Le mariage chez les Francs

Les Francs, comme les autres peuples germains, pratiquent l'endogamie[4] au sein de la Sippe ou clan (groupe de parenté étendu). Le mariage y prend plusieurs formes. Le père est le chef de la famille et exerce son autorité (mundium ou munduburdium) sur ses femmes, ses enfants, ses esclaves[5]. Il a le pouvoir d’accepter ou de refuser les mariages de chaque membre de sa familia[6]. Les jeunes nobles francs pratiquent une éducation sentimentale auprès des esclaves de leur familia ou des filles de leurs proches. Il en résulte souvent plusieurs mariages avec ses épouses de jeunesse (friedelfrau), qualifiées d’épouses de second rang ou d’épouses morganatiques. Ce type de mariage, la friedelehe, est généralement hypergamique et est conclu de façon privée entre le mari et la femme[7]. Le chef de famille peut décider d’établir pour les jeunes francs arrivés à maturité, des mariages avec des épouses prestigieuses dites de premier rang. Ce type de mariage, célébré en public, permet le rapprochement des familles, assurant une alliance diplomatique[8]. Cette polygynie entraîne la confusion chez les chrétiens traditionnellement monogames, qui appliquent naturellement le droit matrimonial romain et qualifient à tort ces épouses de concubines ou de maîtresses, croyant leurs enfants illégitimes[note 1]. Or, les enfants issus des différents mariages sont tous égaux en matière de succession[note 2]. Le père garde cependant le droit d’écarter de sa succession les enfants de son choix[note 3].

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La politique matrilinéaire de parentèle

Afin d'étendre son influence et d'agrandir son domaine, Clotaire pratique une politique de famille large, nommée parentèle dans les lois germaniques[9]. Le but recherché est de maintenir la paix et d'assurer la conservation du patrimoine que constitue le royaume et les territoires conquis, considéré comme propriété personnelle suivant la pratique de la patrimonialité[10], pour sa descendance[11]. En multipliant les unions avec différentes épouses, le roi renforce le lien avec ses « ventres de souveraineté » qui sont au centre du système matrilinéaire germanique. Le mélange de leur sang les lie en un groupe unie à vie[12], garantissant ainsi que ses enfants à naître héritent du patrimoine parentale, ceci à la condition que les différentes épouses n'aient pas eu d'enfants lors de mariages antérieurs. Le roi pouvant toujours se débarrasser des enfants n'étant pas issu « de sa propre semence »[13].

Selon Grégoire de Tours, « Le roi Clotaire a eu sept fils de diverses femmes, à savoir : d’Ingonde il eut Gonthier, Childéric, Charibert, Gontran, Sigebert, et une fille, nommé Closinde ; d’Arnegonde, sœur d’Ingonde, il eut Chilpéric ; et de Chunsine, il eut Chramne[14]. »

Vers 516, à environ vingt ans, il épouse Ingonde qui doit être une esclave du domaine royal[15]. Elle lui donne pour fils Gonthier vers 517, Childéric vers 518, Caribert vers 519, Gontran vers 528 et Sigebert en 535. Ils ont également une fille nommé Chlodosinde. Sa mort survient bien au-delà de l'année 536[16].

Clotaire se marie également avec Chunsine, probablement sa deuxième reine[17] avec qui elle a un fils nommé Chramne entre 520 et 540[note 4].

En 524, il épouse la reine franque Gondioque, veuve de son frère aîné Clodomir.

Entre 525 et 527, il épouse Arnegonde qui lui donne un fils, Chilpéric[18].

En 538, il se marie avec la princesse thuringienne Radegonde dont il n'aura aucun enfant.

En 555, il épouse enfin la princesse lombarde Vuldetrade, veuve de son petit-neveu Theodebald. Elle est ensuite répudiée.

Une femme, qui était d'un rang plutôt aisé et qui peut être Vuldetrade[19], présente son fils nommé Gondovald, né à la fin des années 540 ou au début des années 550, comme un fils de Clotaire. Clotaire « ayant semé des enfants dans toute la Gaule », il s'agit là d'une « affirmation aussi plausible qu'invérifiable[20] » car si la mère le certifie, Clotaire lui-même doute de cet enfant. Il reçoit une éducation littéraire et se laisse pousser les cheveux, signe de son appartenance royale[21]. Sa mère l'amène à la cour du roi Childebert Ier à qui elle certifie qu'il s'agit de son neveu. Childebert, n'ayant pas de descendant mâle, accepte de le garder à ses côtés mais Clotaire le réclame. Il refuse cependant de le reconnaître comme son fils et le fait tondre préférant le garder en vie au cas où Gondovald serait vraiment son fils[22].

Généalogie

Une fausse généalogie trouvée dans les trophées de Brabant, réalisée au IXe siècle durant le règne de Charles le chauve, invente une fille de Clotaire nommée Blithilde qui se serait unie à Ansbert de Rouen, fils de Ferréol III. De ce mariage, serait né le duc Arnoald, père d'Arnoul de Metz, rattachant ainsi les dynasties mérovingienne et carolingienne, faisant ainsi croire que les Carolingiens régnaient par droit d'hérédité, mais aussi en les rattachant aux populations romaines par leur filiation avec la famille sénatoriale des Ferreoli[23].

Biographie

Le partage du royaume des Francs (511)

La division de la Gaule en 511.

Dans la tradition germanique, le mode de succession des rois sur le trône, la tanistry (nom celtique désignant la succession par le cadet et non par le fils), se fait entre frères, de l'aîné au benjamin, puis aux oncles et aux neveux[24]. Mais depuis le règne de Clovis Ier, la loi salique impose le partage du royaume entre les fils du roi. Contrairement au mode de succession par primogéniture qui régit la succession au trône du père au fils aîné, comme sous la dynastie capétienne, le royaume est divisé entre autant de fils que le roi possède, afin que chacun puisse régner. La division du Regnum Francorum engendre des sous-royaumes (teilreiche[25]) distincts de celui-ci, permettant à chaque prince d'exercer une royauté complète dans le sous-royaume attribué, plutôt que de diviser l'exercice du pouvoir avec les autres princes sur l'ensemble du territoire[26]. À la mort de son père, le 27 novembre 511, il partage le royaume des Francs, avec ses trois frères : Thierry Ier, Clodomir et Childebert Ier[27].
En raison du droit de la mère (Mutterrecht), les différentes reines se voient accordées pour leurs fils une portion de royaume en tenant « la balance égale ». Clovis ayant eu deux épouses, le royaume est divisée en deux. Alors que l'aîné, Thierry, fils de la première épouse, est largement avantagé, Clotaire partage la deuxième moitié du royaume de Clovis avec ses deux autres frères[28]. Son royaume se compose de deux blocs, l'un en Gaule belgique, correspondant au royaume Saliens où il établit sa capitale à Soissons[29] et qui comprend les diocèses d'Amiens, d'Arras, de Saint-Quentin et de Tournai, l'autre en Gaule aquitaine comprenant les diocèses d'Agen, Bazas et Périgueux[30].

La guerre contre les Burgondes (523-526)

En 523-524, à l'instigation de Clotilde, Clotaire et ses deux frères se joignent dans une expédition contre les Burgondes. L'armée Burgonde est mise en déroute et Godomar III s'enfuit. Quant à son frère Sigismond avec lequel il partage la couronne, il est fait prisonnier à Orléans avec sa femme et ses enfants par Clodomir, qui les fait tué peu après. A la suite du départ des Francs du royaume Burgonde, Godomar III en profite pour reprendre le pouvoir[31].

À la mort de Clodomir, le 25 juin 524, à la bataille de Vézeronce, Clotaire épouse sa veuve, Guntheuca (Gondioque)[31], ce qui lui assure la possession du trésor de Clodomir et lui fait valoir les droits que détient Gondioque en tant que seule héritière du roi Godégisile[32] ; la loi gombette permet à une fille d'hériter des terres en l'absence de fils[33]. Mais cela ne suffit pas pour obtenir le territoire de son défunt frère : la loi salique impose le partage du royaume entre les fils de Clodomir.

Ingonde lui ayant demandé de trouver un mari à sa sœur Arnegonde, digne de sa haute lignée, le roi ne trouve finalement pas meilleur prétendant que lui-même, et décide aussi d'épouser la seconde des sœurs[14]. Il les force à vivre ensemble jusqu'au décès d'Ingonde vers 546.

La campagne de Thuringe (531)

Radegonde est amenée devant Clotaire. Vie de sainte Radegonde, XIe siècle. Bibliothèque municipale de Poitiers.

En 531, Hermanfried le roi des Thuringiens avait promis à Thierry une partie du royaume de Thuringe s'il l'aidait à se débarrasser de son frère Baderic. Thierry accepte mais se trouve lésé après la victoire. Accompagné de son fils Théodebert, il fait donc appel à Clotaire pour se venger de Hermanfried. Leur union permet le ravage de la Thuringe[34] qui se retrouve annexée en tant que province du royaume des Francs[35]. Lors du partage du butin, les deux rois se disputent la princesse Radegonde et les négociations s'enveniment jusqu'au risque du recours aux armes. Finalement, Clotaire la récupère, du fait que lui ou ses hommes l'ait capturée[36], et la fait conduire en Vermandois, dans la villa royale d’Athies où des gardes se charge de subvenir à ses besoins. Elle fut présentée au roi par un courtisan[37]. Lorsque Clotaire veut la recevoir à Vitry-en-Artois, elle profite de la nuit pour s’enfuir avec des compagnons.

Les noces de Radegonde (en haut à gauche), Radegonde en prière (en haut à droite), Radegonde en prière prosternée à côté du lit conjugal (case du bas). Vie de sainte Radegonde, XIe siècle. Bibliothèque municipale de Poitiers.

En 538, elle est conduite à Soissons pour épouser le roi, qui voit se conforter sa domination sur la Thuringe[38],[34]. Néanmoins, elle évite la pompe royale[39] et tente de rester auprès de Dieu[40]. Le statut de reine rendait nécessaire le maintien de son rang par un revêtement illustrant la prospérité et la puissance du mari qui utilisait ce « trésors animé[41] » comme une vitrine[42]. Ainsi, durant les banquets, la reine prend place en vêtements simples[43], afin d'affirmer son humilité chrétienne. Elle refuse même de succomber au faste alimentaire, un serviteur dut prendre le pain pour le donner aux pauvres[44], elle trouve également prétexte auprès du roi pour se retirer et aller chanter des psaumes[45] et se lève la nuit pour soulager ses besoins naturelles et s'étendre en prière jusqu'à en geler. Une fois revenue dans sa chambre, elle évite le roi en se gardant de retourner dans le lit ou de se réchauffer auprès du foyer. Cette attitude irrite Clotaire qui s'entend dire avoir épousé une moniale plutôt qu'une reine, provoquant des disputes que Radegonde tente de calmer[46]. La vocation spirituelle de Radegonde faisant passer prioritairement Dieu par rapport au roi, finit par rendre Clotaire insultant lorsque, se sentant négliger, il réclame son épouse à sa table, ce qui l'oblige à racheter ses paroles par des cadeaux[47]. Elle arrive cependant à jouer un rôle en influençant, par l'intermédiaire des flatteurs, la justice du roi en faisant appel à sa clémence vis-à-vis des condamnés à mort[48]. La mort de son frère Hermanfried[49], assassiné sur ordre du roi[34], la pousse à quitter Clotaire, qui la laisse rencontrer Saint-Médard à Noyon. L'évêque Médard, invoquant l'union sacrée entre les époux mais aussi à cause de violences perpétrées par les Grands, lui oppose un refus pour une consécration moniale. Radegonde finit par l'emporter sur Médard en lui faisant craindre les foudres du Seigneur, celui-ci la consacre alors diaconesse[50]. Elle part vivre dans la villa royale de Saix en Poitou, qui avec la villa d'Athies, constitue une propriété acquise par dot[51]. Au bout d'un an, des rumeurs viennent aux oreilles de la reine disant que Clotaire souhaite la ramener à Soissons[52]. Elle demande alors à un ermite nommé Jean qui s'est emmuré pour vivre reclu, de prier pour elle et pour « ce qui la terrifiait, car, si le roi persistait en son dessein, la reine préférait mourir plutôt que d'être réunie à un roi de la terre après avoir connu les embrassements du Roi du Ciel[53] ». Le lendemain, Jean annonce le bon fondement des rumeurs « mais Dieu ne permettrait pas leur accomplissement et le jugement divin châtierait le roi avant qu'il l'eût reprise comme son épouse ». En effet, Clotaire vient pour tenter de reprendre Radegonde par la force mais, avertie de son arrivée, elle prend la fuite à travers champs, accompagnée d'Agnès et de Disciola. C'est à ce moment que se produit le « miracle des avoines » célébré le 28 février, dont les premières sources écrites datent du XIVe siècle et que le diocèse de Poitiers commémore le mois de mars sous le nom de « sainte Radegonde des avoines ». En sortant de Saix, elle dit à un paysan semant de l'avoine « Mon ami, si aucun te demande si tu as vu passer par ici aucune personne, réponds fermement que, dès le temps que tu semais cette avoine, ni homme ni femme n'est passé par ici ». Au moment même où ses paroles furent prononcées, le grain à peine semé se mit à croître jusqu'à taille adulte, ce qui permit au trois compagnes de se cacher dans le champ. Lorsque Clotaire arrive, celui-ci questionne le paysan qui lui confesse le miracle. Clotaire « fut plus émerveillé que jamais et de là s'en retourna, considérant qu'il était plus licite de laisser sa propre épouse que d'offenser la clémence divine »[54]. Elle préfère se retirer dans un couvent, plutôt que de vivre à ses côtés. Elle fonde à Poitiers l'abbaye Sainte-Croix[34], premier monastère de femmes d'Europe. Elle est ensuite canonisée sainte Radegonde.

Le partage du royaume d'Orléans (532)

Pour éviter que le royaume d'Orléans ne revienne à ses neveux, Clotaire s'allie à Childebert Ier en 532 pour organiser l'assassinat des trois jeunes héritiers.

Ils envoyèrent Arcadius, petit-fils de Sidoine Apollinaire[55], auprès de Clotilde avec une paire de forces[55] (ciseaux) et une épée nue. Il demanda alors à la reine ce que devait faire ses fils avec leurs neveux : les laisser vivre comme moine ou les étrangler[56]. La coutume germanique non-écrite reconnaissait une autorité de chef de la lignée à la reine, le mutterrecht (droit de la mère)[57]. Or dans la tradition germanique, le mode de succession des rois sur le trône, la tanistry (nom celtique désignant la succession par le cadet et non par le fils), se faisait entre frère, de l'aîné au benjamin, puis aux oncles et aux neveux[58]. Le risque de la tonte pouvait engendrer une guerre civile, les cheveux longs, symbole de royauté chez les francs, finissant toujours par repousser, Théodebald, Gunthar et Clodoald auraient pu revendiquer le trône un jour ou l'autre. Aussi il était de son devoir de laisser s'appliquer la tanistry[57]. Ecœurée, Clotilde répondit que s'ils ne devaient pas régner, alors elle préférait les voir morts que tondus.

Assassinat de Théodebald et Gunthar. Manuscrit du XVe siècle. Chroniques de France, bibliothèque nationale, Paris.

Les deux oncles massacrèrent les enfants de Clodomir : Clotaire assassina Théodebald d'un coup de couteau dans l'aisselle. Gunthar se jeta aux pieds de Childebert qui se mettait à pleurer et faillit céder aux suppliques de son neveu. Mais Clotaire lui fit remarquer qu'il était à l'initiative de l'entreprise. Childebert rejeta alors Gunthar contre son frère qui le poignarda et l'étrangla. Théodebald et Gonthaire avaient respectivement dix et sept ans. Le dernier, Clodoald resta en vie en parvenant à s'enfuir, caché par des partisans fidèles. Il renonce à sa part, et choisit la vie monastique. Clotaire et Childebert peuvent alors librement se partager le territoire de leur frère[59]. Thierry Ier, quant à lui s'empare d'une partie de l'héritage constitué de l'Auxerrois, du Berry et du Sénonais.

L'invasion du royaume Burgonde (534)

En 532, Childebert et Clotaire s'emparent d'Autun et chasse Godomar III, qui s'était porté successeur de Sigismond, avec l'aide de son parent et allié, le roi des Ostrogoths Théodoric le Grand. La mort d'Athalaric en 534 engendre une crise de succession dans le royaume Ostrogoth, allié des Burgondes[60]. Dénué de protecteur, Clotaire et Childebert et Théodebert en profitent pour envahir le royaume Burgondes[61]. Le royaume Burgonde est alors partager entre les couronnes franques[62].

Les Francs voulant récupérer les conquêtes de Clovis que les Goths avaient reprises, Théodebert et Gonthier, fils aîné de Clotaire, sont envoyés pour réclamer les terres. Mais parvenu à Rodez, Gonthier retourne sur ses pas pour une cause inexpliqué, pendant que Théodebert s'empare des places fortes de Dio-et-Valquières et Cabrières[63]. Clotaire profite de la mort de Thierry pour tenter de récupérer, avec Childebert, son royaume. Mais Théodebert occupé à Arles retourne auprès de Thierry et, soutenu par ses leudes, réussit récupérer son royaume et à combler ses oncles par des dons[64].

Clotaire se voit contraint de se réfugier dans une forêt pour se protéger d'une alliance que Childebert et Théodebert ont conclue contre lui. Tandis qu'ils assiègent Clotaire, une tempête ravage le matériel, met en fuite les chevaux, et désorganise l'armée. Ils abandonnent alors le siège et concluent la paix avec Clotaire[65].

En 537[66], un conflit éclate entre l'Empire romain et le royaume ostrogoth. Pour s'assurer de la neutralité des Francs dans ce conflit, le roi Vitigès offre la Provence[67], que les rois Francs se partagent entre eux, et le nord des Alpes avec une souveraineté sur les Alamans[68] par l'accaparation de la haute vallée du Rhin, le Main et le haut Danube[69].

L'invasion échouée de l'Hispanie wisigothique (542)

Au printemps 542, Childebert et Clotaire, accompagné de trois de ses fils dont Chilpéric[70], conduisent une armée jusqu’en Hispanie wisigothique. Ils s’emparent de Pampelune et assiègent Saragosse, qu’ils sont finalement obligés d’abandonner après avoir conquis la plus grande partie du pays[71] à cause de l’armée du roi Theudis qui les poursuit au-delà des Pyrénées[72].

La mort de la fille de Théodoric le grand et d'une sœur de Clovis Ier, qui s'est fait assassinée par le roi de Toscane, pour venger le crime que cette « prostituée » avait perpétrée contre sa propre mère, fait l'objet d'un chantage diplomatique de la part des rois Francs. Ceux-ci exigent le versement d'une rançon en guise de compensation. Le roi de Toscane leur envoie donc 50000 pièces d'or que Childebert et Théodebert intercèptent et se partagent entre eux de sorte que Clotaire n'ait rien. Mais ce dernier ayant fait main basse sur le trésor de Clodomir, il leur avait volé beaucoup plus d'argent qu'eux ne purent voler[73].

Le 3 juin 548[74], Clotilde meurt dans la ville de Tours. Childebert et Clotaire la font transporter par un cortège funèbre dans la basilique des Saint-Apôtres pour y être ensevelie aux côtés de son époux, le roi Clovis Ier, et de Sainte Geneviève[75].

Le renforcement des alliances

Le rattachement du royaume de Metz (555)

Théodebald (petit-fils du défunt Thierry) meurt sans descendance en 555. Clotaire se rend immédiatement à Metz pour prendre possession du royaume de son défunt petit-neveu, cela au mépris du partage prévue par la loi salique avec son frère. Il épouse alors Vuldetrade, veuve de Théodebald[76] et fille du roi Lombard Waccho. Il s’assure ainsi de la succession en douceur auprès des Grands du royaume de Metz, ainsi que d’une alliance avec les Lombards établie depuis le règne de Théodebert. Mais les évêques condamnent ce mariage incestueux et Clotaire accepte de délaisser Vuldetrade pour la donner en mariage au duc Bavarois Garibald, lui permettant ainsi de renforcer l’entente avec ce peuple. L’âge avancé de Clotaire expliquerait sa sensibilité fasse aux hommes de Dieu[77]. Pour compenser la rupture du mariage avec Vuldetrade, Clotaire donne à marier au prince Alboin, futur roi des Lombards, sa fille Chlodosinde[14]. Condat[78], le domesticus (grand administrateur du palais) du roi Théodebald conserve ses fonctions après le rattachement du royaume de Metz[79].

La pacification des Saxons

En 555, il affronte et anéantit les Saxons, peuples situés dans la haute vallée de la Weser, l'Elbe, et le littoral de la mer du nord[80], qui se sont révoltés. En guise de soumission, Clotaire leur imposent de verser au fisc (terre, forêt ou mine appartenant à la couronne[81]) un tribut annuel de cinq cents vaches[82]. Il effectue à la suite une expédition punitive contre la Thuringe qui a aidée les Saxons[83].

Entre 555 et 556, les Saxons se révoltent de nouveau, peut-être exité par Childebert. Face aux Saxons, Clotaire préfère parlementer et éviter un massacre lorsque ceux-ci lui affirment accepter de continuer de lui verser un tribut malgré un refus antérieur. Mais ses hommes, aux intentions belliqueuses et désireux d'en découdre, conteste sa décision. Les pourparlers tournent courts lorsque les soldats de sa troupes le force, par injures et menaces de mort, à se jeter sur les Saxons. Au bout d'un carnage indénombrable, les Saxons et les Francs firent la paix[84], qui est peut-être le fruit d'une sanglante défaite[85].

La mise sous tutelle de l'Auvergne

L’Auvergne, autrefois province romaine prospère, qui avait résisté aux Wisigoths et avait espérée des Francs qu’ils seraient de meilleurs maîtres, s’était opposé à Thierry qui par représailles la soumit aux ravages. Théodebert l’avait ensuite pacifié en la faisant gouverner par des sénateurs Auvergnats et en épousant une gallo-romaine de Cabrières. Afin d’anticiper un possible soulèvement, suite au décès de Théodebald, Clotaire envoie son fils Chramne prendre possession de l’Auvergne[86] pour surveiller cette région ainsi que l’Aquitaine première[87]. Ce dernier a pour charge de résider à Clermont [note 5] de mater les turbulences de la région, et de régler une question épiscopale[88]. Il s’agit peut-être du premier vice-royaume (Unterkönigtum[89]) d’Aquitaine[90]. Grégoire de Tours nomme Chramne rex[91], une monnaie a été retrouvée à Bordeaux avec l’inscription Chramnus[92], et Chramne émet lui-même des préceptes. Son vice-royaume est composé des cités de Poitiers, Tours, Limoges et Clermont qu’il occupe l’une après l’autre. Mal conseillé et entraîné par le désir d’indépendance Aquitain, il se laisse porter par le désir d’établir un royaume indépendant de celui de Clotaire[93]. Pour y parvenir, il s’allie à Childebert qui l’encourage dans son dessein[94]. Les cités de la Aquitaine première lui ont probablement été accordées, c’est-à-dire Bourges, Le Puy, Javols, Rodez, Cahors, Albi, et même Toulouse

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !