La situation en Somalie

20/07/11

« ACF demande que le soutien de la communauté internationale à la région change immédiatement d’échelle»

3,7 millions de personnes sont touchées en Somalie dont : 2,8 millions dans le sud 3,2 millions ont besoin d’aide d’urgence pour les sauver de la mort

Action contre la Faim (ACF), déjà extrêmement active dans ces zones, appelle à une mobilisation immédiate de la communauté internationale. « Le soutien – notamment financier- des bailleurs internationaux comme des particuliers - doit au plus vite changer d’échelle afin de permettre aux acteurs de terrain d’accroître encore plus leur aide aux millions de personnes touchées par cette catastrophe humanitaire » selon Jens Oppermann, Chef de mission d’ACF pour la Somalie.

Dans le contexte particulier de la Somalie, le déploiement massif d’aide humanitaire sur le terrain par des organisations habituées du pays et autorisées à y travailler est la seule solution viable pour aider au mieux les personnes affectées par cette catastrophe majeure. De même une coordination et une coopération rapprochée entre tous les acteurs dans et en dehors du pays est plus que nécessaire.

Le pays est l’épicentre de la crise et connait les taux de malnutrition les plus élevés au monde. Dans certaines régions du sud ils s’élèvent jusqu’à 50%. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes, surtout des enfants, et on attend encore des dizaines de milliers de morts.

ACF a déjà accru ses activités humanitaires en termes de traitement de la malnutrition, de prise en charge médicale, d’amélioration de la sécurité alimentaire des populations et d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène. ACF veut et peut continuer d’accroître sa réponse à cette famine afin d’aider au mieux la population somalienne.

Mais pour cela ACF manque aujourd’hui encore cruellement des fonds nécessaires, notamment pour lancer de larges distributions alimentaires dans le Centre Sud du pays, le plus touché par cette crise.
Dans le même temps que sont menées ces opérations d’urgence, une réponse aux causes sous jacentes de cette crise doit commencer au plus vite, notamment pour faire en sorte que les populations affectées puissent planter et récolter (janvier 2012) lors de la prochaine saison des pluies, reconstituer leur cheptel de bétail – principal source de revenus des familles-, réhabiliter des points d’eau et développer d’autres sources de revenus afin d’êtres moins dépendantes du climat.

Mais cette urgence humanitaire en Somalie est également une crise régionale. La sécheresse affecte toute la Corne de l’Afrique et les mouvements de populations se produisent dans plusieurs pays. Avec plus de 30 ans d’existence, ACF a les capacités et l’expérience sur le terrain pour faire face à ce type de situation. Elle est, par ailleurs, une des rares organisations internationale capable de mener ses activités humanitaires dans des contextes aussi volatiles. Les quelques 500 employés d’ACF déjà actifs au Kenya, en Ethiopie, à Djibouti et en Somalie travaillent en étroite collaboration et augmentent tous leurs activités pour faire face à la situation. Une unité de coordination régionale est en place à Nairobi ainsi qu’une forte mobilisation des 5 sièges de l’association (UK, USA, France, Espagne, Canada).
Par ailleurs, grâce au pré-positionnement de stocks de matériel notamment en France et à Dubaï, des avions chargés de produits nutritionnels thérapeutiques doivent se poser dans la semaine en Somalie.

Selon François Danel, Directeur général d’Action contre la Faim, « Avec cette crise humanitaire - du jamais vu depuis 1992 -, notre vocation et nos principes humanitaires nous enjoignent de multiplier nos efforts et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour sauver un maximum de vies. » Pour rappel, la dernière famine en Somalie en 1992 entraîna la mort de plus de 300 000 personnes.
ACF renouvelle son appel à une mobilisation générale et immédiate afin que les fonds suffisants nécessaires soient débloqués pour faire face à cette urgence.

Somalie : une pays fatigué

La Somalie s’enfonce toujours plus dans une crise humanitaire effroyable. La population des régions centrales et méridionales du pays ne parvient pas à faire face, et la réponse humanitaire n’est pas à la hauteur des besoins immenses du pays. Le CICR est l'une des rares organisations internationales actives dans ces zones.

Une grave sécheresse, avec des précipitations inférieures à la moyenne dans la plupart des régions du sud et du centre de la Somalie depuis la dernière saison des pluies du « deyr » (de septembre à novembre 2010), frappe une population déjà éreintée par des années de conflit armé, les périodes de sécheresse et les crises économiques antérieures.

Des centaines de milliers de personnes déplacées en Somalie sont à la recherche d'un abri et de vivres. Bon nombre vivent dehors ou dans des camps de fortune. Elles représentent une lourde charge pour les communautés d'accueil qui partagent avec elles leurs maigres ressources. La plupart des déplacés n'ont rien à vendre et ne peuvent donc pas acheter de quoi manger. En conséquence, les taux de malnutrition sont généralement encore plus élevés parmi les personnes déplacées qu’au sein de la population.

De plus, cette situation de détresse est encore aggravée par l'absence des organisations humanitaires internationales qui, pour la plupart, ont cessé leurs activités dans le sud de la Somalie depuis le début 2009 en raison des contraintes de sécurité et des restrictions imposées par les autorités locales.

Le conflit armé en cours, qui s’est encore intensifié avec une nouvelle offensive au début de l'année, principalement à Mogadiscio et le long des frontières kenyane et éthiopienne, empêche de nombreux déplacés de rentrer dans leur région d'origine. Des milliers de déplacés franchissent les frontières chaque semaine.

« La situation actuelle est l’aboutissement d'une crise de longue date qui a poussé les Somaliens au bout de leurs forces », a déclaré Olivier Humbert-Droz, chef adjoint de la délégation du CICR pour la Somalie. Sans aucune aide, la situation devrait encore s’aggraver dans les semaines à venir.»

Le bétail est durement touché par le manque de pâturages et d'eau, en particulier dans les régions méridionales et centrales. De nombreux animaux, notamment des bovins, ont péri. Ceux qui survivent ne sont pas capables de se reproduire et n'ont donc pas de lait, ce qui a un impact très négatif sur la nutrition des enfants, pour lesquels le lait animal est l’une des sources de protéines les plus importantes. En outre, les animaux qui survivent sont en mauvaise santé aussi leur prix est-il très bas sur le marché. Les éleveurs ont besoin de céréales, mais n’ayant que du bétail à vendre, le bas prix de leur cheptel combiné à la crise alimentaire mondiale, qui a fait grimper les prix des céréales, est un double coup dur pour eux.

Les éleveurs qui ont encore quelques animaux migrent vers les régions bordées par des cours d’eau à la recherche de pâturages et d'eau ; ceux qui ont pas de bétail migrent, soit vers les camps de réfugiés à travers les frontières kenyane et éthiopienne, soit vers les villes où ils rejoignent d'autres personnes déplacées à la recherche de travail.

Lutte contre la malnutrition

On observe des taux alarmants de malnutrition dans les programmes d'alimentation thérapeutique ambulatoires soutenus par le CICR dans le centre et le sud de la Somalie. Des taux élevés de malnutrition modérée et sévère ont été signalés chez les enfants de moins de cinq ans dans les régions côtières du centre de la Somalie, dans le Moyen et le Bas Juba et à Gedo. Les admissions aux programmes d'alimentation thérapeutique ambulatoires, gérés par le Croissant-Rouge de Somalie, ont doublé depuis mars. Dans la région de Bay, près de 11 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë sévère (MAS). Dans le district de Tieglow (région de Bakoool), le nombre d'enfants traités dans les dispensaires de santé maternelle et infantile a augmenté de manière spectaculaire, le taux de malnutrition aiguë sévère étant passé de 16 à plus de 30 % entre mars et avril.

La récolte « gu », prévue en août, devrait être inférieure à la moyenne, et concentrée dans les zones le long des deux rivières, Shabelle et Juba, où l'irrigation est possible. Malheureusement, la récolte ne sera probablement pas importante dans les zones d'agriculture pluviale.

Face à cette crise, le CICR et le Croissant-Rouge de Somalie renforcent dans un premier temps leurs programmes d'alimentation thérapeutique ambulatoires dans les dispensaires gérés par le Croissant-Rouge de Somalie dans le sud du pays. Dix nouveaux centres de nutrition seront ouverts à Bakool, Gedo et dans le corridor d'Afgoye. Des équipes mobiles supplémentaires, composées de personnel infirmier et de spécialistes de la nutrition, visiteront les personnes dans les zones les plus touchées. De plus, un nouveau programme d'alimentation, en sus de l’alimentation thérapeutique régulière, est mis en place pour les enfants de moins de cinq ans atteints de malnutrition et d’autres groupes vulnérables, notamment les femmes qui sont enceintes ou qui allaitent. Quelque 36 000 personnes bénéficieront de ces mesures.

Dès que possible, le CICR, en commun avec le Croissant-Rouge de Somalie, complétera le programme d'alimentation par des distributions alimentaires ciblées.

« Il y a lieu de souligner que la réponse du CICR, du Croissant-Rouge de Somalie et des quelques autres organisations encore présentes dans ces régions ne suffira pas à couvrir tous les besoins », a déclaré M. Humbert-Droz. « Pour soulager la population somalienne en proie à une situation désespérée, des efforts concertés de la communauté humanitaire s’imposent. »

Depuis avril, le CICR a distribué des vivres et des secours d'urgence à plus de 300 000 personnes dans toute la Somalie et facilité l’accès à l’eau potable de 400 000 personnes.

Faciliter l’accès à l’eau et aux vivres

Le CICR a maintenu son soutien à long terme pour les 18 programmes d'alimentation thérapeutique ambulatoires gérés par le Croissant-Rouge de Somalie à Galgadud, Mogadiscio, Bay et dans le Bas Juba, et pour trois programmes mobiles dans la région du Moyen Juba. Près de 5 000 enfants sont actuellement soignés pour malnutrition aiguë sévère.

Au cours des trois derniers mois, le CICR a distribué des rations alimentaires pour deux mois à plus de 39 000 personnes touchées par le conflit en cours dans la région de Sool et à Burhoodle, et un mois de rations à plus de 4 000 personnes dans le district d'Eyl au Puntland. En outre, il a distribué des articles ménagers essentiels à plus de 240 000 personnes nouvellement déplacées par le conflit ou la sécheresse dans les régions centrales (Mudug, Galmudug) et les régions méridionales (Bandir, Bay, Bakool, Moyen et Bas Juba).

D'avril à juin, le CICR a distribué des semences en prévision de la saison de plantation « gu » à 15 500 agriculteurs et agriculteurs-éleveurs dans le sud et le centre de la Somalie. Quelque 6 000 d'entre eux ont également reçu d'autres intrants agricoles, et bénéficié de services de labourage, et de l'utilisation de 134 pompes d'irrigation pour accroître la production alimentaire. Plus de 3 000 personnes participent à 33 projets « argent contre travail » afin de moderniser les canaux d'irrigation le long de la rivière Juba, tandis que la consolidation des digues fluviales, qui devrait permettre d'éviter l'inondation des terres agricoles et une perte de production alimentaire, bénéficiera à 42 000 personnes. En outre, des équipements de pêche ont été distribués à 6 000 personnes qui tirent leurs moyens de subsistance de la pêche.

Entre avril et juin, des opérations urgentes de transport d’eau par camion ont approvisionné en eau potable 350 000 personnes dans le centre et le sud de la Somalie. Le CICR a aussi achevé ses travaux sur les forages, les captages d'eau et autres dispositifs d’adduction d’eau (au total 13 projets), approvisionnant en eau quelque 50 000 personnes en Somalie

Soins de santé

D’avril à juin, le CICR a fourni du matériel médical et chirurgical aux hôpitaux de Keysaney et Medina, les deux établissements de Mogadiscio spécialisés dans la prise en charge des blessés de guerre. Parmi les plus de 1 200 blessés admis dans ces hôpitaux au cours de cette période, 40 % étaient des femmes ou des enfants.

Durant la même période, le CICR a fourni du matériel de pansement et d'autres fournitures pour le traitement des blessés de guerre pour les hôpitaux dans le nord de la Somalie après les affrontements qui ont sévi dans le Sool et la violence entre clans à Hargeisa et Gaalkacyo. Le CICR a également apporté un soutien aux structures médicales dans le sud de la Somalie, notamment à l’hôpital de Kismaayo qui a traité les victimes de l'offensive lancée plus tôt cette année. Plus de deux tonnes de matériel de pansement et autres secours médicaux ont été livrées à des structures médicales de part et d’autre des lignes de front.

Le CICR a poursuivi son soutien à 39 dispensaires du Croissant-Rouge de Somalie dans les régions méridionales et centrales du pays afin de s'assurer que la population a accès à des soins de santé essentiels et à des médicaments de qualité. Entre avril et juin, ces structures ont effectué plus de 160 000 consultations entre avril et juin, reçu des équipements et leur personnel a bénéficié d’une formation.

Entre avril et juin, environ 16 000 enfants ont été vaccinés contre la polio, la rougeole, la diphtérie et le tétanos dans ces structures du Croissant-Rouge.

Rétablissement des liens familiaux

Le CICR aide les membres des familles dispersées par le conflit en Somalie à rester en contact et à rechercher des proches portés disparus. D’avril à juin, grâce au réseau de volontaires du Croissant-Rouge de Somalie, le CICR a recueilli près de 1 600 messages Croix-Rouge (contenant de brèves nouvelles familiales) et en a distribué plus de 3 500.

Le programme radio BBC-Somalie a diffusé les noms de plus de 1 100 personnes à la recherche de membres de leur famille en Somalie et à l’étranger et a publié près de 11 000 noms sur son site Internet. Cela a permis à 120 personnes de retrouver des proches. En tout, 31 documents de voyage ont été délivrés à des personnes qui n’avaient pas de pièce d’identité afin de leur permettre de rejoindre des membres de leur famille vivant à l’étranger, principalement au Canada et en Autriche.

Promotion du droit international humanitaire

Rappeler aux parties à un conflit armé qu’elles ont l’obligation de protéger les civils est un aspect fondamental des activités menées par le CICR en vue de promouvoir le respect du droit international humanitaire dans le monde entier. L’institution s’emploie également à faire mieux connaître cette branche du droit au sein de la société civile. Pour illustrer les principes du droit international humanitaire en Somalie, il peut se révéler utile de faire référence à la tradition somalienne qui veut que les femmes, les enfants, les blessés et les malades, entre autres, soient protégés contre les attaques (« biri ma gedo »).

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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