Lorsque l'on parle de perception visuelle en sport, on cherche à déterminer quelles sont les caractéristiques de la perception efficace en sport.

Opérons donc une comparaison "Expert/Novice".

Les experts ont-ils développé une supériorité spécifique à leur sport ou ont-ils développé des aptitudes perceptives générales ?

Le rôle des aptitudes perceptives dans l’expertise

Pendant longtemps, nous avons pensé que les athlètes experts avaient acquis des aptitudes que n'ont pas les novices.

Les aptitudes sont des traits stables que l’on considère comme innés ou acquis très tôt. Elles concernent la Supériorité du fonctionnement du SNC indépendamment du type de tâche à réaliser pour les experts.

Si l’efficacité perceptive dépend des aptitudes, alors les experts devraient être supérieurs aux novices dans des tâches perceptives non spécifiques au sport pratiqué.

Expérience de Starkes (1987)

Les experts doivent-ils leurs supériorités à de plus grandes aptitudes ?

Prenons 3 groupes (de 23 sujets) :

  • Groupe de hockeyeur (10 ans de pratique)
  • Groupe intermédiaire (3 ans)
  • Groupe novice (6mois)

3 tests d’aptitudes

Le but : déterminer si les tests d’aptitude permettent de discriminer les athlètes en fonction de leur niveau d’expertise.

  1. Acuité visuelle dynamique : capacité à détecter un détail d’un objet en mouvement

Une barre en rotation devant le sujet de droite vers la gauche à différentes vitesses présente des cercles avec des ouvertures à différents endroits à droite, à gauche, en haut et en bas.

  1. Temps de réaction visuel simple

Mesure de la vitesse de codage et de transmission de l’influx nerveux en réaction à un stimulus visuel unique.

  1. Test d’anticipation coïncidence

On évalue dans ce test la capacité du système d’apprécier la vitesse d’un stimulus en déplacement. Il faut relâcher un bouton quand le cercle arrive dans le carré.

Mesure de l’erreur : différence de temps entre l’arrivée du stimulus et la pression sur le bouton

  • Résultats des 3 tests :
  1. La performance des 3 groupes ne sont pas différentes dans le test d’acuité visuelle
  2. Les experts sont plus lents que les 2 autres groupes au TR simple
  3. Les experts ont une erreur plus faible en anticipation - coïncidence

Supériorité des experts : capacités à utiliser les connaissances dont ils disposent en temps réel et en mémoire dans des tâches avec lesquelles ils sont familiers.

Conclusion

Les tests non spécifiques ne peuvent pas être utilisés par les experts et les novices dans une activité sportive.

Pour discriminer les experts et les novices, il est nécessaire de disposer des situations tests où les sujets doivent utiliser des connaissances spécifiques acquises au cours de leur pratique.

Ainsi nous arrivons à discriminer les experts des novices dans ce type de tâches. Nous pouvons affirmer que les différences sont biens attribuables en partie, au traitement des connaissances et donc aux processus cognitifs.

Le rôle des processus cognitifs dans l’expertise

Comment anticiper les mouvements d'un ballon ? Les novices perçoivent-ils un environnement sportif comme les experts ?

Les bases de connaissance

Base de connaissance : il s'agit d'un ensemble de connaissance structurées et reliées entre elles, stockées en mémoire et que le sujet peut utiliser pour interpréter une situation.

La supériorité des experts peut être attribuée aux processus cognitifs et plus spécifiquement aux bases de connaissances mieux structurées et plus complètes.

Ces connaissances permettent de mettre en relation :

  • Un but ou un ensemble de buts stockés en mémoire
  • Une action possible pour atteindre ce but ; stockage en mémoire de la relation moyen-but
  • Des conditions qui déterminent le choix des buts et des actions, stockages des conditions (si… alors…)

Épreuves de simulation

Épreuves qui consistent en la reproduction artificielle et simplifiée de la situation réelle.

Permet de :

  • De contrôler certaines variables (le type d’informations, le temps accordé pour répondre…)
  • De répéter la même situation plusieurs fois
  • De manipuler le type d’information présentée
  • De simplifier la mesure des comportements en éliminant ou en limitant la composante motrice
  • Faire un compromis entre la situation réelle et le contrôle des variables
  • Utilisée pour étudier les opérations psychologiques qui permettent au sujet de comprendre la situation qui sous tendent la pensée tactique.

Épreuve de détection d'un indice spécifique

Elle consiste à détecter dans un temps réduit (10 à 100 ms) un indice préalablement défini par l’expérimentateur.

Expérience d’Allan et Starkes (1980)

Les sujets doivent détecter la présence du ballon sur une diapositive (600ms)

Variables indépendantes :

  • Situation spécifique de jeu
  • Non spécifiques (temps mort, terrain sans joueur)

Variable dépendante :

  • Temps de réponse vocal du sujet
  • Nombre de bonnes réponses

Résultats :

  • Les experts détectent plus rapidement les indices sans faire plus d’erreurs
  • Possibilités d’identifier l’information le plus rapidement détectée

Épreuve de mémorisation à court terme

Restitution d’une situation préalablement présentée pendant un temps donné.

Il ne s’agit pas de faire simplement une photographie, les sujets mémorisent les éléments d’une situation. Mais nécessitent l’utilisation des connaissances pour la restituer plus facilement.

Expérience de Ripoll (1979)

Situation de basket présentée 5 secondes sous forme de film

3 groupes :

  • Experts,
  • Intermédiaires,
  • Non experts

Trois types d’info à mémoriser :

  1. (VD) Position joueur,
  2. Trajet balle,
  3. Déplacement des joueurs

Résultats :

  • Le taux de rappel dépend du niveau d’expertise.
  • Certaines informations sont mieux rappelées que d’autres.
  • Les non experts s’intéressent très peu aux déplacements des joueurs.
  • Les experts ont une meilleure mémorisation à court terme.

Expérience de Starkes (1987)

Test cognitif : rappel de situations structurées (situation de jeu classique) et non structurées (situation que l’on ne retrouve pas en jeu) dans le jeu de Hockey sur glace pour experts et novices.

20 diapositives de chaque situation – 8 sec/diapo

Les sujets doivent reconstituer les situations sur un tableau sans limite de temps.

Résultats :

  • Les experts ont des connaissances spécifiques.
  • Ils savent quoi regarder.
  • Supériorité dans la structuration des connaissances utilisables pour interpréter la situation.

Épreuve de décision tactique

Épreuves à choix forcé ou à choix libre :

Choix forcé : indiquer la nature de l’événement à venir = passe, shoot, dribble.

Choix libre : nous présentons un film, on l’arrête à un instant précis. Le sujet ne dispose que d’informations partielles sur l’évolution de la situation. Il doit anticiper la situation future en utilisant ses connaissances.

Expérience de Starkes (87)

Zone où envoyer le palet :

  • centre,
  • droite,
  • gauche,
  • haut et bas.

3 groupes :

  1. Experts,
  2. Intermédiaires,
  3. Novices

Film présenté 60 fois :

  • Arrêté 150ms avant la frappe du palet
  • Arrêté 50ms après la frappe

Variable dépendante : % de prédictions correctes

Résultats :

Les experts sont toujours meilleurs que les 2 autres groupes, quelle que soit la condition.

Conclusion :

La grande différence entre experts et novices ? La capacité d’utiliser les connaissances acquises pour prédire l’évolution des situations de jeu lorsque l’information dont disposent les joueurs est incomplète.

Les experts présentent donc des connaissances spécifiques dans l’activité motrice qu’ils pratiquent.

Experts et novices se distinguent-ils dans le type d’informations perceptives qu’ils prélèvent dans l’environnement de leur tâche spécifique ?

Analyse des informations utilisées dans la situation

Qu'est-ce que la perception dans le sport ? Certains voient un terrain de sport comme ceci !

Les méthodes d’occultation temporelle

On filme des joueurs en situation de jeu puis on masque certaines parties de l’image pour diminuer l’information lors du visionnage par les sujets

Expérience d’Abernethy et Russel (1987)

  • Occultation temporelle : arrêt du film avant la frappe -167, -83, 0, +83, +167ms
  • Occultation informationnelle : Masquer certaines parties de l’image afin de diminuer l’info disponible. Raquette + bras, raquette, tête, jambes, et info de l’environnement
  • Prédire où va tomber le volant (direction et distance)
  • Prédire le type de coup qui sera effectué

Résultats :

Occultation temporelle :

  • Différence entre experts et novices à partie de la condition -83ms.
  • Les experts sont meilleurs que les novices sauf lorsqu’on coupe l’image trop tôt. (Seuil temporel)
  • Les experts sont capables de détecter et d’anticiper le mouvement de l’adversaire plus tôt. Ils ont plus de temps par la suite pour exécuter l’action adéquate.

Occultation informationnelle :

  • Performance des experts toujours meilleurs que celle des novices
  • Donc l’information cachée joue un rôle dans la perception
  • Avec moins d’info les experts prédisent mieux que les novices l’action du joueur adverse. Donc variations dans le type d’informations utilisées par l’expert et le novice.

Il a été montré que pour les experts c’est la vision du bras qui semble la + importante.

Les novices prennent des infos générales donc pas très ciblées.

Les procédures d’enregistrement du regard

Les procédures d’enregistrement du regard permettent d’avoir une idée plus précise des zones informationnelles utilisées par les sujets pour analyser la situation. Correspondance champs visuel et mouvement des yeux.

utilisons un oculométre.

Abernethy et Russell (87) : fixation visuelle en badminton

  • Découpage en zones
  • % de fixation sur chaque zone
  • Durée de fixations
  • Ordres de fixations

Résultats :

  • Dans 1 premier temps les experts et novices cherchent des infos au niveau du tronc, tête et du complexe "bras + raquette".
  • Les experts accordent plus d’importance au complexe bras + raquette que les novices.
  • Les sujets commencent à regarder les jambes, puis la raquette : informations globales puis informations du détail.
  • La trajectoire du volant est rarement utilisée dans sa partie finale donc pour les experts les infos prélevées plus tôt au niveau de la raquette leur permettent de prédire la trajectoire.
  • Même zones explorées par les novices et les experts.
  • Différence dans la capacité d’extraire rapidement des informations.

Le Patron de recherche est assez similaire entre experts et novices, même si experts prélèvent toujours plus d’infos sur la raquette. Les experts ont la capacité d’extraire rapidement des infos pertinentes des zones qu’ils regardent.

Les procédures comprenant une composante motrice

Expérience d’Helsen et Pauwels (1993)

2 groupes de footballeurs confrontés à des situations tactiques filmées (tirs, pénalties, situation de hors jeu, de dribble, de passes) : Experts et Novices

  • Au signal auditif, prendre une décision tactique et frapper la balle en direction de l’écran.
  • Réagir le plus vite possible.
  • Mesure du temps de réaction et de la justesse de la réponse en fonction de la situation, temps de l’action et Stratégie visuelle (=VD)

Résultats :

  • Experts plus rapides et plus précis que les novices
  • Experts et novices regardent la même chose
  • Experts font une meilleure interprétation des infos prélevées

Donc :

  • Même différence experts-novices avec ou sans la contrainte motrice
  • Utilité des analyses de stratégies visuelles sans composantes motrice
  • Rôle de connaissances spécifiques structurées pour la compréhension des situations.

Peut-on apprendre à voir ? L'apprentissage perceptif

Demander aux novices de fixer leur attention sur les mêmes indices que les experts

« Fais ce que l’expert fait, c’est lui qui a raison, tu vas progresser »

Une solution incorrecte car les experts et novices n’interprètent pas de la même façon (puisque les connaissances sous-jacentes ne sont pas les mêmes)

Donc les stratégies de prélèvement et l’utilisation de l’information évoluent avec l’apprentissage.

Prenons donc l'étude de Papin : enregistrement du regard d’enfants qui apprennent l’escrime

Résultats :

  • Le débutant regarde en priorité le plastron
  • Au fur et à mesure de l’apprentissage, les experts regardent de plus en plus au niveau de la main
  • Chez les experts, la main et l’avant bras sont le plus regardés.

Donc :

  • Avec l’apprentissage, l’importance accordée aux différentes zones du corps de l’adversaire évolue
  • L’apprentissage moteur se traduit par un apprentissage perceptif.

Qu'est-ce qu'un expert ?

En 1993, Abernethy a proposé une synthèse des caractéristiques de l’expert sportif :

  • L’expertise est spécifique à la tâche
  • L’expertise ne peut pas être mesurée par des tests non spécifiques
  • L’expertise est très sensible au contexte (effet de spécificité)
  • Les experts sont plus rapides pour détecter et localiser les informations pertinentes de leur domaine d’expertise
  • Les experts ont des connaissances supérieures aux débutants ce qui leur permet de prélever des indices très tôt dans la situation et d’anticiper l’action à produire
  • Les experts utilisent plus rapidement les connaissances parce qu’ils ont automatisé les procédures de traitement
  • Les experts recueillent les informations dans le but de planifier leurs actions plusieurs coups à l’avance alors que le débutant fonctionne action par action

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Gaspard

Ancien étudiant de STAPS et passionné de Coaching Sportif. Je mets mes cours de sport à votre disposition. N'hésitez pas à me poser des questions en commentaire !

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