Aime ton prochain comme toi-même. C’est la règle d’or qu’a formulé Jésus et qui ramène les dix commandements de Moïse à un seul : l’amour du prochain.

En effet, comme l’apôtre S. Paul le rappelle : " Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi : le précepte : tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas ; tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en ces mots : aime ton prochain comme toi-même.

Ce qu’on fait par amour, on le fait volontiers, par inclination : si aimer c’est faire quelque-chose volontiers, comment commander cette volonté !?

Ce commandement édicté sous forme de loi pose un certain nombre de paradoxes : il impose l’amour du prochain or l’amour est un sentiment très compliqué, un fait volontiers que l’on ne contrôle pas ; ainsi comment contrôler cette volonté ?

Il suppose que l’on s’aime soi-même, et il corrèle amour de soi et amour du prochain or, est-il possible, lorsqu’il y a conflit d’intérêts, de marier les deux ?

Cette loi a pour adversaires l’égoïsme et le souci exclusif de soi. Si nous aimions les autres de la même façon que nous nous aimons nous-mêmes, l’amour disparaîtrait au profit d’un sentiment universel et non électif, car on ne choisit pas son prochain, mais c’est lui qui à l’improviste vient à notre rencontre.

Pb : Peut-on s’obliger à aimer son prochain ? Ce précepte est –il toujours d’actualité ?

I – L’amour de soi

  1. Qu’est ce que l’amour de soi ?

L’amour de soi est une longue route qui passe par le respect de soi, une somme de petites attentions que l’on se porte. L’amour de soi passe aussi par la pacification de nos conflits, ces conflits qui nous agitent et que nous transposons inconsciemment dans notre couple, notre famille, notre entourage, notre travail... L’amour que l’on se porte se transpose directement dans nos comportements avec les différentes personnes que l’on cotoie.

Pourtant, l’Eglise catholique a, au travers de son histoire, parfois encouragé ce rejet de soi.

  1. Le rejet de soi

Le passage de la loi mosaïque à la nouvelle loi, libératrice par bien des aspects, installe une culture qui va déraper dans la haine de soi et de sa propre chair, à force de culpabilisation des plaisirs les plus naturels. Pas seulement le sexe mais aussi le plaisir de manger et même le plaisir de rire. L'abbé de Rancé, réformateur de la Trappe au 17ème siècle, ira jusqu'à interdire à ses moines, les travaux intellectuels parce que l'étude détruit l'humilité.

C'est probablement au XVIème et au XVIIème siècles, quand l'Eglise est à

l'apogée de sa puissance, que l'on trouve les exemples les plus impressionnants

et les plus valorisés par Rome d’hommes qui se rejetaient totalement: un ouvrage du Dominicain Louis de GRENADE qui prône la "sainte haine de soi-même" aura 476 éditions entre 1584 et 1904. Saint Vincent de Paul se traite "d'abomination" et à la fin de sa vie, il déclare : "Toutes les actions que j'ai faites ne sont que péchés". "Je ne suis qu'un fumier" écrit Saint Ignace qui se fouette de chaînes à pointes, se frappe la poitrine avec une pierre et demeure une semaine entière sans manger.

  1. Contradiction : comment aimer son prochain si on se s’aime pas soi même ?

Si on y voit seulement un constat, on ne peut qu'admirer l'extraordinaire lucidité de ces hommes qui voici 2000 ans, ont compris qu'on ne peut aimer son prochain que comme on s'aime soi-même. Si je m'aime mal, puis-je aimer bien mon prochain ? Si je me déteste, puis-je aimer les autres ?

Pour Nietzsche l’amour du prochain revient la manifestation de natures dégénérées ayant perdu tout instinct d’affirmation de soi et cherchant  à compenser leurs insuffisances individuelles dans la chaleur d'un rassemblement  de semblables. C’est par inaptitude à l’indépendance que ces natures se rassemblent.  Derrière l’instinct de majorité se cache  le refus de tout ce qui est inhabituel, la peur de l’exception.  C'est toute la morale judéo-chrétienne, la vertu de pitié ainsi que le culte de l’égalité qui sont diagnostiqués comme réflexe de bêtes  dégénérées.

Comme on l’a dit, l’homme retranscrit dans sa relation avec les autres la relation qu’il entretient avec lui-même. Et au final, si le monde manque tant d’amour pour son prochain, c’est probablement que nous sommes nombreux à nous aimer si peu.

Sans le vouloir, nous sommes une large majorité à aimer notre prochain comme nous même, c’est à dire très mal...

II – L’amour, un devoir ?

Cette formule si on la prend comme une prescription, peut sembler naïve.

On peut exiger un acte, mais un sentiment peut-il se commander ?

Alors, a partir de la :

  1. Pourquoi l’amour du prochain est-il érigé comme un devoir ?

 Il paraît difficile de prétendre aimer son prochain comme soi-même : il y a une distance infranchissable, radicale, entre cette étrange chose qu’est l’Autre, et moi. Il le faut pourtant : c’est Dieu lui-même qui l’ordonne (commandement de Jésus Christ que Saint Mathieu donne dans l’Évangile). Cet impératif est même souvent interprété comme un résumé de la morale chrétienne, fondamental dans notre civilisation. C’est par amour de Dieu que l’on doit aimer son prochain, car nous sommes tous ses créatures, donc tous aimables

  1. Peut il réellement l’être ?

Aimer l’Autre est un précepte moral. Ceci est terrible car on ne peut pas commander d’aimer puisque l’amour ne se commande pas. Alors on triche : chacun, étant supposé s’aimer soi-même, doit détourner cet amour et le reporter sur d’autres. La morale suppose cette contrainte de la volonté : il faut tendre vers cet idéal inatteignable. La formule est trop contradictoire : on force les choses en mettant sur le même plan l’amour de soi et l’amour des autres. L’amour de soi suppose l’intérêt et la focalisation sur soi. Comment, concrètement, aimer quelqu’un comme soi-même ?! Il est très difficile de mettre cette formule en pratique. Alors pourquoi s’y raccroche-t-on ? Comment se fait-il que l’on veuille, depuis des milliers d’années, faire de l’amour (qui ne se commande pas) un devoir ?

L’exigence ici, c’est la réciprocité. Ce que je désire pour moi, il faut le désirer pour autrui ; tout le bien, toute la considération que je me souhaite, il faut les souhaiter pour mon prochain. Mais en retour le bien que je lui veux, je dois le vouloir pour moi aussi. Plutôt qu’un sacrifice, on aperçoit une égalité idéale et une équivalence parfaite des devoirs envers les autres et des devoirs envers soi.

III L’amour du prochain, un concept toujours d’actualité ?

Qui est le prochain ? Tout homme, à ce qu’il paraît ! Y compris le lointain : tous les hommes en général. Or il est évident que j’aime plus les proches : c’est donc la proximité immédiate qui doit servir de modèle à l’amour du prochain.

Cependant, on remarque à l’heure actuelle que de plus en plus de gens partent à l’étranger, à l’encontre de la misère afin d’apprendre ou d’aider comme par exemple dans le cadre de missions humanitaires en Afrique. Or souvent, ces mêmes personnes ne se soucient guère de ce qui se passe dans la maison d’à coté, ou encore de la misère qui sévit à quelques mètres de chez eux. Chacun aide donc son prochain, dans le meilleur des cas, en choisissant son prochain. L’universalité de ce précepte a aujourd’hui disparu.

Nietzsche explique dans le gai savoir que Dieu est mort. Or Dieu, par la voix de Jésus, justifie le précepte aime ton prochain comme toi-même par le fait que tous les hommes sont fils de dieu et sont donc frères. Il doit donc exister entre chacun une relation fraternelle basée sur l’amour. Il n’est donc pas étonnant que ce précepte soit actuellement mis à mal car il ne trouve plus de justification. En effet, pourquoi un homme devrait il s’obliger à aimer son prochain s’il n’a rien en commun avec lui ?

Cela témoigne d’une évolution de la signification de ce précepte qui est passé d’un dogme dans la religion catholique à aujourd’hui une maxime

Conclusion

Comme nous venons de le voir, avant de penser à aimer autrui, il faut d’abord s’aimer soi même, ce qui est un processus très délicat que ce soit au niveau de l’église ou de l’individu. De plus, le devoir que le précepte impose, celui d’aimer son prochain, est difficile à mettre en place car il est quasi impossible de controler ses sentiments. Or si ce commandement est nécessaire, c’est que le sentiment manque. Aimer par devoir c’est comme aimer à contre-coeur. S’agirait-il alors d’une règle absurde ?

Ce n’est pas une règle absurde à proprement parler, mais simplement d’une maxime chargée de donner une ligne de conduite à l’homme.

Un devoir, c’est ce que nous reconnaissons comme bon, sans avoir toujours la volonté de l’accomplir, parce que nos intérêts s’y opposent. Et la vertu est cette force qui surmonte de tels obstacles. Mais si la volonté se portait d’elle-même au bien, celui-ci n’apparaîtrait pas comme un devoir, car rien n’y ferait obstacle. Ce serait ce que Kant nomme une volonté sainte, en accord immédiat avec le bien.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !

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