Il fut un des deux fils de Paul-Emile qui furent adoptés par des
sénateurs sans descendance, lui le fut par le fils de Scipion
l'Africain d'où son nom qui joignait au sien celui de son père adoptif
selon la coutume romaine. Son frère aîné entra dans la famille de Quintus Fabius Maximus Cunctator , général durant la seconde guerre punique.

" …il épousa une autre femme, dont il eut deux enfants mâles,
qu'il garda chez lui. Quant aux premiers, il les fit entrer par
adoption dans les plus grandes maisons et les familles les plus
illustres ; l'aîné entra dans celle de Fabius Maximus, cinq fois consul
; quant au puîné, le fils de Scipion l'Africain, dont il était le
cousin, l'adopta et lui donna le nom de Scipion. "
Plutarque, vie de Paul-Emile, IV.

Ainsi les vielles familles romaines pouvaient continuer de se
perpétrer et de rendre un culte à leurs ancêtres (chose très importante
pour un Romain). Tous deux gardèrent des liens étroits avec leur père
naturel, ce dernier (Paul-Emile) connut un grand malheur, il gardait
deux autres fils qui devaient assurer la perpétuation du nom mais l'un
mourut peu de temps avant qu'il ne célèbre son triomphe sur Persée et
l'autre décéda peu après.

" Paul-Émile avait en effet quatre fils, dont deux avaient été
transplantés dans d'autres familles, comme je l'ai déjà dit, Scipion et
Fabius, et deux encore enfants, qu'il gardait chez lui, nés d'une autre
femme. L'un de ces derniers mourut à l'âge de quatorze ans, cinq jours
avant le triomphe de son père ; le second, qui avait douze ans,
succomba trois jours après cette fête. "
Plutarque, vie de Paul-Emile, XXXIV.

Il épousa, très jeune, sa cousine Sempronia , sœur des
Gracches. Le couple fut loin d'être une réussite. Sa femme a laissé le
souvenir d'une épouse acariâtre et même selon certains d'une grande
laideur.

Il fit ses débuts dans la vie militaire en servant sous les ordres
de son véritable père, Paul-Emile, dans la troisième guerre
macédonienne, il avait 17 ans. Il la poursuivit en allant en Espagne ;
en effet, à cette époque, Rome était engagé dans ce pays et ne
connaissait que des défaites, à tel point que personne ne voulait
effectuer de service militaire dans la péninsule, lui qui avait été élu
questeur (152 avant J.C.), lui permettant ainsi de démarrer une
carrière officielle et de pénétrer au Sénat, se vit désigner pour aller
en Macédoine mais il préféra se porter volontaire pour le pays
ibérique. Il fut un des tribuns militaires de Lucius Lucullus . Il fut un des premiers Romains à battre Viriatus (chef ibère), près de Baecula .

" Viriatus avait relevé le courage des Lusitaniens. C'était un
homme d'une habileté supérieure. De chasseur devenu brigand, puis tout
d'un coup de brigand capitaine, et général d'armée, il aurait été, si
la fortune l'avait secondé, le Romulus de l'Espagne. "
Florus, histoire, livre II.

Puis il fut élu consul alors qu'il ne briguait que l'édilité. Les
Romains voyant que leurs armées s'enlisaient dans le siège de Carthage
voulurent voir à leur tête un homme capable, c'est ainsi qu'ils se
tournèrent vers Scipion qui n'avait que 37 ans, c'est-à-dire qu'il
n'avait pas l'âge légal pour se présenter au consulat. Le Sénat, devant
l'attitude du peuple et de ses tribuns, fit une dérogation en sa
faveur, il fut élu et parti commander les troupes qui étaient devant
Carthage.

---> Tiré de l'ouvrage de William Shepherd-1926.

Avant, il fut tribun militaire dans cette même armée, il fut même désigné par un ami des Romains, le roi de Numidie, Massinissa ,
pour être son exécuteur testamentaire (il mourut à près de 90 ans) ;
c'est ainsi qu'il partagea le pouvoir de ce pays en trois pôles, les
trois fils du roi défunt eurent une part de responsabilité, Micipsa reçut l'administration (il devait rester le seul roi, après la mort de ses frères), Mastanabal eut la justice et Gulussa
se vit à la tête de l'armée. ( Yann Le Bohec, " histoire militaire des
guerres puniques ", éd. Du Rocher ). Ainsi, il pensait préserver ce
royaume des guerres civiles.

Devant Carthage, il résolut de bloquer complètement la ville alors
qu'elle recevait encore des secours par mer. Pour cela, il fit
effectuer d'immenses travaux , ce qui montre bien que le légionnaire
romain était autant un terrassier qu'un soldat ; la résultat fut
bientôt atteint, la cité fut totalement isolée et n'eut plus de contact
avec l'arrière pays. Au printemps 146 avant J.C., elle tomba après 6
jours de violents combats où chaque maison se vit transformer en
forteresse. L'historien grec Polybe qui fut son maître à penser

" Ils étaient déjà fort liés, lorsqu'on décida de disperser les
déportés achaiens dans les municipes…ils (les fils de Paul-Emile)
intervinrent alors auprès du préteur pour que Polybe pût rester à Rome.
L'autorisation ayant été accordée, leur amitié ne cessa de grandir… "
Polybe, histoire, XXXI, 23. Traduction D. Roussel, Gallimard, bibl. pléiade.

et qui était présent lors de son pillage raconte de quel désespoir
fut saisi Scipion lorsqu'il vit les flammes dévorées la ville, il
médita, alors, sur la solidité instable des civilisations.

Avant cet assaut final, il présida une cérémonie : l' " evocatio " par
laquelle on demandait aux dieux des ennemis d'abandonner la protection
qu'ils accordaient aux opposants de Rome. Après avoir conquis la ville,
il organisa le territoire de Carthage pour en faire la province romaine
d'Afrique d'où devait partir, plus tard, Marius pour affronter
Jugurtha. Il fit don de la bibliothèque de la cité au roi de Numidie,
ainsi la culture nord-africaine resta dans le pays.

Par la suite, en 142 avant J.C., pour poursuivre une carrière
publique déjà bien remplie, il fut élu censeur ; il eut comme collègue,
avec lequel il ne s'entendit guère, Lucius Mummius qui
s'illustra par le sac de la ville de Corinthe. Le Sénat pensa à lui
pour l'élever à la magistrature de dictateur pour régler les troubles
nés des réformes tentées par Tibérius Gracchus dont il fut toujours un adversaire farouche, il était du milieu aristocratique et combattit les idées des populares . Il faisait partie de ce que l'on pourrait appeler des libéraux-conservateurs (terme employé par Marcel Le Glay).

" Le même Scipion, interrogé par le tribun Carbon, sur ce qu'il
pensait du meurtre de Tibérius Gracchus, répondit que sa mort était
juste, s'il avait eu le dessein d'asservir la République. "
Velleius Patercullus, Histoire romaine, livre II, 4.

En 139 avant J.C., il fut même accusé de haute trahison par ses
ennemis, cette accusation n'alla pas plus loin qu'une simple tentative,
bien vite avortée.

En 134 avant J.C., il obtint le consulat une deuxième fois afin de
mette aux pas l'Espagne et surtout le pays des Celtibères et la ville
de Numance qui résistait énergiquement à la conquête romaine. Lorsqu'il
partit, il leva une troupe de 500 cavaliers dans sa clientèle ( ala amicorum ) ;
certains historiens y ont vu la première garde prétorienne. Arrivé
devant la ville, la première chose qu'il dut faire fut de ramener la
discipline parmi les troupes romaines.

" Pour venger tant de défaites subies autour de Numance, on
nomma consul pour la seconde fois Publius Scipion Emilien, le second
Africain, le destructeur de Carthage et on l'envoya en Espagne. Sa
chance et son courage dont nous avions eu les preuves en Afrique,
répondirent en Espagne à notre attente. "
Velleius Paterculus, histoire romaine, II, 4, site de P.Remacle.

il dut chasser 8000 prostituées, apprendre à ses soldats ce qu'était
une tâche militaire et remettre au goût du jour l'idée d'effort pour
cela, il dut se livrer quelques châtiments exemplaires dont une
exécution au bâton (cep de vigne des centurions), ( François Hinard, "
histoire romaine ", tome 1, éd.Fayard )

" Mais alors ce général eut de plus rudes combats à livrer dans
son camp que sur le champ de bataille, non contre les Numantins, mais
contre ses propres soldats. Il les accabla de travaux continuels,
excessifs et serviles, leur faisant porter une charge extraordinaire de
pieux, puisqu'ils ne savaient pas porter leurs armes ; et les forçant à
se salir de boue puisqu'ils ne voulaient pas se souiller du sang
ennemi. De plus, il leur retrancha les femmes perdues, les valets, et
ne leur laissa de leur bagages que ce qui était strictement nécessaire.
On dit avec vérité : une armée ne vaut que ce que peut valoir son
général. Dès que le soldat fut ainsi rentrer sous le joug de la
discipline, Scipion livra bataille, et, ce que personne n'aurait jamais
espéré de voir, on vit fuir les Numantins. "
Florus, histoire romaine, livre II, trad. Ch. Du Rozoir, 1829.

Il prit la ville et après 8 mois de siège, il força ses habitants à
capituler en 133 avant J.C. Et c'est ainsi que 4.000 Espagnols
arrivèrent à résister pendant 14 ans aux Romains qui étaient forts
d'une armée de 40.000 hommes. (chiffres donnés par Florus, II, 18.).

Ce succès lui valut un deuxième triomphe. Le Sénat lui décerna un nouveau surnom, après celui de Africanus , il reçut celui de Numantius .
C'est pour cela qu'il est nommé Scipion l'Africain le Jeune pour ne pas
le confondre avec son grand père : Scipion l'Africain l'Aîné.

La fin de sa vie fut une lutte de tous les instants contre les réformes voulues par son beau-frère Tibérius Gracchus .

" Il se rendit donc au Sénat ; et sans blâmer ouvertement la loi
de Gracchus, par égard pour les plébéiens, il ne laissa pas de faire un
long tableau des difficultés d'exécution et de conclure à ce que la
connaissance de ces contestations fût ôtée au tribunal spécialement
créé pour cette attribution, comme suspect à ceux qu'il s'agissait
d'évincer, et qu'on la mît en d'autres mains… "
Appien, guerres civiles, I, 19, trad.sur le site de P.Remacle.

Il mourut dans d'étranges conditions, à 56 ans, on parla de
strangulation, son corps fut porté au bûcher funéraire la tête
recouverte d'un voile, peut-être pour dissimuler des marques
d'étranglement. On soupçonna sa femme et même la mère des Gracches, Cornélia
de son assassinat. ( François Hinard, " Histoire Romaine ", tome 1,
éd.Fayard .). Ses esclaves furent mis à la torture, ils dirent avoir vu
des ombres dans la nuit qui pénétraient dans la maison de Scipion,
l'enquête s'arrêta là.

" Quelques marques, empreintes sur son cou donnèrent des indices
d'une mort violente. Rome le perdit sous le consulat de Marcus Aquilius
et de Caius Sempronius. On ne fit aucune recherche sur la mort d'un si
grand homme ; et le jour de ses funérailles, il fut porté, la tête
couverte d'un voile… "
Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 4.

" Scipion, s'étant un soir pourvu de tablettes sur lesquelles il
devait passer la nuit à écrire ce qu'il avait à dire le lendemain à
l'assemblée du peuple, fut trouvé mort sans nulle blessure ; soit que
ce fût un attentat de Cornélie, la mère de Gracchus, pour l'empêcher de
provoquer l'abrogation de la loi de son fils, et qu'elle y eut été
aidée par sa fille Sempronia, femme de Scipion, qui n'en était point
aimée à cause de sa laideur et de sa stérilité et qui ne l'aimait pas
non plus ; soit, ainsi que d'autres le crurent probable, qu'il se fût
tué lui-même, après avoir réfléchi qu'il n'était pas capable
d'accomplir les promesses qu'il avait faites. D'autres ont dit que ses
esclaves, mis à la torture, avaient révélé que des inconnus s'étaient
nuitamment introduits chez lui, par les derrières de sa maison, et
l'avaient étranglé… "
Appien, guerres civiles, I, 20. Trad. Sur le site de P.Remacle.

Il était adepte d'un courant de la philosophie stoïcienne.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !