Plus qu'un homme politique de la fin de la République , ce fut un
militaire, un grand militaire. Il sortit d'une petite famille de Nursie
au pays des Sabins. Il acquit un talent certain d'orateur avant de se
tourner vers le métier des armes qui lui fit perdre un œil.

" l'éclat de ses succès militaires tourna du côté des armes toute son ambition. "

Plutarque, Sertorius. II

Il prit part aux guerres contre les Teutons et les Cimbres, à la
guerre sociale où il commanda une armée face aux Marses. Tout cela, il
le fit sous les ordres de Marius dont il fut un des lieutenants puis,
plus tard, un des partisans contre Sylla. Aux côtés de Cinna, il
travailla à son retour au pouvoir mais fut effaré et scandalisé de ses
actes de cruauté.

Il devint questeur en Espagne ; avec l'appui des Vascons et des
Cantabres, il se révolta contre Rome et la dictature de Sylla. Il gagna
la population et les notables à sa cause grâce à sa bonté et à sa
générosité. Il chassa le gouverneur pro-Sylla : Metellus Pius. Il créa
un pays indépendant en s'appuyant sur les natifs Lusitaniens, il se
maintint au pouvoir durant huit ans. Il se dota d'un sénat (300
membres) composé de partisans de Marius qui avaient fui leur pays dans
la crainte du nouveau maître Sylla.

Il était toujours accompagné d'un faon blanc qu'un chasseur lui
avait apporté en cadeau, il disait que c'était la déesse Diane qui lui
avait offert, il lui prêtait des dons de prophétie exploitant ainsi la
superstition et la crédulité de ses sujets.

" Un homme du pays, nommé Spanus, qui vivait à la campagne,
rencontra un jour une biche qui venait de mettre bas, et qui était
poursuivie par des chasseurs. Il la laissa fuir en liberté ; mais,
frappé de la couleur extraordinaire du faon, dont la robe était toute
blanche, il se mit à le poursuivre et le saisit. Sertorius était, par
hasard, campé dans les environs. Comme on lui voyait recevoir avec
plaisir tous les présents de gibier ou de fruit qu'on lui présentait,
et récompenser généreusement ceux qui lui faisaient ainsi leur cour ;
cet homme lui apporta sa petite biche, que Sertorius reçut sans montrer
beaucoup de satisfaction de ce présent ; mais l'ayant ensuite tellement
apprivoisée qu'elle venait à sa voix, et le suivait partout sans être
jamais effarouchée du tumulte du camp, ni du bruit des soldats, il en
vint peu à peu à la diviniser, pour ainsi dire ; il débita que cette
biche était un présent de Diane ; et connaissant l'empire de la
superstition sur les Barbares, il leur fit accroire que cet animal lui
découvrait bien des choses cachées. "

Plutarque, Sertorius, XI

Le dictateur envoya des armées contre lui toujours en vain. Il
vainquit Metellus qui avait l'habitude de se battre en rase campagne et
non pas d'avoir à affronter une guérilla avec des adversaires qui lui
glissaient en permanence entre les mains. Il conclut, même, un traité
d'alliance avec Mithridate (vaincu par Sylla), il lui envoya, comme
général, un de ses sénateurs : Marcus Marius en échange de navires et
d'or. Devant un excès d'autoritarisme du à un avant goût de la défaite
se traduisant par une cruauté supposée, Perpena, un de ses lieutenants,
l'assassina (d'après Plutarque , il était surtout motivé par la
jalousie).

" Perpenna, qui déjà s'était donné plusieurs complices de la
conjuration qu'il tramait, y fit entrer aussi Manlius, l'un des
principaux officiers de Sertorius...Alors Perpenna prit une coupe
pleine de vin, et en buvant il la laissa tomber : au bruit de sa chute,
signal dont les conjurés étaient convenus, Antonius, qui était assis
au-dessus de Sertorius, lui donne un coup d'épée ; Sertorius, se
sentant frapper, se retourne aussitôt et veut se lever, mais Antonius
se jette sur son corps, et lui saisit les deux mains. Sertorius, ne
pouvant se défendre, expire percé de coups. "

Plutarque, Sertorius, XXVI

Il fallut que Pompée s'en mêle pour arriver au bout de cette sécession, il battit Perpena et le fit exécuter.

" Il osa livrer bataille à Pompée, qui eut bientôt détruit
toutes ses forces, et le fit lui-même prisonnier. Il ne soutint pas
cette dernière infortune avec la dignité convenable à un général.
Maître de tous les papiers de Sertorius, il offrit à Pompée de lui
montrer les lettres de plusieurs consulaires, et d'autres personnages
des plus puissants de Rome, qui avaient écrit de leur propre main à
Sertorius pour l'appeler en Italie, et qui lui faisaient entendre qu'il
y trouverait bien des gens disposés à favoriser une révolution dans le
gouvernement. Pompée, dans cette occasion, loin de se conduire en jeune
homme, fit une action pleine d'une sagesse et d'une prudence consommée,
qui prévint dans Rome de grands troubles et des nouveautés dangereuses.
Il rassembla ces lettres avec tous les autres papiers de Sertorius, et
les brûla sans les lire, ni les laisser lire à personne. Il fit
sur-le-champ mourir Perpenna, de peur qu'en nommant quelques-uns de
ceux qui avaient écrit ces lettres, il ne donnât lieu à des troubles et
à des séditions funestes. "

Plutarque, Sertorius, XXVII

C'est ainsi que se termina un essai de création d'une nouvelle Rome,
Sertorius ne voulut jamais affaiblir, ni abattre son pays, au
contraire, il s'en servit de modèle pour bâtir quelque chose d'autre,
quelque chose de neuf face à une République finissante.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !