Pierre-André Taguieff (Sur la nouvelle droite : jalons d’une analyse critique) : « L’image qu’en forme le public non spécialisé ne peut qu’en être floue : mosaïque d’opinions mutuellement expulsives. Face à la nouvelle droite, les mythes et les polémiques remplacent l’analyse et l’établissement des faits. Il faut donc à la fois informer et démystifier, mais surtout démythologiser, car la méconnaissance ici prime l’ignorance. » On tombe en effet souvent à ce sujet dans des simplifications caricaturales et abusives.

Il faut noter un paradoxe : l’extrémisme de droite fait beaucoup plus peur en Allemagne qu’en France, mais il y est plus puissant – paradoxe que l’on peut cependant bien comprendre historiquement parlant. L’extrême droite tourne autour de 3 % en effet en Allemagne.

1) Un effort de définition

L’extrême droite n’est pas un bloc monolithique, elle est divisée en différentes familles rivales et en leaders. La figure charismatique joue en effet un grand rôle : c’est lui qui impose son unité au groupe.

Le 1er type d’extrême droite est le fascisme. Il s’agit de la doctrine la plus connue. Elle est apparue après la Première Guerre mondiale, avec deux principaux foyers qui sont l’Italie et l’Espagne. Le fascisme ne disparaîtra que tardivement (1974 au Portugal – révolution des œillets – et 1975 en Espagne). Les caractéristiques du fascisme :

C’est une dictature, plaidant pour un Etat totalitaire, économiquement et socialement interventionniste. C’est un Etat, qui, au nom du peuple, restreint volontairement les libertés individuelles et publiques. Il est anti-libéral et donne la priorité à une forme corporatisme (négation de la lutte des classes). Il repose sur des bases rurales, petites bourgeoises ; ainsi, il ne s’identifie pas à un mouvement ouvrier mais appelle à l’amélioration des conditions des ouvriers. Les valeurs qu’il défend sont également soutenus par certains corps sociaux, et notamment l’Eglise.

Le nazisme (ou national-socialisme). Ses deux caractéristiques essentielles sont le thème de la domination du Reich allemand (pendant 1000 ans), avec à sa tête le Führer, et l’élimination physique de tout ce qui est non-allemand (dans l’espace vital). La domination doit se faire sur le territoire germanophone (héritage du pangermanisme). Dans ce contexte, M. Casasus nous sort une de ses formules vertigineuses : la Shoah est l’essence du nazisme.

Les dictatures militaires. Il est difficile de les unifier dans un seul modèle. La plupart sont apparues en période de décolonisation, afin d’anéantir toute forme d’indépendance démocratique ou de libéralisation. Nombre d’entre elles ont été en quelque sorte instrumentalisées pendant la Guerre Froide.

La nouvelle droite. Il s’agit d’une forme nouvelle, avec des variantes sur le plan politique, et représentée par Haider en Autriche ou Blocher en Suisse. On peut citer à nouveau M. Casasus à nouveau : « C’est un mouvement politique et intellectuel, philosophiquement imprégné par une pensée autoritaire hégémonique ethnopluraliste(?), issu notamment mais non exclusivement de la révolution de Weimar, et qui, consciente d’une perméabilité, même partielle, mais réciproque de leur corps doctrinal, sert de passeur entre l’extrême droite et la droite conservatrice. Elle a pour but principal d’établir un modèle de société nationaliste et opposé à toute forme de démocratie représentative ».

Sept critères ont été retenus par le politologue allemand Wolfgang Benz pour définir l’extrême-droite : 

-          Antisémitisme et racisme

-          Nationalisme dans une forme agressive

-          Intolérance

-          Militarisme et aspiration à un régime mené par un guide

-          Idolâtrie pour le régime nazi

-          Tendance à l’acceptation des théories du complot

-          Emploi de la violence pour parvenir à ses fins

Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu’aujourd’hui, l’extrême droite est beaucoup plus complexe dans son contenu et dans ses formes, elle ne se reconnaît donc pas entièrement dans ces sept critères. C’est une droite plus « polissée », plus « soft ». Le danger provient plutôt du passage de certaines de ces idées dans la démocratie, avec un phénomène de perméabilité.

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2) De l’extrême à la nouvelle droite

Aujourd’hui apparaissent en extrême-droite de nouveaux modes d’expression qui peuvent se rapprocher de certaines formes d’intégrisme religieux. Néanmoins il ne faut pas faire l’amalgame et tout confondre : la nouvelle droite se caractérise par d’autres mouvements qui ne sont certes pas réductibles aux simples néo-nazis. Depuis une vingtaine d’années, on assiste en Europe à une recrudescence de l’extrême droite. Celle-ci avait en effet quasiment disparu au début des années 70. Dans les années 60, le NPD était en Allemagne une sorte de refuge pour les nazis. Le plus grand succès du FN au niveau national date des élections européennes de 1984 (11 %). Il domine en effet la vie politique à cette époque, et ce depuis le scrutin de Dreux. En France, la tradition nationale se couple avec la tradition antisémite avec l’affaire Dreyfus. Cette extrême-droite sera principalement incarnée par les ligues dans les années 30, avec le paroxysme du 6 février 1934. Un autre épisode est la guerre d’Algérie, qui a sur le plan électoral un impact considérable, en particulier lors des présidentielles de 1965, et le score relativement élevé de J.-L. Tixier-Vignancourt.

Force est toutefois de constater que le Front national est une nouveauté en France ; en effet, c’est un mouvement qui, pour la première fois, va durer. A l’inverse, les ligues, le boulangisme, ou les divers mouvements poujadistes sont restés assez éphémères. Comment se fait-il qu’il y ait un potentiel aussi élevé pour l’extrême droite en France ?

-          Sentiments racistes exprimés par de nombreux Français (cf. sondages)

-          Problème de l’immigration

-          Le Font National est aujourd’hui le principal parti ouvrier de France

Intéressons-nous à présent au cas allemand. Un élément constant semble assez évident : l’extrême-droite fait peur en Allemagne. Quelques données chiffrées : en 1998, le DVU obtient 12,7% en Saxe Anhalt. Mais dans le temps elle n’est présente qu’en S-A, Brande, Brême, Hambourg. Les résultats de l’extrême droite allemande, bien que supérieurs a ceux de 1990, demeurent inférieurs à ceux obtenus dans les années 50. Ses composantes sont le SRP (qui se réclamait du nazisme et fut donc interdit), le Deustche Volkpartei, le NPD (créé en 1964), les Republikaner (1980) avec Franz Schönuber. Ceux-ci réalisaient en 1992 10,9% des voix en Bade-Wurtemberg. L’idée centrale est celle d’une méta-politique : on arrive dans une sphère culturelle. Il y a donc une forme de supériorité par rapport à l’autre qui est véhiculée.

Par ailleurs, il faut noter que l’Allemagne n’a pas été confrontée, dans les années 70 et 80, à une montée signifiante de l’extrême-droite (seulement quelques épiphénomènes). Au niveau des idées politiques, cette période n’a pas été marquée par le renouveau de la pensée de droite. Domine l’idée d’un renouveau écologique (Verts) principalement. A l’époque, rien ne prédestinait donc l’Allemagne à l’éclosion d’une nouvelle droite. L’extrême droite allemande a eu des premiers succès électoraux avant la chute du Mur, avec les Republikaner notamment. Cependant, il n’y a aucune tentative de reprise de cette résurgence nationaliste par l’extrême droite. Cette idée de fierté nationale qui domine la tradition politique allemande a en fait été reprise par les Chrétiens démocrates. Jusqu’en 1994, il n’y a donc pas de renouveau intellectuel de l’extrême droite – publication du livre : Die selbstbewußte Nation. Cet ouvrage fait l’objet de nombreuses réactions à travers toute la presse allemande. Il s’agit d’un ouvrage collectif d’une trentaine d’auteurs. Les deux directeurs de publication sont Ulrich Schacht et H. Schwilk. Ces deux auteurs représentent très bien par leur cheminement le passage d’une idée socialisante vers une conception droitière de la nation allemande. Ce livre se définit comme le manifeste de « l’intelligence conservatrice » : il y a une volonté de dépasser le discours. Une partie de la nouvelle droite est née de 1968 :

-          Klaus Maria Röhl

-          Horst Mahler

-          Bernd Rabehl

-          Karl Schmidt

Il développe une idéologie de l’Etat avec une dichotomie amis / ennemis. Si l’adversaire est la gauche, l’ennemi demeure le libéralisme. En outre cette nouvelle droite est guidée par une autre problématique qui est la réécriture de l’Histoire : les Allemands ne sont pas coupables, ce sont les victimes. En ce sens, l’Holocauste n’est qu’un effet collatéral de la modernité. Le dernier bloc concerne la politique étrangère. A ce sujet on peut citer Alfred Mechtersheimer.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !