Il convient de préciser d’ores et déjà qu’il va être nécessaire de procéder à une analyse critique préalable des notions contenues dans le libellé du cours et d’élargir le champ des notions nécessaires au développement des analyses.

Le terme « sport »

C’est ainsi que le terme « sport » sera pris dans son acception la plus large... et donc aussi la plus floue, car la plus « notionnelle », la moins « conceptuelle »....

Je renvoie à ce niveau aux autres enseignements suivis (notamment en L1).

Rappelons juste l’essentiel ; pour P. Parlebas par exemple (ou pour le CNOSF), le terme « sport », pour être compris au sens étroit :

  • doit renvoyer nécessairement à la mise en œuvre d’un engagement physique et d’une motricité propres à l’individu qui s’y adonne (de ce point de vue, le jeu d’échecs n’est pas un sport ; le billard peut potentiellement être un sport);
  • ne pas avoir de dimensions utilitariste, mais uniquement une « dimension symbolique » à l’engagement physique et la motricité mis en œuvre dans le cadre de la pratique considérée (bricolage et jardinage ne sont pas des sports) ;
  • supposer une recherche de la performance dans la pratique considérée (la promenade, la baignade dans la mer ou même le footing ne constituent pas du sport) ;
  • présenter une dimension ludique de type agonistique dans la pratique considérée, que cette dernière est donc, d’une manière ou d’une autre de type compétitif ;
  • les compétitions doivent y être instituées (structures organisatrices ; épreuves normatives ; calendriers de compétitions ; types de titres ; etc.).

 

Pour reprendre T. Terret (in « Histoire du sport »), il convient d’adopter « ... deux niveaux de définition du sport ; un sens restreint où le sport désigne l’ensemble des pratiques physiques codifiées, institutionnalisées, réalisées en vue d’une performance ou d’une compétition et organisées pour garantir l’égalité des conditions de réalisation, et un ses plus étendu où il englobe tout type d’activité physique réalisé dans un but récréatif ».

Le terme « plein air »

Le terme « plein air » est un vocable dont on constate l’essor dans le langage courant entre la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle.

la pratique des APPN à l’Ecole va également conduire l’enfant à acquérir des attitudes et des comportements qui l’aideront à devenir un citoyen responsable. Il tend à désigner tout à la fois l’expression de désirs du dehors ou de désirs de l’ailleurs et une nébuleuse de pratiques et de pratiquants « plein-airistes » : peintres naturalistes, poètes flâneurs, excursionnistes, explorateurs aventuriers, pêcheurs de loisir, curistes, écoliers de colonies de vacances, scouts, « sportifs »...

Le terme plein air devient de fait le vocable générique des loisirs et des vacances, en ce qu’il témoigne de l’invention de nouveaux espaces tels que les espaces verts urbains, périurbains, campagnards, ou tels que les rivages maritimes et la plage, ou encore tels que la moyenne puis la haute montagne, les déserts...

Il témoigne aussi de l’essor certaines pratiques hygiéniques et éducatives, voire de pratiques thérapeutiques mises en œuvre à travers la mise en contact avec les éléments naturels (air, soleil, eau)...

Il témoigne enfin de la naissance et du développement de pratiques physiques et sportives aventurières, sur fond de curiosités exotiques et de rêveries de conquêtes.

Un indice ne trompe pas concernant, sur fond d’idéologie naturiste, cette aspiration sociale généralisée au plein air : la multiplication des titres de la presse magazine faisant usage de cette notion.

La « vie au grand air », apanage d’une élite à l’origine, va ainsi rapidement se massifier à travers la « grande mode de l’aération » que va connaître la société française de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle.

Le nombre de plein-airistes va considérablement augmenter.

Mais les pratiques plein-airistes, essentiellement contemplatives, hygiéniques et éducatives à l’origine, vont progressivement devenir des pratiques à finalités essentiellement récréatives et ludiques.

La pratique des activités APPN

La pratique d’ « Activités Physiques de Pleine Nature » (APPN) va ainsi considérablement se développer au cours du 20ème siècle, puis les « sports de nature » deviendront de plus en plus prisés et pratiqués dans le dernier quart du 20ème siècle et au début du 21ème siècle. Les sports de nature constituent d’une certaine manière l’héritage du plein air.

Les terminologies utilisées pour rendre compte des pratiques corporelles réalisées en milieu naturel (ou pour le moins « extérieur » -hors des murs ; hors de l’urbain...) ne sont pas uniquement des modes langagières.

  • Elles témoignent d’abord de la transformation de mentalités historiquement et socialement construites quant au rapport à la nature et l’urbanité, au corps et à la santé, au sens que l’on peut vouloir donner à certains types de loisirs.
  • Elles témoignent ensuite d’un enracinement institutionnel de ces pratiques : mouvements associatifs de loisirs conviviaux, mouvements de jeunesse et d’éducation populaire, éducation physique institutionnelle, pratiques sportives fédérales, pratiques sportives de loisir informelles, etc.

Les terminologies se sédimentent historiquement : des terminologies nouvelles émergent et tendent à devenir les expressions dominantes d’une époque, sans pour autant faire disparaître les autres vocables.

Cours, activités en plein air, initiations Il y a plus sédimentation terminologique que renouvellement radical des termes...

D’où parfois une certaine confusion dans l’usage qu’il conviendrait d’en faire pour désigner des pratiques physiques en milieu extérieur ou naturel plus que jamais plurielles.

F. Beauchard identifie ainsi dans le langage contemporain « six termes génériques de la langue française couramment utilisés en la matière... chaque terme [ayant en fait] sa propre connotation »  : - sports de plein air ; c’est sans doute l’expression la plus ancienne, qui remonte à une époque de développement d’activités initié par le ministère de la Jeunesse et des Sports, avec un ensemble de cadres « plein air ».

La formule « plein air » renvoie à des notions liées à la santé et l’hygiène ; on les retrouve ainsi notamment au sein des mouvements associatifs pour la jeunesse, dans les pratiques vacancières, au niveau scolaire ou périscolaire :

  • APPN : cette expression est une déclinaison de l’expression APS (activités physiques et sportives), issue des administrations de l’Education nationale et de la Jeunesse et des Sports. Il s’agit d’activités enseignées, souvent encadrées, dans un support s’exerçant en milieu ouvert ou naturel ; pour O. Bessy et M. Mouton5, les APPN renverraient d’une part à une « nature sauvage, dure et vierge, synonyme d’adversité... recherchée par une minorité de pratiquants en mal d’extrême », d’autre part à une « nature domestiquée, douce, urbanisée... aménagée dans le but dans faciliter l’accès au plus grand nombre ... (bases de loisirs ; stations de ski, centres de voile, centres équestres ; sentiers de randonnée, pistes de VTT ; ...) ». En fait, selon ces mêmes auteurs, les APPN se définiraient d’abord comme « ... l’ensemble des activités (parapente, ski, escalade, randonnées pédestres et équestres, VTT, canoë-kayak, plongée, surf, voile...) se déroulant en milieu naturel... avec ou sans engin » ;
  • activités sportives de pleine nature : cette expression est d’un usage plus récent que la précédente, dont elle se distancie en accentuant la notion de « sport ». Elle renvoie, de manière sous-jacente, à l’existence de compétition sportive de pleine nature ;
  • activités de pleine nature : cette expression renvoie à des activités plus « douces » (randonnée notamment), à des images de nature, de milieu naturel, d’environnement. La notion de compétition y est plus lointaine ;
  • loisirs sportifs de nature : cette expression est proche de la précédente et ne renvoie pas non plus à l’idée de compétition ; la notion de « nature » y remplace celle de « pleine nature », ce qui peut laisser penser qu’il peut s’agir d’une nature aménagée ;
  • tourisme sportif de nature : dans cette expression, qui émane des collectivités territoriales et du secteur du tourisme, la dimension économique des activités prime. Les dimensions éducatives, hygiéniques ou sportives passent au second plan.

Il est remarquable enfin de noter que dans le projet de loi relatif aux responsabilités locales et devant la difficulté de définir ce que recouvrent les sports de nature, le législateur avait pensé (mais a renoncé finalement) à donner une définition juridique (définition légale) des sports de nature, libellée comme suit : « Les sports de nature sont des activités physiques et sportives, aériennes, nautiques ou terrestres, qui se déroulent en milieu naturel. Ils s’exercent dans des espaces ou sur des sites et itinéraires relevant du domaine public ou privé des collectivités publiques ou appartenant à des propriétaires privés ». (quid alors du « beach volley » ou de l’escalade sur SAE ?)

Pour O.Bessy et M. Mouton6, la notion de sports de nature serait en fait indissociable du contexte et des problématiques d’aménagement, à des fins récréatives et ludiques, des espaces naturels dont ont désormais la responsabilité les collectivités territoriales, suite aux différentes politiques de décentralisation des dernières décennies et à la montée du souci écologique.

Et ils notent qu’à ce niveau, la question du développement durable a une incidence notable sur le choix des politiques de sports de nature ou de tourisme sportif de nature mises en œuvre par ces collectivités territoriales.

En fin de compte, comme le remarquent justement O. Bessy et M.Mouton, « derrière les mots se cache une évolution qui dépasse la simple rhétorique linguistique. »

Parfois une terminologie vient à s’imposer ou pour le moins dominer, au regard de contextes de pratiques, de natures de pratiques et d’enjeux de pratiques spécifiques.

Mais aucun des termes, aucune des expressions ne fait totalement consensus ni domine sans partage.

S’il est vrai que l’expression « sports de nature » tend peut-être aujourd’hui à devenir celle qui est la plus usitée, c’est peut-être parce qu’elle est appréhendée dans une acception désormais très élargie du terme « sport » (mais aussi du terme « nature » !)...

Et parce que finalement, étant courte et simple d’usage dans le langage courant, elle permet d’évoquer et d’appréhender en même temps un large spectre de représentations et de pratiques relatives à cet objet d’étude complexe.

L’avenir nous dira si elle fait disparaître les autres expressions...

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Gaspard

Ancien étudiant de STAPS et passionné de Coaching Sportif. Je mets mes cours de sport à votre disposition. N'hésitez pas à me poser des questions en commentaire !

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