L'homme élu 44e président des États-Unis ne ressemble à personne. Pas seulement à cause de sa couleur de peau.

Le parcours et la personnalité de Barack Obama en font un cas à part dans l'histoire politique américaine, si original qu'il a divisé l'électorat entre enthousiasme et perplexité durant toute la campagne. Le simple fait qu'il soit arrivé aux portes de la Maison-Blanche est historique.

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Racines biraciales

Barack Obama est né le 4 janvier 1961 à Honolulu, Hawaï. Sa mère avait 18 ans, son père 25. Il était noir comme le jais, elle blanche comme le lait. Il venait du Kenya, membre de la tribu des Luo, et faisait partie de la première vague d'étudiants africains admis dans les universités américaines. Elle appartenait à une famille du Kansas poussée vers l'Ouest par la quête d'une vie meilleure. Dans l'Amérique des années 1960, creuset des affrontements raciaux et de la génération beatnik, l'«étranger» semble avoir aisément surmonté les préjugés, grâce à son intelligence, son charme et sa suprême assurance.

Ce père restera une image floue, presque mythique, pour le jeune Barack. Il disparaît quand celui-ci a 2 ans, pour aller poursuivre son cursus à Harvard, avant de retourner au Kenya. Il y aura six autres enfants, avec trois autres femmes. Il ne reverra le petit Américain qu'une fois, huit ans plus tard, lors d'un séjour d'un mois à Hawaï, durant lequel le père et le fils n'ont pas grand-chose à se dire. Il n'aura jamais la brillante carrière qui lui semblait promise et mourra dans un accident de voiture en 1982. Pour le jeune Barack, la quête de cette part de son identité va constituer un préalable complexe à la construction de sa personnalité.

Jeune citoyen du monde

Lorsque l'enfant a 6 ans, sa mère part avec lui en Indonésie rejoindre son nouveau mari, Lolo Soetoro. Barack passera quatre ans à Jakarta, au milieu des singes et des animaux exotiques, jouant dans la rue avec ses voisins dont il apprend rapidement la langue. Il goûte à la viande de chien et de serpent, mange des sauterelles grillées. «Une longue aventure, un bonus accordé à un petit garçon», écrit-il dans ses Mémoires *. S'il baigne dans la culture musulmane locale, il est inscrit dans une école publique, où l'enseignement n'est pas islamique. Sa mère le réveille à 4 heures du matin pour lui faire travailler son anglais.

Ce n'est que bien plus tard, en 1988, que Barack Obama découvrira l'Europe, pendant trois semaines, puis le Kenya, pendant plus d'un mois. À Londres, Paris, Madrid, il admire les vieilles pierres, mais ne s'y reconnaît pas. À Nairobi, pour la première fois, il ressent «l'aisance, la stabilité identitaire» apportée par un nom «que personne n'écorche». Il fait la connaissance de son autre famille, innombrable, généreuse, parfois envahissante. Il découvre un pays marqué par le colonialisme et le tribalisme, où les schémas politiques occidentaux n'ont pas cours. C'est un voyage intime, une quête de soi, qui l'ancre définitivement dans sa double culture.

Enfant de la «middle class»

À 10 ans, sa mère renvoie «Barry» à Hawaï pour vivre avec ses grands-parents. Il intègre Punahou, le lycée de l'élite locale. Il y prend conscience de son identité raciale, mais en douceur, dans une société ethniquement plus diverse que sur le continent. Une passion pour le basket s'empare de l'adolescent. Elle ne le quittera plus : c'est ainsi qu'il se défoule aujourd'hui du stress de la politique.

Son grand-père travaille dans un magasin de meubles, puis vend des assurances, tirant le diable par la queue. Sa grand-mère démarre au bas de l'échelle dans une banque, dont elle finira vice-présidente. Revenue d'Indonésie pour quelques années en 1972, avec une fille de 2 ans, sa mère a parfois recours aux bons de nourriture du gouvernement. Elle mourra d'un cancer en 1995, à 52 ans, en bataillant avec son assurance-maladie pour faire rembourser son traitement. C'est ce versant-là de son histoire que Barack Obama a mis en avant durant sa campagne : l'expérience typique d'un enfant de la classe moyenne américaine, dans laquelle peut se reconnaître la majorité blanche.

L'Afro-Américain

Après quatre années à New York, diplômé de Columbia, le jeune homme débarque à Chicago en 1985 au volant d'une vieille Honda essoufflée. Alors que s'ouvrent à lui les portes du monde des affaires, il accepte un job d'«organisateur de communauté», mélange de travail social et d'agit-prop dans le South Side de Chicago. Il est payé 1 000 dollars par mois pour mobiliser une population noire à 95 % en faveur de projets de développement. Pour la première fois, il appréhende l'expérience des ghettos urbains américains, avec leurs codes, leur langage et leur violence.

Sans religion déterminée, il y choisit une Église, celle du pasteur Jeremiah Wright, dont les sermons enflammés ont fait polémique. Un choix à la fois affectif et calculé : l'afro-centrisme de la Trinité unie du Christ lui rappelle ses racines kenyanes, mais il a aussi besoin de rallier le révérend Wright à son action locale. Le temple est une sorte de chaudron bouillonnant où se mélangent la ferveur des Églises du Sud profond et le militantisme politique du «Black Power». Cela ne ressemble pas du tout au politicien «post-racial» d'aujourd'hui. Il y est pourtant resté plus de vingt ans.

À Chicago, Obama trouvera aussi sa nouvelle famille. Il rencontre Michelle Robinson en 1989, lors d'un stage d'été dans le cabinet d'avocats. Passée par Princeton et Harvard, elle est issue d'une famille modeste du South Side. Son père travaille à la compagnie des eaux, son frère brille dans le championnat de basket universiatire. Marié en 1992, le couple aura deux filles : Malia, 11 ans, et Sasha, 7 ans. Cette alliance, qui vaut enracinement, sera cruciale dans l'attitude de la communauté afro-américaine à l'égard du candidat : d'abord réticente, elle a fini par le reconnaître comme l'un des siens, en grande partie grâce à Michelle.

Juriste et écrivain

Après trois ans dans le South Side et un voyage au Kenya, Barry, définitivement redevenu Barack, décide de reprendre ses études. Ce sera la faculté de droit de Harvard, la plus prestigieuse, dont il sortira docteur magna cum laude en 1991. L'ambition politique a commencé à germer en lui depuis longtemps : elle va s'épanouir à Harvard. En deuxième année, il est élu président de la prestigieuse Law Review, le premier Noir de l'histoire à occuper cette fonction. Il y parvient par le consensus, devenant le candidat de compromis de plusieurs factions rivales. Une vocation est née.

Mais une autre ambition le rattrape d'abord. Sa position à Harvard lui vaut d'être remarqué par un éditeur, qui lui propose d'écrire un livre sur les relations raciales aux États-Unis. Pour attirer ce jeune homme de talent, l'Université de Chicago lui offre un poste de chercheur. L'ouvrage prendra beaucoup plus de temps que prévu, évoluant en un récit autobiographique qu'il ira terminer pendant plusieurs mois à Bali avec Michelle. À sa sortie, en 1995, Les Rêves de mon père figure 61 semaines en tête des ventes. Le tome suivant, L'Audace de l'espoir, y restera quatre mois en 2006.

Le politicien de Chicago

Le succès politique de Barack Obama tient beaucoup à son art oratoire. Il lui permet d'exprimer un idéalisme en termes concrets qui résonnent dans l'opinion. Mais il ne faut pas sous-estimer le calculateur qui se cache derrière ces envolées. En choisissant une circonscription à Chicago, il s'oblige à faire ses preuves dans une ville réputée pour ses mœurs politiques brutales. Pour se faire élire au Sénat de l'Illinois en 1996, il n'hésitera pas à mettre en cause les signatures recueillies par son adversaire, obtenant sa disqualification. Durant la campagne qui le porte au Sénat de Washington en 2004, beaucoup ont reconnu sa main dans la divulgation de documents compromettants sur le divorce de son rival.

Dans l'enceinte du Capitole, le jeune sénateur joue la modestie. Starisé par ses livres et son discours à la convention démocrate en 2006, il prend le temps d'apprendre et de tisser ses réseaux. Cela lui coûte de longues heures d'auditions dans des commissions quasi désertes. Préférant les dîners de travail aux soirées mondaines, il laisse sa famille à Chicago, loge dans un petit studio du Chinatown de Washington. Il vote avec prudence, restant à l'écart de nombreux dossiers sensibles. «Il a traité le Sénat comme un pont à traverser», analyse le Washington Post. Vers son ambition ultime : la présidence.

Le candidat

Certaines facettes de cet homme multiple ont été occultées durant la course pour la Maison-Blanche. Peu de références à l'Indonésie ou au Kenya, un seul discours sur la question raciale, un minimum d'allusions aux universités d'élite qu'il a fréquentées. Il a en revanche insisté sur son travail dans le South Side, sur les «valeurs» de sa famille maternelle, ses difficultés économiques et son service au pays. Depuis deux ans, Barack Obama s'est efforcé de ressembler aux électeurs qu'il courtisait.

Mais le jeu électoral ne peut masquer l'originalité de son parcours. Son pari résidait dans le reflet tendu à une société multiraciale, en pleine évolution et en proie aux doutes d'un nouveau siècle, entamé à l'ombre de deux guerres et d'une grave crise économique. S'il est élu, c'est sans doute que le pays l'attendait.

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Olivier

Professeur en lycée et classe prépa, je vous livre ici quelques conseils utiles à travers mes cours !