En Bretagne

Notre si belle Bretagne est de plus en plus victime de marées vertes causées par l'accumulation et la putréfaction d'Algues vertes, des Ulves ou Laitues de mer. La pollution s'étend aussi aux rivières, à certains lacs, ici comme à divers endroits du globe (Canada...). Parfois ce sont des algues bleues ou Cyanobactéries qui pullulent....

L'origine de cette pollution est essentiellement agricole avec la libération directe ou indirecte d'azote minéral NO3- dont sont friandes les algues.....

C'est du moins ce que l'on cite le plus souvent comme cause première et majeure de ces pollutions.
Et pourtant..... On lira le très intéressant article d'un scientifique de l'INRA, Guy BARROUIN dont voici le résumé  et le lien vers l'article complet....

Il implique le phosphore et les phosphates et non l'azote et les nitrates comme facteur limitant à l'origine des marées et sur lequel il faut agir......

Résumé

C'est à partir des substances minérales dissoutes dans l'eau que les algues synthétisent leurs tissus. Du point de vue de la structure, le carbone est le composant principal, après l'hydrogène et l'oxygène. Mais c'est le phosphore qui, en conditions naturelles, est le tout premier nutriment à faire défaut pour assurer la synthèse de nouveaux tissus, avant l'azote et le carbone. Le phosphore est dit " facteur limitant ", notion empruntée à l'agronomie. C'est également le facteur de maitrise puisque c'est en agissant sur lui qu'il est possible d'augmenter ou de réduire les proliférations algales.

En déversant dans le réseau hydrographique des quantités considérables de phosphore, les activités humaines, qu'elles soient domestiques, industrielles ou agricoles, induisent une carence en azote. Cette situation stimule la prolifération de cyanobactéries capables de fixer l'azote moléculaire dont l'atmosphère constitue une réserve quasi inépuisable. Une fois métabolisé cet azote se retrouve dans le milieu aquatique et participe à son fonctionnement au même titre que les apports anthropiques. D'autres espèces cyanobactériennes peuvent se développer en raison de leur aptitude à proliférer dans les conditions d'éclairement réduit qu'entraîne la prolifération des algues, toutes espèces confondues.

Mise en évidence à l'échelle réduite de temps et d'espace propre à l'expérimentation scientifique la carence en azote fait apparaître ce dernier comme facteur limitant, ce qui occulte le fait qu'à l'échelle globale de l'hydrosystème c'est le phosphore qui est le facteur limitant puisque c'est lui qui déclenche la fixation biologique de l'azote.

Outre leurs remarquables facultés d'adaptation, les cyanobactéries ont une taille, une consistance et une toxicité qui empêchent les prédateurs potentiels (zooplancton herbivore) de les consommer. Elles finissent donc par dominer le peuplement algal modifiant le fonctionnement du réseau trophique au point de nuire aux divers usages attendus de l'eau. Le développement de conditions anoxiques dans la masse d'eau entraîne l'élimination de toutes les formes supérieures de la vie, à commencer par les poissons de qualité (salmonidés). A l'interface eau/sédiment l'anoxie entraîne la réduction des composés du fer et le relargage du phosphore qu'ils piégeaient lequel vient s'ajouter aux apports du bassin versant pour intensifier le processus de dégradation. La présence de cyanobactéries pose des problèmes spécifiques en relation avec les toxines qu'elles sécrètent.

Cette implacable évolution en réponse à la pollution par les phosphates se manifeste d'autant plus intensément que le caractère stagnant des eaux est prononcé. Il ne faudrait cependant pas utiliser cette influence primordiale de la stagnation du milieu pour réserver un traitement préférentiel à des zones dites " sensibles ", abandonnant le reste du territoire à une pratique de la déphosphatation à l'économie. En effet, l'extrème solidarité du réseau hydrographique fait que de telles mesures discriminatoires ne peuvent qu'engendrer la généralisation de la dégradation des eaux stagnantes ou ralenties selon un gradient amont/aval, l'aval ultime étant la mer.

Lutter contre le nitrate pour résoudre le problème de l'eutrophisation est une solution à la fois pratiquement impossible car il faudrait rendre l'azote plus limitant que le phosphore au voisinage des concentrations naturelles, celles d'une eau de qualité, écologiquement dangereuse car elle stimule les proliférations cyanobactériennes, techniquement inefficace du fait de la réinjection automatique par les cyanobactéries de l'azote que l'on s'efforce d'éliminer et rationnellement douteuse : ne propose-t'on pas de traquer le nitrate pour lutter contre la pollution par les phosphates ?
Non seulement le nitrate n'est pas la bonne cible mais sa présence contribue à traiter deux conséquences néfastes de la pollution par les phosphates : son azote augmente le rapport N/P et empêche l'apparition des fixatrices d'azote, son oxygène entretient l'oxydation des composés du fer à l'interface eau/sédiment et empêche le relargage du phosphore associé.

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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