Considéré comme le père du ballet russe, Marius Petipa est pourtant né en France. Sa carrière de danseur et chorégraphe à Saint-Pétersbourg lui permit de créer de très nombreuses œuvres dont beaucoup sont aujourd'hui mondialement reconnues comme étant les plus grands ballets classiques.

Danseur de Paris à Saint-Pétersbourg

Marius (Alphonse Victor) Petipa naquit à Marseille le 11 mars 1818.

Son père, Jean-Antoine Petipa, était danseur et maître de ballet au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles. Sa mère, Victorine Grassau, était tragédienne.

Son frère aîné, Lucien, mena une brillante carrière de danseur à l'Opéra de Paris. Il avait également une sœur, Victorine.

Marius s'initia à la danse à l'âge de sept ans auprès de son père, au conservatoire de la danse à Bruxelles. Il débuta au théâtre de la Monnaie dans la Dansomanie, ballet chorégraphié par son père, en 1827.

Quittant Bruxelles en 1835, il travailla comme danseur et chorégraphe à Bordeaux (1834), Nantes (1838), où il devint danseur étoile, New-York (1839) et Madrid (1843), où il resta quatre ans en tant que chorégraphe pour la compagnie du théâtre Royal. En 1846, il dut quitter précipitamment l'Espagne à la suite d'une provocation en duel par le marquis de Chateaubriand, dont il avait courtisé l'épouse… Il s'inspira par la suite des danses folkloriques espagnoles pour monter certains ballets, comme Don Quichotte.

Après un retour à Paris, il fut invité en 1847 à Saint-Pétersbourg en tant que premier danseur pour un contrat d'un an. Il était très apprécié pour ses qualités de mime et ses talents d'expression scénique. Il obtint notamment un grand succès dans Le Corsaire de Mazilier, rôle qu'il choisira pour ses adieux à la scène dix ans plus tard.

Il poursuivit sa carrière de danseur au théâtre Impérial (aujourd'hui théâtre Marie ou Mariinsky de Saint-Pétersbourg) jusqu'en 1869, en interprétant, entre autres, les rôles de Phoebus (La Esméralda) ou de Conrad (Le Corsaire).

Qui a écrit la chorégraphie du ballet Don Quichotte ? Don Quichotte est un ballet de Marius Petipa, musique de Léon Minkus, représenté pour la première fois au Théâtre Bolchoï de Moscou en 1869. Le ballet, inspiré du roman de Cervantès, relate les amours contrariées de Kitri et Basilio. La chorégraphie a été de très nombreuses fois remaniée depuis l'écriture originelle de Petipa.

Chorégraphe novateur en Russie

Son activité de chorégraphe commença peu après son arrivée en Russie : il remonta Paquita, ballet de Joseph Mazilier qu'il avait lui-même dansé.

En 1862, Petipa réalisa son premier grand ballet : La fille du pharaon. Montée d'après Le roman de la momie de Théophile Gautier, sur une musique de Cesare Pugni, cette œuvre, comme tant d'autres mises en scène de l'époque, semblait totalement dépourvue d'originalité.

C'était un spectacle à effets spéciaux, avec des décors somptueux, mais dépassés, une musique mélodieuse et dansante, et un sujet "exotique" à la mode (un anglais réfugié dans une pyramide s'éprend en rêve d'une princesse ressuscitée et leurs aventures s'achèvent par un mariage).

Néanmoins, Petipa dirigeait les solistes et le corps de ballet comme un compositeur dirige les voix d'un chœur ou les instruments d'un orchestre, alliant harmonie et dissonance. Il commençait à trouver la structure qui allait être le fondement de ses chefs-d'oeuvres.

Petipa avait pour idéal un grand ballet où l'action se déroulerait par étapes, dans une succession de scènes dansées et mimées, permettant ainsi de développer les diverses formes d'expression chorégraphique. Sa collaboration avec les grands musiciens Piotr Tchaïkovsky et Alexandre Glazounov permit de structurer l'expression poétique de chaque acte de façon symphonique.

Quels sont les ballets les plus connus de Marius Petipa ? Photographie de 1898 lors de la représentation du ballet Raymonda, sur une musique de Glazounov. Scène du théâtre Mariinsky avec la troupe en costumes et les décors de l'acte III.

Il codifia ainsi les règles du ballet académique par l'harmonie des ensembles chorégraphiques et la fine conception des solos. Sans jamais violer les règles du Ballet classique, il parvint à emplir celui-ci de poésie et de virtuosité en exprimant les sentiments des personnages par des combinaisons de mouvements simples et complexes, alternant les séquences de danse pure avec des moments d'emphase généreux.

Il avait la rare faculté de se représenter en pensée le ballet tout entier avant de le mettre en scène. Il accordait de l'importance aux scènes de pantomimes, tout en mettant en valeur les interprètes et en offrant une grande technicité dans les solos.

"La danse est la rencontre de trois émotions et leur dépassement : émotion du corps dompté qui se libère et rejoint l'âme, émotion du geste qui se transforme en poésie, émotion de l'allure qui fait sortir l'interprète de sa corporéité pour devenir l'expression de l'idée." Marius Petipa

Il se souciait de chaque rôle, depuis le second quadrille jusqu'à l’étoile, pour que chacun trouve sa place dans la hiérarchie.

Ses innovations contribuèrent à faire évoluer la danse classique vers la forme du spectacle tel qu'on le connaît de nos jours : un ballet académique narratif composé de trois ou quatre actes, et où l'ensemble du corps de ballet est présent sur scène.

C'est à lui que l'on doit la structure du pas-de-deux en quatre parties (adage, variation masculine, variation féminine, coda).

Il fut nommé deuxième chorégraphe en 1862, puis premier maître de ballet, succédant à Arthur Saint-Léon, en 1869. Il dirigea ainsi une troupe de 250 danseurs. En parallèle, il dirigea l'Ecole impériale de danse, qui comptait 80 élèves, entre 1855 et 1887.

Un travail chorégraphique colossal

Des plus grandes créations de Petipa, on peut retenir:

  • Don Quichotte, créé au Bolchoï en 1869,
  • La Bayadère, créé au théâtre Marie en 1877,
  • La Belle au bois dormant, en 1890,
  • Casse-Noisette, en 1892,
  • Le lac des cygnes, en 1895,
  • Raymonda, en 1898.

Petipa fit renaître l'intérêt du public pour le ballet. A la fin des années 1870, cet art reconquit le terrain perdu et les troupes se produisaient à guichets fermés.

La collaboration avec Piotr Tchaïkovski aboutira aux plus grandes œuvres de Petipa : La Belle au bois dormant, Casse-Noisette, Le lac des cygnes.

Pour Casse-Noisette, le chorégraphe imposa au compositeur un nombre de mesures précis pour chaque scène : "Retour de Clara : huit mesures de musique mystérieuse mais douce. Deux mesures pour sa frayeur, huit mesures de musique fantastique, très dansante." Mais Petipa, qui avait réalisé le découpage minutieux, tomba malade et c'est Lev Ivanov, un autre chorégraphe du Théâtre Marie, qui réalisa finalement entièrement la chorégraphie du ballet.

Pourquoi Le lac des cygnes est-il si connu ? Le cygne blanc. Danseuse : Molly Wagner, Photographe : Kenny Johnson

Le lac des cygnes, réalisé en 1877 à Moscou par Wenzel Reisinger, chorégraphe tchèque, fut d'abord mal accueilli par le public, mais fut tiré de l'oubli par Petipa. Lev Ivanov créa les danses des cygnes en 1894 à l'occasion du premier anniversaire de la mort de Tchaïkovsky. Le succès fut tel que Petipa décida de créer le ballet entier au théâtre Marie la saison suivante.

Pour sa dernière œuvre, la Romance du bouton de rose et du papillon, chorégraphiée en 1903, il confia le rôle à Vaslav Nijinsky, alors âgé de 14 ans.

Petipa, en plus de ses créations personnelles, a ainsi permis la survie en Russie de nombreux ballets du répertoire déjà oubliés en France, notamment :

  • Paquita et le Corsaire, de Joseph Mazilier,
  • Le Petit Cheval bossu et Coppélia, de Arthur Saint-Léon,
  • Giselle, de Jean Coralli et Jules Perrot,
  • La Esméralda et la Naïade et le Pêcheur, de Jules Perrot,
  • La Fille mal gardée, de Jean Dauberval,
  • La Sylphide, de Philippe Taglioni.

Il signa plus de soixante ballets, remonta de nombreuses chorégraphies de ses prédécesseurs, et composa des danses pour des opéras.

Lors d'une tournée française avec Coppelia et Giselle, il reçut la légion d'honneur sur la scène de l'Opéra de Marseille, en 1902.

Il dirigea la troupe de Saint-Pétersbourg, de 1869 à 1903. Il ne partit à la retraite que contraint et forcé à l'âge de 86 ans, en 1904.

Une renommée tardive en Europe

"La fin de cette expérience unique est la recherche de la légèreté, la lutte contre la pesanteur. Etre léger voilà le but de tout danseur et de toute danse !" (Marius Petipa, dicté à sa secrétaire Ivanovna Bersetovna à la fin de sa vie).

Marius Petipa mourut en 1910 à Gourzouf en Crimée (mais fut enterré à Saint-Pétersbourg). Repris aujourd'hui dans le monde entier, ses ballets figurent parmi les trésors de l'art chorégraphique du XIXème siècle. Pourtant, les ballets de Petipa sont restés longtemps ignorés à l'étranger.

Il fallut attendre Serge de Diaghilev pour découvrir à Londres le Lac des cygnes et la Belle au bois dormant, avec la troupe des Ballets Russes, après la mort de Petipa.

Les tournées européennes du Bolchoï et du Kirov (théâtre Marie), dans la seconde moitié des années 1950, contribuèrent également à faire connaître les ballets de Petipa (La Bayadère, Don Quichotte, Le Corsaire, Raymonda).

Que raconte l'histoire du lac des cygnes ? Le lac des cygnes est un des ballets classiques les plus connus et a connu de nombreuses adaptations (ici Natalie Portman dans Black Swan, de Darren Aronofsky, 2010)

L'Opéra de Paris n'inscrira un ballet intégral de Petipa à son répertoire qu'en 1960, cinquante ans après sa mort. Aujourd'hui, six grands ballets y sont inscrits, adaptés par Rudolf Noureïev dont il a interprété tous les grands rôles au théâtre Marie : Raymonda, Don Quichotte (1983), Le lac des cygnes (1984), Casse-Noisette (1985), La Belle au bois dormant (1989) et La Bayadère (1992).

Notons également que la première femme de Marius Petipa, Maria Petipa-Sourovtchikova, était une ballerine de l'Ecole théâtrale de Saint-Pétersbourg, qui connut un immense succès auprès du public.

Le nom de Marius Petipa, prédestiné à la danse, reste ainsi peu connu du grand public malgré son rôle fondamental dans la genèse du grand ballet narratif. En effet, il fut noyé dans la notoriété de Tchaïkovsky qui a composé la musique de ses œuvres les plus connues, et dans celle de Noureïev, qui a dirigé l'Opéra de Paris de 1983 à 1989 et a permis de livrer et retoucher les productions de Petipa pour en faire le véritable socle qu'elles constituent aujourd'hui dans l'histoire de la danse.

Vous avez aimé l’article ?

Aucune information ? Sérieusement ?Ok, nous tacherons de faire mieux pour le prochainLa moyenne, ouf ! Pas mieux ?Merci. Posez vos questions dans les commentaires.Un plaisir de vous aider ! :) (5,00/ 5 pour 1 votes)
Loading...

Gaspard

Ancien étudiant de STAPS et passionné de Coaching Sportif. Je mets mes cours de sport à votre disposition. N'hésitez pas à me poser des questions en commentaire !

Vous avez aimé
cette ressource ?

Bravo !

Téléchargez-là au format pdf en ajoutant simplement votre e-mail !

{{ downloadEmailSaved }}

Votre email est invalide