« La Gaule ? Un chaos », écrit l’historien Michelet. Vers 52 avant J.-C., à la veille de la conquête romaine, la Gaule n’est certes pas une nation, au sens moderne du terme. Elle ne forme pas un ensemble politique cohérent. C’est environ quatre-vingt peuplades indépendantes, elles-même divisées en tribus et en clans minés par des conflits perpétuels. Cette poussière de peuples a cependant un point commun. Elle est l’héritière des invasions celtes des Ve-IIIe siècles avant J.-C. Violente, explosive, cette conquête venue du centre de l’Europe s’est introduite par vagues successives dans l’hexagone, en recouvrant peu à peu notre territoire. Nos « ancêtres les Gaulois » sont donc des Celtes, descendants de guerriers intrépides, de cavaliers passionnés, mais aussi d’artisans habiles, porteurs d’une religion et d’une culture originales. Qui sont les Celtes ? Des Indo-Européens dont le trait d’ensemble est qu’ils parlent des langues apparentées entre elles. En quelques siècles, les Celtes se sont mélangés aux populations autochtones conquises, ont imposé leur langue, leurs coutumes et leur façon de vivre, tout en occupant un immense territoire. Au temps de Vercingétorix, on évalue la population à un nombre considérable : dix millions de personnes. Dans ses Commentaires, César nomme la Gaule Gallia comata, ou « Gaule chevelue » en raison de l’étendue de ses forêts. Il distingue trois zones. Au centre, ce qu’il appelle la Gaule Celtique (de la Garonne à la Seine), le cœur du pays qu’il s’apprête à coloniser. Au sud-ouest, l’Aquitaine (des Pyrénées à la Garonne). Au nord, la Gaule Belgique (de la Seine au Rhin). Reste la « Provincia » (Provence), ou Narbonnaise qui, dès 121 avant J.-C., est devenue possession romaine. Quel lien réunit les Vénètes, les Redons, les Bituriges, les Eduens, les Volques, Carnutes, Allobroges, Lémovices, Pictons, Cadurques, Bellovaques, Arvernes etc....? L’esprit de division et l’individualisme. Ce sont tous des Gaulois, mais déchirés par des guerres endémiques. Des Barbares, disent les chroniqueurs de l’Antiquité qui tracent également leur portrait physique. Ils « ont un corps grand, la peau humide et blanche, les cheveux blonds par nature, relevés des tempes sur le sommet de la tête et de la nuque, de sorte que leur aspect ressemble à ceux des Satyres et des Pans... Certains laissent pousser leurs moustaches au point que leur bouche est cachée : aussi lorsqu’ils mangent, leur moustache est embarrassée d’aliments, et lorsqu’ils boivent, la boisson circule à travers elle, comme à travers un filtre ». Certes, les Gaulois n’ont pas le raffinement et les bonnes manières des romains. Guerriers toujours prêts à sauter sur un cheval pour courir l’aventure, ils vivent simplement. Une botte de paille fait l’affaire pour s’asseoir autour de la table où l’on dévore à belles dents quelque cuissot de sanglier et où l’on s’enivre copieusement à la bière, « jus fétide d’orge pourri » selon les propos de Denys. Le jugement sévère des historiens romains sur les Gaulois est forcément partial. Mais ils rapportent sur leur personnalité et leur tempérament de précieuses informations. De caractère, le Gaulois est rebelle à toute discipline. C’est un vantard, prompt à la rixe, un belliqueux jalousant ses voisins et toujours prêt à l’agresser. En tant que guerrier, on reconnaît sa bravoure et son mépris de la mort (certaines tribus ne vont-elles pas dépouillées de tout vêtement au combat ?). Mais on rapporte également avec épouvante sa cruauté et sa sauvagerie (ne coupe-t-il pas les têtes de ses ennemis pour les suspendre en trophées au cou de son cheval ou à l’entrée de sa maison ?). Comme citoyen, c’est un individualiste forcené, un mercenaire qui ne reconnaît que l’autorité du plus offrant ; qui veut un courage aveugle et du sang à bon marché, achète un Gaulois. Quant à ses pratiques religieuses, ce sont celles d’un barbare adorateur de divinités mystérieuses auxquelles on sacrifie des humains (prisonniers enfermés dans des mannequins d’osier et brûlés vifs, ou pendus aux arbres). Sanguinaires, incultes, primitifs les Gaulois ? La charge des auteurs anciens est d’autant plus grossière qu’il fallait justifier de la conquête romaine et d’une colonisation qui allait faire profiter de leur brillante civilisation les peuples gaulois. Sans doute moins raffinée, une culture vivante, riche et variée existe cependant bien sur le sol de Gaule, au temps de Vercingétorix. Avec eux, les Celtes ont apporté leur talent de charron (invention du tonneau), de charpentier de navire, de potier, de sellier, leur don du commerce, leur savoir-faire d’agriculteur. Les campagnes que César traverse lors de la guerre des Gaules sont peuplées de paysans experts, en avance sûrement sur les Romains. La réputation des forgerons et des étameurs dépasse largement les limites de la Gaule. Epées, poignards, lances, sont d’une résistance remarquable. Si fiers à juste titre de leur production, les forgerons n’hésitent d’ailleurs pas à frapper leur marque, sous forme d’un poinçon, au sommet de la lame. Tout aussi résistants sont les boucliers souvent sculptés, les casques ornés de cornes de taureaux, d’aigrettes ou d’ailes d’oiseaux. La parure joue un grand rôle chez les Gaulois. Hommes et femmes aiment à porter des bijoux : torques (colliers rigides), bracelets, fibules ou ceintures en bronze. Dans les tombes des grands chefs gaulois - en plus de leur char de guerre, parfois plaqué d’argent - on a retrouvé quantité de bijoux en bronze et en or, et d’objets qui attestent de la qualité des céramistes, des verriers et surtout des émailleurs. Grâce à un excellent outillage et à des techniques performantes, la Gaule fournit en abondance des céréales, plusieurs espèces de blé, d’orge et de millet. La cueillette de baies, la pêche, la chasse, mais aussi la fabrication de laitages et de charcuteries apportent aux banquets le complément alimentaire. Gros consommateurs de viande, les Gaulois pratiquent en grand l’élevage du porc. Dans les forêts, ils élèvent également des bœufs, des moutons et des chèvres. En cas de danger, troupeaux d’animaux et paysans se mettent à l’abri dans les villes fortifiées qui se multiplient sur tout le territoire. Ces oppida, véritables places fortes, peuvent tenir tête à l’ennemi. Souvent bâties sur les hauteurs, elles sont protégées par un fossé profond, entourées d’une muraille de quatre mètres d’épaisseur, le fameux murus Gallicus constitué d’un clayonnage de pierres, de terre et de gros madriers de bois. A l’intérieur de cette enceinte sont aménagés de vastes espaces (135 hectares à Bibracte, 97 à Alésia). Là, trouvent refuge les populations locales, sont stockées les denrées, s’élèvent les maisons de torchis du quartier aristocratique, s’installent des ateliers d’artisans. Ce sont souvent des tisserands qui filent la laine et le lin dont seront faites les braies (pantalons d’homme resserrés aux chevilles), les tuniques longues ou courtes portées par les femmes, les manteaux fixés par des broches ou des clips. Les pièces de tissus sont teintes de couleurs vives, parfois rehaussées de broderies d’or ou d’argent, métaux extraits par les Gaulois au centre de la Gaule. Ville refuge, l’oppidum a également un rôle de centre politique. Dans la cité existe une sorte de conseil où siègent les représentants des familles aristocratiques et les chefs de villages. Un magistrat, le vergorbret, est chargé des affaires publiques et élu chaque année par les nobles et les druides. Moins structurée et hiérarchisée que la société romaine, la société gauloise est essentiellement divisée en trois groupes. Les nobles, formant une aristocratie guerrière ; les hommes libres, constituant la classe paysanne et la clientèle des chefs de villages et des grandes familles ; les esclaves, au service des deux premiers. Les druides sont une caste à part et peuvent être appelés en tant qu’arbitres en cas de conflits entre peuples. Loin de l’image du vénérable vieillard coupant le gui avec une faucille d’or, le druide a un rôle social éminent. C’est un prêtre doublé d’un médecin ou plutôt un guérisseur possédant le secret des plantes curatives, un chirurgien pansant et réduisant les fractures. C’est aussi un savant, un maître à penser et un éducateur qui instruit oralement (il n’existe pas de langue écrite) les princes de l’aristocratie. Au temps de Vercingétorix on ne pratique plus de sacrifices humains. Les Gaulois cultivent le culte de la nature et de ses forces mystérieuses. Personnages et animaux fabuleux composent un riche panthéon de divinités, dont le trio principal est constitué par Taranis, dieu du Tonnerre, Esus, dieu des Forêts, Teutatés, dieu de la Richesse, des Chemins et de la Mort. Le druide règle la liturgie des cérémonies religieuses. Arbres, roches, sources et rivières sacrés sont l’objet de rites et d’offrandes. On se réunit dans les forêts mais aussi dans les temples dont certains sont édifiés à l’intérieur des cités. Egalement centre économique, les oppida, notamment Avaricum (Bourges), Cenabum (Orléans), Noviodunum (Nevers), accueillent les marchands venus de toute la Gaule mais aussi d’Italie, de Grèce et même de Syrie. La monnaie gauloise qui a cours s’est d’abord inspirée du statère macédonien puis chaque peuple a eu son monnayage propre et original. Entre les hameaux, les bourgs et les oppida s’est tissé un réseau étendu de routes et de chemins qui facilite l’intense trafic commercial (routes de l’ambre, de l’étain). Les gros chariots à quatre roues impliquant des attelages et les chars de luxe (légers et rapides, sur le modèle des chars de guerre) circulent sur des routes, témoignant de leur bonne qualité. Des côtes de la Manche à la Méditerranée, le trajet ne durait pas plus d’un mois. Cette densité de communications routières et fluviales va d’ailleurs faciliter la conquête de César. Car il était inévitable qu’un territoire aussi vaste que la Gaule et aussi riche en possibilités attire l’attention de ses puissants voisins romains. Aidé par les dissensions qui opposaient les tribus et les cités gauloises, César va utiliser le premier prétexte pour envahir la Gaule. Malgré un ultime sursaut « national », la défaite de Vercingétorix ( 52 av J.-C.) achève la conquête éclair et sanglante. D’après Plutarque, la guerre des Gaules se soldait par « 800 villes prises de force, trois cents peuples soumis, un million d’ennemis tués, un autre million réduit en esclavage ». Le fait est que, conquise, la Gaule a aussi vite cédé au vainqueur qu’elle s’est ouverte à la civilisation de l’Italie et de la Méditerranée. Ce faisant, elle a profondément changé son destin en perdant sa langue et sa religion.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !