Un pays entièrement mobilisé pour faire face à une guerre longue (1914-1916)

Le déclenchement puis l’enlisement du conflit surprennent les Français

En 1914, l’opinion est majoritairement pacifique

·         Thème de la revanche occupe moins les esprits.

·         Léger déclin des mouvements nationalistes.

·         Mort de Paul Déroulède avant le déclenchement de la guerre.

·         Ascension de l’AF de Maurras, journal en 1908, antiallemande.

·         Crises au Maroc en 1905 et 1911.

·         Loi d’août 1913 : service militaire de trois ans.

·         Aucun parti ne souhaite la guerre, le débat porte plutôt sur la défense du pays.

Les affaires étrangères ne passionnent pas les Français, qui se désintéressent de la poudrière des Balkans

·         Pourtant, c’est de cette région que vient l’étincelle à l’origine de la guerre.

·         Les empires austro-hongrois et ottomans sont victimes des nationalismes.

·         Après 2 guerres (1912-1913), forte tension entre la Serbie, alliée de la France, à l’Autriche, alliée de l’Allemagne.

·         La Serbie réclame le rattachement de la Bosnie-Herzégovine, annexée par l’Autriche en 1908.

Le mois de juillet est marqué par l’insouciance d’un pays qui ne s’attend pas à la guerre

·         Situation explosive après attentat contre François-Ferdinand, le 28 juin 1914.

·         En France, l’attentat est vite remplacé dans les journaux par le voyage anodin de Poincaré et de Viviani en Russie.

·         Le 28 juillet, les Français sont ramenés à la réalité, l’Autriche déclare la guerre à la Serbie.

·         Le 30, la Russie s’engage dans la guerre.

·         Triple Entente (France, Grande-Bretagne, Russie) contre Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie).

·         Déclaration de guerre allemande le 3 août.

·         « Les hommes pour la plupart n’étaient pas gais ; ils étaient résolus, ce qui vaut mieux », Marc Bloch.

La deuxième surprise est l’échec rapide de la guerre de mouvement

·         Le culte voué à l’offensive est trahi dans l’armée française : le pantalon rouge garance et la veste à boutons dorés constituent des cibles idéales pour les ennemis. Ils seront remplacés par l’uniforme « bleu horizon », et le képi par un casque en avril 1915.

·         De part et d’autre, les stratégies prévues mises sur des campagnes courtes.

·         Plan Schlieffen.

·         Plan XVII, adopté en 1913 par le haut commandement dirigé par Joffre, prévoit une bataille décisive en Lorraine. On veut ainsi reproduire le modèle d’Austerlitz, avec une diversion en Belgique.

·         La prise symbolique et éphémère de Mulhouse le 7 août, puis une attaque avortée en Lorraine le 19, sont les seules initiatives que peut prendre l’état-major français.

·         Le 2 septembre, les Allemands ne sont plus qu’à 50km de Paris.

·         Bataille de la Marne (6 au 9 septembre) lancée par Joffre. 25 000 morts.

·         Noël 1914 marque le passage de la guerre de mouvement à la guerre de position.

L’impératif d’ « Union sacrée » justifie la mise entre parenthèses de la vie politique et le recul de la démocratie

La SFIO et la CGT acceptent de se ranger derrière le drapeau français

•        Les gouvernements successifs craignaient qu’en cas de guerre les socialistes et les syndicalistes révolutionnaires ne troublent le bon déroulement de la mobilisation.

•        Pour se prémunir de ce risque, institution du Carnet B, liste d’environ 2 000 suspects d’antimilitarisme (avant tout des ouvriers syndicalistes) à arrêter en cas de mobilisation générale.

•        Durant le mois de juillet, l’activité de la gauche semble justifier de telles mesures. Jean Jaurès se fait l’apôtre de la paix.

•        De son côté, la CGT, qui professe l’antimilitarisme et l’antipatriotisme depuis le Congrès d’Amiens de 1906, organise des manifestations.

•        La SFIO se résout pourtant à la guerre.

•        Jaurès assassiné par un jeune nationaliste le 31 juillet.

•        Lors de ses obsèques, le 4 août, le secrétaire général de la SFIO Léon Jouhaux se prononce en faveur de la défense nationale.

•        Le journaliste marxiste Gustave Hervé, qui était antipatriote, se convertit brusquement au nationalisme. Il débaptise son journal La Guerre sociale, pour le renommer La Victoire.

•        Quelques heures après l’assassinat de Jaurès, Louis Malvy, ministre de l’Intérieur, renonce à utiliser le carnet B.

La défense de la nation impose une trêve provisoire des partis

·         « Dans la guerre qui s’engage, la France (…) sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée ». Raymond Poincaré.

·         Remaniement du gouvernement Viviani le 26 août. Deux membres de la SFIO, jusque là interdits par l’Internationale de participer à des gouvernements « bourgeois », entrent au gouvernement : Jules Guesde devient ministre d’Etat et Marcel Sembat ministre des travaux publics. Théophile Delcassé est nommé ministre des Affaires étrangères et Aristide Briand garde des Sceaux.

·         Comité de secours national mis en place : représentants de l’archevêque de Paris, de l’Action Française, de la SFIO et de la CGT.

·         Viviani remplacé par Briand à la fin de l’année 1915.

·         Un ennemi de la République, Denys Cochin, député de Paris qui représente la droite catholique et orléaniste, entre au gouvernement.

·         Plutôt que d’une « Union sacrée », les historiens préfèrent parler d’une « trêve des partis ».

Pour ranimer une vie politique au ralenti, le pouvoir civil doit s’imposer aux militaires

·         Lutte de pouvoir en 1914 entre le gouvernement et le commandement pour décider du partage des responsabilités en temps de guerre. Les généraux reculent peu à peu devant les hommes politiques.

·         Le 2 septembre, le président de la République, le gouvernement et les parlementaires quittent Paris, menacé par l’armée allemande, pour Bordeaux. Les sessions parlementaires sont interrompues lors de cet exil. Elles ne reprennent qu’en janvier 1915, après le retour à Paris des pouvoirs civils. 200 députés mobilisés.

·         Joffre considère qu’il n’a aucun compte à rendre au pouvoir politique. On parle de la « dictature de Chantilly », où est installé le « GQG » (Grand Quartier Général).

·         Un conflit éclate avec le gouvernement, et surtout avec les Chambres.

·         Une opposition émerge peu à peu, et contribue en 1915 à un réveil timide de la vie politique.

·         L’instabilité ministérielle caractéristique de la IIIème République ne connait pas de trêve durable pendant la guerre. Cinq présidents du Conseil, dirigeant sept cabinets ministériels différents, se succèdent en quatre ans.

·         Au moment de la bataille de Verdun, en 1916, la balance du pouvoir commence à pencher nettement en faveur des civils. Le Parlement reprend le rôle central qu’il a toujours occupé pendant la IIIème République. Briand accepte la tenue de « comités secrets » à la Chambre des députés et au Sénat. En décembre, les parlementaires finissent par obtenir la tête de Joffre.

Les grandes libertés individuelles et collectives, socle de la démocratie établie par la IIIème République, sont remises en cause

·         L’ajournement des élections est voté par la Chambre des députés en décembre 1914.

·          Un tiers du Sénat n’est pas renouvelé en 1915.

·         Les législatives, prévues au printemps 1918, ne se tiennent qu’en novembre 1919.

·         L’« état de siège », prévu par une loi de 1849, est appliqué dès le 2 août 1914 par Poincaré à la totalité du territoire. En septembre, c’est même l’« état de guerre » qui est proclamé. Les pouvoirs militaires se voient attribuer les pouvoirs de police. La plupart des mesures attribuées aux militaires sont supprimées peu à peu en 1915 et 1916.

·         C’est à la liberté de la presse que sont faites les plus graves entorses. Le principe de la censure militaire est accepté, mais la censure s’étend rapidement au champ politique lorsque Millerand, ministre de la Guerre, interdit en septembre 1914 les articles attaquant le gouvernement.

·         Clemenceau rebaptise en octobre 1914 son journal L’Homme libre en L’Homme enchainé.

·         Les gouvernements d’Alexandre Ribot et de Paul Painlevé utiliseront abondamment la censure.

·         Malgré la censure, le journal Le Canard enchainé parait en juillet 1916. Il contribue à donner de la guerre une vision plus réaliste.

L’arrière se bat sur le « front intérieur »

·         Rôle essentiel de l’arrière dans le conflit, car la mobilisation financière, économique, mais aussi psychologique des civils se révèle vite indispensable pour permettre à la France de tenir.

Pour financer la guerre, l’Etat multiplie les expédients et sollicite les Français

·         Au total la Grande Guerre a coûté à la France 140 milliards de francs, 20 fois plus que celle de 1870.

·         Dès 1970, les dépenses annuelles de l’Etat sont multipliées par 7.

·         L’emprunt, immédiatement mobilisable, est la principale solution retenue par le ministre des Finances Alexandre Ribot dès septembre 1914. Il est préféré à l’augmentation massive des impôts.

·         On émet alors des « bons de la défense nationale », qui ont permis de couvrir presque la moitié des dépenses de guerre, puis, à partir de 1915, sot levés chaque année des « emprunts de la défense nationale ».

·         La France emprunte ensuite à l’étranger, en Grande-Bretagne, et surtout aux Etats-Unis, notamment dans la banque Morgan.

·         Impôt sur le revenu voté en 1916.

·         Augmentation de la circulation fiduciaire, c'est-à-dire à l’utilisation de la planche à billets.

·         Forte inflation.

·         Le franc, dont la convertibilité est suspendue dès le 5 août 1914, ne retrouvera jamais l’étalon or.

Le pays doit alimenter la première « guerre industrielle », grande consommatrice d’armes et de munitions

 

·         Allemagne occupe la portion la plus productive du territoire en charbon (75%), en fonte (81%) et en acier (63%).

·         Accroissement spectaculaire du rôle de l’Etat, qui encourage la reconversion industrielle (Renault).

·         Déficit de main-d’œuvre provoqué par la mobilisation.

·         620 000 femmes travaillent dans l’industrie en 1917. Celles qui travaillent dans l’armement gagnent le surnom de « munitionnettes ».

·         500 00 ouvriers viennent de l’étranger (Espagne, colonies, surtout d’Afrique du Nord)

·         Gonflement de la population des villes.

L’arrière se construit une « culture de guerre »

·         Mise à part la réalité physique de la guerre pour certains (Français du Nord et de l’Est), la situation matérielle des civils est tout à fait supportable jusqu’en 1916.

·         Mobilisation des esprits : des thèmes polarisent les esprits, l’ennemi, le « Boche », contre lequel se développe une haine sans nuance.

·         Crainte de l’espionnage.

·         La mort est une obsession.

·         Spectaculaire retour à la foi, après le fléchissement de l’Eglise attaquée sans relâche par les radicaux depuis 1902.

·         Les civils entendent témoigner leur solidarité envers les « poilus », dont ils comprennent très vite qu’ils endurent des terribles épreuves.

Le lourd sacrifice du front

Le commandement militaire se heurte à une impasse stratégique

La guerre de tranchées, aussi inattendue qu’improvisée, est une « guerre immobile » à laquelle l’état-major français, dirigé par Joffre jusqu’en 1916, ne parvient pas à s’adapter

·         Malgré l’« hécatombe des généraux » qui a suivi les défaites de l’été 1914, la plupart des officiers supérieurs ne peuvent se départir de leur culture militaire offensive.

·         Avec le creusement des tranchées, la seule possibilité ménagée à l’offensive est la « guerre d’usure ».

·         Les offensives hors des tranchées sont vaines, notamment à cause des mitrailleuses et des renforts de l’arrière.

·         L’état-major ne se résout pourtant pas à l’attentisme et s’obstine en de vaines attaques. Il estime que ces offensives a au moins un effet positif : affaiblir l’ennemi.

De 1915 à 1917 se succèdent ainsi, presque sans interruption, des attaques françaises de grande ampleur

·         Elles ne dégagent jamais de bénéfice territorial significatif.

·         En 1915, les efforts français se portent sur l’Artois-avec l’aide des Britanniques, qui tiennent le front entre l’Yser et la Somme- et la Champagne. Echecs sanglants.

·         Lors de l’expédition franco-britannique des Dardanelles en 1915, dont le but est de faire capituler la Turquie, la flotte se révèle incapable de forcer les détroits reliant la mer Egée à la mer Noire. Après un débarquement, les troupes alliées s’enlisent sur la presqu’île de Gallipoli, qu’ils doivent abandonner à la fin de l’année. 30 000 morts côté français.

·         Retardée par l’attaque allemande sur Verdun, l’offensive franco-britannique de la Somme occupe toute la deuxième moitié de l’année 1916. L’attaque avorte presque entièrement, au prix de 100 000 morts côté français. Les alliés se sont heurtés à la défense acharnée des Allemands, qui ont le sentiment de « garder le Rhin sur la Somme ».

·         Les attaques françaises ne se limitent pas aux grandes offensives. Par exemple, la conquête des Eparges, près de Verdun, en 1915, doit seulement permettre de « prendre vue » sur la plaine de Woëvre en contrebas ; elle fait 10 000 morts. Pour justifier de tels sacrifices, Joffre explique : « Je les grignote ».

En 1916, la supériorité stratégique de la défense est confirmée, cette fois au bénéfice des Français, par la bataille de Verdun

·         Bataille totale entre la France et l’Allemagne.

·         « Une guerre toute entière insérée dans la Grande Guerre » (Paul Valéry).

·         Lutte acharnée sur un front d’une trentaine de kilomètres.

·         Les opérations militaires sont marquées par la résistance des Français, qui parviennent finalement à repousser l’ennemi.

·         Le général Pétain prend le commandement. Le 10 avril, il lance « Courage !... On les aura !... »

Pour sortir de l’impasse, de nouvelles stratégies et de nouvelles armes sont employées en vain

·         Mise au point du « feu roulant » de l’artillerie, bombardement mobile précédant de peu l’offensive des fantassins. Il n’obtient pas de résultats probants.

·         Les chars d’assaut, dont l’emploi est préconisé par le colonel Estienne, sont engagés dès 1916, mais se révèlent longtemps inefficaces car la plupart sont victimes de pannes ou d’incendies au combat.

·         Printemps 1917, offensive française du Chemin des Dames, voulue par Robert Nivelle, le remplaçant de Joffre. En dépit du scepticisme de Pétain ou du ministre de la Guerre Painlevé, l’attaque est déclenchée le 16 avril entre Soissons et Reims. L’échec est terrible, 40 000 morts et 90 000 blessés au bout de quinze jours. La moitié des chars engagés ont été détruits. Nivelle doit céder sa place à Pétain.

Les « poilus » subissent une violence inédite

Les combattants évoluent dans le cadre terriblement hostile de la tranchée

·         L’armée allemande est à l’origine de l’« enterrement » des soldats dès septembre 1914.

·         Les tranchées allemandes sont de meilleure qualité que les françaises.

·         Les conditions de vie sont d’une grande précarité.

·         Les soldats connaissent quelques moments de répit lors des permissions, dont les premières sont organisées en 1915.

La Première Guerre mondiale marque un nouveau seuil dans la violence des combats

·         900 soldats français meurent chaque jour en moyenne entre 1914 et 1918.

·         1,4 millions de victimes, 4,3 millions de blessés.

·         L’artillerie est la principale responsable du carnage. 70% des blessés lui sont imputables.

·         Apparition des armes chimiques, utilisées pour la première fois à Ypres en avril 1915, malgré leur interdiction par le Convention de La Haye de 1899. Elles provoquent un choc dans l’armée et dans l’opinion publique.

·         Point culminant de l’angoisse pour les soldats.

·         Les gaz se révèlent rapidement inefficaces, faisant plus de blessés que de morts.

La violence est aussi psychologique pour ceux qui ont la chance de ne pas être touchés dans leur chair

·         SI la discipline militaire a joué un rôle indéniable, il faut souligner la force du patriotisme, profondément inscrit dans les esprits par l’école de la République.

·         Importance de la solidarité au sein de « groupes primaires de combattants », où, par esprit de corps, on se bat pour que ses amis ne soient pas morts en vain.

·         Près de 400 « journaux de tranchées » paraissent. On consacre beaucoup de temps aux journaux personnels. Ainsi, le caporal Louis Barthas, tonnelier de l’Aude, remplit en quatre ans 19 cahiers d’une centaine de pages.

·         La correspondance, qui connait un développement impressionnant, est censurée et surveillée.

·         10 milliards de lettres pendant la guerre.

·         Dans les hôpitaux militaires français, 20 000 lits, soit un sur sept, sont attribués aux victimes de troubles psychiques. Traumatismes liés à des explosions et des névroses liées à la peur.

·         Mutineries à partir du 17 avril 1917. 40 000 mutins. Les mutineries ne touchent pas les premières lignes, les Allemands ne s’en aperçoivent pas.

·         Pas de manifestations d’ordre politique.

·         Pétain réussit à dénouer rapidement la crise. 554 condamnations à mort, 49 sont exécutées.

·         Amélioration du quotidien des soldats.

·         Mutineries résorbées en juin.

Le coût des derniers efforts

En 1917, l’essoufflement du pays s’accompagne d’une rupture de l’ « Union sacrée »

L’année 1917, « année terrible », voire « impossible » (Jean-Jacques Becker), est marquée par une profonde remise en cause de la cohésion nationale.

Le moral des Français est ébranlé : pour la première fois, ils commencent à douter de la victoire

·         L’échec du Chemin des Dames confirme l’imperméabilité du front occidental.

·         Sur les autres théâtres d’opération, la situation semble défavorable pour l’Entente.

·         Après la révolution russe de « février » (mars selon notre calendrier), l’effondrement du front oriental se révèle peu à peu inéluctable.

·         L’Allemagne peut, dès l’été 1917, rapatrier plusieurs divisions à l’ouest, comme sur le front austro-italien, enfoncé par les Puissances centrales après la déroute italienne de Caporetto en octobre 1917.

·         La France, déjà engagée en Grèce avec l’armée d’Orient du général Sarrail, bloquée dans le port de Salonique, doit alors prêter main forte à son allié italien pour résister aux Austro-allemands sur la rivière Piave.

·         Seule l’entrée en guerre des Etats-Unis, en avril, en réaction à la guerre sous-marine à outrance des Allemands dans l’Atlantique, permet d’entretenir l’espoir.

·         En juin, le ministre de l’Intérieur Louis Malvy demande aux préfets un rapport sur le moral de leurs départements : il est médiocre ou mauvais dans près de la moitié du territoire, notamment dans les villes.

·         Le contrôle du courrier enregistre une explosion des opinions pacifistes dans la correspondance. Beaucoup de Français souhaitent une paix rapide, qui interviendrait avant la fin de l’année.

Car, à l’arrière aussi, le quotidien devient difficile

·         L’année 1917 est marquée par un hiver terriblement rigoureux.

·         L’inflation s’emballe, notamment en ce qui concerne la nourriture, car les importations sont freinées par la guerre sous-marine allemande. Paysans accusés de « profiteurs de guerre » car les prix des produits alimentaires ont doublés.

·         Apparition du rationnement.

·         Populations allemandes et autrichiennes connaissent la famine.

·         Tous les aliments sont rationnés en France en juin 1918.

L’hiver puis le printemps 1917 voient éclater les premières grandes grèves depuis le début du conflit

·         Crise conscrite à une minorité de travailleurs de l’industrie.

·         Ce sont les employées de deux maisons de couture parisiennes qui lancent la grève, suivies par les « munitionnettes », le secteur du bâtiment, du gaz, les transports, etc.

·         Les mouvements ne sont pas politiques, à l’instar des mutineries.

·         De nouvelles grèves plus importantes que celle des janviers, éclatent. 131 000 grévistes en juin dans la région parisienne, mais, pour la première fois, le mouvement touche aussi la province.

·         Conflits réglés rapidement, notamment par le ministre de l’Armement Albert Thomas, qui craint que l’industrie de guerre ne soit sérieusement ralentie.

1917 est enfin marquée par une crise politique qui met fin à la trêve des partis

·         Désir de paix dans de nombreux partis, notamment à la SFIO.

·         Une minorité formée en 1915 autour de Jean Longuet, petit fils de Karl Marx, demande un règlement rapide et pacifique du conflit. Ce groupe frôle la majorité au sein de la SFIO en 1917.

·         En septembre, les socialistes refusent de participer au gouvernement de Painlevé.

·         Catholiques excluent en août de l’« Union sacrée ». Retour en force de l’anticléricalisme. Clemenceau traite le pape de pontife allemand. Denys Cochin doit quitter le gouvernement quelques jours plus tard.

·         Louis Malvy, ministre de l’Intérieur depuis 1914, devient la cible au cours de l’été 1917 des principaux pourfendeurs du « défaitisme », Clemenceau au Sénat et Léon Daudet dans l’Action Française. On lui reproche entre autre d’avoir subventionnée sur les fonds secrets en 1914 un journal révolutionnaire et pacifiste, Le Bonnet rouge. Quand son directeur, Eugène Vigo, dit Almereyda, est arrêté le 4 août 1917 pour intelligence avec l’ennemi, les jours de Malvy au gouvernement sont comptés. Il démissionne le 31 août du cabinet Ribot. Plus tard, un homme d’affaires, Paul Bolo, est accusé de recevoir des fonds allemands. Les antipacifistes évoquent ses liens avec Joseph Caillaux, autre de leurs bêtes noires.

·         Les affaires de trahison culminent.

·         Forte instabilité ministérielle, du fait des nombreuses démissions de ministres et de la complexité croissante des relations du gouvernement avec le Parlement.

·         Le ministère Painlevé, qui succède aux cabinets Briand et Ribot, est renversé par la Chambre des députés au mois de novembre 1917.

·         C’est alors au président Poincaré de dénouer cette crise politique majeure. Il fait appel à Georges Clemenceau, 76 ans, qui veut mener le combat jusqu’au bout.

Clemenceau est le premier « homme providentiel » du XXème siècle français

La longue carrière politique et journalistique du nouveau président du Conseil, entamée avec la IIIème République, est marquée par son caractère fougueux et intransigeant

·         1841-1929.

·         Médecin

·         Fréquente le révolutionnaire Blanqui, ce qui lui vaut un séjour en prison.

·         Maire de Montmartre en 1870, conseilleur municipal de Paris élu député en 1876, il devient en quelques années le très redouté chef de l’extrême gauche radicale.

·         Il réclame la séparation des Eglises et de l’Etat.

·         Perd son siège de député en 1893.

·         Propriétaire du journal L’Aurore, qui le relance en politique avec le célèbre J’accuse de Zola.

·         Elu sénateur du Var en 1902.

·         Il entre au gouvernement en 1906, mais n’y rentrera une nouvelle fois qu’en 1917.

·         Ministre de l’Intérieur, puis président du Conseil, il est renversé en 1909. Le « Tigre » retourne à la place qui lui correspond le mieux : l’opposition.

Le Parlement s’efface devant le nouveau gouvernement

·         Clemenceau est appelé à la présidence du Conseil le 15 novembre 1917.

·         Hostilité de la SFIO. Les socialistes ne votent plus les crédits de guerre à partir de juillet 1918. On parle de « dérive droitière » (J.J. Becker) de l’Union sacrée.

·         Même l’Action Française soutient le Vendéen Clemenceau, qu’elle appelle désormais le « vieux chouan ».

·         Clemenceau gouverne quasiment seul.

«Je fais la guerre ! »

·         Le programme que s’assigne le « Tigre » dans un fameux discours à la Chambre de mars 1918 s’applique indifféremment aux deux fronts, intérieur et extérieur.

·         Clemenceau dirige une répression impitoyable contre les pacifistes. Si Almereyda se suicide en prison, Paul Bolo et Emile Duval, un autre homme d’affaires ayant touché des fonds allemands, sont condamnés à mort et exécutés.

·         Malvy est lui lavé du crime de trahison, mais est condamnée en août 1918 pour « forfaiture » à cinq ans d’exil. Caillaux est arrêté en janvier 1918, et restera en détention préventive jusqu’à son procès en 1920.

·         Clemenceau renforce la censure.

·         De nouvelles grèves éclatent au printemps 1918, lancées par des hommes d’usines d’armement. Inspirée par une fraction de la CGT, elles ont une connotation politique forte. Agitation habilement et sans brutalité désamorcée par le ministre de l’Intérieur Jules Pams.

·         Ministre de la guerre, Clemenceau consacre une partie essentielle de son inlassable activité aux questions militaires. Au cours de l’année 1918, il passe en moyenne une journée sur trois au front. Dans la conduite de la guerre, le pouvoir civil prend désormais le pas sur le pouvoir militaire avec Clemenceau. Il abaisse la limite d’âge du grade de général de 65 à 60 ans, et malgré les protestations des commandants en chef, Pétain et Foch, il va même renouveler une grande parte de l’état-major avant les opérations décisives du printemps 1918.

La Victoire inspire plus le soulagement que l’euphorie d’un pays blessé et amer

Le « dernier quart d’heure » (Clemenceau) de la guerre se révèle longtemps incertain

·         Au début de 1918, Clemenceau estime lui-même qu’« il faut vraiment avoir l’âme fortement chevillée pour avoir encore confiance ».

·         Alors que l’allié russe se retire du conflit par la paix de Brest-Litovsk (3 mars 1918), permettant à l’Allemagne de se consacrer au seul front occidental, le renfort américain connaît un sérieux retard. Supériorité numérique allemande (197 divisons contre 175).

·         Le général en chef Ludendorff, reproduisant la tactique qui lui a valu de nombreux succès à l’Est ainsi qu’à Caporetto, lance de nombreux groupes d’assaut contre les points faibles de la défense alliée. Il parvient, grâce à la surprise, à réaliser les premières percées depuis près de quatre ans sur le front français.

·         Deux premières offensives, en mars sur la Somme et en avril sur la Lys, infligent d’énormes pertes à l’armée anglaise. Une troisième, déclenchée le 27 mai au Chemin des Dames, fait reculer les Français jusqu’à la Marne, à seulement 60km de Paris. La capitale est bombardée par d’énormes canons – dont la fameuse « Grosse Bertha » – installés à 140km de là, en forêt de Saint-Gobain. Même si des civils sont atteints, l’opinion ne fléchit pas.

·         Devant le péril, et après s’y être longtemps opposés, les Anglais acceptent un commandement unique. Il est confié en mars au général Ferdinand Foch, bientôt nommé « commandant en chef des armées alliées en France ».

·         Le 18 juillet, alors que Ludendorff vient de lancer une nouvelle offensive pour réduire le saillant de Reims, Foch peut ainsi ignorer les réticences d’un Pétain très pessimiste à la tête de l’armée française, et ordonner une contre attaque. Cette « seconde bataille de la Marne », qui voit la Xème armée du général Mangin, appuyée pour la première fois par trois divisions américaines, repousser les Allemands sur l’Aisne, marque un tournant décisif.

·         La victoire semble désormais promise aux alliés, qui possèdent un double avantage, humain et matériel. Les soldats américains, qui sont 1 million en juillet, sont 2 millions à la veille de l’armistice. De plus, les offensives de l’infanterie sont désormais efficacement appuyées par les chars, plus légers et moins vulnérables qu’en 1917, et par les avions, plus puissants, qui servent au bombardement de l’ennemi. La disproportion est énorme dans ce domaine entre les deux camps.

·         L’avance des armées alliées durant l’été et l’automne 1918 s’effectue au ralenti.

·         Si Poincaré et une partie de l’opinion sont déterminés à porter les combats sur le territoire allemand, Clemenceau, d’accord avec Foch et Pétain, hésite à poursuivre une guerre déjà gagnée jusqu’à l’épuisement.

·         En octobre, Thomas Woodrow Wilson négocie personnellement avec les Allemands et les amène à accepter la possibilité d’un armistice. Celui-ci intervient d’autant plus vite que le 9 novembre, l’agitation révolutionnaire berlinoise pousse Guillaume II à abdiquer. Le 11 novembre, le socialiste Ebert, chef du gouvernement provisoire de la République à peine proclame, donne l’ordre aux représentants allemands, reçus par Foch dans son train arrêté dans la clairière de Rethondes, de signer l’armistice.

·         Dans toute la France, la nouvelle est accueillie par une spectaculaire liesse populaire. Le lendemain, la une du Canard enchaîné est barrée par un titre révélateur des souffrances endurées : « Ouf ! ».

C’est un pays exsangue qui fête la victoire

·         Epidémie de grippe espagnole. 200 000 morts entre 1918 et 1920.

·         1 350 000 morts et disparus, 3,4% de la population. Deux tiers des victimes sont des paysans, 100 000 morts dans les troupes coloniales. Près de 2 millions de mutilés, blessés ou gazés.

·         30 000 monuments aux morts (ossuaire de Douaumont à Verdun).

·         2,5 millions d’hectares de terres cultivables sont dévastés, 350 000 maisons, 62 000km de routes et 5 000km de chemin de fer sont détruits.

·         En 1921, le coût de la reconstruction est évalué à 34 milliards de francs-or.

·         La France est financièrement fragile au début des années 1920.

Le règlement de la paix suscite une certaine amertume

·         Clemenceau, le « Père de la Victoire », d’après la Chambre des députés.

·         Le Parlement lui laisse les mains libres jusqu’aux élections de novembre 1919.

·         Il cherche à défendre les Français durant la conférence de la Paix qui s’ouvre à Versailles le 18 janvier 1919. Il souhaite la sécurité de la France, et veut donc détacher la rive gauche du Rhin du reste de l’Allemagne. Wilson et Lloyd George s’y opposent. Cependant, la rive gauche du Rhin sera occupée pendant 15 ans.

·         La SDN, créée lors des négociations de paix, administrera la région de la Sarre pendant quinze ans.

·         La France n’obtient satisfaction que sur le versement par l’Allemagne de 25 milliards de francs-or avant 1921. Les Allemands ne pourront en verser que 9.

·         Signée le 28 juin 1919 dans la galerie des Glaces, le traité de Versailles constitue donc une cruelle désillusion pour une grande partie de l’opinion, qui voulait croire à une « paix française ». A droite, on estime que Clemenceau a « perdu » la paix.

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