Comme il aimait à s'appeler : " le
troisième fondateur de Rome ".

Il est né en 156 avant J.C. près d'Arpinum
dans le Latium, au pays des Volsques qui avaient reçu la citoyenneté romaine en
188 avant J.C., tout comme, plus tard Cicéron. Il était issu d'une modeste
famille de chevaliers, quoiqu'en ait pu dire Plutarque qui fait d'elle une
famille de paysans. Ce fut un homme nouveau (homo novus) qui se forgea à
la force du poignet. Il n'avait pas de cognomen, signe de la modestie de sa
famille. Sa culture était toute relative, probablement qu'il n'avait aucune
connaissance de la langue grecque que tout Romain de la bonne société se piquait
de pratiquer. " Il dédaignait aussi la littérature grecque, parce que,
disait-il, elle n'avait pas servi beaucoup à parer de vertus ceux qui
l'enseignaient.
Abbé Lhomond, De Viris, La première guerre civile.
Tr.J.Gaillard.

Il commença sa carrière comme tribun
militaire (Salluste nous dit qu'il était inconnu des électeurs et fut élu sur sa
bonne mine), il se fit remarquer pour sa bravoure et sa compétence militaire par
le général en chef, Scipion Emilien au siège de Numance (Espagne).

En 119 avant J.C., il fut élu questeur
ce qui lui permit d'accéder au rang de sénateur.

Et en 119 avant J.C., il se fit élire
tribun de la plèbe, il proposa, alors, une loi sur le secret du vote qui fut
combattue par le consul du moment L.Aurélius Cotta. Il s'aliéna, alors, la
gens des Mettelli
, une des plus puissante famille du moment, dont pourtant
il était, ainsi que sa famille, un des clients.

Après avoir perdu les élections comme
édile, il triompha comme préteur en 116 avant J.C. Il fut immédiatement accusé
de corruption électorale, charge dont il se lava facilement. Après son année
passée auprès des consuls, il fut désigné pour être propréteur en Espagne où il
dut mener une campagne de pacification contre des tribus indigènes révoltées qui
pratiquaient le brigandage.

En 110 avant J.C., il épousa une sœur
du père de Jules César, Julia, il devint, donc, son oncle par alliance et
certainement marqua profondément le gamin. Ce mariage lui ouvrit les portes de
l'aristocratie romaine qu'il avait besoin de côtoyer pour son futur devenir
politique. Sa rupture avec la famille des Metelli (les Marii
étaient leurs clients) durant son tribunat de la plèbe ne dura pas car
Q.Caecilius Metellus le prit comme légat dans son armée qu'il conduisit contre
Jugurtha. Il dut être son bras droit car Salluste, dans son ouvrage " guerre de
Jugurtha " ne cite que lui comme principal adjoint du général en chef.

En 108 avant J.C., il lui demanda un
congé pour participer aux élections au consulat, Metellus lui refusa. "
Déconcerté tout d'abord par cette démarche inattendue, il témoigna à Marius son
étonnement d'un pareil dessein, et, sur le ton de l'amitié, il lui conseilla de
ne pas se lancer dans une entreprise aussi déraisonnable, et de ne pas vouloir
s'élever au-dessus de sa condition : tout le monde ne devait pas aspirer à tout
; il devait être satisfait de ce qu'il avait ; enfin il ne lui fallait pas
solliciter du peuple romain un honneur que celui-ci lui refuserait à juste
titre. " Comme malgré ces remontrances et d'autres semblables, Marius demeurait
inflexible dans sa résolution, il finit par lui répondre " qu'il ferait droit à
sa demande aussitôt que la situation générale le lui permettrait. " Et comme par
la suite Marius renouvelait continuellement ses instances, on rapporte qu'il lui
dit " de ne pas se presser si fort ; qu'il serait encore assez tôt pour lui de
briguer le consulat en même temps que son fils. " Or celui-ci qui servait en
Afrique sous les ordres de son père avait environ vingt ans. Cette réponse
n'avait fait qu'enflammer en Marius l'envie de l'honneur qu'il recherchait,
comme aussi son ressentiment contre Metellus.
"

Salluste, guerre de Jugurtha,
LXIV.Ed.Belles Lettres, tr Ernout.

Après avoir arraché l'accord de son
chef, il est enfin élu. Malgré la loi qui l'interdisait, il sera sept fois
consul : en 107 avant J.C., 104 avant J.C., 103 avant J.C., 102 avant J.C., 101
avant J.C., 100 avant J.C. et enfin en 86 avant J.C.

Il fut désigné par le peuple pour
succéder à son chef, sur intervention d'un tribun de la plèbe. Ce dernier rentra
à Rome où le Sénat lui accorda le triomphe et le titre de Numidicus.

" Cependant, Metellus était parti
pour Rome. Il y fut reçu, contre toute son attente, avec des grands transports
de joie ; l'envie ayant disparu, il n'était pas moins chéri de la plèbe que du
Sénat.
" Salluste, guerre de Jugurtha, LXXXVIII. Trad.Ernout, les belles
lettres.

  ---
> Jugurtha

Marius, ayant besoin d'hommes pour
continuer la guerre de Numidie, changea le mode de recrutement (dilectu),
les soldats ne furent plus mobilisés suivant leur degré de fortune (cens),
mais tout le monde put s'engager dans l'armée, même les plus pauvres (capite
censi
, ceux qui n'ont rien), eux qui ne le pouvaient auparavant. Ce fut la
nouveauté la plus importante, mais il y en eut d'autres puisque le personnage
réforma le système militaire entièrement et pour d'innombrables années. Il dota
la légion d'un emblème, d'une enseigne : l'aigle, qui pouvait être décoré ou
pas, ce dernier donna lieu à une religion chez les militaires, il eut même un
temple dans l'enceinte de son camp. Avant lui, l'élément tactique était la "
manipule ", avec lui, ce fut la " cohorte ". La légion vit le nombre des hommes
qui la composait porté à 6000, divisé en 60 centuries et 10 cohortes soit 600
hommes par cohorte. L'homme de troupe ne s'équipa plus à ses frais mais le
gouvernement prit tout à son compte. L'usage de la pique des phalanges
macédoniennes fut abandonné au profit du pilum (arme de jet). L'épée fut
plus courte avec l'apparition du gladius d'origine espagnol. Le bouclier (scutum)
ovale remplaça le rond.

Un site très important pour l'histoire
de l'armée romaine, malheureusement en langue anglaise se trouve Là  --- >  http://webpages.charter.net/brueggeman

C'est l'ébauche de l'armée de métier
dans laquelle les soldats ne vont plus être fidèles à leur pays mais à un homme,
leur général en chef (imperator). Bien vite, l'histoire va montrer que
les ambitieux vont s'en servir (César, Sylla et d'autres).

Avec l'aide des militaires, Marius fut
le premier des " ambitieux " (terme de Yves Perrin dans son livre " Rome, ville
et capitale ") de l'histoire romaine.

En 106 avant J.C., il capture
Jugurtha, roi de Numidie, mettant fin ainsi à la guerre d'Afrique du Nord qui
n'avait que trop duré. Il le laissera mourir de faim en prison, au Tullianum,
après que le 01 janvier 104 avant J.C. ait été célébré son triomphe.

" Marius, ayant ramené son armée
d'Afrique, prit possession du consulat le premier jour de janvier, jour où
commence l'année romaine ; il entra dans Rome en triomphe, et fit voir aux
Romains un spectacle qu'ils avaient peine à croire : c'était Jugurtha captif.
Personne n'aurait osé se flatter de voir finir cette guerre du vivant de ce
prince, tant il savait se plier avec souplesse à toutes les variations de la
fortune ! Tant son courage était secondé par sa finesse ! On dit que pendant la
marche du triomphe il perdit le sens, et que, la pompe finie, il fut conduit
dans une prison où les licteurs, pressés d'avoir sa dépouille, déchirèrent sa
robe, et lui arrachèrent les deux bouts des oreilles pour avoir les anneaux d'or
qu'il y portait. Jeté nu dans un cachot, ayant l'esprit aliéné, il dit en
souriant : " par Hercule, que vos étuves sont froides ! " Après avoir lutté six
jours entiers contre la faim, en conservant toujours le désir et l'espérance de
vivre, il trouva enfin, dans une mort misérable, la juste punition de ses
forfaits
"

Malgré une loi, qu'il fit abroger,
interdisant plusieurs consulats à la suite les uns des autres, un quatrième lui
fut attribué, grâce à l'entremise d'un tribun de la plèbe L. Appelius Saturninus.
Cette année là vit sa victoire sur les Teutons, plus tard il battra les Cimbres.
C'était deux peuplades germaniques, venant du Jutland, à la recherche de terres
nouvelles ; peut être étaient-elles poussées par d'autres peuples ? Les
historiens n'en savent pas grand chose. Deux armées romaines furent écrasées en
Gaule et le Sénat fit appel à Marius pour sauver Rome. Il les battit près d'Aix
en Provence (Aquae Sextiae).

