Corrigé de dissertation

Introduction

A la question « la France doit-elle craindre une réunification allemande » posée par un sondage BVA Paris Match du 15 novembre 1989, 60% des interrogés répondent « non ». Cette écrasante majorité semble contraster avec la réaction plus que prudente du gouvernement français face aux évènements. Le même jour, le ministère des affaires étrangères Roland DUMAS, commence par déclarer devant l’Assemblée que « le problème de la réunification de l’Allemagne » n’est pas, et ne peut être, « en raison des circonstances que vous connaissez un problème d’actualité ». Cette méfiance est d’abord celle du chef de l’Etat : même si MITTERRAND est conscient que le processus de réunification est inévitable, il n’y est pas favorable au départ, et surtout, une fois engagé, le trouve bien trop rapide. Il faut bien se souvenir que François MITTERRAND fait partie de la génération qui a connu la Seconde Guerre Mondiale. Né en 1916, il a partagé l’inquiétude de l’entre-deux-guerres de la puissance allemande et a combattu l’impérialisme nazi en s’engageant à partir de 1943 dans la Résistance. Du fait de sa génération, la pensée du président français est conditionnée par certains éléments : souvenir du « Géant allemand », d’une URSS toute puissante qui n’a pas hésité à réprimer dans le sang de précédentes révoltes comme en 1956 en Hongrie, de l’ordre soviétique, du besoin de développer d’autres alliances en Europe pour contrôler l’Allemagne… MITTERRAND est avant tout l’homme d’une période bien particulière, et certaines de ses réactions peuvent être comprises seulement à la lumière des évènements qu’il a connu. Ses réactions et sa position vis-à-vis de la réunification allemande a considérablement évolué, entre novembre 1989 et les premiers mois de 1990 d’abord, mais plus largement depuis son élection 1981. SI dans son dernier livre, intitulé De l’Allemagne, de la France, publié à titre posthume en 1996, il écrit avoir toujours été pour l’unification allemande, l’étude de son comportement durant les évènements allemands montre une réalité bien plus complexe. D’abord hostile tout en étant fataliste à la réunification, il essaye peu à peu d’accompagner le processus.

Problématique

Dès lors, faut-il voir dans MITTERRAND un président « en retard » qui a raté le coche de l’histoire du fait d’une vision archaïque de la situation internationale ou bien un fin homme politique qui a toujours privilégié les intérêts de la France en cherchant à faire de la réunification un processus pacifique ?

François MITTERRAND se méfie dans un premier temps de l’idée d’une réunification allemande

La peur de la réaction soviétique

MITTERRAND n’a pas attendu 1989 pour s’interroger sur la question allemande. Alors que le bloc soviétique paraît inébranlable, il est d’avis que les choses peuvent aller plus vite que ne l’imaginent ses interlocuteurs ouest-allemands. Il dit ainsi au chancelier SCHMIDT le 7 octobre 1981 : « Il vous faudra du temps pour atteindre la réunification. Elle est inscrite dans l’Histoire, il faudra qu’une génération passe. Il faudra que l’empire soviétique se soit affaibli, ce qui interviendra dans les quinze ans ». Au printemps 1989, tout a changé. Le 20 mai, il déclare à George BUSH que la réunification ne devrait pas se faire avant dix ans. Selon lui, Moscou s’opposera jusqu’au bout et « par la force » à l’unité allemande. Lors d’un discours prononcé le 25 octobre 1989 devant le Parlement européen, il explique que ce grand mouvement a été rendu possible par l’action de Gorbatchev et il faut absolument qu’il puisse la poursuivre, faute de quoi le mouvement d’émancipation à l’Est risque d’être brutalement interrompu. « Il faut aider M. Gorbatchev dont le rôle éminent est historique » déclare-t-il. Pour MITTERRAND, il faut que l’Occident joue la carte Gorbatchev pour que le processus de désintégration de l’empire soviétique, qu’il a permis volens nolens, se poursuive sans un retour de manivelle, facteur de tension, voire de guerre.

Votre professeur d'histoire vous le dira, ce qui apparaît clairement, c’est que le président français s’est montré soucieux de ne pas brusquer Gorbatchev pour ne pas l’acculer à une réaction brutale mais aussi de ne pas risquer de provoquer son renversement par les durs du régime. En cela, il n’a pas agi différemment de ses homologues, notamment du président américain George Bush, qui s’est également inquiété du rythme rapide que le chancelier a voulu imprimer au processus, craignant la réaction de Moscou. Il s’agissait donc pour l’Elysée de s’assurer que la réunification allemande ne remette en cause ni la nouvelle orientation soviétique, ni la paix si chèrement acquise sur le continent, ni la construction européenne.

Le souvenir de la Grande Allemagne

Lorsque les socialistes étaient dans l’opposition, ils avaient critiqué une conception de l’Europe fondée uniquement sur la relation Paris-Bonn. Dès le début du septennat, des contacts sont pris avec Londres et Rome pour tenter de trouver un contrepoids à l’Allemagne. Le fantasme récurrent d’une Allemagne surpuissante n’appartient pas seulement à la culture politique de la droite nationaliste mais est partagé aussi par les socialistes.

MITTERRAND et THATCHER loue une alliance tactique dont il ressort qu’ils vont exiger de KOHL qu’il respecte les frontières. Leur discussion fait apparaître une angoisse historique devant le renforcement de la puissance allemande. THATCHER propose des rencontres franco-britanniques régulières « pour faire contrepoids à l’Allemagne » tandis que le Président français partage l’analyse selon laquelle « le peuple allemand n’a jamais trouvé ses frontières » et reprend l’idée « d’établir des relations particulières entre la France et la Grande-Bretagne comme en 1913 et en 1938 ».

L’assurance de l’équilibre européen

En 1989-1990, F. MITTERRAND se place tout à fait dans l’esprit du système de traités de Westphalie de 1648, sur l’idée d’un équilibre des forces comme condition du maintien de la paix, car l’Allemagne a toujours constitué une espèce de « ventre mou » nécessaire à l’équilibre des puissances en Europe. Finalement, en 1989-1990, il s’agissait du point de vue français de s’inscrire dans le statu quo européen, en l’aménageant, et non de le transformer. Depuis des décennies, le grand dessein français était la construction européenne appuyée sur la coopération franco-ouest-allemande. La politique européenne de la France des années 1990 est anachronique puisqu’elle n’a toujours pas digéré l’unification allemande.

La principale césure est évidente : la RFA s’est libérée d’une grande partie de sa dépendance vis-à-vis de la France, et Berlin peut désormais se comporter envers Paris de telle façon que les dirigeants français l’interprètent souvent comme une démonstration de force. Certes, la perception de la relation franco-allemande a aussi changé en France : l’économie française a largement rattrapé l’économie allemande, elle n’a plus de complexe d’infériorité.

La deuxième cassure concerne le Rideau de fer : la RFA située à la périphérie orientale de l’UE doit naturellement prendre en compte de nouveaux intérêts. Avec la chute du Rideau de fer et l’accélération de la mondialisation, on sort de l’Europe des pères fondateurs. La question allemande étant une question européenne, elle concerne la France qui, elle, n’a pas pratiqué une politique multidimensionnelle mais une diplomatie à la fois univoque et tous azimuts en donnant constamment la priorité à la coopération avec Bonn-Berlin, tout en cherchant à avoir une politique mondiale. Avec ses nouvelles frontières, l’Allemagne est européenne différemment, moins franco-allemande. Hubert Védrine déclare ainsi le 27 août 1998 : « L’Allemagne réunifie défend ses positions sans complexe. Je ne dis pas qu’elle est devenue moins européenne, mais elle l’est comme l’est la France : elle n’en rajoute plus ».

Il essaye ensuite d’accompagner ce mouvement en s’assurant des garanties

Les tensions avec l’Allemagne : la question des frontières et la RDA

Mitterrand, Thatcher, Gorbatchev, les Polonais et les autres voisins de l’Allemagne ont fortement insisté sur la question de la reconnaissance de la frontière entre la RDA et la Pologne. Les exilés allemands post-45 représentent avec leurs descendants en 1989 une population d’environ 10 millions d’habitants. Leur parti, le BHE (Bund der Heimatvertriebenen und Entrechteten : Bloc des Expulsés et Spoliés), s’est mué en un groupe de pression le BdV (Bund der Vertriebenen : Ligue des Expulsés), qui revendique 2 millions d’adhérents. Ils balancent entre un soutien à KOHL et le vote en faveur des républicains de l’extrême-droite qui réclament l’auto-détermination des « terres allemandes » situées derrière la ligne Oder-Neisse.

MITTERRAND se montre très insistant sur la reconnaissance de la ligne Oder-Neisse, au point d’énerver quelque peu KOHL. Les Etats-Unis ne veulent pas gêner le chancelier sur cette question délicate car leur premier souci est de le conforter, sachant qu’il a pris un engagement vital à leurs yeux : ne pas céder sur l’appartenance à l’OTAN. KOHL finit par accepter et une motion est adoptée par le Bundestag le 8 mars, qui reconnaît l’intangibilité de la frontière Oder-Neisse. En 1994, MITTERRAND dit : « Cette affaire des frontières a embrouillé les choses, mais ce n’était au fond qu’une crise nerveuse sans importance. Il fallait pousser KOHL à céder même s’il était pénible pour les Allemands de fixer cette frontière toujours mouvante de leur histoire ».

Les relations avec la RFA étaient d’autant plus compliquées que MITTERRAND voyait dans la RDA un partenaire durable. En effet, il effectue ainsi le 20 décembre un voyage à Berlin. Il avait bien vu que son voyage à Kiev avait été mal ressenti à l’Ouest et que celui de Berlin était mal perçu à Bonn. En même temps, il sait cependant très bien que les autorités est-allemandes attachent une grande importance à sa venue, en confortant l’existence de leur Etat qui se désintégrait. Les dirigeants est-allemands ont fortement insisté pour que le Président français se rende en RDA pour appuyer sa reconnaissance internationale. Pour VEDRINE, ce fut « la seule erreur » dans l’attitude de MITTERRAND face à la question allemande mais il pensait que la RDA allait durer encore un bout de temps. Il y prononce un discours dans lequel il ne s’oppose pas à la réunification, rencontre des opposants. Cependant, les entretiens avec les autorités est-allemandes décrivent un MITTERRAND hostile à une réunification précipitée qu’il juge déstabilisatrice pour l’équilibre européen.

L’unification allemande et l’unification européenne : « les deux faces d’une même médaille »

« Devant la réunification allemande, nous ne sommes que des spectateurs : elle se fait à la vitesse d’un train roulant à cent à l’heure, alors que la construction de notre Communauté progresse au rythme d’un train de banlieue. Il faut donc qu’on accélère sur l’Europe » explique MITTERRAND devant le premier ministre italien ANDREOTTI le 13 février 1990. Le moment serait propice pour renforcer la cohésion européen afin d’y arrimer davantage la Grande Allemagne. KOHL est entièrement d’accord avec cette analyse. Il a toujours dit que l’unification allemande et celle de l’Europe « étaient les deux faces d’une même médaille ». Les éléments d’une relance communautaire, une nouvelle fois impulsée par le « couple » franco-allemand, semblent réunis. Mais KOHL et MITTERRAND n’ont pas les mêmes priorités. Le Français voudrait brûler les étapes sur la route de l’union économique et monétaire. Il veut arracher à KOHL ce qu’il n’a pas pu obtenir au mois de décembre 1989 lors de la CIG à Strasbourg : le lancement de la conférence intergouvernementale sur la monnaie dès l’été 1990. Le chancelier s’y refuse. La CIG sur l’union monétaire ne sera lancée qu’après les élections allemandes de décembre. L’Allemand insiste en revanche sur la nécessité de donner une impulsion décisive à l’union politique des Douze. Il veut mettre en route une réforme institutionnelle majeure de la Communauté débouchant sur une Europe fédérale. S’il se heurte au refus de MITTERRAND au mois de décembre 1989, il est relayé par DELORS qui annonce son ambition de mettre en place une « fédération » européenne avant la fin du siècle.

Les interrogations sur la stratégie de l’Allemagne se nourrissent au cours de l’automne 1989 de l’impression que l’Allemagne se dérobe face aux décisions à prendre pour la mise en œuvre de l’union monétaire. A l’issue du Conseil européen de Madrid au mois de juin, MITTERRAND qui était à la présidence semestrielle de la Communauté avait demandé à ses partenaires de convoquer avant la fin de l’année 1990 une CIG, pour préparer un nouveau traité rendant possible une union monétaire.

KOHL ne cesse d’éviter le sujet et refuse de se mettre d’accord sur une date. Le plan en 10 points de KOHL annoncé le 28 novembre sans prévenir personne (ce qui va contre le Traité d’amitié franco-allemand signé par ADENAUER et DE GAULLE qui veut que les deux gouvernements se consultent avant toute décision sur toutes les questions importantes de politique étrangère) alimente les tensions : ce plan prévoit notamment la réunification des deux Allemagne. KOHL allait-il privilégier l’unification allemande à la construction européenne ? MITTERRAND était jusqu’à alors convaincu que KOHL était un Européen dans la lignée d’ADENAUER, même s’il le trouvait trop électoraliste. Mais là, c’est de KOHL lui-même qu’il doute. MITTERRAND n’est pas le seul à s’interroger. L’attitude de Bonn face à la question de la réunification inquiète les Onze. KOHL finit par accepte une CIG pour la fin 1990. En retour, il attend un soutien formel des Douze à la réunification, ce qui est loin d’être acquis.

L’acceptation de la réunification

Lors de leur rencontre à Kiev le 6 décembre, Gorbatchev lance à François Mitterrand : « Aidez moi à éviter la réunification allemande, sinon je serai remplacé par un militaire ; si vous ne le faites pas, vous porterez la responsabilité de la guerre ». Incontestablement, pendant quelques semaines, entre novembre et janvier, l’alarmisme de Gorbatchev déteint sur François Mitterrand qui ne souhaite pas du tout que le dirigeant soit déstabilisé. On a vu à quel point il ne voulait pas que Gorbatchev puisse paraître comme celui qui a dilapidé l’empire soviétique. Surtout, il avait la conscience de la puissance de l’URSS. Après la diffusion du plan en 10 points le 28 novembre, selon Jacques ATTALI qui rapporte ses mots dans Verbatim III, MITTERRAND aurait dit : « Il ne m’a rien dit ! Je ne l’oublierai jamais ! Gorbatchev va être furieux, il ne laissera pas faire, c’est impossible ! Je n’ai pas besoin de m’y opposer, les Soviétiques s’en chargeront ».

Peu à peu MITTERRAND va prendre conscience de la faiblesse relative de l’URSS, et surtout que Gorbatchev ne compte pas s’opposer militairement à la situation. Alors que jusqu’au début de l’année 1990, il mettait en avant l’hostilité de Moscou et le risque de déstabilisation de Gorbatchev pour prêcher la plus grande prudence sur la question allemande, il se rend compte que l’URSS ne peut plus rien empêcher. Le 16 janvier, il explique lors d’une réunion restreinte sur les questions de défense que l’unification est certaine, que les Allemands commencent à penser que la menace russe n’existe plus. Le 20, il rencontre THATCHER et lui fait valoir qu’il serait stupide de dire non à la réunification car aucune force, même l’URSS, ne pourrait l’empêcher. Le président italien COSSIGA souligne néanmoins qu’une réunification rapide poserait problème à Gorbatchev qui serait accusé de brader l’empire. Pour lui, les pays de l’OTAN devraient apporter des garanties de sécurité aux Soviétiques. MITTERRAND avait bien analysé la situation. Le 30 janvier, après un entretien avec Gorbatchev, le ministre-Président de la RDA, MODROW, annonce que l’URSS reconnaît le droit à l’autodétermination aux deux Allemagnes.

Le samedi 10 février 1990, Gorbatchev et KOHL se mettent d’accord sur le principe de l’unification. Selon André Fontaine, trois « niet » empêchent KOHL de savourer pleinement sa victoire :

·         Gorbatchev n’a pas donné son accord explicite à la formule diplomatique dite du « 4+2 », selon laquelle les quatre vainqueurs de la guerre et les deux gouvernements allemands doivent négocier ensemble un règlement définitif de la question allemande.

·         Il a également rejeté catégoriquement l’appartenance de l’Allemagne unifiée à l’OTAN.

·         Il s’est élevé contre la position de KOHL selon laquelle une décision unilatérale allemande, et non pas un traité internationale, suffirait pour affirmer la reconnaissance définitives des frontières germano-polonaises.

Malgré ces limites, il n’en reste pas moins que l’URSS apparaît plus passive que capable de renverser la situation.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !