut vous offrir ! »

« En 1985, Monsanto a déposé un dossier auprès de la FDA pour oBtenir l’autorisation de mise sur le marché de Posilac. Les experts de l’agence ont analysé les essais réalisés par la firme sur des élevages expérimentaux. »

« A la FDA, le vétérinaire en charge du dossier s’appelait Richard Burroughs. Dans une interview, il a déclaré que des officiels de l’agence ont supprimé et manipulé des données. »

« Les données scientifiques que la compagnie a envoyées ne prenaient pas en compte les besoins des producteurs de lait. A savoir, des questions-clé comme les maladies que sont la mammite – c’est-à-dire l’infection des pis et les problèmes de reproduction.  Alors quand j’ai vu que toutes ces données manquaient, j’ai dit  » eh les gars, vous devez récolter plus d’informations « . Ca les a retardés de deux ou trois ans. »

« Avez-vous averti la FDA de vos préoccupations ? »

« Petit à petit, j’ai été marginalisé. Mon chef a mis des proches sur le dossier et j’ai eu de moins en moins accès aux données y compris les choses que j’avais personnellement demandées comme les études sur la mammite. J’étais devenu un obstacle. Alors ils ont décidé de m’éliminer en me mettant au placard. Finalement, j’ai été licencié. Un jour, on m’a raccompagné à la porte et c’était fini pour moi. »

« Est-ce que vous avez été menacé ? »

« Oui, par les avocats de Monsanto. Quand j’ai contesté mon licenciement devant la justice, ils ont dit à mon avocat qu’ils me feraient un procès si je révélais des secrets de ma compagnie pour ma défense. »

« Finalement, la FDA sera condamnée à réintégrer le vétérinaire trop consciencieux qui, écœuré, finira par démissionner. »

« Mais ce n’est pas tout. »

« Sur internet, on parle aussi de documents volés à la FDA et transmis au docteur Samuel Epstein qui dirige la coalition pour la prévention du cancer. »

« En 1990, le professeur Epstein a publié un article dans le Milkweed, un journal de référence spécialisé sur le lait que dirige le journaliste Pete Hardin. Un scoop basé sur des documents secrets que les deux hommes ont soigneusement épluchés. »

« Un jour au bureau, j’ai trouvé une énorme boîte de documents envoyés de Washington par un expéditeur anonyme. Cette boîte contenait toutes les données des études vétérinaires que Monsanto avait fournies à la FDA depuis 6 ans. Un vrai bonheur. »

« La plupart de ces documents sont des originaux avec la mention  » Informations internes et confidentielles  » qui ne peuvent pas être reproduites, révélées ou envoyées à l’extérieur de la société sans autorisation. C’est exactement ce qu’un journaliste d’investigations aime rendre public. »

 « La révélation de ces informations a fait enrager Monsanto et la FDA. Nous avons pu prouver que les changements physiologiques observés chez les animaux piqués avec l’hormone étaient dramatiques. »

« Par exemple, nous voyons que les ovaires droits des vaches qui ont reçu l’hormone synthétique sont 34 % plus gros voire 42 % ou 44 % selon les groupes. Par ailleurs, les dossiers volés montrent qu’il y a de graves problèmes de reproduction chez les animaux  qui ont été traités. »

«   Les données brutes sont concluantes, et elles ont été vérifiées par des scientifiques indépendants.

Tous les responsables de la santé qui ont analysé l’hormone disent qu’il n’y a aucun danger pour le consommateur.»

« Pour Monsanto, non seulement l’hormone ne pose aucun problème mais elle présente même des bénéfices pour le consommateur. Comme la composition chimique du lait n’est pas altérée par l’usage du Posilac, ses propriétés et son goût ne changent pas. »

« Ce n’est pas vrai, c’est un mensonge. C’est un produit très différent pour plusieurs raisons. D’abord, comme les vaches souffrent souvent de mammites, il y a du pus dans le lait. De plus, à cause du traitement des mammites, on trouve une grande quantité d’antibiotiques dans le lait. Enfin, on constate une importante augmentation de ce qu’on appelle l’IGF1, le facteur Insuline de croissance. »

« Depuis les années 1980, une soixantaine d’études ont montré qu’il y avait un lien direct entre un niveau élevé de IGF1 et les cancers du sein, du colon et de la prostate. »

« Cette histoire est absolument sidérante. Y-a-t-il d’autres pays qui ont autorisé la rBGH ? Apparemment, l’hormone a été interdite en Europe et au Canada. Y compris au Canada ? Pourtant l’agence Santé Canada a l’habitude de calquer ses décisions sur la FDA ? »

« rBGH – Scandale à Santé Canada. »

« Monsanto accusé de tentative de corruption. »

« En octobre 1998, les trois scientifiques de Santé Canada ont témoigné devant une commission sénatoriale pour s’opposer à la mise sur le marché de l’hormone transgénique. L’affaire a été déclenchée par le docteur Shiv Chopra qui est ce qu’on appelle en anglais un whistle blower, disons un lanceur d’alerte. »

« Je me demande quelle vérité je vais dire. Celle que je connais ou celle que le ministère me dit de dire. Voilà mon conflit. »

« Je vous demande à tous les trois :  » Est-ce que certains d’entre vous ont été approchés par Monsanto ? « 

« Docteur Haydon ? »

« J’ai assisté à une réunion en 1989-90. Des représentants de Monsanto m’avaient rencontrée moi-même, le docteur Drennen, mon chef de service, et le docteur Messier également. La compagnie nous avait offert 1 à 2 millions de dollars. Je ne sais pas ce que c’est devenu par la suite mais je sais que mon directeur avait dit après la réunion qu’il allait faire un rapport sur cet incident à ses supérieurs. »

« Comment a réagi Monsanto ? »

« Monsanto n’a pas nié le fait qu’ils ont proposé deux millions de dollars lors de cette réunion. Plus tard, ils ont dit :  » C’était une proposition pour faire plus de recherches au Canada ou sur les vaches canadiennes. En tous cas, le résultat c’est que l’hormone transgénique n’a pas été autorisée au Canada. A la suite des révélations canadiennes, le parlement européen l’a bannie pour toujours. Puis tout d’un coup, Margaret Haydon, Gérard Lambert et moi, nous avons été tous les trois congédiés pour désobéissance. »

« Vous avez été licenciés ? »

« Oui, nous avons été licenciés et nous avons porté l’affaire en justice»

« Aux Etats-Unis, le Congrès avait également ouvert une enquête à la demande des opposants de l’hormone transgénique. Ceux-ci dénonçaient notamment l’interdiction d’étiqueter le lait selon sa provenance qui empêche les consommateurs de choisir. Mais curieusement l’enquête du Congrès  n’a jamais abouti. »

« L’hormone de croissance bovine représente la première application de la biotechnologie à la production d’aliments et Monsanto est une multinationale très puissante qui a beaucoup de relations au sommet de l’état. Pour le gouvernement fédéral, le développement de la biotechnologie représentait un enjeu si important qu’il a préféré ignorer ces questions disons « subalternes » que sont la santé des vaches ou des consommateurs.

« La raison pour laquelle la FDA a autorisé la mise sur le marché de la rBGH c’est que beaucoup d’anciens salariés de Monsanto occupaient des postes clé à la FDA. Ils ont rejoint l’agence pour faire homologuer le produit. »

«  C’est ce qu’on appelle les portes tournantes avec un effet de doubles hélices. »

«  Les portes tournantes. »

«  Oui, les portes tournantes. »

« Il n’y a pas qu’en agriculture qu’il y a des portes tournantes. C’est dans beaucoup de secteurs. »

« Don Rumsfeld était le PDG de Searle qui était une filiale de Monsanto. »

« L’ambassadeur américain du commerce extérieur Mickey Kantor a fini au conseil d’administration de Monsanto. Clarence Thomas, juge à la Cour Suprême, a travaillé pour Monsanto. »

« Monsanto revolving doors – en français les chaises musicales

Etat des lieux non exhaustif en 1999.

Linda Fisher passe de l’EPA, agence de protection de l’environnement à Monsanto.

Michael Friedman, de la FDA à Monsanto.

Marcia Hale et Josh King, de la Maison Blanche à Monsanto.

Margaret Miller, de Monsanto à la FDA.

William Ruckelshaus, d’EPA à Monsanto.

Sans oublier Michael Taylor qui a fait plusieurs fois l’aller-retour. »

«  Voilà ce qu’on appelle un aveu fort intéressant. »

« Une fois terminée votre mission à la FDA, vous êtes devenu vice-président de Monsanto en charge des relations publiques ? »

«  Right. »

« Il n’y a pas de conflit d’intérêt pour vous ? »

« Non. Il y a des règles du jeu et je les ai respectées. Mais je pense que par rapport aux consommateurs, nous avons accumulé les gaffes. Si on a une stratégie pour faire accepter une nouvelle technologie par le public. Le fait que la première application sur le marché soit liée au lait, dont la production dépasse déjà largement nos besoins, eh bien, ça continue à créer un climat de… »

« Suspicion ? »

« Oui, de suspicion…et je pense que le principe selon lequel les entreprises ne sont pas obligées de déposer une demande de mise sur le marché auprès de la FDA pour chaque nouvel OGM, comme en Europe, n’est pas satisfaisant pour les consommateurs. Je pense que le Congrès devrait changer la loi. Il devrait voter un texte assurant que la sécurité de chaque nouveau produit est véritablement évaluée par la FDA. »

« Voilà ce que l’on appelle un consensus fort intéressant. Apparemment Michael Taylor semble regretter la réglementation qu’il a signée en 1992. Qu’en pensaient les scientifiques de la FDA ?  Y-avait-il un consensus sur la réglementation des OGM ? »

« Des documents internes montrent que l’agence a ignoré les inquiétudes de ses propres scientifiques. C’est signé Steven Druker.”

“Steven Druker est un avocat qui travaille pour une coalition d’organisations non gouvernementales. Il a porté plainte contre la FDA et oBtenu la déclassification des ses archives sur les OGM. »

« Nous avons reçu plus de 44 000 pages qui révèlent que la FDA ment à la planète depuis au moins 1992. Et elle continue de mentir. Elle prétend que le principe d’équivalence en substance entre les OGM et les plantes conventionnelles est appuyé par un très large consensus au sein de la communauté scientifique et que de nombreuses données scientifiques le prouvent. »

« Ces deux affirmations sont des mensonges flagrants. »

« Par exemple, le docteur Louis Pribyl du Département de la microbiologie de la FDA a écrit :  » Il y a une différence énorme entre les effets inattendus que peuvent produire les plantes traditionnelles et les OGM « . Puis il a ajouté que certains aspects de la manipulation génétique pourraient être plus dangereux. »

« L’inquiétude exprimée par les experts de la FDA était si importante que le docteur Linda Kahl de la FDA qui était chargée de suivre et de synthétiser leurs avis a écrit un compte-rendu au coordinateur de la biotechnologie de la FDA, le docteur James Maryanski. »

« Selon les documents internes de la FDA qui ont été rendu publics, il y avait beaucoup de scientifiques de la FDA qui n’était pas d’accord avec la réglementation proposée. Par exemple, j’ai ici un mémo que Linda Kahl vous a envoyé. »

James Maryanski : « Elle dit :  » Les processus de manipulation génétique et de croisements traditionnels sont différents. Et selon les experts de l’agence :  » Ils conduisent à des risques différents. C’est vrai que nous avions des opinions très divergentes au sein de l’agence. C’est ce que Linda Kahl résume dans son mémorandum. Mais quand nous avons fini d’écrire la réglementation, tous les scientifiques étaient d’accord. Bien sûr que la FDA s’était penchée sur l’usage de la manipulation génétique mais elle n’avait aucune information qui indique que la technique elle-même  puisse créer des produits qui soient différents en termes de qualité ou de sécurité. »

« Avant que les scientifiques de la FDA fassent part de leurs inquiétudes, l’agence avait reçu un signal d’alerte très clair. En effet, le premier additif alimentaire manipulé génétiquement et mis sur le marché américain avait provoqué une grave épidémie. »

« Vous souvenez-vous de ce qui s’est passé avec le L-tryptophane en 1989 ? C’était un acide aminé génétiquement manipulé – à priori vous connaissez très bien les acides aminés ? »

« Il a tué des dizaines de personnes et rendu malades des centaines d’autres. »

« Il a provoqué l’épidémie d’une maladie inconnue appelée EMS ?

« C’est vrai »

« Combien de gens sont morts ? »

« Oui, oui mais nous avons beaucoup… »

« 37 et plus de 1000 handicapés, vous souvenez-vous ? »

« Je  m’en souviens oui »

« Selon un document de la FDA, vous avez dit  » nous ne savons pas quelle est la cause de l’EMS mais nous ne pouvons pas éliminer l’hypothèse qu’elle soit due à la manipulation génétique.  » Est-ce que vous avez dit ce que j’ai lu ? »

« Oui »

« Incroyable, James Maryanski n’excluait pas que la manipulation génétique puisse entraîner des effets inattendus mais il n’a pas bougé le petit doigt. »

« Y-a-t-il des scientifiques indépendants qui ont travaillé sur cette question capitale pour les consommateurs ? »

« Arpad Pusztai, un scientifique de renom perd son travail après avoir exprimé ses inquiétudes sur les OGM. C’était en 1998. Arpad Pusztai travaillait pour l’institut Rowett en Ecosse et il avait dirigé une étude sur des pommes de terre transgéniques à la demande du Ministère de l’Agriculture. Un budget de plus de 2 millions d’euros qui avait mobilisé 30 chercheurs pendant 2 ans pour préparer l’arrivée des OGM en Grande-Bretagne. »

« Nous étions tous enthousiastes. J’étais enthousiaste. Le ministère pensait que si nous faisions cette étude en examinant tous les aspects, cela constituerait un soutien en faveur des OGM. Au moment de lancer les produits sur le marché, il pourrait dire que le meilleur laboratoire européen de nutrition avait trouvé qu’il n’y avait pas de problème. »

« Arpad Pusztai est spécialiste des lectines, ce sont des protéines qui ont une fonction insecticide et protègent les plantes contre les pucerons. Les scientifiques du Rowett Institute ont créé des pommes de terre résistantes aux pucerons dans lesquelles ils ont introduit un gène provenant d’un perce-neige qui fabrique la fameuse lectine. Auparavant, ils avaient vérifié qu’à l’état naturel les lectines ne sont pas dangereuses pour la santé.  Les pommes de terre transgéniques ont été testées sur des rats. »

« Nous avons constaté deux effets. D’abord une prolifération des cellules dans l’estomac et cela n’est pas bien – je ne dis pas que c’est cancéreux mais cela peut faciliter le développement de tumeurs causées par des produits chimiques. »

« De plus, le système immunitaire de l’estomac était en surchauffe. Je ne sais pas si cela est bon ou mauvais mais en tous cas l’organisme traitait ces pommes de terre comme des corps étrangers. »

« Nous étions convaincus que c’était  la manipulation génétique qui était à l’origine du problème et pas le gène de la lectine, parce que nous l’avions testé tout seul à une concentration 800 fois plus

élevée et il ne faisait pas de mal. »

« C’était très important parce que la FDA parlait, à l’époque, d’une technologie neutre. Nous avons dit et publié que ce n’était pas le gène en soi qui était le problème mais la technique d’insertion. »

« Tandis que les premières cargaisons américaines de soja transgéniques arrivent en Grande-Bretagne, Arpad Pusztai donne une interview à la BBC en accord avec sa direction. »

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Huguesauchaud
Invité

Désolé, il m’est impossible de voir le texte de la 2nde partie. Est-ce ma faute ?