Analyse du discours antique de Platon

         Prologue : Socrate, « un homme dont c’est la maladie d’écouter les discours » (228 b), se laisse entraîner par Phèdre qui lui promet de lui lire le discours que Lysias vient de prononcer dans l’un des grandes maisons d’Athènes. Il est ainsi conduit hors les murs, remontant la rivière de l’Ilissus jusqu’à sa source, jusqu’à un platane qui protège les deux amis de la grande chaleur (il est près de midi). Cette randonnée donne lieu à un long développement sur le crédit qu’il convient d’accorder aux mythes, et à une réflexion sur ce mythe particulier qui raconte l’enlèvement d’Orithye par le dieu Borée (du début jusqu’à 230 e).

L'amour et la beauté

           1- Le discours de Lysias : lu par Phèdre, sur le thème : mieux vaut être aimé de celui qu’on n’aime pas plutôt que de celui qu’on n’aime. On s’épargne ainsi tous les désagréments qui sont attachés à l’amour (230 e- 234 c).

           Lors d’une brève interruption (234 c – 237 a), provoqué par la question de Phèdre (« comment trouves-tu ce discours, Socrate ? », 234 c), Socrate se permet de critiquer le discours que Phèdre proposait pourtant en modèle : « Il dit les mêmes choses deux ou trois fois » (235 a). Mis alors au défi par Phèdre, Socrate se voile alors la face pour rivaliser avec le sophiste : « Je vais parler voilé » (237 a).

           2- Le premier discours de Socrate (237 a – 241 d): critique de la démesure de l’amour et de l’aveuglement de la passion amoureuse. L’amour est un obstacle sur le chemin de la « divine philosophie » (239 b). Cette tirade est entrecoupée par une pause (238 c-d), dans laquelle Socrate témoigne de l’enthousiasme divin qui l’envahit peu à peu (ce qui est certes ironique à l’égard du discours de Lysias qui se fait fort de dominer les passions et de juguler l’enthousiasme).

           3- Premier intermède (241 d – 243 e) : Socrate s’interrompt au beau milieu de son discours : « Et moi qui me figurais que tu n’en étais qu’à la moitié et que tu allais l’équilibrer avec un développement sur celui qui n’aime pas » (241 d) : Socrate n’a en effet envisagé que l’intérêt de celui qui aime (ce serait selon Lysias d’aimer celui qui ne l’aime pas), il n’a pas encore envisagé l’intérêt de celui qui n’aime pas. Socrate pourtant refuse d’aller plus loin. Une purification est nécessaire : les précédents discours ont blasphémé contre l’amour. Palinodie de Socrate, la tête découverte, à la manière de Stésichore, qui dut, par ordre d’Aphrodite, prononcer l’éloge d’Hélène pour avoir impudemment et imprudemment médit de la plus belle des mortelles.

           4- Le second discours de Socrate (243 e – 257 b) : Socrate prononce un éloge poétique et enthousiaste du dieu Eros (dont la ferveur dépasse celle du discours de Diotime, selon laquelle Eros était un démon et non un dieu, comme il est parfois désigné ici). Il serait vain de le résumer ici. Les thèmes traités sont successivement : l’immortalité de l’âme, le mythe de l’attelage ailé, la procession, l’élévation ou la chute des âmes, la réminiscence, la puissance de la beauté et la métamorphose qu’elle provoque dans l’amant (il se sent pousser des ailes), les divers dieux que suivent alors les âmes ainsi ravies dans un lieu supra-terrestre, l’idolâtrie amoureuse (« L’amant ne joue pas la comédie : il voue à l’aimé une dévotion sans borne, comme à un égal d’un dieu », 255 a), enfin le miroir des amants en lequel chacun se reconnaît et se perd dans l’autre. Une péroraison rappelle alors que cet hymne à l’amour (« c’est une sorte d’hymne mythologique, muthikos humnos, que nous avons fait en l’honneur d’Eros », déclare Socrate en 265 c) fut prononcé comme « offrande et expiation » pour purifier l’âme de la souillure du discours de Lysias, qui avait osé blasphémé contre Eros.

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Dialectique et rhétorique

           4- Second intermède (257 b – 259 d) : critique des logographes, dont Lysias est le maître ; le mythe platonicien des cigales. Nouveau paradoxe de ce dialogue : Socrate commence par décider d’envoyer promener les mythes : « khairein, je leur donne bien le bonjour, 230 a », et il ne cesse pourtant d’en inventer de nouveaux, celui  ici des cigales, et plus loin celui, égyptien, de Theuth et de Thamous. Les cigales sont la forme métamorphosée des anciens adorateurs des Muses qui, ne souhaitant vivre que de chants, avaient fini par dépérir et mourir.

           5- La Poétique platonicienne (259 e – 274 b) : dans un premier temps (259 e – 265 c), le dialogue porte sur les règles d’une bonne rhétorique, qui est psychagogie ou art de conduire les âmes. Le discours rhétorique, qui ne vise que la persuasion et méconnaît l’essence de son objet, se laisse entraîner par les similitudes et glissements de sens. Il est l’expression d’une pensée « flottante » (263 b). Dans ce genre, on peut toutefois distinguer entre le style froid de Lysias et le style enflammé, qu’on peut bien dire « sublime » du second discours de Socrate-Stésichore. Dans un second temps (265 c – 266 c), Platon définit ce que doit être la méthode dialectique (c'est-à-dire qui travaille la chair même du langage, à la façon d’un sacrificateur qui dépèce les membres de la victime : 265 e), par analyse et synthèse. Enfin, la dernière partie (266 d – 274 b) est consacrée à la critique des divers procédés de la rhétorique, qui n’est qu’une routine et non une méthode, ainsi que des styles des divers orateurs. Socrate formule alors l’exigence d’une rhétorique philosophique qui reposerait à la fois sur une classification rationnelle des divers genres de discours (271 b), et sur une typologie tout aussi exhaustive des âmes qu’on veut persuader (271 d). On conclut sur l’opposition indépassable de la rhétorique du sophiste, fondée sur la vraisemblance, et de la dialectique du philosophe, fondée sur la vérité, alêtheia (272 b – 274 b).

           6- La parole et l’écriture (274 b – 277 a) : le mythe égyptien du scribe Theuth, inventeur de l’écriture, et la critique du roi Thamous ; l’opposition entre la parole vive semée en terre (l’enseignement dialectique) et la parole vive emportée par l’eau du devenir (l’écriture). Seule la première féconde les âmes, la seconde reste stérile (ainsi les fleurs éphémères et quasi artificielles des « jardins d’Adonis »).

           Epilogue : rappel de l’opposition entre le discours rhétorique et le discours dialectique ; définition du philosophe, qui ne prétend pourtant pas être savant (278 d) ; éloge d’Isocrate qui n’avait pourtant jamais été évoqué jusqu’à présent ; enfin l’énigmatique prière adressée au dieu Pan par Socrate, qui prend congé de la nature et s’en revient, après cette escapade, dans la cité des hommes.

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Olivier

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