Le concept d'expérience

Dans l’éditorial du journal Le Populaire du 27 mai 1936, le socialiste Marceau Pivert lance cet appel : « Tout est possible ! ». Cet enthousiasme montre bien les attentes nées de l’union de la gauche  et de l’aspiration à certaine radicalité politique. L’expression « expérience » est synonyme de profonde rupture, rupture avec les précédents gouvernements libéraux, et présente un caractère inédit. Si la gauche a déjà accédé au pouvoir en 1924 et en 1932 avec le Cartel des Gauches, la SFIO en devient le parti charnière et surtout le Parti communiste soutient pour la première fois un gouvernement « bourgeois » et quitte sa fonction tribunitienne (G.LAVAU). Le Front Populaire s’inscrit incontestablement dans la tradition républicaine d’union de la gauche et en même temps révolutionnaire avec son slogan d’origine communiste, « pain, paix, liberté », qui évoque à la fois les idéaux de 1789, la devise républicaine et le slogan bolchévique de 1917. Les termes « en France » appellent à s’intéresser à la politique intérieure et extérieure, à l’œuvre législative, aux évolutions culturelles, au climat politique et social, aux causes de l’échec du Front populaire et à ses représentations collectives. Un paradoxe apparaît très vite : bien qu’il ait abouti à échec très rapide, le Front populaire reste un épisode mythique pour la gauche et synonyme de profonds progrès sociaux. Délimiter le sujet supposerait une date communément admise de la fin du Front populaire, or le débat reste entier. L’alliance met autant de temps à se constituer qu’à se décomposer : si la séance du 4 octobre 1938 marque l’officialisation de la rupture, les tensions étaient déjà fortes avant et aucun parti n’a intérêt à briser le front antifasciste et à prendre la responsabilité de son échec.  Dès lors, faut-il voir dans l’expérience du Front populaire une « révolution citoyenne » marquant une véritable rupture aux conséquences durables ou un épisode baignant dans une atmosphère de violence exacerbée et de tensions politiques débouchant sur un échec économique ? L’espérance d’une France nouvelle se concrétise en un vaste mouvement de réformes sociales et l’apparition d’une culture de masse et du monde ouvrier dans le champ politique (I) mais l’alliance électorale ne parvient pas à bout de ses antagonismes d’où un programme réformiste finalement assez limité qui mène à une impasse économique dans un contexte de crise et de violence exacerbée(II).

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C'est parti

L'espérance d'une France nouvelle

La victoire du rassemblement de la gauche

Les élections de 1936 balaient les frustrations antérieures : les échecs de 1924 et de 1932 avaient montré les limites d’une politique de gauche face au « mur de l’argent ». Elles ne marquent toutefois pas un raz-de-marée pour le « Rassemblement populaire ». L’analyse des résultats électoraux montre que le déplacement de voix est finalement limité entre droite et gauche. L’évolution est dans la répartition des votes au sein des différents partis de gauche puisque le scrutin a été favorable aux extrêmes : la SFIO et les radicaux reculent, les communistes doublent leur voix (72 députés). La victoire d’une « gauche combattive » est le produit de la crise économique (classe ouvrière stabilisée et homogénéisée donc plus combattive face aux conséquences sociales très difficiles de la crise) que la droite n’a pas réussi à endiguer avec l’échec de la déflation menée par Laval. La CGTU, la CGT mais aussi la JOC ont joué un rôle important dans cette unification du monde ouvrier. 1936 est aussi le fruit d’un changement politique majeur : l’abandon du PCF d’une stratégie de « classe contre classe » pour une mue jacobine et patriote. Le Front populaire consacre ainsi l’irruption des ouvriers dans la République : le gouvernement est dirigé par une SFIO se disant ouvriériste, le PCF connaît un progrès spectaculaire, les mouvements de grèves de l’été 1936 montrent une classe ouvrière en position de force, allant jusqu’à déborder la CGT (notamment les ouvriers peu qualifiés sans grande tradition de lutte d’où le caractère parfois violent des conflits). Les grèves illustrent l’aspiration d’un vrai changement et permettent d’accroître la marge de manœuvre du gouvernement. Mais les ouvriers ne sont pas les seuls à attendre « autre chose » : la société des années 30 est une société cloisonnée, aux distractions rares car le travail remplit la totalité de l’existence et les conditions de vie restent difficiles pour la majeure partie de la population. Le Front populaire est donc autant un espoir ouvrier que populaire.

