Qui est Louis XIV ?

Fils de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, Louis est le fruit d’unions politiques multi-culturelles puisque ses grands-parents paternels Henri IV et Marie de Médicis, étaient respectivement français et italien. Ses grands-parents maternels, Philippe III et Marguerite d’Autriche-Styrie étaient espagnol et autrichien, bien que tous deux Habsbourg, proches parents l’un de l’autre[1].

Au traditionnel titre de Dauphin de Viennois est ajouté à sa naissance celui de Premier fils de France. L’enfant est aussi prénommé Louis-Dieudonné, car, après presque vingt-trois ans de mariage sans enfant, plusieurs fausses couches de la reine et la mésentente du couple royal, la naissance inattendue de l’héritier du trône est considérée comme un don du Ciel. Certains y voient même un miracle[2].

La naissance de Louis est suivie, deux ans plus tard, par celle de Philippe, d’abord titré duc d’Anjou, puis duc d’Orléans à la mort de son oncle. Elle éloigne du trône le frère du roi régnant, Gaston d’Orléans, comploteur impénitent dont le cardinal de Richelieu, premier ministre de Louis XIII, craignait qu’il ne mène en cas d’accession au trône une politique favorable aux nobles et aux Habsbourg. La naissance tant espérée d’un dauphin est ainsi une victoire politique pour Richelieu.

À la mort de son père, l’enfant devient roi sous le nom de Louis XIV. Comme il n’a que quatre ans et demi, sa mère, Anne d’Autriche, devient régente. Elle choisit contre toute attente le cardinal Mazarin comme Premier ministre, en dépit de la désapprobation des cercles politiques français de l’époque dont beaucoup n’apprécient pas qu’un Italien, fidèle de Richelieu, dirige la France.

L’éducation du roi

En plus de ses fonctions ministérielles, Mazarin, parrain de Louis XIV, se voit attribuer par la reine en mars 1646 la responsabilité de l’éducation du jeune monarque et de son frère. Il devient donc « surintendant au gouvernement et à la conduite de la personne du roi et de celle de M. le duc d’Anjou ». Malgré les efforts des différents précepteurs engagés pour prodiguer cours de latin, d’histoire, de mathématiques, d’italien et de dessin, Louis n’est pas un élève très travailleur. Mais, suivant l’exemple du grand collectionneur d’art qu’est Mazarin, Louis XIV se montre très sensible à la peinture, à l’architecture, à la musique et surtout à la danse qui est, à l’époque, une composante essentielle de l’éducation d’un gentilhomme : on dit que le jeune Louis s’entraîne à danser environ deux heures par jour de l’âge de 7 à 27 ans.

Louis, le « miraculé »

Dans son enfance, Louis XIV échappe à plusieurs reprises à la mort :

  • À 5 ans, il manque de se noyer dans un des bassins du jardin du Palais-Royal. Il est sauvé in extremis.
  • À 9 ans, le 10 novembre 1647, il est atteint de la variole. Dix jours plus tard, les médecins n’ont plus aucun espoir mais le jeune Louis se remet « miraculeusement ».
  • Le 30 juin 1658, le roi est victime d’une grave intoxication alimentaire lors de la prise de Bergues dans le Nord. Le lundi 8 juillet, on lui donne les derniers sacrements et on commence à préparer la succession mais Guénaut, le médecin d’Anne d’Autriche, lui donne un émétique à base d’antimoine et de vin qui guérit encore une fois « miraculeusement » le roi.

L’épreuve de la Fronde

Le Grand Condé, d’abord ferme soutien du pouvoir royal devient l’opposant le plus déterminé

Après avoir célébré sa première communion à l’église Saint-Eustache le 25 décembre 1649, Louis XIV, qui n’a alors que 12 ans, entre au conseil en 1650. C’est l’époque de la Fronde, une contestation de l’autorité royale par les parlements et la noblesse qui allait marquer durablement le monarque. En réaction à ces événements, Louis XIV s’appliqua plus tard à continuer le travail commencé par Richelieu : affaiblir les membres de la noblesse d’épée en les obligeant à servir comme membres de sa cour en transférant la réalité du pouvoir à une administration très centralisée et à la noblesse de robe.

En 1648, le parlement de Paris s’oppose fermement aux impôts levés par Mazarin pour continuer la guerre contre l’Espagne. La Journée des barricades contraint le roi à quitter Paris une première fois. S’il revient assez vite dans la capitale, les exigences des parlementaires, appuyés par le très populaire Jean-François Paul de Gondi, obligent Mazarin à envisager un coup de force. En pleine nuit et dans le plus grand secret, le roi et sa cour quittent la capitale dans le but de l’assiéger et de la remettre à obéissance. L’affaire se complique quand des personnalités de la haute noblesse apportent leur soutien à la fronde : le prince de Conti, frère de Condé, Beaufort, petit-fils d’Henri IV, et quelques autres veulent renverser Mazarin. Si après quelques mois de siège Paris se rend au roi, Mazarin ne parvient pas à imposer sa volonté aux parlementaires et le conflit politique demeure.

En 1650, une nouvelle fronde appelée Fronde des princes se construit autour du tumultueux prince de Condé. Les princes sont arrêtés sur l’ordre de Mazarin, ce qui aboutit à une nouvelle guerre civile relayée essentiellement dans les provinces (Bordeaux). En 1651, Gondi et Beaufort, leaders de la première fronde, s’allient à la fronde des princes, pour renverser Mazarin. L’appui du duc d’Orléans et une émeute parisienne obligent Mazarin à s’exiler. Le 8 février 1651, la reine et le jeune Louis essaient de s’enfuir de la capitale mais, alarmés, les Parisiens envahissent le palais royal où loge le roi, désormais prisonnier de la fronde.

Le 7 septembre 1651, le lit de justice déclare la majorité du roi. Tous les grands du royaume viennent lui rendre hommage sauf Condé qui, de Guyenne, lève une armée pour marcher sur Paris. Défait, Condé se jette dans Paris qui se soulève devant le retour d’exil de Mazarin. Le pouvoir royal doit de nouveau assiéger Paris. Le deuxième exil de Mazarin, les exactions des troupes de Condé, les troubles populaires et le ras-le-bol de la guerre mettent un terme à la fronde, devenue impopulaire. Si la plupart des grands font leur soumission, Condé trahit la France pour se mettre au service de l’Espagne qui a profité du désordre pour reprendre du terrain en Flandre. L’arrestation et l’exil de Gondi, éternel comploteur, permettent de mettre un terme définitif aux troubles.

Louis XIV est sacré officiellement roi le 7 juin 1654 à Reims mais il laisse les affaires politiques à Mazarin, tandis qu’il continue sa formation militaire auprès de Turenne.

Son mariage avec Marie-Thérèse d’Autriche

Entrevue de Louis XIV et de Philippe IV dans l’Île des Faisans en 1659. On distingue la fille de Philippe IV, future reine de France, derrière lui.

Pendant le voyage du jeune roi, le 7 novembre 1659, les Espagnols acceptent de signer le traité des Pyrénées qui fixe les frontières entre la France et l’Espagne. De son côté, Louis XIV accepte bon gré, mal gré de respecter une des clauses du traité : épouser l’infante Marie-Thérèse d’Autriche (1638-1683), fille de Philippe IV, roi d’Espagne, et d’Élisabeth de France. Les époux sont doublement cousins germains : la reine-mère Anne d’Autriche étant la sœur de Philippe IV, et Élisabeth de France la sœur de Louis XIII. Ce mariage a cependant pour but de rapprocher la France de l’Espagne. Il a lieu le 9 juin 1660 en l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz.

Louis ne connaît sa femme que depuis trois jours, celle-ci ne parle pas un mot de français, mais le roi « l’honore » fougueusement et devant témoins dès la nuit de noce[3]. (Selon d’autres sources, cette nuit de noces, contrairement à l’usage, n’eut pas de témoin.) [4]

Le Règne du Roi Soleil

L’apogée de l’absolutisme

Louis XIV en 1661 par Charles Le Brun. À 23 ans, il décide de prendre réellement le pouvoir en devenant monarque absolu.

Également connu sous le nom de Roi soleil, Louis XIV renforce la monarchie qui devient monarchie absolue de droit divin. Le 13 avril 1655, le roi décrète 17 édits visant à renflouer les caisses de l’État. La légende raconte qu’à cette occasion, il aurait déclaré aux parlementaires réticents le célèbre mais contesté : « l’État c’est moi ! ». En fait, il ne l’a jamais déclaré. Il dit même le contraire sur son lit de mort, en 1715 : « Je m’en vais, mais l’État demeurera toujours ».[réf. nécessaire] Louis XIV se dissocie de l’État, dont il se définit lui-même comme, seulement, le premier serviteur.[réf. nécessaire]

La prise de pouvoir et l’élimination de Fouquet

Nicolas Fouquet, le flamboyant surintendant sera écarté du pouvoir pour permettre au Roi-Soleil de mieux briller.

À la mort de Mazarin, le 9 mars 1661, la première décision de Louis XIV est de supprimer la place de ministre principal et de prendre personnellement le contrôle du gouvernement mais l’entourage du roi n’est pas convaincu de sa stature d’homme d’État. Louis doit faire ses preuves et prouver son autorité.

Le roi avait été informé par Jean-Baptiste Colbert du délabrement des finances[5] après la guerre ruineuse contre la Maison d’Espagne et les 5 années de Fronde, de l’enrichissement personnel effréné de Mazarin, dont Colbert lui-même avait profité, et celui éhonté de Fouquet dont les pratiques spéculatives avaient fait leur temps. Six mois plus tard, le 5 septembre 1661, jour de ses 23 ans, le roi qui avait pu, jeune encore, constater le fort mécontentement des provinces contre la pression fiscale durant les 18 années de ministère du défunt cardinal, fait arrêter au grand jour, par d’Artagnan, Nicolas Fouquet dont il supprime par la même occasion le poste de surintendant des finances. Il crée une chambre de justice pour examiner les comptes des financiers. Même si Fouquet servit de bouc émissaire et qu’il avait pendant presque 9 ans, par son crédit personnel immense, bien rempli sa mission de pourvoyeur d’argent immédiat, il est communément admis aujourd’hui que le surintendant, qui eut le malheur d’être le dernier représentant d’un système populairement détesté, avait fini par confondre sans scrupule sa comptabilité avec celle du Trésor. Le roi avait donc besoin de montrer qui dirige le pays et d’éliminer ainsi celui dont il subissait le trop grand ascendant marqué par une fête donnée quelques jours avant l’arrestation au château de Vaux-le-Vicomte.

Après trois ans d’un procès plein d’irrégularités et influencé par le roi, Fouquet est remplacé par Colbert en 1665. Le règne personnel du Roi-Soleil commence.

Les grandes réformes

Création du Conseil royal des finances (12 septembre 1661)

Jean-Baptiste Colbert succèdera à Fouquet après avoir organisé son « élimination ».

La première partie du règne de Louis XIV est marquée par de grandes réformes administratives et surtout par une meilleure répartition de la fiscalité. Les douze premières années virent le pays en paix et le retour d’une relative prospérité[6]. Il va s’opérer le passage d’une monarchie judiciaire (où la principale fonction du roi est de rendre justice) à une monarchie administrative (le roi est à la tête de l’administration). Les finances, dirigées désormais par un contrôleur général, en l’occurrence Colbert, viendront supplanter la justice en tant que première préoccupation du Conseil d’en haut. Celui qui aurait normalement dû être en charge de la justice, le chancelier, qui, sous Louis XIV sera François-Michel Le Tellier, va lui-même délaisser la justice pour se consacrer essentiellement aux affaires de guerre.

Il crée le code Louis en 1667, sorte de code civil, le code criminel en 1670, le code forestier, l’édit sur les classes de la Marine en 1669, l’ordonnance de commerce en 1673.

François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, secrétaire d’État à la Guerre, rival de Colbert au sein du conseil royal

Au fil du temps, deux clans vont se mettre en place à ses côtés et cohabiter tout en rivalisant l’un avec l’autre. Le clan Colbert va gérer tout ce qui touche à l’économie, la politique étrangère, la Marine et la culture alors que le clan Le Tellier-Louvois va avoir la mainmise sur la Défense. Le roi fait ainsi sienne la devise « diviser pour mieux régner ». En ayant deux clans rivaux sous ses ordres, il est certain qu’ils s’autocontrôleront et que cela empêchera toute dérive permettant à un de ses ministres de réussir un coup d’État contre lui.

Jusqu’en 1671, le clan Colbert domine mais, quand commencent les préparatifs de la guerre de Hollande, les réticences de Colbert, qui rechigne à se lancer à nouveau dans de grandes dépenses, commencent à le discréditer aux yeux du roi. De plus, l’écart d’âge entre Colbert (52 ans à l’époque) et le roi (33 ans) fait que le roi se rapproche naturellement de Louvois qui n’a que 30 ans et la même passion : la guerre. Jusqu’en 1685, c’est le clan Louvois qui est le plus influent.

Création d’un service de police moderne

Paris, état des lieux : « Le Paris du XVIIe siècle est quasiment invivable ». C’est d’abord une concentration dangereuse de populations : épidémies, incendies, inondations, hivers polaires, encombrements et désordres de tout genre. La ville attire des individus qui espèrent vivre mieux auprès des riches : escrocs, brigands, voleurs, mendiants, infirmes, hors-la-loi, paysans sans terre et autres déshérités. Il existe encore la Cour des miracles, le plus célèbre des ghettos incontrôlables (estimés sous Louis XIV à 30 000 individus, soit 6 % du peuplement). Paris sera le premier souci du roi qui n’a pas encore construit Versailles.[7]

Édit de fondation de l’hôpital général de Paris (27 avril 1656)

Cet édit (de Grand Renfermement) a pour objet d’éradiquer la mendicité, le vagabondage et la prostitution. Il est conçu sur le modèle de l’hôpital lyonnais (L’Hospice de la Charité établi en 1624) et s’attire à son service les membres de la compagnie du Saint-Sacrement. Il regroupe les trois établissements de la Salpêtrière, de Bicêtre et de Sainte-Pélagie. En dépit des peines et des expulsions prévues pour ceux qui ne regagnent pas l’hôpital, cette mesure, faute d’effectifs suffisants, sera un échec.

Ordonnance civile de Saint-Germain-en-Laye (3 avril 1667)

Dix ans plus tard, la situation mal maîtrisée a empiré et « on rapporte que le roi n’en dort plus la nuit »[8]. Les différentes factions de police sont disséminées et rivalisent entre elles. Colbert va s’efforcer de coordonner toutes ces autorités en un seul service. Pour atteindre ce but, il fait nommer le 15 mars 1667 La Reynie à la lieutenance générale de police qui vient d’être créée, un homme de son clan intègre et travailleur, qui a déjà participé au conseil de la réforme de la justice. Entre autres, sont annoncées une lieutenance séparée de celles civile et criminelle, la simplification et l’uniformisation des procédures de justice civile pour tout le royaume, et l’obligation de mieux tenir les registres paroissiaux. Les attributions de La Reynie sont étendues : maintien de l’ordre public, des bonnes mœurs, du bon ravitaillement, de la salubrité (ébouages, pavage des rues, fontaines d’eau, etc.), la sécurité (rondes, éclairage des rues par lanternes, lutte contre la délinquance et les incendies, liquidation des « zones de non-droit »[9], etc.). Dès 1674, La Reynie a le titre de lieutenant général de police (en somme, le premier préfet de police de France) et s’acquittera de cette tâche épuisante avec intelligence pendant 30 ans, jusqu’en 1697, année où il se retire.

La Reynie, par un travail de longue haleine, avait réussi à instaurer dans la place de Paris une « sécurité inconnue ». Quand le marquis d’Argenson lui succède en 1697, il hérite du relâchement des dernières années car la situation recommençait à se dégrader. Homme rigoureux et sévère, c’est avec beaucoup d’assiduité et d’intransigeance qu’il entreprend le redressement de la situation. Il va remplir sa fonction de lieutenance en s’appuyant principalement sur la répression, avec une escouade considérable d’espions. On peut dire qu’il instaura une sorte de police secrète d’État dont un des aspects marquant fut de complaire outre mesure aux puissants et d’accentuer le despotisme d’un règne vieillissant. Ses services talentueux et zélés lui valurent, en 1718, la place enviée de garde des Sceaux[10].

La politique étrangère

15 mai 1685 : le doge de Gênes est contraint à venir s’excuser dans la Galerie des Glaces de Versailles (par Claude Guy Hallé, château de Versailles)

Louis XIV tend à affirmer la puissance de son Royaume. Il utilise les armes traditionnelles de la diplomatie (ambassade, traités, alliances, unions dynastiques, soutien aux opposants de ses ennemis). Mais c’est surtout par l’armée qu’il s’impose. Il poursuit d’abord la stratégie de ses prédécesseurs depuis François Ier pour dégager la France de l’encerclement hégémonique des Habsbourg en Europe par une guerre continuelle contre l’Espagne, en particulier sur le front des Flandres. Le « grand Roi » en profite pour rendre son « pré carré » par des guerres de conquêtes sur ses voisins. Pour assurer à son petit-fils la succession d’Espagne, il se lance dans une guerre contre toute l’Europe qui finit par épuiser les belligérants. À la fin de son règne, le roi a arraché un compromis: si les Bourbon dominent en France et Espagne, ils reconnaissent deux nouvelles puissances montantes : l’Angleterre protestante et les Habsbourg d’Autriche.

1643/1672 L’alliance traditionnelle contre les Habsbourg

Dans un premier temps, pour se dégager de l’encerclement des Habsbourg, le jeune Louis XIV avec son ministre Mazarin fait alliance avec les principales puissances protestantes, reprenant ainsi la politique de ses deux prédécesseurs et de Richelieu.

La guerre connaît quatre phases : quand le règne débute, la France soutient directement les puissances protestantes contre les Habsbourg, lors du dernier tiers de ce qu’on a appelé ensuite la guerre de Trente Ans, conclue en 1648 par les traités de Westphalie. Ensuite, lors de la Fronde, l’Espagne soutient la révolte militaire du Grand Condé contre le Roi. Dix ans plus tard, des victoires françaises et une alliance avec les puritains anglais imposent à l’Espagne le traité des Pyrénées (doublé par un mariage entre Louis XIV et l’infante). Enfin, le conflit reprend à la mort du Roi d’Espagne pour la dévolution de villes frontalières du royaume de France en Flandre espagnole (au nom de l’héritage de son épouse).

À l’issue de cette première période, Louis XIV, jeune roi, est à la tête de ce qui est la première puissance militaire et diplomatique d’Europe s’imposant même au Pape. Il a agrandi son royaume vers le nord (Artois) et conservé au sud le Roussillon.

1672/1697 La puissance dominante mais isolée

Dans un second temps, à partir de 1672, sous l’influence de Louvois, le « Grand Roi » renonce à l’alliance protestante. Pour rendre son « pré carré », il s’isole diplomatiquement dans une politique belliqueuse de conquête qui l’oppose à toute l’Europe.

La poussée vers les Flandres d’un monarque absolu catholique provoque l’inquiétude de la République protestante des Pays-Bas. Dès lors, France et Pays-Bas, anciens alliés, deviennent rivaux économiquement et politiquement. En 1672, Louis XIV les attaque. L’Espagne en profite pour tenter de récupérer les villes de Flandres perdues. Ce conflit isole diplomatiquement la France : opposée à la fois aux Habsbourg, au pape et aux protestants d’Europe, après le rapprochement entre les Provinces Unies des Pays-Bas, les princes Allemands et le parlement Anglais, elle n’a plus comme alliée protestante que la Suède. Sa puissance militaire lui permet toutefois d’imposer la paix sur le front Nord et de prendre le Franche-Comté à l’Espagne (1674, confirmé au traité de Nimègue, 1678). Louis XIV élargit ensuite ses ambitions aux possessions des villes conquises (politique des réunions). Cette politique d’expansion territoriale provoque la ligue d’Augsbourg (1682), alliance défensive de l’ensemble des puissances européennes, les Habsbourg et impériaux, d’une part, et les protestants de l’autre. Après la prise de Luxembourg en 1684, le conflit reprend de 1688 à 1697, et plusieurs dures années de guerre s’ensuivent sur terre et sur mer: de l’Irlande où le roi soutient le prétendant catholique au trône de Grande Bretagne, à l’Allemagne, où il soutient la Princesse Palatine jusqu’à la Savoie, les guerres pèsent durement sur les finances royales. La paix négociée par la médiation de la Suède lui permet de prendre l’Alsace.

Le poids de la guerre et l’isolement diplomatique sont partiellement compensés par l’agrandissement du royaume. Le Roi a l’opportunité de devenir première puissance catholique au vu de l’affaiblissement Espagnol.

1697/1714 Le lourd prix du trône d’Espagne

À la fin de son règne, le « Roi très Chrétien » tente de préserver la succession d’Espagne pour son petit-fils ce qui conduit à une guerre qui épuise toute l’Europe.

La fragilité de la santé du roi espagnol Charles II de Habsbourg, sans enfant, pose le problème de sa succession. Louis XIV mène une active diplomatie pour faire hériter un de ses descendants (sa femme et sa mère étaient héritière d’Espagne). Placer un Bourbon sur le trône des Habsbourg ferait de sa famille la première puissance européenne et même mondiale (au vu de l’empire colonial espagnol). Mais cela l’oppose à la branche Habsbourg d’Autriche, autre prétendante. Pour réussir, Louis XIV se réconcilie avec le pape, renonçant au gallicanisme au profit du parti dévot, favorise l’Espagne par des gestes diplomatiques (Traité de Ryswick en 1697). Conscient du risque de l’hostilité de l’Europe à l’union des possessions Espagnoles à la France, il envisage même un partage complexe avec l’Autriche. Mais, en 1700, Charles II refuse sur son lit de mort la solution du partage et laisse l’héritage de la totalité des possessions espagnoles pour l’un des petit-fils de Louis XIV, Philippe V. Celui-ci n’est soutenu que par la Bavière de sa mère, toutes les autres puissances européennes provoquant une violente guerre contre les Bourbons de France et d’Espagne. Elles l’emportent d’abord. La France est prête à traiter (1708) mais les vainqueurs veulent contraindre Louis XIV à détrôner lui-même son petit-fils, ce qui le conduit à reprendre des combats. Au bout de quatorze ans l’épuisement des adversaires conduit à une paix de compromis (1713) : Philippe garde l’Espagne, mais les compensations diverses montrent la montée de la puissance britannique dans les colonies, et de l’Autriche dans l’Europe centrale et dans les Flandres.

Si, au début du règne, la grande puissance était l’Espagne, la France domine seule vers 1690/1700. En 1715, c’est le Royaume-Uni, et en particulier l’Angleterre, qui est devenu le concurrent le plus redoutable, surtout parce que malgré les efforts de Colbert, le Roi s’est désintéressé de la question coloniale.

Louis XIV, l’homme de guerre

Louis XIV a ainsi consacré 32 années sur 54 à faire la guerre. Sur son lit de mort, il confesse au futur Louis XV « j’ai trop aimé la guerre ».

Marqué par le modèle et l’éducation de son père, puis fasciné, enfant par la prestance du jeune Condé, Louis XIV assiste enfant à plusieurs combats lors de la Fronde. Il reçoit une formation militaire poussée par Turenne. Jeune, il dirige l’armée. Le 23 juin 1658 à Dunkerque, les Français récemment alliés aux Anglais (gouvernés à l’époque par Lord protecteur Oliver Cromwell) remportent une victoire importante contre Condé et l’Espagne lors de la bataille des Dunes. Ce fut une des premières grandes victoires du jeune Louis qui n’a que 20 ans à l’époque. Il fait célébrer ses victoires à Versailles (galerie des batailles), par des statues et des poèmes de circonstances.

Le Roi, après avoir réorganisé les finances avec Colbert, réorganise avec l’aide de Michel Le Tellier puis du marquis de Louvois, l’armée : unification des soldes, création de l’hôtel des Invalides en 1670, réforme du recrutement. Cette nouvelle impulsion politique limite la désertion et augmente le niveau de vie de la gent militaire. Il demande à Vauban de construire une ceinture de fortifications autour du territoire (politique du pré carré). Il dispose alors d’une armée de 300 000 hommes ce qui en fait de loin la première armée d’Europe, capable de tenir tête à des coalitions rassemblant de nombreux pays européens. Pour renforcer le pouvoir de la France dans le monde, Louis XIV engage le royaume dans une multitude de guerres et batailles :

  • de 1667 à 1668, la guerre de Dévolution ;
  • de 1672 à 1678, la guerre de Hollande qui se conclut par le fameux traité de Nimègue ;
  • de 1683 à 1684, la Guerre des Réunions;
  • de 1688 à 1697, la guerre de la Ligue d’Augsbourg (également appelée guerre de Neuf Ans) ;
  • de 1701 à 1713, la guerre de Succession d’Espagne.

Ces guerres agrandissent considérablement le territoire français. Sous le règne de Louis XIV, la France conquiert la Haute-Alsace, Metz, Toul, Verdun, le Roussillon, l’Artois, la Flandre française, Cambrai, la Franche-Comté, la Sarre, le Hainaut et la Basse-Alsace. Ces acquisitions consacrent l’hégémonie française en Europe et ceux qui, comme le doge de Gênes, se risquent à défier le Roi, ne tardent pas à en payer les conséquences.

Cependant, l’état de guerre permanent mène l’État au bord de la banqueroute, le forçant à lever de lourds impôts sur le peuple, mais aussi sur la noblesse (impôts de la Capitation, du Dixième). Même la famille royale doit payer des impôts.

La Marine

Représentants de l’État visitant la galère « la Réale » en construction à l’arsenal de Marseille. Tableau attribué à Jean-Baptiste de la Rose.

À la mort de Mazarin, en 1661, la Marine royale, ses ports et ses arsenaux sont en piteux état. Seule une dizaine de vaisseaux de ligne est en état de fonctionnement correct. À la même période, la marine anglaise comptait 157 vaisseaux (dont la moitié sont des vaisseaux importants, embarquant de 30 à 100 canons), soit un rapport de 1 à 8 avec la Marine française. Les flottes de la république des Provinces-Unies en comportent 84.

Contrairement à une idée très répandue, Louis XIV s’intéressa personnellement et contribua avec Colbert à l’essor de la marine de guerre française. Dès 1662, il crée le corps des galères, qui a l’avantage de constituer une flotte à la fois militaire et commerciale. Il préside une fois par semaine le conseil de la Marine et suit avec le plus grand soin les détails de la mobilisation des ressources, fixant chaque année l’ampleur des armements, nommant en personne tous les officiers de vaisseau ou encore choisissant le nom de chaque vaisseau fabriqué.

Le roi souhaite que son armée de mer devienne aussi puissante et redoutée que son armée de terre, non tant pour combattre que pour disposer d’un instrument de dissuasion permettant de ne pas combattre.

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