Développement du règne de l'individu : le monde des phénomènes

I/ Critique de la raison pure (Kant)

Le rationnalisme contemporain n'a fait que creuser les difficultés manifestées par Descartes. Si l'on peut parler de règne de l'individu à l'époque contemporaine, c'est parce que depuis descartes, cette idée que chacun de nous doit éprouver par sa raison les véritées auxquelles il croit, que chacun de nous doit develloper son opinion, construire son expérience, n'a cessé de faire des progrès. On peut notamment parler des progrès de la science, et de sa capacité à expliquer le monde. Cela concerne également les bouleversements politiques successeurs aux Lumières, et l'ère démocratique qui mèle le citoyen, au centre du systeme de pouvoir. C'est le progrès du rationnalisme, qui concerne aussi le systeme religieux : la religion n'est plus ce systeme social contraignant, mais désormais laissée à l'initiative de chacun et de sa libre croyance. Cependant, ce dévellopement de la raison est toujours étroitement associé au doute, en particulier lorsque l'individu réfléchit aux fondements même de son expérience.

Notre époque se caractérise d'un coté par des progres constants et spectaculaires de l'intelligence humaine, en particulier dans le domaine des sciences et des technologies. D'un autre côté, elle se caractérise aussi par un rejet paradoxal de la métaphysique, c'est-à-dire des questionnements sur le fondement et les sens ultimes de notre expérience ; Ces questionnements sont tres souvent disqualifiés, et considérés comme irrationnels. Autrement, ils sont renvoyés à la foie, ou à l'opinion de chacun, ce qui est une autre maniere de ne pas tenir sur eux de discours argumentés. Il pourrait donc sembler que la raison semble avoir renoncer à fonder complètement le réel, qu'elle s'est en quelque sorte limitée elle-même par rapport aux ambitions de Descartes.

La philosophie de Kant représente certainement une étape décisive dans cette évolution. Elle se présente comme un questionnement radical sur le pouvoir de notre raison, et sur ses prétentions à absorber toute la réalité dans une compréhension intégrale. Kant définissait sa pensée comme une pensée critique. Ce terme renvoie d'abord à l'exigence de penser par soi même, résumée par la devise Sapere Aude. → On se trouve clairement dans la démarche de Descartes, qui vise à tout vérifier par son propre entendement ; C'est donc l'exigence de construire soi même ses jugements, et sa propre expérience, autour de sa propre raison. Cependant, le terme critique désigne aussi la capacité de réfléchir aux limites de sa propre raison, dans la mesure où selon Kant, nous ne pouvons pas tout connaître : en particulier, il nous faut admettre que nous ne pouvons rien connaître des choses qui dépassent notre expérience, alors même que ces choses sont peut-être les plus fondamentales et les plus importantes. Cela vaut en particulier de l'idée de Dieu : Kant reconnaît que notre raison nous mène naturellement à cette idée comme fondement de tout le réel, mais selon lui, cette idée reste absolument inconnaissable hors de notre portée.

=> Kant va montrer que les éléments du doute de Descartes doivent être intégrés à notre expérience, en forment une partie essencielle, et ne peuvent être complètement dépassés. Kant est le penseur de la finitude, c'est-à-dire d'une conception de l'expérience humaine structurée par la raison, par notre faculté de représentation, mais aussi par des limites indépassables, par la conscience qu'il y a des choses que nous ne pouvons pas connaître, et que nous sommes des êtres radicalement finis.

A) La constitution de l'expérience

Critique de la raison pure, (1787)

Contexte : deux ans avant la Révolution française, qu'il a suivi de tres pres. Kant reprend et dévellope l'exigence que formulait Descartes, en disant que nous devions toujours revenir à des idées claires et distinctes en vérifiant les évidences. Pour lui, cela passe par une interrogation sur l'expérience. La science moderne, depuis le XVIIeme siecle avait fait de l'expérimentation, de l'observation de la nature, le principe de base de la connaissance. Pour Kant, l'expérience est une réalité tres complexe où se mélange beaucoup de choses :

-Les impressions sensibles dans l'espace et le temps. Cependant, l'expérience d'un objet ne se limite certainement pas à ça : les impressions sensibles suscitent inévitablement des jugements plus ou moins élaborées, qui sont impregnés dans cette expérience, et qui en sont inséparables. Il est très difficile d'empêcher des pensées de naître spontanément de l'expérience. Celle-ci est donc un mélange très complexe d'intuition – nom que Kant donne aux expériences sensibles – et de concepts/jugements. Cela montre qu'une expérience est toujours dépendante du sujet qui la vit, et qui la construit à tout moment. C'est ce processus que l'on nomme constitution de l'expérience. → Attention à ne pas tomber dans le relativisme des expériences.

→ Dans ce mélange continuel de l'expérience, nous pouvons projeter sans nous en rendre compte de multiples préjugés. C'est à dire des jufements mal évalués, inconscient, implicites : C'est la premiere limite de notre raison : nous ne pouvons pas toujours contrôler ce qu'elle met elle-même dans notre expérience.

(voir texte n°1)

→ Introduction : L'expérience est le point de départ de notre pensée : c'est elle qui donne une matière à notre raison, qui nous donne accès à des objets à travers nos 5 sens. L'expérience n'est donc pas juste la matière sensible fournie par les sens, mais aussi le travail de notre entendement dans son ensemble.

Kant distingue ici nettement ce qui nous vient des impressions sensibles et ce que notre esprit projette lui-même sur ces impressions : mais il souligne que ces deux aspects sont intimement mélangées dans toute expérience. Kant appelle a priori tout ce qui est projetté par avance par notre esprit sur toute expérience, c'est-à-dire les structures fondamentales universelles et necessaires, et pourtant subjectives à partir desquels nous construisont le réel. On peut rapprocher l'a priori du sens courant du terme, où il renvoie à un préjugé. De fait, toute expérience est à un certain degré structuré par des préjugés. Le terme d'à priori a pour Kant une signification plus profonde : il désigne des cadres de pensée tellement profonds, universels, qu'aucune expérience n'est possible sans eux.

B) L'espace et le temps

Dans la premiere partie de la critique, l'esthétique transcendantale, Kant réfléchit sur les impressions sensibles elles-même, sur la maniere dont elles sont reçues à l'état pure par notre esprit, en écartant tout jugement et tout concept. Le terme d'esthétique désigne ainsi le pur aspect sensible des choses. Le transcendantal renvoie à un discours qui recherche l'à priori dans l'expérience. Dans cette premiere partie de la critique de la raison pure, Kant montre qu'il y a déjà dans la sensibilité elle-même des formes à priori, c'est-à-dire des structures que nous sommes obligés de sentir à tout moment, en meme temps que les objets, qui nous permettent de les situer, les comparer, mais qui viennent de notre propre esprit (et qui sont donc subjectives) : ce sont l'espace et le temps. Pour Kant, l'espace est un présupposé à toute expérience sensible, à l'intérieur duquel nous situons les objets. Nous distinguons ainsi ce qui est en nous de ce qui nous est extérieur. → Pour Kant, l'espace n'est pas une propriété intrinsèque, c'est à dire qu'il n'appartient pas aux objets indépendamment de la maniere dont nous les connaissons. Si l'on essaie d'imaginer la maniere dont un esprit absolument parfait saisi l'objet, on doit concevoir que cela ne se fait pas dans l'espace. Si un être tel que Dieu existe, il doit tout connaître en meme temps, être partout à la fois, saisir l'infiniment grand comme l'infiniment petit. → Il ne doit pas faire parti de l'espace mais l'englober. Ce point de vue divin nous renvoie à la pensée des choses telles qu'elles sont réellement en elles-même, ce que Kant appelle aussi les choses en soi. Dans notre expérience sensible, nous n'avons pas accès aux choses en soi, mais seulement aux choses telles qu'elles nous apparaissent. On parle alors de phénomènes, ce que l'on distingue des choses en soi(noumène). On peut dire la meme chose du temps : toute notre expérience s'inscrit dans le temps, mais nous ne pouvons en aucun cas dire que les choses en soi existent nécéssairement dans le temps. Le temps n'est donc que notre forme subjective et humaine pour connaître les choses. Il est lié à la nature de notre esprit, qui ne peut rien sentir ni imaginer en dehors du temps. L'à priori n'est pas un simple préjugé : dans le cas du temps et de l'espace, il renvoie à ces formes fondamentales qui structurent toute notre expérience, et qui la rendent possible, mais qui en meme temps nous empêche d'accéder aux choses telles qu'elles sont, profondément en elles-même.

→ On rejoins ici l'argument du rêve de Descartes, mais aussi l'idée du solipsisme. Tout se passe comme si Kant faisait de cette argument du rêve et de l'irréalité qui l'implique, une structure fondamentale et indépassable de toute expérience humaine comme expérience finie. Les choses telles qu'elles sont en elles-même sont inconnaissables ; Pour Kant, on peut les penser mais en aucun cas les connaître.

Pour Kant, nous vivons donc dans un monde de phénomènes : Kant distingue cependant le phénomène de l'apparence, dans le sens où le phénomène peut malgré tout être mesuré, observé, interrogé, comparé à d'autres phénomènes...il nous permet donc d'atteindre une connaissance objective, mais dans les limites de notre raison humaine.

C) Les concepts

Au delà des impressions sensibles dans l'espace-temps, l'expérience est aussi structurée par de la pensée, c'est-à-dire par des actes par lesquels nous évaluons les choses, nous les qualifions ; ces actes de jugements viennent s'impregner dans l'expérience, jusqu'à devenir inconscients. Ces actes produisent des concepts ; Kant distingue les concepts de l'intuition, qui sont des représentations sensibles, singulières, immédiates. Un concept est au contraire une représentation générale, qui peut valoir pour plusieurs objets dans l'expérience – concept de triangle, de chien... -, une représentation réfléchie qui viens donc d'une activité de notre pensée. Le concept est ce qui condense des jugements en une représentation. C'est par les concepts que nous pouvons mettre de l'ordre dans notre expérience, que nous pouvons reconnaître des objets et projeter sur eux tout un ensemble de connaissances, de jugements, d'expériences antérieures, qui me permettent de mettre en ordre mon expérience et donc de la constituer. Le fait que le concept condense tout un ensemble de jugements fait que son usage est toujours chargé d'implicite et même d'inconscient : nous nous servons très souvent de concept sans savoir exactement ce que nous y pensons.

C'est pourquoi la démarche de Kant dans seconde partie de la critiqu de la raison pure consiste à analyser les concepts, en particulier nos concepts les plus fondamentaux, pour savoir par quels actes élémentaires notre pensée structure l'expérience. C'est pourquoi cette partie s'appelle l'analytique transcendantale.

De même que notre sensibilité est structurée à priori par les formes de l'espace et du temps, la pensée dans les jugements et les concepts impose certaines formes à l'expérience : ce sont les formes logique qui permettent d'unifier de maniere cohérente autour d'une conscience l'ensemble de l'expérience. L'exigence fondamentale de la pensée dans son rapport avec l'expérience est que tout doit venir se rapporter à la conscience : à l'acte fondamental du « je pense ». Aucune expérience ne peut avoir de réalité ou de sens si elle n'est pas accompagnée par cette acte de conscience qui la fait exister pour moi. Cela se situe dans la continuité de Descartes et du cogito. Il ne s'agit pas simplement de dire que le « je pense » est la vérité la plus certaine, mais aussi que l'expérience ne peut prendre sens que parce qu'elle est organisée par une conscience et pour une conscience, qui organise ses expériences dans une forme logique. C'est ainsi que Kant définit l'entendement, notre faculté d'organiser l'expérience, de lui donner une faculté logique autour de notre expérience. Là encore, on voit que le sujet, le Moi est au centre de l'expérience et du réel.

→ Texte n°3 : cela passe par l'exigence de trouver des regles, des mécaniques, des lois dans le réel. Kant peut définir l'entendement comme la faculté de produire des regles

Parmi les concepts ou les regles, il s'en trouve qui jouent un rôle plus fondamental que d'autre, et que notre pensée projette à priori sur toute expérience ; C'est ce que Kant appelle les catégories, ou les concepts purs de l'entendements. Ce sont les actes les plus profonds de la pensée, les règles les plus essentielles, et que l'endentement projette sur le réel :

-La causalité – selon Kant, notre entendement ne peut pas considérer un phénomène sans immédiatement rechercher sa cause. Tout phénomène ayant une cause, tout le réel doit s'organiser autour d'une cause. Ce principe ne vient pas de l'expérience elle même, mais il est constamment projeté par notre esprit par une necessité subjective. On pourrait imaginer que l'expérience soit tellemenent désordonnée et chaotique que l'enchainement échappe à toute relation causale. Mais cela voudrait dire que notre entendement serait completement perdu et n'arriverai pas à organiser le réel. La catégorie de causalité est comparable au rôle que jouent l'espace et le temps au niveau des intuitions sensibles : elle est une structure subjective que notre entendement projette sur l'expérience pour lui donner un sens, une unité dans l'activité du « je pense ». C'est ce que Kant appelle l'unité de l'aperception(acte de la conscience). S'apercevoir de quelque chose, c'est déjà l'intégrer à un réseau conceptuel, dans une prise de conscience. L'aperception est beaucoup plus que la perception, parce qu'elle met en œuvre des concepts. Ce besoin conceptuel de causalité est aussi un besoin d'universalité : on a besoin que les memes causes produisent les memes effets. C'est cela qui permet à notre esprit de se repérer, de s'orienter dans le réel. C'est aussi ce qui nous permet d'anticiper des expériences futures.

-La substance : cette catégorie correspond aux besoins qu'a l'entendement de rapporter les phénomènes à des objets stables qui peuvent avoir différentes caractéristiques, qui peuvent évoluer dans l'espace et dans le temps, mais qui doivent dans une certaine mesure conserver une identité objective, ce qui là aussi donne de l'unité à notre expérience. Tout ce qui est de l'ordre des qualités sensibles n'a pas d'existence substancielle ; Par exemple, les couleurs ne sont pas des substances mais des qualités ; Le morceau de cire de Descartes, qui a des qualités mais variables. Il faut donc qu'il y ait un étendu, une existence fixe derriere les qualités du morceau de cire. La substance correspond à notre besoin de reconnaître des objets, il en ressort encore une fois une certaine stabilité dans le temps et l'espace. Pour Kant, c'est la permanence qui caractérise cette substance.

Ces catégories sont donc les structures logiques les plus profondes de notre expérience ; Ce ne sont pas des préjugés, même si on les projette à priori, tout simplement parce que notre esprit ne peut tout simplement pas faire autrement que de passer par elle pour pouvoir construire une expérience. Ce besoin incontournable est le theme de la déduction transcendantale. En même temps, ces catégories n'ont justement de signification qu'en étant appliquéees à l'expérience, c'est-à-dire que notre besoin de causalité et de substancialité ne peut trouver un contenu que dans les phénomenes, c'est à dire dans les objets qui nous apparaissent dans l'espace et dans le temps. Sans intuition sensible, nos concepts restent vides (et sans les concepts, nos intuitions restent aveugles). L'expérience est ainsi une combinaison des intuitions sensibles et des concepts, ce qui signifie que ces différentes formes de représentation, intuitions comme concept, ne peuvent jamais nous mener plus loin que les phénomènes.

Kant reprend les trois grandes sortes de substance que l'on trouvait déjà chez descartes : dieu, l'ame, les corps. Mais il montre que deux d'entre elles échappe à toute expérience dans le temps et l'espace : l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. Comme chez Descartes, kant met le « je pense » au centre de l'expérience. Or, en aucun cas, cela ne nous donne l'expérience de la chose qui pense qui se cache derrière cette acte. Beaucoup plus nettement que Descartes, Kant considere le je pense comme une action dont la cause profonde nous échappe, et qui surtout peut s'interrompre à tout moment, évolue sans cesse – en termes plus contemporains, on parle de flux de conscience, en anglais stream of consciousness. On constate d'ailleurs assez facilement que notre pensée n'est pas fixe. Tout cela montre que si le cogito est au fondement du réel, il ne peut pas se saisir lui-même comme substance. La thèse de Kant est que seuls les corps peuvent donner à notre entendement quelque chose qui satisfait notre besoin de substancialité ;

C'est sans doute pourquoi nous avons besoin de métaphores matérielles, empruntées au monde des corps, pour décrire notre propre esprit. On peut comparer l'esprit à une scène, ce qui sous-entend une dimension d'illusion, de mouvance...On peut le comparer à un meuble, à un livre...à toute forme d'objet relevant d'un intérieur, par opposition à un extérieur. On peut en trouver un exemple chez Descartes dans l'idée d'édifice. Pour Kant, on peut comparer l'esprit à la lumiere. L'esprit, éthymologiquement, signifie le soufle. Cette idée peut renvoyer à la fumée, voir à un fantôme.

=> Dans toutes ces métaphores, notre esprit projette dans le monde des corps son besoin de trouver des substances spirituelles, mais sans leur donner une matérialité trop solide, ou trop claire. Pour Kant, il n'y a de substances que corporels, ou en tout cas ce sont les seules que nous pouvons connaître. En même temps, ce que sont que des substances phénomènales, c'est-à-dire qu'elles ne correspondent pas aux choses en soi. En outre, chez Kant, les corps sont toujours divisibles, peuvent être dissous, vieillir. Tout cela montre que si des principes subjectifs de notre sensibilité et de notre entendement nous permettent de construire et de structurer le réel, il ne nous donne jamais accès qu'à ce qui apparaît dans l'espace et dans le temps aux objets d'une expérience possible.

D) Les idées de la raison

Toute expérience engage une activité conceptuelle, c'est-à-dire qu'elle insère n'importe quel objet sensible dans un réseau très complexe de pensée, soit par un jeu d'association d'idées très matérielles, soit par un travail de généralisation logique qui nous mène très vite à des concepts très généraux, très englobants, et très signifiants ; par exemple, une baguette de pain peut nous faire penser à la mort, la justice, la France ou la boulangère. Cela signifie que le travail de notre entendement peut toujours se prolonger dans la direction d'idées qui engloberait toute notre expérience. C'est là que Kant situe les idées de la raison, notamment le besoin d'unification logique de l'expérience nous mène malgré tout à des idées très fondamentales que nous devons penser, mais sans connaître les objets qui leur corresponde, parce que ces objets dépassent toute expérience sensible : ce sont les idées de l'âme, du monde et de Dieu. Ces idées de la raison correspondent aux trois fondements ultimes que nous aimerions placer au principe de la réalité ; Ce sont les 3 idées auxquelles nous conduit inévitablement notre pensée : par exemple, la causalité nous amene à rechercher la cause des causes, donc à l'idée de Dieu. C'est la conséquence logique du travail de notre entendement. De meme, notre connaissance du monde des corps, des phénomènes physiques, nous mène logiquement à produire l'idée de l'ensemble de ce qui est contenu dans le temps et l'espace, ce que Kant appelle le monde. Kant remarque à propos de cette idée qu'elle suscite dans notre esprit des contradictions insolubles. Par exemple, le monde a-t-il un commencement ou a-t-il toujours existé ? De meme, peut-on enfermer l'univers dans un monde fini ou bien est-il infini ? C'est ce que Kant appelle les antinomies de la raison, c'est-à-dire qu'elle est prise entre deux opinions sans pouvoir en choisir un. Plus généralement, ces idées de la raison mettent notre esprit dans une situation contradictoire : nous avons profondément besoin d'elles pour donner un sens à notre expérience, et en meme temps il nous est interdit de les connaître puisque cela dépasse toute expérience. C'est l'objet de la dialectique transcendantale.

Pour Kant, ces idées ont une validité : nous pouvons en faire un usage régulateur, c'est-à-dire les utiliser à titre de simple pensée pour orienter notre connaissance et notre existence ; Mais il nous est impossible d'en faire un usage constitutif, c'est à dire de construire des connaissances à partir d'elles. C'est pourquoi Kant distingue raison et entendement : la raison est la pensée qui dépasse l'expérience pour former ses Idées ; L'entendement est la pensée appliquée aux objets d'une expérience possible.

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II/ L'individu face à sa liberté

On pourrait définir la raison comme la capacité qu'a tout individu de constituer le monde et de le connaître. Comme le montre Kant, cela donne à cette raison nécéssairement une visée englobante, totalisante, et en meme temps cela produit un conflit fondamental pour l'individu, dans la mesure où il est mené à des idées qui dépasse ses capacités et son expérience.

Or, cette visée totalisante de la raison s'étend aussi au probleme moral, au delà de la question de la connaissance. Autrement dit, la raison nous mene aussi bien à la question de nos actions, de la maniere où pouvons et devons conduire notre volonté. La raison est donc étroitement liée à la liberté, et dans ce contexte, nos représentations n'ont pas simplement le pouvoir de refléter le monde, mais elles peuvent l'influencer, le transformer. Se représenter l'expérience, l'évaluer, mène nécéssairement à la tentation de la modifier par nos actions. Ici, l'idée que l'individu est l'auteur du monde dans lequel il vit prend encore beaucoup plus de force, mais en meme temps cela rend le monde tel qu'il est constitué par la raison encore plus incertain, encore plus traversé par le doute, encore plus difficile à maitriser. → Il ne s'agit plus simplement du doute, comme chez Descartes, mais aussi de l'idée de responsabilité morale de l'individu, éventuellement de sa culpabilité. La liberté peut donc être aussi un fardeau pour l'individu.

A) Liberté d'indifférence et liberté morale

Le premier sens que l'on peut donner à la liberté, c'est le fait de pouvoir choisir dans nos actions entre plusieurs possibilités ; A ce niveau, si toutes les possibilités se présentent également à notre liberté, on dira qu'elles sont indifférentes, et on parlera de liberté d'indifférence. Cela engage déjà notre raison comme faculté de représentation, qui nous permet de dépasser l'expérience immédiate pour nous représenter ce qui est possible. En ce sens, être libre, cela peut être notamment avoir le choix entre les possibilités les plus opposées, par exemple le bien et le mal. C'est justement là que réside la faiblesse de cette conception de la liberté : elle met toutes les possibilités sur le meme plan, or on peut envisager la liberté, au contraire, à partir de notre capacité de choisir entre les possibilités, de les hierarchiser, de leur donner une valeur : dans un sens fort, cela signifierait que notre liberté residerait dans notre capacité à faire le bien plutot que le mal. Dans ce cas là, la liberté serait orientée par ce qui doit être, plutot que par ce qui peut être. Autrement dit, par l'idée de devoir. Une telle liberté au sens moral engagerait notre raison dans un sens plus fort, non pas comme capacité de représenter le sensible, mais comme la capacité de produire des lois universelles et nécéssaires pour nos actions. Or, tout le probleme est que cette liberté au sens moral est paradoxalement vécue comme une contrainte. C'est une liberté plus déterminée, mais moins ouverte. Inversement, la liberté d'indifférence semble plus large, mais elle est aussi plus indéterminée, plus indécise, et éventuellement immorale. Cette alternative entre deux compréhensions de la liberté peut se retrouver dans l'équivosité(polysémie) de certains termes courants. Par exemple, le terme choix désigne à la fois un ensemble de possibilité et la possibilité qu'on a retenu activement ; De meme, le terme de décision véhicule la meme équivosité.

(joindre : texte n°1)

Descartes distingue l'entendement et la volonté. La volonté signifie que nous expérimentons en nous l'idée de pouvoir provoquer des changements absolument libres. Dans un choix donné, la liberté ne serait contrainte par rien. L'infinité de la volonté correspond ainsi à la liberté d'indifférence. Au contraire, l'entendement est fini, c'est à dire que nous ne comprenons pas tout, notamment dans des situations de choix, où nous devons tres souvent décider en étant incertains.

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Olivier

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