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Des réformes sociales profondes

La tâche du Front populaire est lourde : les aspirations sociales sont grandes et il convient de ne pas les décevoir et d’y répondre le plus rapidement possible. L’essentiel de l’œuvre législative du Front populaire est réalisée en moins de 2 mois : lois et mesures se succèdent de la mi-juin à la mi-août. Elles doivent permettre au monde ouvrier de retrouver une dignité qui s’accompagne d’un certain sentiment de « revanche de classe ». Le triptyque « Pain, Paix, Liberté » et le slogan « ni déflation, ni dévaluation » prennent enfin forme de lois. Les mesures sont autant politiques qu’économique. L’amnistie générale répond à une demande de la gauche communiste et marque « un nouveau départ » dans cette utopie d’une France nouvelle. Les lois sociales concernent l’essentiel des réformes du Front populaire et sont symbolisées par les accords Matignon du 7 juin, signés par la CGT (unifiée depuis mars 1936) et la CGPF. Par ces accords, les salaires sont augmentés en moyenne de 12% (certains sont doublés voire même triplés), les conventions collectives sont créées, deux semaines de congés payés sont octroyés, le temps de travail limité à 40h. Les assurances maladies, certaines allocations chômages et la retraite des mineures sont aussi améliorées. Sous le ministère du radical de gauche et « jeune turc » Jean Zay, la scolarité est prolongée d’un an, passant de 13 à 14 ans. Ces nouveaux « droits de créance » s’inscrivent dans une nouvelle vision de la politique économique de l’Etat : rompant avec les politiques déflationnistes antérieures de la droite, le Front populaire entend sortir de la crise par la relance par la consommation. Cette politique « keynésienne » avant l’heure consiste à augmenter le pouvoir d’achat pour ainsi favoriser la demande et diminuer le chômage en instaurant les 40 heures. Cette relance implique une forte action de l’Etat dans l’économie nationale et une plus grande régulation : la Banque de France est réorganisée avec la suppression du Conseil des Régents et la fin des « deux cents familles », les industries d’armement nationalisées (les radicaux y étaient favorables). Enfin, l’Office du blé, destiné à stabiliser les cours du blé, est créé : l’Etat s’impose comme l’organisateur de l’économie. Alors que les avancées sociales s’inscrivaient jusqu’à alors dans un contexte long et étaient marquées par une certaine frilosité (journée de 8h, assurances sociales datant de 1928) et n’étaient jamais acquises (remise en cause des retraites par la loi de 1910, des conventions collectives en 1919), l’action du Front populaire répond à des aspirations si fortes qu’elle se doit d’être radicale et quasiment instantanée. Surtout, elle doit s’enraciner pour que son héritage ne soit pas effacé dès la prochaine majorité de droite. Même le régime de Vichy, qui pourtant attribuait en partie la défaite au Front populaire, n’ose pas supprimer les congés payés, signe de l’attachement des Français à ces réformes sociales. L’autre rupture du Front populaire se situe dans la politique menée dans les colonies et les timides tentatives de réformes. Son programme colonial reste relativement sobre avec la « constitution d’une commission d’enquête parlementaire sur la situation politique, économique et morale dans les territoires français d’outre-mer, notamment dans l’Afrique du Nord française et dans l’Indochine ». Le bagne est supprimé en Guyane tandis qu’une amnistie partielle est décrétée en Indochine. Des négociations sont engagées en Tunisie avec Habib Bourguiba, chef du parti nationaliste Néo-Destour, et au Maroc avec le Comité d’action marocaine. Le projet de loi Blum-Viollette est déposé en 1936 et vise à accorder la citoyenneté française à 20.000 ou 25.000 musulmans d’Algérie. Vivement critiqué par les Français d’Algérie, le projet est cependant repoussé.

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L'espoir d'une France apaisée

Il convient de « substituer à la guerre sociale la conciliation et l’arbitrage pour la solution des conflits » déclare Léon Blum. Le Président du Conseil entend montrer que la « peur des rouges » est infondée et que le gouvernement entend simplement mettre en pratique un des mots oublié de la devise républicaine : la fraternité. Ce rêve de fraternité traverse toute la gauche puisque Thorez propose ainsi sa « main tendue » aux catholiques et aux classes moyennes. Dans un contexte économique et politique difficile, le pays se doit de rester uni. Les évènements de 1936 restent dans la mémoire collective (« esprit de 1936 ») car ils marquent la perspective d’une entrée dans la société de consommation, de congés payés, de conquête du temps libre et d’une culture de masse à travers la représentation d’un « nouveau prolétariat » par les intellectuels, compagnons de route du PCF, et par le cinéma populaire. Durant les années 1920, les intellectuels se sont en effet rapprochés du socialisme, symbole des idéaux de justice sociale et de pacifisme. On retrouve leur influence dans la naissance et la phraséologie utopiste du Front populaire. L’un des domaines où l’action du Front populaire a été spectaculaire reste l’accès à la culture et aux loisirs. En 1936 est créée la Maison de la Culture et en 1937, le Palais de la Découverte. Cette réussite doit beaucoup à la figure de Léo Lagrange, sous-secrétaire à l’ « organisation des sports et des loisirs ». Les loisirs et les sports pour la population ouvrière sont les premiers concernés : la création de tarifs réduits pour les compagnies ferroviaires permet aux familles de partir la première fois en vacances, les auberges de jeunesses connaissent un certain essor, tout comme les associations sportives et de plein-air sous l’action de la FSGT. La démocratisation de la culture est aussi symbolisée par Ciné Liberté et l’accroissement des tirages de la presse d’opinion, l’Humanité en tête. Cette nouvelle fraternité sociale est de fait incompatible avec les valeurs réactionnaire et fasciste : le gouvernement fait ainsi interdire les ligues et les organisations factieuses (Croix de Feu, Jeunesses Patriotes, la Solidarité française, les Francistes). De l’expérience du Front populaire découle une stabilisation de la classe ouvrière dans la société française qui prend le contrôle de ses quartiers (banlieue ou cité) et d’un certain patriotisme de clocher (fêtes associatives, défilés syndicats, et l’avènement d’une culture populaire et même d’une « contre-société » (Annie Kriegel)).

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Une impasse économique

Les tensions entre les différents partis

L’adhésion du Parti radical au « Rassemblement populaire » ne s’est pas fait sans arrière-pensée. L’espoir d’une France de petits propriétaires, profondément individualiste, semble difficilement compatible avec le collectivisme et la dictature du prolétariat du PCF. Si les « Jeunes Turcs » (Jean Kayser, Pierre Mendès France, Pierre Cot, Jean Zay…), plus à gauche, sont favorables à l’union de la gauche, les radicaux de droite sont beaucoup plus réticents voire même y sont opposés pour certains. La ligne de fracture entre libéralisme et dirigisme économique est au centre du Parti radical, menaçant de fait la majorité de 1936. Si le parti entendait retrouver une « seconde jeunesse » et renouer avec son histoire de grand parti de gauche sous la pression de ceux qui regrettaient sa dérive droitière (collaboration récurrente avec des gouvernements de droite), sa composition empêchait toute entente dans le long terme avec l’ensemble des forces de gauche malgré la « républicanisation » du Parti Communiste. Dès l’hiver 1936, les rapports au sein de la coalition victorieuse se dégradent. Pour pallier aux contradictions idéologiques de la SFIO qui reste un parti révolutionnaire, Léon Blum distingue la « conquête du pouvoir » et « l’exercice du pouvoir », dans lequel il ne remet pas en cause l’organisation sociale de la société. La position réelle de la SFIO est donc essentiellement réformiste. Le programme économique paraît de fait peu audacieux pour un parti révolutionnaire, mais il est du à des désaccords entre partenaires ou de la réserve de certains. Le PC était ainsi peu enthousiaste à l’idée de grandes réformes structurelles et préférait conserver sa « pureté » en ne participant pas au gouvernement. Il préfère tirer les bénéfices d’un « ministère des masses » sans participation, de sa radicalité antérieure et surtout de la population de ses élus municipaux. Les désaccords entre les différents partis sont par ailleurs exacerbés par le déclenchement de la guerre d’Espagne à partir de juillet 1936. Si le Président du Conseil Léon Blum accepte d’envoyer de l’aide au gouvernement républicain espagnol dans un premier temps, les radicaux font connaître leur opposition à toute intervention française tandis que  la droite l’accuse d’être le jouet des communistes. Le lâchage du gouvernement anglais qui prévient la France de sa possible neutralité en cas de conflit et la pression des dirigeants radicaux poussent Blum à céder. Le pacte de non-agression, proposé par Blum et signé en 1936 par les grandes puissances (qui n’est ni respecté par l’Allemagne, ni par l’Italie ni par la France), provoque la colère des communistes qui y voient une trahison à la vocation antifasciste du Front populaire. Signe de cette fracture entre pacifistes et antifascistes, le PC s’abstient dans un vote de confiance sur la politique extérieure du gouvernement en décembre 1936. La décision de l’Internationale communiste de former des « brigades internationales » date elle de la fin août. Au final, ce sont plus de dix mille volontaires qui combattent en Espagne.

Des contestations très violentes

Si les ligues factieuses sont bien dissoutes, elles se reconstituent sous la forme de partis politiques (Parti Social Français) ou de sociétés secrètes tel le C.S.A.R., « La Cagoule », qui détruit le siège de la CGPF en septembre 1937. S’il y a bien eu une peur collective après les élections de 1936, elle a été amplifiée par la presse de droite qui s’est littéralement déchaînée contre le nouveau gouvernement. Ces réactions anti-Front populaire datent d’avant même la victoire électorale puisque Léon Blum est agressé dès février 1936 par des Camelots du roi alors qu’il sort de la Chambre des députés. Le suicide du maire de Lille et ministre  de l’Intérieur Roger Salengro, accusé de désertion durant la Grande Guerre, révèle la violence inouïe dans laquelle baigne la société. Ces violences viennent autant de la presse et de l’extrême droite que de la polarisation entre peuple/nantis, de l’antisémitisme que des désaccords à gauche. Le thème du complot communiste est largement diffusé par les journaux de la droite modérée, tel Le Figaro ou Le Temps. Loin d’avoir réconcilié la France, l’expérience du Front populaire a profondément divisé le peuple français et instauré un contexte de peur et de violence physique. La multiplication des grèves avec occupation font peur au patronat et à une partie de la population en même qu’elle exacerbe l’anticommunisme. En réaction, les opposants connaissent un certain succès (de la Rocque, Doriot) et se radicalisent d’où de graves incidents au premier lieu desquels la fusillade de Clichy du 16 mars 1937, faisant 5 morts et près de 200 blessés. Entre 1936 et 1940, ce sont près de 800.000 adhérents qui entrent au PSF, le parti de De la Rocque. L’application des premières lois sociales entraîne aussi un durcissement du patronat qui n’entend pas se soumettre à un gouvernement ouvriériste et donc céder aux revendications salariales et ouvrières. Le contexte politique appelle à une véritable lutte des classes. Les militants ouvriers sont ainsi parfois licenciés, les lois sociales non-appliquées et les accords de Matignon remis en cause. Ce raidissement et cette structuration du patronat en réponse aux « menaces » ouvrières est symbolisé par le changement de nom de la Confédération Générale de la Production Française, qui devient la Confédération Générale du Patronat Français. Les patrons et les dirigeants constituent bien un groupe dont les intérêts sont menacés par le Front populaire. Les liens entre extrême-droite et patronat peuvent aller assez loin : La Cagoule est ainsi directement financée par Schueller, fondateur de L’Oréal.

L'échec de la politique économique du Front Populaire

Les mesures importantes qui touchent aux conditions de travail et de vie des salariés restent finalement limitées au plan économique et sont parfois très vite remises en cause (décrets-lois de Reynaud). La politique portée par le Front populaire se heurte très vite à des mécanismes économiques encore inconnus car fondée sur des calculs simplistes. La culture économique des hommes politiques était en effet relativement faible mise à part certains (Paul Reynaud en tête). Les gains de pouvoir d’achat pris par la politique de relance par la consommation sont très vite rattrapés par l’inflation la production est handicapée par l’insuffisance des investissements. La situation politique avait en effet poussé les investisseurs à s’enfuir. Sans capitaux, et dans le cadre d’une économie encore capitaliste, la politique économique ne pouvait mener qu’à  une impasse. Les réformes de structures (Banque de France, ONIB, aéronautique, SNCF) sont mobilisatrices et symboliques mais représentent aussi des charges supplémentaires pour l’Etat. La non-prise en compte des contraintes liées au monde extérieure a favorisé cet échec. Les dévaluations, très tardives et critiquées par le PCF et la CGT, doivent être répétées pour compenser la fermeture des marchés autarciques (Allemagne, Italie) et celles de la livre et du dollar. Dans ce contexte difficile, Blum multiplie les gages d’un retour à l’orthodoxie financière et annonce même une « pause » dans les réformes, le 13 février 1937, fatale pour le Front populaire.

Dans Naissance et mort de la IIIème République, Azéma et Winock décrivent le Front populaire comme une « grande espérance déçue », une « expérience qui ne fut pas une réussite ». La composition du « Rassemblement populaire » portait en elle son échec : l’alliance des radicaux et des communistes n’avait pu se faire que sous un contexte bien particulier de défense républicaine face à la menace fasciste. La volonté de défendre la République devait être plus fort que l’anticommunisme pour résister, or l’aile droite du Parti radical à défaut de préférer « plutôt Hitler que Blum » n’entendaient pas remettre en cause leurs valeurs au seul nom de l’unité. Le Front populaire est mort de ses contradictions. Il ne convenait plus ni aux communistes qui refusaient toute forme de « pause », ni aux radicaux qui s’étaient déjà opposés à l’intervention en Espagne et jugeaient suffisantes les réformes engagées, ni aux socialistes dont une partie était tentée par le pacifisme intégral en politique extérieure. L’expérience du Front populaire demeure un mythe dans l’histoire de la gauche. Elle en sort transformée : une culture de gauche, antifasciste, républicaine et patriotique émerge, et bien que divisée, elle associe la critique et la protestation sociales à la revendication démocratique et républicaine. Ce « temps républicain » des forces de gauche marque une union sacrée d’un seul et même camp et reste associé à une expérience heureuse, profondément réformiste où « tout est possible ».

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !