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Classes et luttes de classe selon Karl Marx

Karl Marx

  1. Marx n’est pas le premier à avoir théorisé les classes sociales (lien) mais il est le premier à en entreprendre une analyse systématique. Son approche peut-être qualifiée de « matérialiste » puisque selon lui le fondement des classes sociales est économique. Toutes les autres hiérarchies, sociales et politiques, sont subordonnées à cette première hiérarchie économique. Ainsi la bourgeoise détient non seulement les moyens de production mais aussi l’Etat qui assure en retour la défense des intérêts de la classe dominante. Ainsi l’origine de la division sociale se situe dans les « rapports sociaux de production ». Car la division du travail a toujours existé et elle est toujours organisée de façon inégalitaire  aussi bien dans l’acte de production lui-même que dans la répartition des richesses. La conflictualité sociale trouve chez Marx son origine dans cette inégalité.
  2. Si les classes existent « pour soi » (elles sont définies objectivement par la position dans le mode de production), elles existent aussi « en soi », de façon subjective, c'est-à-dire dans la conscience de leurs membres. Ainsi tous les individus partageant des intérêts communs  contre des adversaires ne forment pas pour autant des classes « réelles ». Le passage de la classe virtuelle à la classe réelle dépend deux critères non économiques : l’existence ou la formation d’un lien social et l’auto-organisation du groupe. Dans Le 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte, Marx propose une analyse fine de pourquoi les paysans constituent une classe sociale « en soi » mais non « pour soi » et demeurent à l’état virtuel. Les paysans se caractérisent par une situation socio-économique qui font d’eux une classe mais en l’absence de « communauté » et de « tout organisation politique ».
  3. Il est important de rappeler que l’analyse marxienne des classes est une analyse relationnelle puisqu’une classe sociale se définit toujours dans un rapport conflictuel avec une autre. Ainsi l’affirmation de la bourgeoisie comme groupe social prétendant à l’hégémonie conditionne la formation et l’affirmation de la classe ouvrière. Pourtant même si Marx reste attentif à la pluralité des groupes sociaux, il considère in fine que les groupes intermédiaires entre la bourgeoisie et le prolétariat sont condamner à décliner et à « choisir leur camp » lord d’un conflit final opposant inéluctablement les deux classes antagonistes. Il y a donc bien une polarisation du conflit.

Les prolongements de la pensée marxiste :

  1. Même si Marx n’a pas pu achever le chapitre qu’il voulait consacrer dans Le capital aux classes social (voir sa biographie), d’autres auteurs ont essayé de reconstituer ce chapitre théorique à partir de ses précédents écrits. C’est  ainsi que Lénine (1870-1924) apporte une définition marxiste de la classe sociale en insistant sur la place qu’occupent les individus dans les rapports de production car ils jouent, selon lui, un rôle fondamental dans la relation d’exploitation qui oppose la classe dominante et la classe dominée : « On appelle classes, de vastes groupes d'hommes qui se distinguent par la place qu'ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale, par leur rapport (la plupart du temps fixé et consacré par les lois) vis-à-vis des moyens de production, par leur rôle dans l'organisation sociale du travail, donc, par les modes d'obtention et l'importance de la part de richesses sociales dont ils disposent. Les classes sont des groupes d'hommes dont l'un peut s'approprier le travail de l'autre, à cause de la place différente qu'il occupe dans une structure déterminée, l'économie sociale ». (Lénine, La grande initiative).
  2. Lénine reprend ainsi l’essentiel des thèses de Marx relatives aux classes sociales mais s’en distingue sur un point : ce n’est pas la situation objective des prolétaires qui fonde sa conscience de classe, mais c’est l’action politique (encadrement, éducation, etc.) de l’élite révolutionnaire, c'est-à-dire la fraction la plus politisée de la classe ouvrière. La pensée de Lénine relève ainsi davantage d’une pensée de l’action politique que d’une stricte analyse sociologique, même si Marx se situait lui-même dans un entre-deux. L’œuvre et la pensée de Marx ont ainsi fait l’objet de nombreux usages politiques dont le meilleur exemple est le modèle de l’Union des Républiques Sociales Soviétiques (U.R.S.S) ainsi que la diffusion de Partis communistes en Occident après la seconde guerre mondiale.
  3. Pourtant au-delà de ces usages militants et politiques, la réflexion marxiste va inspirer de nombreux auteurs. Ralf Dahrendorf, sociologue, philosophe puis homme politique d’origine germano-britannique, fait partie de ceux ayant tenté de revisiter l’héritage marxiste d’une manière critique. Dans Classes et conflits de classe dans la société industrielle (1972), il définit la clase sociale comme « toute collectivité organisée ou non, d’individus partageant des intérêts manifestes ou latents qui découlent de la structure des associations régies par l’autorité que les classes sociales sont toujours des groupes de conflit ». On retrouve chez Dahrendorf trois idées marxistes : le conflit est au cœur du changement social ; les conflits sociaux s’orientent selon une structure bipolaire qui voient s’affronter deux groupes et seulement deux ; l’aspect matérialiste (et non pas idéologique ou axiologique, c’est à dire au niveau des valeurs) demeure l’enjeu premier du conflit.
  4. Dahrendorf s’écarte néanmoins de la tradition marxiste sur quatre points centraux :
  • Il n’y a, contrairement à Marx, pas pour lui de dépassement du conflit social. L’idée d’un effondrement de l’économie capitaliste est à ses yeux une « idéologie erronée d’un point de vue sociologique »
  • Dahrendorf reproche à Marx de rester trop centré sur les luttes de classe comme seul fondement des conflits sociaux : « L’analyse sociale en termes de classe ne constitue en aucun cas le sésame-ouvre-toi des problèmes du changement social » (p.131). Il y a selon Dahrendorf une pluralité de conflits. Il n’existe dès lors plus de conflit social « structurant » mais une dispersion de la conflictualité dans l’ensemble du corps social.
  • Ensuite les conflits ne débouchent pas nécessairement selon Dahrendorf sur une rupture révolutionnaire mais au contraire sur des transformations progressives.
  • Enfin Dahrendorf souligne le contexte particulier dans lequel Marx a été amené à penser la notion de classe, c'est-à-dire à un moment où la propriété des moyens de production constituait un enjeu fondamental. Or, les évolutions socio-économiques des Trente glorieuses ont œuvré dans le sens d’une disjonction croissante entre possession et contrôle des moyens de production. C’est par exemple ce qu’a mis en évidence J.K Galbraith au sujet de la technostructure.

Bien que s’inspirant d’un schéma marxiste de lutte des classes, Dahrendorf s’inspire également de la pensée de Max Weber en accordant une place centrale à la notion d’autorité. Les conflits sociaux sont selon lui des luttes pour la répartition de l’autorité entre différents instances et dont la propriété des moyens de production ne constitue que l’un des enjeux possibles : « Les classes ne sont liées ni à la propriété privée, ni à l’industrie, ni aux structures économiques en général mais en tant qu’éléments de la structure sociale et facteurs produisant le changement, elles sont aussi universelles que leurs déterminants, à savoir l’autorité et sa distribution spécifique »

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Olivier

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