Quelles étaient les idées de Keynes ?

Critique de la représentation classique du taux d’intérêt

Pour les économistes classiques (Adam Smith, Ricardo, Malthus, etc.), le taux d'intérêt est le prix d'équilibre sur le marché des fonds prétables. Il doit permettre l’égalisation entre l’offre de fonds prétables (l’épargne) et la demande de fonds prêtables (l’investissement). Selon eux, il s'agit d'un marché de concurrence parfaite : le marché des capitaux, lequel n’a pas de spécificité particulière. Keynes s'oppose à cette théorie. Pour lui, le taux d’intérêt représente autre chose, et il n’existe pas, à proprement parler, de marché des capitaux. De plus, le niveau de l’investissement ne dépend pas exclusivement du taux d’intérêt. Celui-ci représente le prix de la monnaie et, plus précisément, le prix de la renonciation à la liquidité : c’est une variable monétaire.

Les agents économiques conservent une part de leur revenu sous forme d’encaisses liquides pour faire face aux aléas et à des dépenses imprévues. Ce motif est source de limitation de la demande et en conséquence de la croissance. Le motif de transaction et le motif de précaution sont fortement liés au niveau du revenu global et sont croissants avec le revenu. Mais le motif le plus important dans l’analyse de la demande de monnaie keynésienne est celui de "spéculation". Pour Keynes, ce mot n'a pas le sens actuel. Il s'appliquait aux revenus des actifs financiers plus qu'aux perspectives de plus values sur les prix de ces actifs. Dans cette optique, le profit dit spéculatif se fait sur le taux d’intérêt, qui est alors le prix de la renonciation à la liquidité pour un motif de "spéculation".

L'épargne sous forme de monnaie. Même si, ce faisant, ils perdent le revenu de toute la période d'attente. Cette thésaurisation se fait au détriment de la consommation. Le même raisonnement s'applique à tout investissement, même industriel, basé sur la demande des consommateurs. Pour les classiques, la monnaie ne peut pas être « thésaurisée ». Le terme de thésaurisation renvoie à un comportement passif, voire irrationnel de conservation de la monnaie juste pour le plaisir. Pour eux, il est irrationnel de faire chômer la valeur de l’argent, l’épargne doit toujours être nécessairement immédiatement investie et donc servir à la formation de capital. Dans le cadre de la théorie de Keynes, le terme de thésaurisation est donc impropre. Dans la pratique actuelle, les détenteurs de liquidités tendent à les orienter en cas de baisse des taux vers des placements financiers (actifs cotés sur les marchés) plus que l'épargne monétaire classique (placements dits "de taux" à vue ou courte durée). Cela au détriment parfois de la consommation, contrairement à ce qu'envisageait Keynes.

banque centrale, indépendante ou non de l'État. De façon discrétionnaire, celle-ci ajuste indirectement (à l'aide de ses propres taux d'intérêts, et divers autres interventions techniques et réglementaires) le montant de la masse monétaire en circulation dans l’économie. Inversement, cette manipulation qui aboutit à restreindre ou accroître l’offre de monnaie permet agit à son tour sur la gamme des divers taux d’intérêt (crédit et épargne) qui impactent l'économie. Cette incidence se fait essentiellement sur les taux à court terme, mais aussi dans une certaine mesure sur les taux longs, plus dépendants de l'offre et de la demande du marché financier (voir courbe des taux). L’offre de monnaie est donc un instrument de politique économique. Par exemple, une plus grande offre de monnaie a pour but d’assécher la soif des agents en matière de liquidités (si cette soif est réelle, "on ne peut faire boire un âne qui n'a pas soif") et de faire baisser les taux d’intérêt pour relancer l’investissement, accroître le revenu, voire faire monter les prix (inflation, bulle...). Dans la théorie keynésienne, le taux d’intérêt ne représente pas le prix de l’épargne (sur le marché des fonds prêtables), mais plus le prix de la renonciation à la liquidité. L’idée à l’origine de cette théorie est que, pour un certain état de l’économie, les agents ont une certaine soif de liquidité et la banque centrale doit plus ou moins la satisfaire en fonction de son objectif sur les taux d’intérêt. Cependant, il existe une limite forte : la trappe à liquidité. Passé le seuil de cette trappe, les politiques monétaires deviennent inefficaces : le taux d’intérêt est déjà tellement bas qu’en injectant de la monnaie dans l’économie l’État ne crée pas de surcroît de revenu. Toute augmentation de l’offre de monnaie entrainerait systématiquement une augmentation du désir de liquidité, même si les agents n'en ont pas l'emploi ou si l'offre de biens et services ne peut pas l'absorber. À un certain niveau de taux d’intérêt particulièrement bas, la préférence pour la liquidité deviendrait absolue. La théorie n'indique pas où se situerait ce niveau d'attractivité absolue. De toute façon, mathématiquement on ne peut pas faire baisser les intérêts nominaux en dessous de zéro, mais cela est parfois possible (en période d'hyperinflation par exemple) pour

krach survient sur le marché boursier, le climat général des affaires devient mauvais et les agents augmentent leur demande de monnaie de spéculation, ce qui faut augmenter le taux d’intérêt. On constate en effet, en parallèle du krach sur le marché action, une détérioration de la confiance sur le marché obligataire. De plus, les agents anticipent que l’État va devoir accroître ses dépenses pour surmonter le krach, et donc émettre de nouveaux bons à des taux d’intérêt plus élevés. L’ensemble de ces mécanismes conduit effectivement à une hausse des taux d’intérêt. Ainsi, pour Keynes, il convient, autant que faire ce peut, de limiter le pouvoir de la finance et des marchés financiers. Le pouvoir des marchés se traduit par une domination de la logique de spéculation de court terme sur une logique d’entreprise et d’investissement de long terme. La solution immédiate consisterait en une réglementation plus poussée des marchés financiers ainsi que des marchés des changes pour éviter une spéculation sur les monnaies. La taxation des capitaux, le contrôle administratif des mouvements de capitaux pourraient ainsi réduire leur volatilité. Or, depuis le début des années 80, on constate un vaste mouvement de libéralisation et de déréglementation des systèmes financiers qui vont à l’encontre des prescriptions keynésiennes et développent l’instabilité de l’économie. Arrow et Debreu. Pour les économistes qui adhérent à la théorie néoclassique, le modèle de concurrence parfaite constitue un idéal, un optimum, mais il est impossible à atteindre à cause d’imperfections. Ainsi, pour la majorité des néoclassiques, il s’agit de raisonner en terme d’imperfections que l’État doit servir à corriger. Mais à l’intérieur même de la théorie néoclassique, certains, les libéraux refusent toute intervention de l’État et pensent que le marché laisser à lui-même est autosuffisant. D’autres, les néo-keynésiens, sont favorables à l’intervention de l’État pour aider à la réalisation du programme du marché. Les néo-keynésiens ne discutent pas l’idéal que constitue la concurrence parfaite, mais, à l’inverse des libéraux, ils pensent que les imperfections du modèle ne seront pas réduites par une diminution de la sphère publique. En effet, ils considèrent que ce n’est pas forcément l’État qui est à l’origine de ces imperfections. Il faut donc que l’État intervienne pour contrecarrer les conséquences de ces imperfections comme le chômage ou la constitution de monopoles naturels. Or, ce n’est en effet pas n’importe quelle intervention publique qui découle de cette vision : l’objectif des néo-keynésiens est de réaliser le programme du marché par l’intervention publique. Malgré tout, il s’agit de se rapprocher le plus possible des résultats qui auraient théoriquement été obtenus en situation de concurrence parfaite. Les néo-keynésiens apportent les fondements théoriques et économiques de la doctrine social-libérale dominante aujourd’hui en Europe. Par exemple, sur le marché du travail, pour les libéraux, le chômage est du à l’intervention de l’État ou des syndicats par l’intermédiaire du salaire minimum et d’une négociation toujours plus difficile des salaires. Or, comme le salaire en vigueur est supérieur au salaire de marché, il existe du chômage. Pour eux, il faut donc démanteler les syndicats et annuler le salaire minimum pour rétablir le mécanisme correct du marché. Les néo-keynésiens, qui gardent en tête une dimension sociale de l’économie et la nécessité d’une demande effective suffisante pour les entreprises, pensent, à l’inverse des libéraux, que le rôle de l’État est de prendre en charge une partie du coût du travail. En effet, par l’intermédiaire d’ emplois subventionnés ou de réductions de charges pour les emplois peu qualifiés, le coût du travail finalement supporté par les entreprises doit correspondre au salaire en vigueur sur un virtuel marché du travail. Ainsi, le programme du marché est plus facilement réalisé : le coût supplémentaire entre le salaire minimum et le salaire de marché est compensé par les aides de l’État (aujourd’hui 25 milliards d’euros par an en France). Le seul chômage qui peut subsister est soit du chômage volontaire (les personnes qui préfèrent ne pas travailler parce qu’elles considèrent que le salaire est trop bas), soit du chômage structurel (personnes qui sont entre deux emplois). De plus, certains libéraux considèrent que les minima sociaux (RMI, allocations chômage) encouragent le maintien des personnes dans une situation de non retour à l’emploi. Mais d’autres imperfections du marché peuvent aussi être à l’origine du chômage : les problèmes de circulation de l’information contraignent les entreprises à verser un salaire supérieur au salaire de concurrence parfaite, c’est la théorie du salaire d’efficience. Ainsi, pour les libéraux, les causes du chômage sont largement exogènes au marché (l’État, les syndicats, les problèmes de circulation de l’information, …). Alors que, pour les néo-keynésiens, les causes du chômage peuvent aussi être endogènes : on ne peut pas supprimer toutes les imperfections du marché et les employeurs n’ont, en quelque sorte, par d’autres choix que de verser un salaire supérieur au salaire d’équilibre. Par exemple, pour des raisons d’équité, ils pensent qu’on ne doit pas supprimer le salaire minimum.

Politique de relance pour éradiquer le chômage.

Superprof

Croissance et investissement chez les keynésiens

Mathématiquement, l'investissement engendre un surplus de revenu national supérieur. L'Etat peut se permettre, selon Keynes, de creuser un déficit : l'investissement public engendrant beaucoup de revenu, le "trou" dans les finances de l'Etat se résorbe de lui-même.

Conclusion

Keynes apporte donc une réflexion générale sur le rôle de l'Etat. Critiquant le rôle des marchés, montrant les risques de sous-investissement, il apporte un regard nouveau sur les sciences économiques. Alors que Keynes utilise les mathématiques pour expliquer son raisonnement, il cherche néanmoins à prendre en compte certains déterminants sociaux.  

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !

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franco
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Invité
17 Oct.

je suis heureux pour les differents details apportés dans votre exposé.je suis plutôt fier de vous.cependant j’aurais souhaité avoir de plus ample informations sur le sous-emploiet le plein emploi .