Qu'est-ce que le permafrost ?

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Le permafrost (ou pergélisol), ce sol perpétuellement
gelé des régions arctiques, recouvre actuellement un quart des terres de
l'hémisphère Nord, soit une surface d'environ 10,5 millions de km2. Un
territoire grand comme l'Europe, qui est aujourd'hui menacé par le
réchauffement de la planète dû notamment aux rejets par l'homme de gaz à effet
de serre dans l'atmosphère. Ces sols, à en croire David Lawrence et Andrew
Slater du National Center for Atmospheric Research (NCAR, Boulder, Etats-Unis),
pourraient en effet connaître, d'ici à la fin du siècle, une fonte dramatique
sur leurs 3 premiers mètres d'épaisseur.

Les risques

Dans le pire des scénarios, si les rejets de CO2
atteignent d'ici cent ans, avec l'apport des pays en voie de développement, un
niveau de 810 parties par million (ppm) de gaz carbonique dans l'atmosphère,
contre 350 aujourd'hui, la superficie du permafrost pourrait, en 2050, ne plus
occuper que 2,5 millions de km2 et, en 2100, 1 million de km2. Avec des
émissions de CO2 plus maîtrisées (550 ppm), le permafrost resterait présent sur
encore 3,75 millions de km2 à la fin du siècle, affirment les chercheurs dans
l'édition du 17 décembre 2005 des Geophysical Research Letters.

Affaiblissement

Le permafrost, qui existe dans les régions où la
température moyenne est de 0°C, est constitué d'un ensemble de terre, de
déchets végétaux et de glace. Il peut atteindre par endroits plusieurs
centaines de mètres d'épaisseur et comprend une surface active, épaisse de
quelques centimètres à plusieurs mètres, qui fond durant l'été et regèle en
hiver. C'est cette partie exposée et fragile qui est aujourd'hui sensible au
réchauffement climatique.

Au-dessous commence le royaume du permafrost profond,
qui, lui, ne devrait pas, d'ici à la fin du siècle, être affecté par la montée des
températures, estime David Lawrence. En effet, « il s'agit essentiellement de
permafrost fossile qui a été créé lors des dernières glaciations il y a
quelques milliers d'années », rappelle Gerhard Krinner, chercheur CNRS au
Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement de Grenoble.

L'augmentation des températures depuis les débuts de
l'ère industrielle, plus élevée dans les régions arctiques qu'ailleurs, a déjà
altéré le permafrost dans certaines régions. Ainsi, en Alaska, il a en vingt ans
fondu sur une épaisseur de 2 mètres, constate Vladimir Romanovsky, géologue à
l'université de Fairbanks (Alaska). Un phénomène qui a entraîné des
affaissements du sol et, par voie de conséquence, la déstabilisation de
certaines habitations, le gauchissement des routes et le fléchissement des
arbres.

Le département des transports et l'université d'Alaska
essaient d'enrayer les effets de cette catastrophe en installant sur les
remblais des routes des panneaux qui réfléchissent les rayons du soleil et
empêchent ainsi leur fonte ou en faisant carrément fondre le permafrost pour le
remplacer par un sol stable. Résultat : 1 kilomètre de route, en Alaska, coûte
1,5 million de dollars. Les pipelines sont également sensibles à ces
déformations du sol, ce qui conduit à les équiper d'ancrages profonds ou à
refroidir le permafrost pour qu'il reste en l'état.

Le réchauffement provoquant une perte de cohérence des
sols, on devrait observer des éboulements et des glissements de terrain. Dans
certaines régions montagneuses de la planète, ces conséquences peuvent être
catastrophiques, comme à Kolka-Karmadon, dans le Caucase russe, où, le 20
septembre 2002, 120 personnes ont été tuées par une avalanche de 10 millions de
mètres cubes de roches et de glace. En arctique, des mouvements de « reptation
» des collines, dont le coeur est constitué de glace, constituent aussi un
motif d'inquiétude. Et certains témoignages font état d'installations
industrielles sibériennes qui ont été endommagées par la fonte du permafrost.

David Lawrence et Andrew Slater estiment que cette
fonte pourrait aussi engendrer des perturbations climatiques au niveau mondial.
Selon des estimations certes encore imprécises, le permafrost contiendrait 30 %
ou plus de tout le carbone stocké dans les sols de la planète. Avec la fonte,
il serait alors relâché en grandes quantités dans l'atmosphère et « pourrait
avoir une influence majeure sur le climat », s'inquiète David Lawrence.

Gerhard Krinner, qui modélise également les effets du
réchauffement climatique sur les régions boréales, « n'est pas surpris par les
pronostics des chercheurs américains ». Mais selon lui, « il est très difficile
de dire quelles quantités de CO2 seront relâchées dans l'atmosphère par cette
fonte. Tout dépend des conditions qui règnent dans ces sols qui deviennent
rapidement marécageux. Le permafrost peut, par exemple, se décomposer moins
vite qu'on ne le pense, et plutôt en émettant du méthane ».

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