" Les Teutons, voyant que Marius se
tenait toujours tranquille dans son camp, entreprirent de le forcer ; mais,
accueillis d'une grêle de traits qu'on fit pleuvoir sur eux des retranchements,
et qui leur tuèrent beaucoup de monde, ils résolurent de passer outre, persuadés
qu'ils franchiraient les Alpes sans obstacle. Ils plient donc bagage, et passent
le long du camp des Romains. Le temps que dura leur passage fit surtout
connaître combien leur nombre était prodigieux. Ils furent, dit-on, six jours
entiers à défiler sans interruption devant les retranchements de Marius ; et
comme ils passaient près des Romains, ils leur demandaient, en se moquant d'eux,
s'ils n'avaient rien à faire dire à leurs femmes ; qu'ils seraient bientôt
auprès d'elles. Quand ils furent tous passés, et qu'ils eurent pris quelque
avance, Marius décampa aussi, et se mit à leur suite. Il se postait toujours
près d'eux, choisissait pour camper des lieux forts d'assiette, qu'il fortifiait
encore par de bons retranchements, afin de passer les nuits en sûreté. En
continuant ainsi leur marche, les deux armées arrivèrent à un lieu qu'on appelle
les Eaux de Sextius, d'où il leur restait peu de chemin à faire pour être au
pied des Alpes. Ce fut là que Marius résolut de les combattre ; il prit un poste
très avantageux, mais où l'eau n'était pas abondante ; il le choisit, dit-on, à
dessein, pour animer le courage de ses troupes. Comme la plupart se plaignirent
qu'ils allaient souffrir une cruelle soif, Marius leur montrant de la main

une rivière qui baignait le camp des Barbares : " C'est là, leur dit-il,
qu'il faut aller acheter de l'eau au prix de votre sang. - Pourquoi donc, lui
répondirent-ils, ne nous y menez-vous pas tout à l'heure, pendant que le sang
coule encore dans nos veines ? - Il faut auparavant, reprit Marius avec douceur,
fortifier notre camp. " Les soldats, quoique mécontents, obéirent. Cependant les
valets de l'armée, qui n'avaient d'eau ni pour eux ni pour leurs bêtes,
descendent en foule vers la rivière avec leurs cruches, armés les uns de haches,
les autres de cognées, quelques-uns d'épées ou de piques, parce qu'ils
s'attendaient à être obligés de combattre pour avoir de l'eau. Ils furent en
effet attaqués par les Barbares, qui ne vinrent d'abord qu'en petit nombre,
parce que la plupart étaient à se baigner ou à prendre le repas après le bain.
Ce lieu est rempli de sources d'eaux chaudes ; et une partie des Barbares,
attirés par la beauté du lieu et par la douceur du bain, ne pensaient qu'à
s'amuser et à faire bonne chère, lorsqu'ils furent surpris par les Romains.

Les cris des combattants en ayant
bientôt attiré un plus grand nombre, il eût été difficile à Marius de retenir
ses soldats, qui craignaient pour leurs valets. D'ailleurs, les plus belliqueux
d'entre les Barbares, ceux qui avaient taillé en pièces les armées de Manlius et
de Cépion (c'étaient les Ambrons, et ils faisaient seuls plus de trente mille
hommes), coururent précipitamment prendre leurs armes. Ils avaient le corps
appesanti par l'excès de la bonne chère ; mais le vin qu'ils avaient bu, en leur
donnant plus de gaieté, ne leur avait inspiré que plus d'audace. Ils
s'avancèrent donc, non avec le désordre et l'emportement de gens furieux, ou en
jetant des cris inarticulés, mais, frappant leurs armes en mesure, ils
marchaient tous ensemble en cadence, au son qu'elles rendaient ; et, soit pour
s'animer les uns les autres, soit pour effrayer les ennemis, en se faisant
connaître, ils répétaient souvent le nom d'Ambrons. Les premiers d'entre les
Italiens qui marchèrent contre eux étaient les Liguriens, qui entendirent et
reconnurent leur cri ; et, comme ils donnent généralement à toute leur nation le
nom d'Ambrons, ils répondirent aux Barbares par le même cri, qui fut ainsi
répété plusieurs fois dans les deux armées, avant qu'elles en vinssent aux
mains. Les officiers ayant des deux côtés joint leurs cris à ceux de leurs
soldats, et cherchant à se surpasser les uns les autres par la force de leurs
voix, ces clameurs ainsi multipliées irritèrent et enflammèrent encore les

courages. Mais les Ambrons, en passant la rivière, rompirent leur ordonnance,
et ils n'avaient pas eu le temps de la rétablir, lorsque les Liguriens
chargèrent les premiers rangs avec vigueur, et engagèrent le combat. Les
Romains, accourant aussitôt pour soutenir les Liguriens, fondirent de leurs
postes élevés sur les Barbares, et les heurtèrent avec tant de roideur, qu'ils
les obligèrent de prendre la fuite. La plupart, en se précipitant les uns sur
les autres, furent tués sur les bords de la rivière, dont le lit regorgea
bientôt de sang et de morts. Les Romains taillèrent en pièces ceux qui étaient
passés, et qui, n'osant pas faire tête à l'ennemi, s'enfuirent jusqu'à leur camp
et à leurs chariots. Leurs femmes, étant sorties au-devant d'eux avec des épées
et des haches, grinçant les dents de rage et de douleur, frappent également et
les fuyards et ceux qui les poursuivent ; les premiers comme traîtres, les
autres comme ennemis. Elles se jettent au milieu des combattants, et de leurs
mains nues s'efforcent d'arracher aux Romains leurs boucliers, saisissent leurs
épées, et, couvertes de blessures, voient leurs corps en pièces, sans rien
perdre, jusqu'à la mort, de leur courage invincible. Ce premier combat, donné
sur le bord du fleuve, fut plutôt l'effet du hasard que de la volonté du
général.

Les Romains, après avoir taillé en
pièces la plus grande partie des Ambrons, regagnèrent leur poste, à la nuit
tombante ; mais l'armée ne fit pas entendre, comme il était naturel après un si
grand avantage, des chants de joie et de victoire. Loin de penser à boire dans
leurs tentes, à s'égayer en prenant ensemble leurs repas, ils ne se permirent
même pas le délassement le plus agréable pour des hommes qui ont heureusement
combattu, la douceur d'un sommeil paisible : ils passèrent toute la nuit dans le
trouble et dans la frayeur. Leur camp n'avait ni clôture, ni retranchement. Il
restait encore plusieurs milliers de Barbares qui n'avaient pas combattu ; et
ceux des Ambrons qui s'étaient sauvés de la défaite s'étant joints à eux, ils
poussèrent toute la nuit des cris horribles, qui ressemblaient non à des
plaintes ou à des gémissements humains, mais à des hurlements, à des
mugissements de bêtes féroces, mêlés de menaces et de lamentations ; les cris de
cette multitude immense faisaient retentir les montagnes voisines et les
concavités du fleuve. Ce bruit affreux remplissait toute la plaine ; les Romains
étaient saisis de terreur, et Marius lui-même, frappé d'étonnement, s'attendait
à un combat de nuit, dont il
craignait le désordre. Mais ils ne sortirent
de leur camp, ni cette nuit, ni le jour du lendemain : ils les employèrent à se
préparer et à se disposer pour la bataille. Cependant Marius, sachant
qu'au-dessus du camp des Barbares il y avait des creux assez profonds et des
vallons couverts de bois, y envoya Marcellus avec trois mille hommes de pied,
pour s'y mettre en embuscade, et charger les ennemis par derrière, quand
l'action serait engagée. Il ordonna au reste de ses troupes de prendre leur
repas de bonne heure, et ensuite de se reposer. Le lendemain, dès la pointe du
jour, il les range en bataille devant les retranchements, et envoie sa cavalerie
dans la plaine. Dès que les Teutons l'eurent aperçue, ils n'attendirent pas que
les Romains fussent descendus au pied de la colline, où ils auraient pu les
combattre à avantage égal, sur un terrain uni. Frémissant de colère, ils
s'arment avec précipitation, et vont les attaquer sur la hauteur même. Alors
Marius envoie ses officiers porter dans tous les rangs l'ordre de s'arrêter, et
d'attendre que l'ennemi soit à la portée du trait ; de lancer alors leurs
javelots, de mettre ensuite l'épée à la main, et de le pousser vigoureusement en
le heurtant de leurs boucliers. Comme on était sur un terrain glissant, il avait
prévu que les coups portés par les Barbares n'auraient point de force, et que
leur ordonnance ne pourrait se maintenir, parce que leurs corps seraient sur ce
terrain inégal, comme sur une mer orageuse, dans une agitation

continuelle.

Marius, aussi adroit que personne à
manier les armes, et supérieur à tous en audace, était le premier à exécuter les
ordres qu'il donnait. Les Barbares, arrêtés par les Romains, qu'ils
s'efforçaient d'aller joindre sur la hauteur, pressés ensuite vivement,
lâchèrent pied, et regagnèrent peu à peu la plaine, où les premiers rangs
commençaient à se mettre en bataille sur un terrain uni, lorsque tout à coup on
entendit de grands cris partis des derniers rangs, qui étaient dans la confusion
et dans le désordre. Marcellus avait saisi le moment favorable : le bruit de la
première attaque n'était pas plutôt parvenu sur les hauteurs qu'il occupait,
que, faisant lever sa troupe, il avait fondu avec impétuosité sur les Barbares
en poussant de grands cris, et, les prenant en queue, il avait fait main-basse
sur les derniers. Cette attaque imprévue, en obligeant ceux qui étaient les plus
proches de se retourner pour soutenir les autres, eut bientôt mis le trouble
dans l'armée entière. Chargés vigoureusement en tête et en queue, ils ne purent
résister longtemps à ce double choc ; ils furent mis en déroute, et prirent
ouvertement la fuite. Les Romains, s'étant mis à leur poursuite, en tuèrent ou
en firent prisonniers plus de cent mille. Devenus maîtres de leurs tentes, de
leurs chariots et de tout leur bagage, ils arrêtèrent, d'un commun consentement,
de tout donner à Marius, excepté ce qui aurait été pillé. Quelque magnifique que
fut ce présent, il parut encore bien au-dessous du service que ce général venait
de rendre à sa patrie en la délivrant d'un si grand danger. Quelques historiens
ne conviennent
pas du don de ces dépouilles, ni du nombre des morts ; ils
disent seulement que depuis cette bataille les Marseillais firent enclore leurs
vignes avec les ossements de ceux qui avaient été tués ; que les corps consumés
dans les champs, par les pluies qui tombèrent pendant l'hiver, engraissèrent
tellement la terre, et la pénétrèrent à une si grande profondeur, que l'été
suivant elle rapporta une quantité prodigieuse de fruits ; ce qui vérifie ce mot
d'Archiloque, que rien n'engraisse plus la terre que les corps qui y
pourrissent."
Plutarque, Marius, XIX et suivants.

Sa victoire rendit son nom célèbre en
Provence qui l'utilisa comme prénom. Au cours de cette guerre, pour le
ravitaillement de ses troupes, il fit creuser un canal qui reliait le Rhône à la
Méditerranée (golfe de Fos) : fossae marianae.

" Mais comme il fallait faire venir
par mer toutes les provisions avec beaucoup de temps et de dépense, il trouva le
moyen d'en rendre le transport prompt et facile. Les marées avaient rempli de
vase et de gravier les embouchures du Rhône ; sa rive était couverte d'une
bourbe profonde que les flots y déposaient, et qui en rendait l'entrée aussi
difficile que dangereuse aux vaisseaux de charge. Marius, pour occuper son armée
pendant ce temps de loisir, fit creuser un large fossé, dans lequel il détourna
une grande partie du fleuve, et qu'il conduisit jusqu'à un endroit du rivage sûr
et commode. Le fossé avait assez de profondeur pour contenir de grands
vaisseaux, et son embouchure dans la mer était unie, et à l'abri du choc des
vagues. Ce fossé s'appelle encore aujourd'hui la fosse Mariane.
" Plutarque,
Marius, XVI.

En 101 avant J.C., il est élu pour la
cinquième fois au consulat. Il était en train de préparer son triomphe qui
devait célébrer sa victoire sur les Teutons lorsque son collègue (pour l'année
102 avant J.C.) Catullus l'appelât à son aide de Gaule Cisalpine où il se
trouvait pour combattre les Cimbres. Il partit, donc, en campagne et les
vainquit à Verceil, dans la plaine du Pô. Rome avait eu très peur.

" Boïorix, roi des Cimbres, à la
tête d'un détachement peu nombreux de cavalerie, s'étant approché du camp de
Marius, provoqua ce général à fixer le jour et le lieu du combat, pour décider
qui resterait maître du pays. Marius lui répondit que les Romains ne prenaient
jamais conseil de leurs ennemis pour combattre ; que cependant il voulait bien
satisfaire les Cimbres sur ce qu'ils demandaient. Ils convinrent donc que la
bataille se donnerait dans trois jours, et dans la plaine de Verceil, lieu
commode aux Romains pour y déployer leur cavalerie, et aux Barbares pour étendre
leur nombreuse armée. Les deux partis, arrivés au rendez-vous, se mirent en
bataille. Catulus avait sous ses ordres vingt mille trois cents hommes, et
Marius trente-deux mille, qui, placés aux deux ailes, environnaient Catulus,
dont les troupe occupaient le centre. C'est ainsi que l'écrit Sylla, qui fut
présent à cette bataille. On dit que Marius donna cette disposition aux deux
corps de son armée, parce qu'il espérait tomber, avec ses deux ailes, sur les
phalanges ennemies, et ne devoir la victoire qu'aux troupes qu'il commandait,
sans que Catulus y eût aucune part, et pût même se mêler avec les ennemis. En
effet, lorsque le front d'une bataille est fort étendu, il est ordinaire que les
ailes débordent sur le centre, qui se trouve alors très enfoncé. On ajoute que
Catulus en fit l'observation dans l'apologie qu'il fut obligé de
faire,
et qu'il se plaignit hautement de la perfidie de Marius.

L'infanterie des Cimbres sortit en
bon ordre de ses retranchements ; et s'étant rangée en bataille, elle forma une
phalange carrée, qui avait autant de front que de profondeur, et dont chaque
côté couvrait trente stades de terrain. Leurs cavaliers, au nombre de quinze
mille, étaient magnifiquement parés ; leurs casques se terminaient en gueules
béantes et en mufles de bêtes sauvages : surmontés de hauts panaches semblables
à des ailes, ils ajoutaient encore à la hauteur de leur taille. Ils étaient
couverts de cuirasses de fer et de boucliers dont la blancheur jetait le plus
grand éclat ; ils avaient chacun deux javelots à lancer de loin, et dans la
mêlée ils se servaient d'épées longues et pesantes. Dans cette bataille, ils
n'attaquèrent pas les Romains de front ; mais s'étant détournés à droite, ils
s'étendirent insensiblement, dans le dessein de les enfermer entre eux et leur
infanterie, qui occupait la gauche. Les généraux romains s'aperçurent à
l'instant de leur ruse ; mais ils ne purent retenir leurs soldats, dont l'un,
s'étant mis à crier que les ennemis fuyaient, entraîna tous les autres à leur
poursuite. Cependant
l'infanterie des Barbares s'avançait, semblable aux
vagues d'une mer immense. Marius, après s'être lavé les mains, les éleva au
ciel, et fit vœux d'offrir aux dieux une hécatombe. Catulus, de son côté, ayant
levé les mains au ciel, promit de consacrer la fortune de ce jour, et de lui
bâtir un temple. Marius fit aussi un sacrifice ; et lorsque le prêtre lui eut
montré les entrailles de la victime, il s'écria : " La victoire est à moi. "
Mais à peine les deux armées commençaient à se charger, qu'il survint un
accident qui, au rapport de Sylla, parut l'effet de la vengeance céleste sur
Marius. Le mouvement d'une multitude si prodigieuse fit lever un tel nuage de
poussière, que les deux armées ne purent plus se voir. Marius, qui s'était
avancé le premier avec ses troupes, pour tomber sur l'ennemi, le manqua dans
cette obscurité ; et ayant poussé bien au-delà de leur bataille, il erra
longtemps dans la plaine, tandis que la fortune conduisit les Barbares vers
Catulus, qui seul eut à soutenir tout leur effort avec ses soldats, au nombre
desquels était Sylla. L'ardeur du jour et les rayons brûlants du soleil, qui
donnait dans le visage des Cimbres,
secondèrent les Romains. Ces
Barbares, nourris dans des lieux froids et couverts, et endurcis aux plus fortes
gelées, ne pouvaient supporter la chaleur ; inondés de sueur et tout haletants,
ils se couvraient le visage de leurs boucliers, pour se défendre de l'ardeur du
soleil ; car cette bataille se donna après le solstice d'été, trois jours avant
la nouvelle lune du mois d'août, appelé alors sextilis. Ce nuage de poussière
servit même à soutenir le courage des Romains, en leur cachant la multitude des
ennemis ; chaque bataillon ayant couru charger ceux qu'il avait en face, ils en
vinrent aux mains avant que la vue du grand nombre des Barbares eût pu les
effrayer. D'ailleurs l'habitude du travail et de la fatigue avait tellement
endurci leurs corps, que, malgré l'extrême chaleur et l'impétuosité avec
laquelle ils étaient allés à l'ennemi, on ne vit pas un seul Romain suer ou
haleter : c'est le témoignage que Catulus lui-même leur rend en faisant l'éloge
de ses troupes.

La plupart des ennemis, et surtout
les plus braves d'entre eux, furent taillés en pièces ; car, pour empêcher que
ceux des premiers rangs ne rompissent leur ordonnance, ils étaient liés ensemble
par de longues chaînes attachées à leurs baudriers. Les vainqueurs poussèrent
les fuyards jusqu'à leurs retranchements ; et ce fut là qu'on vit le spectacle
le plus tragique et le plus affreux. Les femmes, vêtues de noir et placées sur
les chariots, ruaient elles-mêmes les fuyards, dont les uns étaient leurs maris,
les autres leurs frères, ou leurs pères ; elles étouffaient leurs enfants de
leurs propres mains, les jetaient sous les roues des chariots ou sous les pieds
des chevaux, et se tuaient ensuite elles-mêmes. Une d'entre elles, à ce qu'on
assure, après avoir attaché ses deux enfants à ses deux talons, se pendit au
timon de son chariot. Les hommes, faute d'arbres pour se pendre, se mettaient au
cou des nœuds coulants, qu'ils attachaient aux cornes ou aux jambes des bœufs,
et, les piquant ensuite pour les faire courir, ils périssaient étranglés, ou
foulés aux pieds de ces animaux. Malgré le grand nombre de ceux qui se tuèrent
ainsi de leurs mains, on fit plus de soixante mille prisonniers, et on en tua
deux fois autant. Les soldats de Marius pillèrent le bagage : mais les
dépouilles, les étendards et les trompettes furent portés, dit-on, au camp de
Catulus : ce qu'il allégua comme une preuve certaine que la victoire était son
ouvrage. Il s'éleva à cette occasion une vive dispute entre ses troupes et
celles de Marius ; afin de la terminer à l'amiable, on prit pour arbitres les

ambassadeurs de Parme, qui étaient alors au camp. Les soldats de Catulus les
menèrent au milieu des morts restés sur le champ de bataille, et leur firent
voir qu'ils étaient tous percés de leurs piques ; il était facile de les
reconnaître, parce que Catulus avait fait graver son nom sur les bois des piques
de tous ses soldats. Cependant on fit honneur à Marius de ce succès, soit à
cause de sa première victoire, soit par égard pour sa dignité. Le peuple même
lui donna le titre de troisième fondateur de Rome, parce qu'il avait délivré sa
patrie d'un aussi grand danger que celui dont les Gaulois l'avaient autrefois
menacée. Lorsque les Romains, au milieu de leurs femmes et de leurs enfants, se
livraient dans leurs repas domestiques aux transports de la joie la plus douce,
ils offraient à Marius, en même temps qu'à leurs dieux, les prémices de leurs
mets, et lui faisaient les mêmes libations ; ils voulaient ne décerner qu'à lui
seul les deux triomphes ; mais il refusa de triompher sans Catulus ; il crut
devoir se montrer modeste dans une si grande prospérité : peut-être aussi
craignait-il les soldats de Catulus, bien déterminés, si l'on privait leur
général de cet honneur, de s'opposer au triomphe de Marius. "

Plutarque, Marius, XXVI et suivant.

En 100 avant J.C., il est réélu pour
la sixième fois au consulat, toujours grâce au tribun de la plèbe Saturninus
mais les excès de ce dernier (qui alla jusqu'au meurtre) l'obligea à
l'abandonner, ainsi qu'un de ses collègues, à la foule qui les lynchèrent.
Durant cette même année, une commission agraire attribua des lots de terre aux
vétérans de son armée, notamment en Italie du Nord et surtout en Afrique du
Nord. Il fit même plus, puisqu'en toute illégalité, il fit de certains de ses
soldats des citoyens romains à part entière, alors qu'ils n'étaient que des
alliés du Peuple Romain.

En 88 avant J.C., il dut d'enfuir de
Rome devant l'avancée des armées de son rival, Sylla, son ancien subordonné de
Numidie qui était devenu son plus impitoyable ennemi. Il se cacha dans les
marais de Minturnes où il fut pris. Le Sénat, entièrement aux mains de Sylla,
l'avait condamné à mort mais personne ne voulut l'exécuter. " Les magistrats
et les décurions de Minturnes, après une longue délibération, résolurent
d'exécuter sans retard le décret, et de faire périr Marius ; mais aucun des
citoyens ne voulut s'en charger. Enfin il se présenta un cavalier gaulois ou
cimbre (car on a dit l'un et l'autre), qui entra l'épée à la main dans la
chambre où Marius reposait. Comme elle recevait peu de jour, et qu'elle était
fort obscure, le cavalier, à ce qu'on assure, crut voir des traits de flamme
s'élancer des yeux de Marius ; et de ce lieu ténébreux il entendit une voix
terrible lui dire : " Oses-tu, misérable, tuer Caïus Marius ! " À l'instant le
Barbare prend la fuite, et jetant son épée, il sort dans la rue, en criant ces
seuls mots :
" Je ne puis tuer Gaïus Marius. " " Plutarque, Marius, XLII.

Alors, on le fit évader vers la
province d'Afrique où le proconsul de la région ne voulut pas le recevoir, il
continua d'errer jusqu'à ce qu'il puisse rentrer à Rome.

" L'Afrique avait alors un
gouverneur romain, nommé Sextilius. Marius, qui ne lui avait jamais fait ni bien
ni mal, espérait que la compassion seule lui en ferait obtenir quelques secours.
Mais à peine il fut descendu avec un petit nombre des siens, qu'un licteur de
Sextilius vint à sa rencontre, et s'arrêtant devant lui : " Marius, lui dit-il,
Sextilius vous fait dire de ne pas mettre le pied en Afrique, si vous ne voulez
pas qu'il exécute contre vous les décrets du sénat, et qu'il vous traite en
ennemi de Rome. " Cette défense accabla Marius d'une tristesse et d'une douleur
si profondes, qu'il n'eut pas la force de répondre, et qu'il garda longtemps le
silence, en jetant sur l'officier des regards terribles. Le licteur lui ayant
enfin demandé ce qu'il le chargeait de dire au gouverneur : " Dis-lui, répondit
Marius en poussant un profond soupir, que tu as vu Marius assis sur les ruines
de Carthage " : paroles d'un grand sens, qui mettaient sous les yeux de
Sextilius la fortune de cette ville et la sienne, comme deux grands exemples des
vicissitudes humaines.
"

Plutarque, Marius, XLIII.

Sylla, parti faire la guerre à
Mithridate (Marius ne lui pardonnera jamais d'avoir eu la préférence pour le
commandement de cette armée), lui laissa le champ libre, il revint à Rome et
s'empara du pouvoir, ivre de vengeance, il fit exécuter les partisans du futur
dictateur, la Ville connut un immense bain de sang.

En 86 avant J.C., il obtint son
septième consulat, qu'une prédiction lui avait annoncé " Il leur raconta
qu'un jour, dans son enfance, pendant qu'il vivait à la campagne, il était tombé
dans sa robe l'aire d'un aigle, qui contenait sept aiglons ; que ses parents,
surpris de cette singularité, consultèrent les devins, qui leur répondirent que
cet enfant deviendrait un des hommes les plus célèbres ; qu'il obtiendrait sept
fois la première dignité de la république, et jouirait de la plus grande
autorité. Les uns disent que ce prodige arriva réellement à Marius ; d'autres
assurent que ceux qui le suivaient le lui ayant entendu raconter alors, et dans
une autre de ses fuites, y ajoutèrent foi, et écrivirent ensuite ce récit, qui
n'était qu'une fable de son invention, car l'aigle ne fait jamais plus de deux
aiglons ; aussi accuse-t-on de mensonge le poète Musée pour avoir dit de cet
oiseau :

Un aigle pond trois neufs, mais il
en casse deux,

Et n'en couve qu'un seul, qu'il
rend plus vigoureux.

Quoi qu'il en soit, tout le monde
convient que Marius dans sa fuite, et dans ses plus grandes détresses, disait
souvent qu'il parviendrait au septième consulat.
" Plutarque, Marius,
XXXVIII.

Peu après, il décéda laissant à la
tête de son parti politique son ami Cinna ainsi que son fils (Marius le Jeune)
qui fut vaincu par Sylla à Préneste où il se suicida. Marius vécut soixante dix
ans.

" Marius mourut le dix-septième
jour de son consulat, et sa mort causa d'abord à Rome la plus grande joie, par
la confiance qu'elle eut d'être délivrée d'une tyrannie si cruelle. Mais en peu
de jours les Romains sentirent qu'ils n'avaient fait que changer un maître vieux
et cassé, pour un maître jeune et plein de vigueur : tant le fils de Marius
montra de cruauté et de barbarie, en faisant mourir les personnes les plus
distinguées par leur naissance et par leurs vertus ! L'audace et l'intrépidité
dans les dangers, dont il avait d'abord donné des preuves, l'avaient fait
appeler le fils de Mars ; mais ensuite ses actions ayant montré en lui des
qualités tout opposées, on l'appela le fils de Vénus. Enfin, renfermé dans
Préneste par Sylla, après avoir inutilement tout tenté pour sauver sa vie, la
prise de la ville ne lui laissant plus aucun moyen d'échapper, il se donna
lui-même la mort.
" Plutarque, Marius, LII.

Après sa mort et pendant un temps
certain, des luttes permanentes opposèrent ses partisans à ceux de Sylla,
maintenant au pouvoir, Sertorius en Espagne, Cn. Domitius Aenobarbus en Afrique
du Nord.

Trait de sa personnalité :

" Un jour qu'on lui opérait des
varices dans la jambe, il interdit qu'on l'attachât. Pourtant, il montra
lui-même que la morsure de la douleur était vive : quand le médecin lui demanda
de lui confier son autre jambe, il refusa, jugeant que la douleur du remède
était pire que celle de la maladie.
" Abbé Lhomond, De viris tr.J.Gaillard.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !