" Doctrinaire puritain " Marcel LEGLAY, dans " ROME " tome I, " grandeur et déclin de la République "

Il appartenait à la famille des Junii Bruti qui prétendait descendre
du Brutus qui avait établi la République en chassant Tarquin le Superbe
de son trône. Atticus, l'ami de Cicéron, avait composé un arbre
généalogique faisant remonter sa famille à ce tombeur de la royauté. En
fait, on ne trouvait dans leurs ancêtres qu'un plébéien qui avait été
majordome.

" …ceux qui lui conservent de la haine et du ressentiment, à
cause du meurtre de César, soutiennent qu'il ne descend pas de cet
ancien Brutus qui chassa les Tarquins : ils prétendent que celui-ci,
après avoir fait mourir ses enfants, ne laissa point de postérité ; que
d'ailleurs Marcus Brutus était de race plébéienne, fils d'un Brutus
intendant de maison, et qu'il n'était parvenu que depuis peu aux
dignités de la république. Mais le philosophe Posidonius dit qu'outre
les deux fils de Brutus qui, déjà dans l'adolescence, furent mis à mort
par leur père, comme l'histoire le rapporte, il y en avait un
troisième, encore en bas âge, qui fut la tige de la famille des Brutus.
Il ajoute qu'il existait de son temps des personnages illustres de
cette maison, à qui l'on trouvait beaucoup de ressemblance avec la
statue de l'ancien Brutus. Mais c'en est assez sur cet objet. " Plutarque, Brutus, 1.

Ce lointain ancêtre, créateur de la République, avait sa statue sur le Capitole.

Son père, qui portait le même prénom que lui, était un partisan de
Marius. Il devait être assassiné sur les ordres de Pompée alors que son
fils n'avait que sept ans, d'où la haine qu'il lui porta, haine
soigneusement entretenu par son entourage. Sa mère, Servilia, se
remaria avec Janius Silanus, c'était une femme de tête qui fut déçut
par ses deux maris. Elle croisa sur sa route Jules César et fut sa
maîtresse, ils étaient liés par une ambition commune : être quelqu'un
d'important à Rome. C'est ainsi que l'on peut dire que Brutus était
très proche de César. Il fit des études à Athènes comme tous les jeunes
gens aisés de la société. Et comme eux, il fut avocat. D'ailleurs
Cicéron nous dit qu'il ne pouvait pas plaider si sa corona (assemblée,
cercle, réunion) s'en allait. Il lui fallait donc un public lorsqu'il
faisait son métier de défenseur sur le Forum où, nous dit-on, il y
avait jusqu'à huit tribunaux, le public allait de l'un à l'autre et
l'on reconnaissait un bon rhéteur au nombre de gens qu'il y avait
autour.

A 24 ans, il va tremper dans un complot visant à assassiner Pompée
avec la complicité de Curion qui, à ce moment, pouvait être considéré
comme le chef de la jeunesse dorée. Il va se sortir de ce mauvais pas
grâce à César. Pour se faire oublié ; il va suivre son oncle, Caton
(d'Utique), dans sa mission à Chypre (prendre le contrôle de l'île au
nom de Rome).

" Dès sa première jeunesse, il accompagna Caton, son oncle, à
l'expédition de Cypre contre Ptolémée. Ce prince s'étant donné lui-même
la mort, Caton, que des affaires importantes retenaient à Rhodes, avait
chargé Caninius, un de ses amis, de veiller à la conservation des
richesses qu'il avait trouvées en Cypre ; mais craignant que Caninius
n'en fût pas un gardien fidèle, il écrivit à Brutus de quitter la
Pamphylie, où il se rétablissait d'une maladie qu'il avait eue, et de
se rendre promptement en Cypre. Cette commission déplaisait à Brutus,
soit par les égards qu'il croyait devoir à Caninius, à qui Caton
faisait un affront sensible, soit par la nature même de cet emploi,
qu'il ne trouvait ni honnête en soi, ni convenable à un jeune homme qui
ne s'était encore appliqué qu'à l'étude des lettres. Il fit cependant
le voyage, et mit dans sa commission tant d'exactitude et de soin,
qu'il mérita les louanges de Caton. Il fit vendre tous les effets de
Ptolémée, et porta lui-même à Rome l'argent qu'il en avait tiré. " Plutarque, Brutus, 3.

Il sera de retour en 56 avant J.C. Sa mère va vouloir alors le
marier, elle trouvera Claudia Pulchera Minor de la famille richissime
des Claudii, elle deviendra sa première épouse. Brutus va accompagner
son beau-père dans son gouvernement de Cilicie qu'il a obtenu après son
année passée au consulat (les magistrats, revêtu de l'imperium, qui
sortaient de leur charge recevaient par tirage au sort une province à
gouverner). Il ne rentrera à Rome que deux ans plus tard. Puis il
repartira pour cette même Cilicie où le nouveau gouverneur, Publius
Sestius, l'a pris comme questeur.

Pendant ce temps, à Rome, César, après avoir franchi le Rubicon
(petit cours d'eau sans importance mais que nul général romain ne
devait franchir avec ses troupes, sauf pour un triomphe) chassait
Pompée de la Ville et prenait le pouvoir en Italie. Après maintes
tergiversations, Brutus, dut prendre parti. Malgré sa haine pour
Pompée, il se rallia à lui car il représentait la légalité de Rome,
chose essentielle à ses yeux.

" Lorsqu'à Rome la division éclata entre César et Pompée, et que
dans la guerre qui s'alluma, tout l'empire se partagea entre ces deux
rivaux, on ne douta pas que Brutus, dont Pompée avait fait mourir le
père, ne se déclarât pour César : mais il sacrifia son ressentiment à
l'intérêt public ; et persuadé que les motifs de Pompée pour prendre
les armes étaient plus justes que ceux de César, il embrassa la cause
du premier. Jusque-là, quand il le rencontrait, il ne daignait pas même
lui parler ; il eût cru se rendre coupable d'impiété en adressant la
parole au meurtrier de son père : mais alors, ne voyant plus en lui que
le chef de la république, il crut devoir marcher sous ses ordres… " Plutarque, Brutus, 4.

Puis vint l'affrontement des deux imperatores à Pharsale. En
souvenir de son ancienne maîtresse, Servilia, César demanda à ses
troupes de ne pas toucher un seul cheveux de sa tête, il fut soulagé,
une fois la bataille terminée et gagnée, de ne pas voir le corps de son
protégé gisant parmi les cadavres des partisans de Pompée. De son coté
Brutus, après avoir longuement réfléchi, se rallia au vainqueur, il
prit donc le parti de César qui l'envoya lui gagner une province qu'il
connaissait bien : la Cilicie. Puis, César le fit revenir à Rome et le
nomma légat pro praetore de la Cisalpine, en Mars 45 avant J.C., il
termina sa mission et rentra en Italie. Au risque de mécontenter César,
malgré le veto de sa mère, il divorça de Claudia pour épouser sa
cousine, Porcia, (fille de Caton le Jeune, plus connu sous le nom de
Caton d'Utique) dont il avait été toujours amoureux. Mais pas
rancunier, César le fit nommer préteur urbain, tandis que son
beau-frère, Cassius, mari de sa troisième sœur Tertia ou Junie, fut
préteur pérégrin (il avait été amiral de la flotte de Pompée).

" Il y avait à Rome plusieurs prétures, dont la première en
dignité, qu'on appelait la préture urbaine, paraissait destinée à
Brutus ou à Cassius. On prétend que, déjà refroidis ensemble pour
d'autres sujets, ils furent amenés plus facilement, par cette rivalité,
à une rupture ouverte, malgré leur alliance, Cassius ayant épousé
Junie, sœur de Brutus. D'autres veulent que cette concurrence ait été
l'ouvrage de César, qui les avait flattés secrètement l'un et l'autre
de l'espoir de cette magistrature. La dispute et l'aigreur furent
poussées si loin qu'ils plaidèrent publiquement leur cause. La
réputation et la vertu de Brutus militaient en sa faveur contre les
nombreux et brillants exploits que Cassius avait faits chez les
Parthes. César, après les avoir entendus et en avoir délibéré avec ses
amis, avoua que les raisons de Cassius étaient plus justes, mais qu'il
fallait donner la première préture à Brutus. Cassius n'eut donc que la
seconde ; et il fut bien moins reconnaissant pour celle qu'il avait
obtenue, qu'offensé du refus de l'autre. " Plutarque, Brutus, 7.

Mais toujours fidèle à sa pensée républicaine, il pensa que César
tendait trop vers la royauté. Des graffitis apposés sur le socle de la
statue de son prétendu ancêtre (statue qui était placée au Capitole),
celui qui avait donné naissance à la République, lui rappelèrent qui il
était.

" Au pied de la statue de Brutus, son premier ancêtre, celui qui
avait aboli la royauté, on trouva deux écriteaux, dont l'un portait : "
Plût à Dieu, Brutus, que tu fusses encore en vie ! " Et l'autre : "
Pourquoi, Brutus, n'es-tu pas vivant ! " Le tribunal même où Brutus
rendait la justice était, tous les matins, semé de billets sur lesquels
on avait écrit : " Tu dors, Brutus. Non, tu n'es pas véritablement
Brutus. " " Plutarque, Brutus, 10.

Il va se laisser gagner par les idées de son beau-frère dont le nom
complet est :Caius Cassius Longinus qui était à la tête de l'opposition
à César.

Les futurs assassins avaient besoin d'une figure emblématique à
montrer au peuple, ce sera Brutus, Cassius restera dans l'ombre. Tous
deux décidèrent de laisser Cicéron de coté car il ne lui faisait pas
confiance. Arrive les ides de Mars (le15) que les conspirateurs avaient
fixés comme date à leur action. Ils voulaient que la vie républicaine
reprenne ses droits et pour cela ils ne voyaient qu'une solution : tuer
le dictateur. Ils n'avaient rien prévu pour la suite des évènements, la
démocratie telle qu'ils l'avaient connue avant l'arrivée de César au
pouvoir devait renaître automatiquement. Et dans la curie de Pompée
(symbole d'une revanche ?), lieu où ce jour là se rassemblèrent les
sénateurs, ils frappèrent.

" Le secret de la conjuration était connu partout : César avait
reçu le jour même de sa mort un mémoire qui lui en donnait avis ; et
sur cent victimes qu'il avait fait égorger, aucune ne lui avait donné
un présage favorable. Il ne laissa pas cependant de se rendre au Sénat,
méditant une expédition contre les Parthes. A peine eut-il pris place
que les sénateurs conjurés se jetèrent sur lui, l'étendirent à leurs
pieds et le percèrent de vingt trois coups de poignard. C'est ainsi que
l'homme qui avait inondé l'univers du sang de ses concitoyens, arrosa
enfin du sien la salle du sénat. " Florus, Histoire, IV, 2.

" Quand le sénat fut entré dans la salle, les conjurés
environnèrent le siège de César, feignant d'avoir à lui parler de
quelque affaire ; et Cassius portant, dit-on, ses regards sur la statue
de Pompée, l'invoqua, comme si elle eût été capable de l'entendre.
Trébonius tira Antoine vers la porte : et en lui parlant, il le retint
hors de la salle. Quand César entra, tous les sénateurs se levèrent
pour lui faire honneur ; et dès qu'il fut assis, les conjurés, se
pressant autour de lui, firent avancer Tullius Cimber, pour lui
demander le rappel de son frère. Ils joignirent leurs prières aux
siennes ; et, prenant les mains de César, ils lui baisaient la poitrine
et la tête. Il rejeta d'abord des prières si pressantes ; et comme ils
insistaient, il se leva pour les repousser de force. Alors Tullius, lui
prenant la robe des deux mains, lui découvre les épaules ; et Casca,
qui était derrière le dictateur, tire son poignard, et lui porte le
premier, le long de l'épaule, un coup dont la blessure ne fut pas
profonde. César, saisissant la poignée de l'arme dont il venait d'être
frappé, s'écrie dans sa langue : " Scélérat de Casca, que fais-tu ? "
Casca appelle son frère à son secours en langue grecque. César, atteint
de plusieurs coups à la fois, porte ses regards autour de lui pour
repousser les meurtriers ; mais dès qu'il voit Brutus lever le poignard
sur lui, il quitte la main de Casca qu'il tenait encore, et se couvrant
la tête de sa robe, il livre son corps au fer des conjurés. Comme ils
le frappaient tous à la fois sans aucune précaution, et qu'ils étaient
serrés autour de lui, ils se blessèrent les uns les autres. Brutus, qui
voulut avoir part au meurtre, reçut une blessure à la main, et tous les
autres furent couverts de sang. " Plutarque, Brutus, XVII.

" Aux ides de mars, il y fut poignardé par des conjurés à la
tête desquels étaient Brutus et Cassius. Il n'avait pu s'attacher le
premier en lui promettant de l'élever au consulat ; il avait irrité
l'autre en différant de l'y porter. Ils eurent pour complices ceux de
ses amis les plus intimes qui devait leur haute fortune au succès de
son parti, tel que Decimus Brutus, Caius Trebonius et plusieurs autres
d'un nom illustre…L'événement fit connaître combien était sage le
conseil qu'Hirtius et Pansa donnaient à César de maintenir par les
armes une domination acquise les armes à la main. Mais, César ne
cessait de dire qu'il aimait mieux périr que d'être redouté…Brutus et
Cassius étaient préteur et Decimus Brutus, consul désigné, lorsqu'ils
commirent cet attentat. Ces trois hommes et les autres conjurés,
soutenus des gladiateurs de Decimus Brutus se saisirent du Capitole.
Cassius était d'avis qu'on se défit du consul Antoine et que le
testament de César fût cassé. Mais Brutus combattit cette proposition.
" Velleius Paterculus, II, 57 et suivants.

Brutus devait prendre la parole pour expliquer leur geste mais ne le
put suite à la fuite éperdue de tous les pères conscrits. Alors, ils
allèrent en cortège au Capitole, lieu symbolique de Rome. Pendant ce
temps, dans la Ville, les césariens gardaient le pouvoir, Marc Antoine
était consul en exercice, Brutus avait voulu qu'on le garde en vie,
Lépide, le maître de cavalerie de César, gardait la haute main sur
l'armée. Le lendemain de l'assassinat, Brutus put enfin prendre la
parole du haut du Capitole pour expliquer le meurtre de César au peuple
assemblé. La question de sa légitimité fut ensuite débattue par le
Sénat : la véritable question était : est ce que César était un tyran
ou non ? Dans le premier cas, il fallait féliciter ses assassins, dans
le second les condamner. Après de nombreux atternoiments, après maintes
interventions, notamment celle d'Antoine, le Sénat s'en tira par une
pirouette, il décida l'amnistie pour les hommes réfugiés au Capitole.
Après trois jours de présence là-haut, ils purent redescendre. La vie
reprenait sa quotidienneté pour les meurtriers. N'oublions pas que
Brutus était préteur, il dut organiser les jeux apollinaires, grosse
dépense d'argent mais il n'en a pas ; pour s'en procurer, il va
s'adresser à Atticus, richissime, qui est son ami. Ce dernier, fidèle à
l'orientation de sa famille de ne jamais se mêler des affaires
publiques, refuse. Il va même jusqu'à refuser son entremise pour en
demander aux publicains. Pire les césariens font en sorte de soulever
le peuple. Brutus et Cassius, devant l'hostilité de la foule, ne
peuvent plus sortir de chez eux. Leur devenir devenait très sombre. Ils
partirent de Rome et allèrent se réfugier à Antium (ville du Latium, à
une cinquantaine de kilomètres de Rome). Les jeux eurent lieu, ils
furent très beaux, Brutus y avait englouti toute sa fortune
personnelle.

" Mais Brutus ayant su qu'un grand nombre de soldats vétérans,
de ceux qui avaient reçu de César, pour récompense de leurs services,
des terres et des maisons dans des colonies, lui dressaient des
embûches, et se glissaient par pelotons dans la ville, il n'osa pas y
retourner. Son absence ne priva pas le peuple du spectacle des jeux ;
ils furent célébrés avec une magnificence extraordinaire. Brutus voulut
que rien n'y fût épargné : il avait fait acheter un très grand nombre
d'animaux féroces ; il défendit qu'on en donnât ou qu'on en réservât un
seul, et commanda qu'ils fussent tous employés dans les jeux. Il alla
lui-même jusqu'à Naples, pour y louer plusieurs comédiens ; et comme il
désirait d'en avoir un nommé Canutius, qui avait le plus grand succès
sur les théâtres, il en écrivit à ses amis, et les pria de ne rien
négliger pour l'engager à paraître dans ces jeux : car il ne croyait
pas convenable de forcer aucun Grec. Il écrivit aussi à Cicéron, pour
le prier instamment d'y assister. " Plutarque, Brutus, 21.

Malgré son absence de Rome, il n'osait pas y revenir, quelques
manifestations pro républicaines eurent lieu mais durent cesser
rapidement. Puis, Cassius et lui sortirent de leur charge de préteur et
se virent confier par le Sénat le gouvernement des provinces les plus
pauvres de la République, Cassius eut la Crête et Brutus la Cyrénaïque.
Ils partirent pour exercer leur charge nouvelle ou tout du moins le
laissèrent croire et s'arrêtèrent au Pirée et de là allèrent à Athènes,
leur but était d'aller en Syrie où d'importantes concentrations de
troupes avaient lieu en vue d'une guerre contre les Parthes ; ils
voulaient une guerre civile. C'est ainsi que Brutus s'empara de
Dyrrachium puis battit le frère de Marc Antoine, Caius Antonius qu'il
garda prisonnier pour finir par le faire exécuter (semble-t-il en
représailles du meurtre de Cicéron). Il devint le maître de la
Macédoine et le fit savoir au Sénat, son caractère plein de fidélité
aux mœurs de la République voulait une reconnaissance officielle de
Rome. Il l'eut. Par un sénatus-consulte, les pères conscrits le
reconnurent comme gouverneur légal. Cassius et Brutus finirent par être
à la tête de 18 légions, eux qui avaient quitté Rome sans rien, sans
aucune aide d'aucune sorte.

" Ce fut pour eux un grand sujet de joie ; et la vue des troupes
qu'ils avaient l'un et l'autre sous leurs ordres augmenta beaucoup leur
confiance. Ils étaient partis d'Italie comme des bannis méprisables,
sans argent, sans armes, sans un seul vaisseau armé, sans un soldat,
enfin sans une seule ville qui fût dans leurs intérêts ; et après un
espace de temps assez court, ils se trouvaient réunis, à la tête d'une
flotte puissante, d'une infanterie et d'une cavalerie nombreuses, avec
de l'argent pour les entretenir ; et ils étaient en état de disputer,
les armes à la main, l'empire à leurs ennemis. " Plutarque, Brutus, 28.

Ils furent, alors, les piliers de la République contre Antoine et
Octave qui cherchaient à s'emparer des rênes du pouvoir. Ce dernier,
qui devait devenir Auguste se fit nommer consul à 19 ans.

" À l'âge de dix-neuf ans, j'ai levé une armée à titre privé et
à mes frais, avec laquelle j'ai rendu la liberté à l'État opprimé par
la tyrannie d'une faction. A ce titre le Sénat, par des décrets
honorifiques, m'a coopté parmi ses membres (consulat de Gaius Pansa et
Aulus Hirtius , me donnant le droit d'exprimer mon avis au rang des
consulaires, et il m'a investi de l'imperium. Je reçus l'ordre, alors
que j'avais les pouvoirs d'un préteur, de veiller de concert avec les
consuls à ce qu'il n'arrive aucun dommage à l'État. Quant au peuple, il
m'élut consul la même année, après la mort au combat des deux consuls à
la fois, ainsi que triumvir chargé de réorganiser l'État. "

Auguste, res gestae, trad. Michel Dubuisson.

Le Sénat se laissa intimider par ses légions qui n'étaient autres
que celles qu'avaient commandées César. Lépide, beau-frère de Brutus,
trahit la République et fit cause commune avec Marc Antoine. C'est face
à ces trois hommes et à leurs troupes qu'il se retrouva seul pendant
que son autre beau-frère et complice, Cassius, pillait l'Orient et se
laissait aller à une mollesse certaine. Octave, héritier et fils
adoptif de César, se devait de venger son père ; par la loi Pedia et
surtout par son bon vouloir, il fit condamner les conjurés. Le premier
à être mis à mort fut Decimus Brutus qui tomba entre les mains d'un
allié de Marc Antoine. Pendant ce temps, en Orient, Brutus et Cassius
se retrouvèrent à Smyrne, ils décidèrent de conquérir l'île de Rhodes
et la Lycie qui n'étaient pas encore entre leurs mains. Brutus va se
charger de la Lydie pendant que Cassius va soumette Rhodes. Antoine va
arriver sur leurs traces. Maintenant que le second triumvirat est
formé, il se veut le soldat, l'homme fort de cet ensemble. Il va
rejoindre les troupes républicaines en Macédoine. La bataille de peut
commencer.

Brutus battit les légions d'Octave mais Cassius fut écrasé par les
troupes d'Antoine, devant cette défaite, il se suicida, sa femme, une
sœur de Brutus lui survécut longtemps :

" Ce fut cette même année, la soixante-quatrième après la
bataille de Philippes, que Junia, soeur de Brutus, veuve de C. Cassius
et nièce de Caton, finit sa carrière. Son testament fut le sujet de
mille entretiens, parce que, étant fort riche, et mentionnant
honorablement dans ses legs presque tous les grands de Rome, elle avait
omis l'empereur. Tibère prit cet oubli en citoyen, et n'empêcha pas que
l'éloge fût prononcé à la tribune, que la pompe accoutumée décorât les
funérailles. On y porta les images de vingt familles illustres: les
Manlii, les Quinctii y parurent, avec une foule de Romains d'une égale
noblesse; mais Cassius et Brutus, qui n'y furent pas vus, les
effaçaient tous par leur absence même. " Tacite, Annales, III, 76.

Quelques jours passèrent, les ennemis s'observaient, s'insultaient,
se provoquaient. Ils se retrouvèrent face à face. La cavalerie Galate
déserta soudainement le camp des républicains. Toute la tactique de
Brutus fut à revoir. Cette cavalerie devait ouvrir le chemin aux
fantassins. Après un semblant de succès, les légions républicaines
furent taillées en pièces par celles d'Antoine. Le dernier assassin de
César est vaincu. Brutus se suicida en se jetant sur son épée.

" La nuit était fort avancée, lorsque Brutus se penchant, assis
comme il était, vers Clitus, un de ses domestiques, lui dit quelques
mots à l'oreille. Clitus ne lui répondit rien, mais ses yeux se
remplirent de larmes. Alors Brutus tirant à part Dardanus, son écuyer,
lui parla tout bas. Il s'adressa enfin à Volumnius, et, lui parlant
grec, il lui rappela les études et les exercices qu'ils avaient faits
ensemble, et le pria de l'aider à tenir son épée et à s'en percer le
sein. Volumnius s'y refusa, ainsi que ses autres amis ; et l'un d'eux
ayant dit qu'il ne fallait pas rester là plus longtemps, mais
s'éloigner par la fuite : " Sans doute il faut fuir, répondit Brutus en
se levant, et se servir pour cela non de ses pieds, mais de ses mains.
" En même temps il leur serre à tous la main l'un après l'autre, et
leur dit, avec un air de gaieté : " Je vois avec la satisfaction la
plus vive que je n'ai été abandonné par aucun de mes amis ; et ce n'est
que par rapport à ma patrie que je me plains de la fortune. Je me crois
bien plus heureux que les vainqueurs, non seulement pour le passé, mais
pour le présent ; car je laisse une réputation de vertu que ni leurs
armes, ni leurs richesses, ne pourront jamais leur acquérir, ni leur
faire transmettre à leurs descendants : on dira toujours d'eux,
qu'injustes et méchants, ils ont vaincu des hommes justes et bons, pour
usurper un empire auquel ils n'avaient aucun droit. " Il finit par les
conjurer de pourvoir à leur sûreté, et se retira à quelque distance
avec deux ou trois d'entre eux, du nombre desquels était Straton, qui,
en lui donnant des leçons d'éloquence, s'était particulièrement lié
avec lui ; il le fit mettre près de lui, et appuyant à deux mains la
garde de son épée contre terre, il se jeta sur la pointe, et se donna
la mort. Quelques auteurs disent qu'il ne tint pas lui-même l'épée ;
mais que Straton, cédant à ses vives instances, la lui tendit en
détournant les yeux, et que Brutus, se précipitant avec roideur sur la
pointe, se perça d'outre en outre, et expira sur l'heure. " Plutarque, Brutus, 52.

" La fin que le sort réservait à Brutus entraîna la ruine de son
parti. Brutus périt, âgé de trente sept ans. Jamais ses vertus ne
s'étaient démenties, jusqu'au jour où la témérité d'une seule action
les lui ravit toutes. Cassius était plus grand capitaine ; Brutus, plus
homme de bien. On eut préféré l'amitié de Brutus ; on eut craint
davantage l'inimitié de Cassius. L'âme de l'un était plus forte ; celle
de l'autre était meilleure. Autant, il fut avantageux à Rome d'avoir
Octave pour maître au lieu d'Antoine, autant il eût été de l'intérêt de
la République d'obéir à Brutus plutôt qu'à Cassius si la victoire se
fût déclarée pour eux. " Velleius Paterculus, livre II, LXXII.

Octave fit trancher la tête du cadavre pour s'en servir comme
trophée, elle ne regagna pas Rome pour être exhibée sur les Rostres,
elle fut emportée par une vague qui déferla sur la bateau qui regagnait
la Ville (dit-on). Antoine fit des obsèques décents au cadavre mutilé ;
quant à sa femme, Porcia, elle ne lui survécu pas.

" L'ardeur de ton amour si pur, ô Porcia, fille de M. Caton,
sera aussi pour tous les siècles l'objet d'une juste admiration. A la
nouvelle de la défaite de Brutus, ton mari, et de sa mort à Philippes,
tu n'as pas craint, à défaut du poignard qu'on te refusait, d'avaler
des charbons ardents. Ainsi tu trouvas dans ton coeur de femme la force
d'imiter la mort héroïque de ton père. Mais peut-être y eut-il chez toi
encore plus de courage : il mit fin à ses jours par un trépas ordinaire
; toi, tu voulus mourir d'une mort sans exemple (An de R. 711.) " Valère Maxime, IV, 5. tel qu'on le trouve sur le site de P. Remacle.

" Nicolas le philosophe et Valère-Maxime rapportent que sa femme
Porcia, résolue de se donner la mort, mais en étant empêchée par tous
ses amis qui la gardaient à vue, prit un jour dans le feu des charbons
ardents, les avala, et tint sa bouche si exactement fermée, qu'elle fut
étouffée en un instant. " Plutarque, Brutus, 52.

" Antoine ayant trouvé le corps de Brutus, ordonna qu'on
l'ensevelît dans la plus riche de ses cottes d'armes ; et dans la suite
ayant su qu'elle avait été dérobée, il fit mourir celui qui l'avait
soustraite, et envoya les cendres de Brutus à sa mère Servilie. " Plutarque, Brutus, 52.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !