Fils de Louis VII et d'Adèle de Champagne, Philippe vient d’avoir quinze ans, lorsqu’il monte sur le trône. Il est déjà très aimé par ses sujets qui ont pu apprécier sa précoce maturité : depuis un an, son père malade lui avait presque abandonné le pouvoir. Cette maturité se confirme par son premier acte de roi. Il épouse Isabelle de Hainaut, nièce de son tuteur, le puissant comte de Flandre, Philippe d’Alsace. Mariage politique d’une portée considérable qui scelle son union avec une descendante directe de Charlemagne. En l’épousant, Philippe greffait la dynastie capétienne sur la dynastie carolingienne. De son illustre ancêtre par alliance, Philippe a l’ambition et la prudence, l’intelligence et la rapidité de jugement, la ténacité et la ruse. Ne dédaignant ni l’intrigue ni l’art de se servir des gens, ni la négociation plutôt que la guerre, c’est avant tout un politique, au sens moderne du mot. Ainsi, il mène d’abord une action armée puis une longue procédure pacifique pour obtenir de Philippe d’Alsace les territoires promis en dot à sa femme ou lui revenant par héritage : l’Amiénois, le Vermandois, l’Artois, puis le Valois. Ces provinces accroissent sensiblement le domaine royal, dont les possessions recouvraient essentiellement l’Ile-de-France.  Dès le début de son règne, le roi s’attache à étendre et à unifier son domaine, mais aussi à défendre le royaume des ambitions des grands « barons ». La plus redoutable menace vient de son vassal Henri II Plantagenêt, également roi d’Angleterre. Pour l’affaiblir, Philippe Auguste exploite savamment l’avidité de ses fils contre lui. Il soutient militairement Geoffroi, puis Richard, dit Cœur de Lion. Une dernière révolte de Jean, le préféré d’Henri II, va causer le désespoir du roi d’Angleterre et précipiter sa mort. C’est Richard qui lui succède (1189). Pendant un temps, l’amitié semble rapprocher Philippe Auguste et Richard. A l’appel de l’archevêque de Tyr, ils entreprennent ensemble la troisième croisade, à laquelle se joint l’empereur de Germanie, Frédéric Barberousse (1190). Echaudé par les malheureuses expériences précédentes, on prépare longuement l’expédition. Ce n’est plus une cohue mais une véritable armée qui s’embarque pour délivrer Jérusalem de l’emprise du musulman Saladin. Malgré les forces engagées, le seul véritable succès des croisés est la prise de Saint-Jean-d’Acre, après un siège pénible et interminable (1191). Philippe Auguste, malade d’une sorte de typhoïde, rentre en France. Il laisse Richard sur place. A-t-il déjà en tête d’envahir la Normandie ? C’est ce qu’il fait en apprenant que Richard, après quatorze mois passés en Terre sainte, a été capturé sur la route du retour par le duc d’Autriche (1193), puis livré à l’empereur de Germanie. Richard est enfin libéré après le versement d’une énorme rançon (1194). Philippe a été prévenu par l’empereur : « Prenez garde, le diable est lâché. » Le diable, qui est devenu une véritable légende vivante, reprend aussitôt sa lutte contre le roi de France. Il fait édifier des forteresses pour protéger notamment la basse vallée de la Seine (Château-Gaillard). A Fréteval (juillet 1194), à Courcelles (1198), il inflige à Philippe Auguste de cuisantes défaites. La situation critique se dénoue quand Richard trouve la mort au siège de Châlus, le 26 mars 1199. Reste le dernier fils d’Henri II, Jean, dit « Sans Terre » parce qu’il était trop jeune lorsque son père avait partagé ses provinces françaises entre ses enfants. Successeur de Richard, Jean échoue dans une coalition de féodaux menée contre Philippe Auguste. Les deux souverains se réconcilient momentanément par le traité du Goulet (mai 1200) qui apporte au domaine royal Evreux et le Berry. Mais Jean commet deux fautes graves (enlèvement de la fiancée du comte de la Marche, assassinat de son neveu Arthur de Bretagne) dont Philippe va profiter. Refusant de répondre de ses actes devant la justice du roi, Jean se voit déchu de tous ses biens français (1202). Fort de cette sentence, Philippe entreprend, les armes à la mains, la conquête de la Normandie, qui tombe après le siège mémorable de Château-Gaillard (1204), l’occupation de l’Anjou, du Poitou, du Maine et de la Saintonge. Par le mariage d’un membre de sa famille avec l’héritière de Bretagne, il affermit son pouvoir sur cette province. En quelques années, l’empire Plantagenêt en France est démembré. La menace anglaise à peine écartée, une révolte éclate menée par les Cathares (ou Albigeois), hérétiques apparus dès le XIe siècle dans le Languedoc et le pays toulousain. Le Saint-Siège échoue à faire entendre raison à cette véritable contre-Eglise. Aussi, à la suite du meutre du légat pontifical envoyé par le pape Innocent III, ce dernier lance « la croisade contre les Albigeois » (1208). Le pape invite Philippe Auguste à y prendre part. Le roi refuse (mais autorisera son fils Louis à intervenir militairement plus tard). De son royaume d’Angleterre, Jean ne s’avoue pas vaincu. Il tente de reprendre sa revanche en formant contre Philippe Auguste une nouvelle coalition réunissant le comte de Flandre, le comte de Boulogne et l’empereur Otton IV de Brunswick (1213). Jean et les coalisés sont  écrasés en deux fameuses batailles. La Roche-aux-Moines, près d’Angers, remportée par le prince Louis, le 2 juillet 1214. Bouvines, en Flandre, conduite par le roi lui-même, le 27 juillet. Par le traité de Chinon qui s’ensuit (18 sept. 1214), Jean renonce à toutes les provinces conquises par son rival. Le retentissement de Bouvines est grandiose. La victoire soulève un immense élan de liesse populaire. Tout au long de son chemin de retour, on honore le roi par des chants, des danses et des décorations : « Les rues, les maisons, les routes, de tous les villages et de toutes les villes, sont tendues de courtines et d’étoffes de soie, tapissées de fleurs, d’herbe et de feuillage vert. » Paris vit une semaine de fêtes ininterrompues. Autour du roi apparaît le germe d’un sentiment « national ». Sentiment qui n’est sans doute pas étranger à la rigoureuse administration du royaume entreprise par Philippe Auguste. L’essor véritable du mouvement urbain et communal, la création des baillis (agents salariés au service de l’Etat dans tout le royaume), l’effort pour accroître le rendement des terres et développer les voies de communication, la construction d’un réseau serré de places fortes par la pratique du pariage, la mise en chantier de nombreuses cathérales, le conseil du roi ouvert aux clercs et à des laïques de modeste naissance,  toutes ces avancées sont dues au règne de Philippe Auguste. Paris, où le roi réside avec la cour, et qui est devenue la capitale la plus importante d’Occident, est transformée, assainie, embellie (tour ronde du Louvre, halles, rues pavées, rempart édifié). Enfin, l’Université de Paris fait de la cité un centre intellectuel de renommée universelle. Dans cet atelier bouillonnant, « arbre de vie dans le paradis terrestre », enseignent les plus grands lettrés venus de tous pays, élaborant une culture nouvelle qui rayonnera partout en Europe. C’est d’un domaine agrandi, enrichi et pacifié et d’une monarchie respectée  dont le prince Louis va hériter à la mort de Philippe Auguste, le 14 juillet 1223.

A cette époque vivaient :

ASSISE, François d’, Saint (v.1182-1226)

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !